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29 juin 2005

Que doivent faire les libertariens pour prendre leur place? Suite

CsaucierJe suis tout à fait d’accord avec Martin lorsqu’il dit que «nous n'avancerons pas en gagnant des votes, mais en gagnant des esprits.» Je suis moi-même un de ces esprits, étant devenue libertarienne il y a environ six ans en grande partie grâce à l’information disponible sur le QL, Lewrockwell.com et l’Institut Mises. Ce qui fait que les libertariens sont en train de gagner du terrain, selon moi, c’est leur volonté de partager leurs idées et ce sans frais pour le consommateur. L’information qui est aujourd’hui disponible sur ces sites, et sur tous les autres sites libertariens, prendrait toute une vie à absorber (l’Institut Mises à lui seul a des clips audio, vidéo, et des livres entiers sur son site) et elle est disponible pour tous, en tout temps et gratuitement.

Je suis premièrement tombée sur les idées libertariennes en faisant de la recherche sur l’éducation. Quelques articles de Lewrockwell.com se trouvaient dans les résultats. Je n’ai jamais regardé derrière et un peu plus tard, je découvrais le QL. J’ai confiance que d’autres vont entrer en contact avec nos idées de la même façon, et si certains rejettent nos arguments antiétatistes tout net, d’autres sont plus ouverts et comme moi (puisque la pensée libertarienne est la seule qui soit vraiment logique en bout de ligne), ils finissent par se convertir.

Je ne crois pas que les libertariens devraient avoir pour but de faire de la politique et de ralentir l’État, mais plutôt de s’en détacher. Rappelons-nous des mots d’Étienne de La Boétie: «…ce tyran, seul, il n’est pas besoin de le combattre, ni même de s’en défendre; il est défait de lui-même, pourvu que le pays ne consente point à la servitude. Il ne s’agit pas de lui rien arracher, mais seulement de ne lui rien donner.»

S’il est difficile de ne «rien» donner aujourd’hui sans risquer la prison, on peut déjà, par des moyens tout à fait légaux, en donner moins. On peut, par exemple, ne pas payer de taxes en faisant certains achats sur le Web (et en faisant livrer par UPS) ou en ayant recours au troc le plus souvent possible. On peut payer nos factures sur le Web et diminuer notre dépendance aux services de poste de l’État. On peut envoyer nos enfants dans des écoles privées ou encore mieux, faire l’école à la maison (où ils peuvent manger toutes les arachides qu’ils veulent!). Acheter des pièces d’or est une bonne façon d’économiser en dehors du radar de l’État, on peut refuser de voter, etc.

On ne peut pas changer les autres. Eux seuls peuvent faire ce cheminement. Ce qu’on peut faire, c’est partager nos idées et tenter, individuellement, de vivre en accord avec nos principes le plus possible en diminuant notre dépendance aux services de l’État et nos contributions à celui-ci. Si ces gestes ne demeurent pas isolés et si d’autres continuent à se joindre au mouvement, celui-ci aura certainement un impact.

Chantal K. Saucier
Louisiane

25 juin 2005

De la St-Jean-Baptiste à la Fête Nationale

Vraisemblablement, bon nombre d'entre vous avez fêté la St-Jean-Baptiste dans vos patelins respectifs cette fin de semaine. Au risque de vous surprendre, je vous annonce qu'aucun Québécois n'a fêté la St-Jean cette année. La raison est fort simple: cette fête n'existe tout simplement plus! Pour la première fois cette année, la société distincte toute entière a célébré sa Fête Nationale. À l'unisson, politiciens, médias, artistes et activistes nationalistes ont proclamé haut et fort leur fierté. Le pamphlet de propagande réalisé par le Mouvement national des Québécois et Québécoises, et commandité entre autres par la SAQ (une société d'État) et le ministère de l'Éducation, présente des billets de meilleurs voeux de la part des artisans de la nation québécoise nous souhaitant une merveilleuse fête nationale. Même le premier ministre Charest, fervent fédéraliste, n'ose point s'opposer au mouvement national souverainiste.

À ma connaissance, aucune personnalité publique n'a émis la moindre remarque au fait que la St-Jean ait été remplacée aussi soudainement. «Le Québec a sa fête nationale. Le Québec a toujours eu sa fête nationale. Le Québec n'a jamais célébré la St-Jean-Baptiste.» Entre ces cas d'espèce et «L'Océania a toujours été en guerre avec l'Eurasia (ou est-ce l'Estasia?)», la ligne semble extrêmement mince! Les journaux n'ont pas été réimprimés, mais le résultat est le même si les mémoires ne se rappellent plus.

Les nationalistes québécois ont beau célébrer la fête qu'ils veulent, c'est leur droit. Qu'ils s'autoproclament une nation si ça leur chante, personne ne les en empêchera. Jamais, pourtant, je n'accepterai qu'une poignée d'élites manipule ainsi l'opinion générale, que ce soit le gouvernement fédéral avec ses commandites, ou le provincial avec ses comités sur la souveraineté et son bombardement d'imagerie nationaliste lors d'une fête aussi empreinte d'émotivité. Je dénoncerai toujours le nationalisme, qu'il soit canadien ou québécois. Envers et contre tous, je resterai personnellement souverain, et je vous invite à faire de même.

