Je lisais Le blogue du QL et je suis tombé sur un article intitulé «Les cartels corporatifs» d’André Michaud et je me demandais ce que les libertariens pensaient en général de la liberté d'association, surtout en rapport à la liberté de s'associer à un ordre professionnel ou groupement syndical. Il est vrai que, souvent, un travailleur ou un professionnel n'a pas le choix d'adhérer à un regroupement pour être reconnu. D'ailleurs, c'est ce qui est choquant pour le citoyen ordinaire: les membres des associations professionnelles s'organisent souvent en lobbies et peuvent décider de leur salaires. Non seulement ils contrôlent tout de l'offre, mais ils décident de ce que sera la demande: on a subitement moins besoin des services d'un dentiste lorsqu'on réalise combien en coûte un traitement de canal...
Combinez à ces monopoles celui de l'État: le citoyen ordinaire est pris à la gorge. S'il y avait une réelle concurrence entre les médecins, par exemple, ça ferait un méchant bout que certains incompétents parmi eux cesseraient de «soigner» mes parents. Certainement, les syndicats agissent souvent comme s'ils étaient de grosses mafias, mais les ordres professionnels, à mon avis, par leurs pratiques semblables à celles des cartels, vont à l'encontre des plusieurs libertés. Par exemple, imposer l'adhésion à une association professionnelle ou à un syndicat est en soi un entrave à la liberté d'association: quel paradoxe! Ces groupes existent dans nos sociétés libérales parce qu'ils jouissent de la liberté d'association, mais ils la profanent en imposant le membership aux membres de leur profession ou corps de métier!
Un exemple assez frustrant de cela: je suis étudiant à l'université. En tant que libertarien, vous serez peut-être déçu de moi parce qu'en plus de travailler, je vis des prêts et bourses. Donc, les récentes coupures dans l'aide financière aux études me touchent directement. Je suis de nature solidaire, mais plutôt libéral dans l'âme (libéral au sens pur du mot). Je sais que je suis gâté pourri dans un sens de profiter des services de l'État, mais en même temps, je me sens exploité quelque part de remarquer combien le salaire moyen des professeurs d'université au Québec a augmenté en quelques années (de l'ordre d'environ 12 500 $ au Québec, et de 14 000 $ au Canada, entre 1990 et 2000, voir le tableau 1.15 de ce document du ministère de l'Éducation du Qc).
Je n'ai pas calculé encore mes revenus pour l'année 2004, mais avec ces 12 500 $ que les professeurs ont eu en augmentation pendant que les étudiants subissent des compressions depuis des années, je me sens riche, voyez-vous. Non pas que je revendique la gratuité scolaire ou une autre quelconque utopie financée par la classe moyenne, mais dans une société où l'on nous dit de se serrer les coudes, de me serrer la ceinture, dans une société où l'on me dit depuis des années que «demain, ça sera pas beau, avec le choc démographique, parce que falloir payer bien des taxes pour tous les petits vieux qui vont remplir les foyers», dans une société où c'est la bonne excuse pour expliquer pourquoi on m'endettera de 2 500 $ supplémentaires cette année pour mon éducation, j'aimerais qu'en même temps, on ait la décence de ne pas accorder une telle augmentation aux professeurs d'universités.
Les libertariens critiquent souvent les syndicats, d'accord, mais j'aime bien le point de vue de M. Michaud qui dénonce ce que j'appellerais «les syndicats de l'élite».
Frédéric Poulin



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