« La liberté ou l'obligation d'association | Accueil | L'Austrian Scholars' Conference de L'Institut Ludwig von Mises »

17 mars 2005

Statistiques pour étatistes

Apguenette_2 Chaque jour amène son lot de nouvelles statistiques, toutes plus alarmantes les unes que les autres. Notre première réaction, lorsque nous sommes confrontés à tous ces cas de «pauvreté», de femmes battues, de files d'attente, est souvent de se dire: «Mais c'est épouvantable! Faut faire quelque chose!» Mais comme nous ne pouvons généralement rien y faire, nous ajoutons quelque chose du genre: «Quand est-ce que le gouvernement va mettre ses culottes [sic] et remédier à la situation?» Pour les groupes qui propagent ces chiffres, c'est justement le but de l'exercice.

Comme les journalistes qui rapportent ces statistiques tournent souvent les coins ronds – pour toutes sortes de raisons –, nous nous retrouvons devant deux options: 1) croire que ce qu'on nous rapporte est la réalité, sans se poser de questions, ou 2) douter et tenter de retracer les études à l'origine des nouvelles. La plupart du temps, nous optons pour la première, le temps et les ressources nous manquant pour entreprendre la seconde. Dommage parce que des décisions qui nous touchent, en tant que contribuables, sont prises à chaque jour à partir de toutes ces statistiques.

Comme l'écrit Joel Best dans son excellent More Damned Lies And Statistics - How Numbers Confuse Public Issues, nous n'avons malheureusement pas développé les bons réflexes face aux médias: «Nous avons tendance à prendre les statistiques pour des faits, de petites pépites de vérité que l'on découvre, tels des collectionneurs de pierres précieuses. Après tout, nous disons-nous, les statistiques sont des nombres, et les nombres sont des preuves que quelqu'un quelque part a vraisemblablement compté quelque chose. Eh bien justement, voilà toute la question: des gens comptent. Pour chaque nombre porté à notre attention, quelqu'un a dû faire des calculs. Au lieu de voir les statistiques comme des pierres précieuses, nous ferions mieux de les voir comme des bijoux. Si l'on trouve les pierres dans la nature, les bijoux doivent être créés. Ils doivent être sélectionnés, taillés, polis puis placés de sorte qu'on puisse les admirer sous des angles bien particuliers. De la même manière, des gens créent les statistiques: ils choisissent quoi compter, comment compter, quels résultats dévoiler, et quels termes employer pour décrire et interpréter ce qu'ils ont trouvé. Les nombres n'existent pas indépendamment des gens; pour bien les comprendre, il faut savoir qui a compté, pourquoi ils ont compté, et comment ils s'y sont pris.»

Dans son essai précédent, Damned Lies And Statistics, Best écrivait que ce sont les étatistes (statists) qui produisent des statistiques (statistics) pour justifier l'intervention de l'État (state) dans nombre de domaines sociaux. Près de la totalité des statistiques ainsi rapportées par nos médias visent effectivement une quelconque forme d'intervention de l'État. Or, comme on le sait, ce qui relève du secteur public, à part coûter plus cher, se finance à même les fonds publics. Ces fonds (Dieu merci!) sont limités. Les personnes et organismes qui produisent des statistiques n'ont donc autre choix que d'alerter le législateur (en allant secouer l'opinion publique, notamment) aux «crises» qui ébranlent leurs secteurs. Ces crises sont souvent fabriquées de toutes pièces et ne visent en fait qu'une chose: aller chercher plus de fonds publics.

Dans notre monde médiatique, More Damned Lies And Statistics, et son prédécesseur, Damned Lies And Statistics, devraient être des lectures obligatoires. Ils sont indispensables pour bien comprendre les enjeux qui se cachent derrière les «crises» auxquelles nous sommes confrontées quotidiennement comme citoyens, comme contribuables. Ils ne sont malheureusement pas traduits. Mais, ils sont rédigés dans un anglais journalistique facile à comprendre et se lisent comme de longs articles. Pour ceux que la chose intéresse, plusieurs organismes oeuvrant à faire de l'éducation à la statistique offrent d'intéressantes ressources sur le Net. Quelques adresses suggérées par Best: The Statistical Assessment Service, Numberwatch, The Social Issues Research Centre, Pénombre (un site français), The Canadian Statistical Assessment Service, Innumeracy.com, Numeracy in the News, Quackwatch, Junkscience.com, ou le Center for Media and Democracy.

G2

Citations

  • « L'État, c'est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde. »

    – Frédéric Bastiat, 1848

Contribuez

  • Donate

À propos des commentaires

  • Veuillez prendre note que les attaques personnelles, les commentaires non pertinents et ceux remplis de fautes et illisibles seront effacés. Au plaisir de vous lire.

À propos du Blogue du QL

Visitez le QL

Ma Photo

Abonnez-vous

  • Share/Save/Bookmark
  • Subscribe
  • Social Bookmark

Positionnement sur le web

Le QL sur Facebook