Francis St-Pierre
Rivière-du-loup

Un spectacle payant de la St-Jean: pourquoi pas?

Apguenette_9Le spectacle payant de la St-Jean présenté hier au parc Jean-Drapeau à Montréal aura fait couler beaucoup d'encre chez les intellectuels du Plateau. Les billets de l'événement qui mettait en vedette, entre autres, Loco Locass, les Cowboys Fringants et les Zapartistes, coûtaient une quarantaine de dollars et donnaient droit à une dizaine d'heures de musique. Certains ont parlé de la «privatisation» de la fête nationale [sic]; d'autres ont dénoncé la disparition du «principe d'universalité» selon lequel la fête des Québécois doit être «gratuite» (c'est vrai, c'est pas tout le monde qui peut débourser 40$!); quelques-uns ont même mentionné l'avènement de la fête nationale «à deux vitesses». Pour une fois que les séparatistes peuvent donner un spectacle qui fait la promotion de la souveraineté en toute légitimité, qu'on les laisse tranquille!

C'est vrai, à chaque année, le porte-parole de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal (créature subventionnée qui organise les festivités) nous prend pour des lanternes en nous répétant que le grand rassemblement «gratuit» du parc Maisonneuve «n'est pas politique» et qu'il se veut avant tout un événement «rassembleur» et «inclusif». Alors qu'année après année, les séparartistes monopolisent le show et multiplient les allusions à la souveraineté, au pays à bâtir, à la nation ici présente. Le hic, c'est que comme tout ça est «gratuit», ce sont les contribuables québécois qui paient. Et que la moitié de ces contribuables sont encore fédéralistes.

Cette fois, environ 25 000 Québécois auront payé de leur poche pour se faire chanter Gens du pays et se faire vibrer la fibre souverainiste. Personne ne peut dénoncer cela!

G2

24 juin 2005

Vive la margarine jaune!

Apbeaudry_4Les billets de Martin Masse et de Marc-Andre Brisson dénonçant les excès de notre gouvernement paternaliste me font penser à une réglementation gouvernementale absurde qui sévit au Québec depuis 1987: la prohibition de margarine jaune!

Depuis mon arrivée à Toronto, où je travaille pour l'été, j'ai eu l'immense privilège de goûter pour la première fois à ce produit exotique, ce que je n'avais jamais fait en plus de vingt-et-un ans d'existence. Le Québec est la seule province canadienne et l'une des seules juridictions dans le monde où les fabricants de margarine n'ont pas le droit d'y ajouter du colorant jaune. Cette prohibition est contenue dans l'article 40(1)(c) du Règlement sur les succédanés de produits laitiers, qui énonce que la margarine doit être d'une couleur plus pâle ou plus foncée que le beurre.

Ce règlement absurde est encore en vigueur aujourd'hui, bien que la multinationale Unilever, qui produit entre autres les margarines Becel et Country Crock, ait tenté à plusieurs reprises, mais sans succès, de le faire invalider par nos tribunaux depuis 1998. Les tribunaux québécois ont, jusqu'à aujourd'hui, déclaré le règlement valide en affirmant que son objectif, soit la protection de l'industrie laitière du Québec, n'était pas déraisonnable et n'allait pas à l'encontre de la liberté d'expression.

Ce règlement, comme toute mesure protectionniste, privilégie une minorité de la population du Québec, les producteurs de lait, au détriment de la grande majorité des consommateurs, qui voient ainsi leur éventail de choix alimentaires restreint. Certains politiciens tentent de justifier cette prohibition en invoquant «le principe que le consommateur à le droit de savoir ce qu'il achète». Quel argument bidon! La logique qui sous-tend une telle affirmation est que les Québécois sont des idiots qui, contrairement aux habitants des autres provinces canadiennes, ne peuvent pas par eux-mêmes différencier un pot de margarine d'une livre de beurre. (Si les membres du Parti Québécois croient que leurs concitoyens ne sont pas en mesure de faire un tel choix, comment croient-ils qu'ils seront assez intelligents pour se prononcer sur la séparation du Québec lors d'un référendum?)

Les producteurs de lait tiennent à ce règlement parce que légaliser la margarine jaune aurait comme conséquence de la rendre plus attrayante aux yeux de plusieurs consommateurs. À quand la prochaine législation de ce genre? Suivant cette logique, les producteurs de sirop d'érable pourraient faire pression sur le gouvernement pour que celui-ci interdise au fabricant de sirop Aunt Jemima d'offrir un sirop de couleur ambrée; les fabricants de jus d'orange pourraient faire pression sur le gouvernement pour qu'il interdise au fabricants de boissons à l'orange d'y ajouter du colorant orange, etc. Les lois seraient liberticides et stupides, mais le gouvernement trouverait probablement assez de gens comme Florent Leathead pour les faire respecter.

