Il quitte le collège de Sorrèze pour prêter main-forte à son oncle, marchand à Bayonne, afin de répondre au désir de sa famille de le voir dans le commerce. Bien que cet emploi du temps contrarie sa propension au travail intellectuel, il lui permet tout de même de voir directement l'influence néfaste de la réglementation et des tarifs douaniers sur le commerce. Après quelques années d'hésitation sur son sort, durant lesquelles son intérêt est piqué par l'oeuvre de Jean-Baptiste Say et d'Adam Smith, il répond à l'appel de son grand-père et retourne à Mugron à 22 ans. La mort de ce dernier en 1825 lui fait hériter de la terre de 250 hectares, divisée en une douzaine de métairies. Ce régime d'agriculture, conservateur et routinier, l'a empêché d'apporter des améliorations substantielles à la production. Malgré ses malheurs agricoles, il se lie d'amitié avec Félix Coudroy, propriétaire d'un domaine voisin, qui sera converti aux idées libérales de Bastiat malgré sa ferveur socialiste aux débuts de leur amitié.
Les premiers balbutiements
Un des premiers écrits de Bastiat date de novembre 1830, peu après le succès de la Monarchie de Juillet qui amène Louis-Philippe sur le trône de même qu'une monarchie constitutionnelle en France. Dans sa lettre Aux électeurs du département des Landes, en appui à M. Faubrie, il s'attaque vivement à plusieurs sophismes politiques ambiants, notamment le fait que cela discrédite un candidat s'il n'est pas de la région. Comme si les intérêts des gens de sa région d'origine étaient si opposés à ceux des gens de celle qu'il représente...
Un autre point intéressant amené dans cette lettre aura une influence directe sur plusieurs penseurs (voir la section Son héritage). En effet, il dénonce la propension des gouvernements à prendre de l'expansion, « excitant la population entière à déserter l'industrie pour les emplois, le travail pour l'intrigue, la production pour la consommation stérile, l'ambition qui s'exerce sur les choses pour celle qui n'agit que sur les hommes », alors que les emplois publics ne devraient pas « faire briller ceux qui les ont ni exciter l'envie de ceux qui ne les ont pas ». C'est effectivement ce qui se passe: comme l'argent ne pousse pas dans les arbres, ça rend les ressources limitées. Si le gouvernement dépense un dollar, c'est un dollar de moins qu'un particulier peut dépenser. Ce dernier, gérant ses propres ressources, dépense généralement son argent sagement; en contrepartie, le gouvernement, en dépensant l'argent des autres, n'a pas la même incitation, ce qui crée du gaspillage, ou « consommation stérile ».
Ce discours n'a malheureusement pas convaincu les électeurs. Deux ans plus tard, c'est à son tour de se présenter à une élection, et il reste campé sur les mêmes positions, affirmant que la seule mission du gouvernement est d'assurer la paix intérieure et extérieure. « Il faut qu'il abandonne à l'activité privée tout ce qui est de son domaine. L'ordre et la liberté sont à ce prix ». Ce discours n'a pas convaincu les électeurs non plus.
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