Chers étudiants,
Le gouvernement vous offre maintenant une façon honorable de terminer ce conflit qui, s'il se poursuit, provoquera plus de déchirements que d'avancées réelles. Voici venue la chance de vous montrer raisonnables.
Le serez-vous? J'en doute. Qu'elle est grisante l'odeur du pouvoir du peuple! Qu'il est puissant l'appel de la solidarité! Qu'il est bon d'être jeune, d'avoir raison et d'en être convaincu au point de le crier sur tous les toits! Et, somme toute, ce doit être fantastique de passer ses journées à jouer du tam-tam en criant: À bas les prêts! Nous voulons de l'argent sans obligation! Certains (heureusement, ils ne semblent pas majoritaires) se laissent porter par cette vague qui les mènera vers le récif, pour le simple bonheur de revendiquer.
Vous avez voulu vous afficher grands défenseurs de l'accessibilité à l'éducation supérieure. Ce que vos leaders ont oublié de vous dire, c'est que l'accessibilité, votre cheval de bataille favori, n'a jamais été en cause. L'accessibilité est définie par la facilité avec laquelle des individus peuvent obtenir un privilège, et celui des études supérieures est intact, même avec la proposition du gouvernement. Peu importe les conditions financières en place, les aspirants continueront à vouloir se tailler une place dans nos universités. Ils vous ont donc forcés à proférer des mensonges éhontés qui vous ont fait passer pour des bouffons.
Mais, comble de malheur, vous devrez maintenant, que vous le vouliez ou non, terminer vos études et joindre les rangs des éternels endettés que sont vos concitoyens. Vous découvrirez alors, à peine vos affiches rangées, à quel point vos revendications vous coûteront cher. Vous ferez l'équation simple, mais oh combien escamotée par ceux qui vous ont poussés en avant et empêchés de continuer patiemment vos études, que chaque acte de solidarité sociale se paie, et se paie longtemps. Chaque dollar supplémentaire qui vous sera versé au cours des prochaines années vous sera directement facturé, à vous plus qu'à quiconque, car vous aurez le privilège de contribuer des impôts à la mesure de vos salaires, qui seront généralement plus importants que la moyenne suite à vos études.
Certains éviteront plus longtemps ce calvaire, car ils choisiront la voie de l'exploration des multiples programmes qui s'offrent à eux. L'étude de la littérature médiévale anglo-saxonne a cessé de m'intéresser? Allons, j'opte pour le programme des langues mortes, le français au Québec par exemple. Pourquoi pas, c'est pratiquement gratis.
Allons, vous avez fait votre manifestation. Vous avez eu la tribune, comme d'autres avant vous. Vous avez pu, dans un climat d'indigence généralisé, exprimer vos revendications brouillonnes et inspirées des idéologies trotskistes dont on vous abreuve quotidiennement. Vous avez dansé, étudiez maintenant.
Jacques Saint-Pierre
Montréal



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