En cette journée de la Saint-Jean, nos politiciens et élites bien-pensantes s'égosilleront probablement en nous rappelant le caractère distinct du Québec et comment nous devrions en être fier. Quand on se rend compte que notre «société distincte» se distingue entre autres par des législations idiotes de la sorte (on pourrait aussi mentionner notre «police» de la langue française, notre taux de taxation prohibitif,…), on ne peut que se demander pourquoi une telle distinction devrait faire naître en quiconque un sentiment de fierté!

Sur ce, bonne Saint-Jean!

Paul Beaudry

Il va bientôt falloir se raser avec un bagel

J'étais tranquillement devant l'écran de mon ordinateur, en train d'aiguiser une machette de «Spetznaz», l'ayant jugée inapte à couper une feuille de magasine dans son épaisseur (test ultime), et m'apprêtais à donner un tranchant rasoir au couteau de nettoyeur de tranchées de la Guerre de 14-18 juste après, lorsque je suis tombé en arrêt, tel un chien de chasse devant une bécasse, sur votre billet concernant la proposition du British Medical Journal de bannir les couteaux de cuisine pointus…

Comme les deux urgentologues de la Perfide Albion qui signent cet éditorial ne mentionnent pas ces engins ni les baïonnettes, je suis encore un peu rassuré quant à la préservation de l'intégrité de ma collection (quoiqu'un abruti, ici en France, a déjà soumis l'idée d'épointer toutes les baïonnettes sur une longueur de deux centimètres pour les rendre moins dangereuses; comme quoi la drogue circule chez nos parlementaires).

Moi qui travaille dans le milieu pénitentiaire, j'ai déjà vu des armes faites avec tout et rien (d'ailleurs chaque prison a son musée de toutes les choses hétéroclites et contondantes qu'on a trouvées dans les cellules). L'arme la plus courante actuellement est la lame de rasoir jetable fixée dans le plastique fondu d'un stylo bic. Assez efficace, j'en ai vu les effets esthétiques sur les joues de certains voyous... La seconde est l'éclat de carreau, miroir ou plexiglas monté sur tout type de support (les moins débrouillards utilisent une fourchette dont ils suppriment les deux dents extérieures). Si les activistes de la santé publique qui veulent nous protéger de tout se rendent compte de ces nouveaux dangers, attendez-vous, dans les prochaines années, à devoir vous raser avec un bagel (en français de France, j'aurais dit «une biscotte», mais le magasin de bagels de la rue Fairmount à Montréal me compte désormais au nombre de ses fans inconditionnels).

J'ai bien apprécié l'humour du billet, mais il ne faudrait quand même pas oublier que tous ces talibans qui nous gouvernent sont capables du pire (du bien, j'en doute) pour nous infantiliser et nous rendre aussi lisses que des galets (ah, tiens, un galet pris en pleine poire, ça fait mal - voilà un autre sujet de préoccupation future pour ces bons à riens).

Bon, pendant que c'est encore possible, j'oins ma pierre à affûter (pierre d'Arkansas en micro-coquillages de type extra fin) et reprends le cours de ma saine activité…

Thierry Grulois
France

Gagner la vie des autres

Québec: terre d'accueil pour les travailleurs et les investisseurs qui désirent y faire des affaires et gagner leur pain quotidien. Bienvenue à tous!

Qu'est-ce qui se cache derrière ces belles paroles? Voilà: venez vite dépenser votre argent dans notre puit sans fond, car nous avons besoin de plus en plus de poissons pour remplir les coffres de l'État. De l'État qui dépense à qui mieux mieux, au nom de la collectivité et des fonctionnaires qui en veulent toujours plus. Et on ne parle pas ici des amis du «Parti» qui s'en mettent plein les poches. Les amis du Parti... Je croirais entendre un Soviétique à l'époque de la Guerre froide où le communisme régnait sur la Russie, où tous vivaient pour un seul, où tous visaient l'égalité, l'homogénéité.

Jusqu'à quand, nous, les quelque 42% de Québécois payeurs d'impôts, serons-nous capables de payer? On nous coupe nos salaires chaque semaine avec la Régie des rentes, l'impôt provincial et fédéral, l'assurance-emploi, l'assurance-médicament ou bien l'assurance-groupe (une assurance privée, cela dit), sans compter l'assurance-parentale, l'assurance-vieillesse, etc. De plus, nous payons des taxes sur l'alcool et l'essence, des taxes de 15,025% sur les produits et services - et j'en passe! Voilà qu'on nous parle de faire grimper en flèche le prix des plaques pour les automobiles et les motos, pour pouvoir continuer à payer les indemnités des prestataires de la SAAQ. Comment est-il possible qu'un organisme qui détient un monopole aussi important en arrive à faire faillite? Comment un gouvernement qui détient le monopole d'une formule qui est «la plus rentable» peut bien en arriver à justement ne plus arriver?

Si l'on ajoute à cela les coûts reliés à l'hiver, j'en arrive à me demander s'il ne serait pas plus avantageux d'aller travailler à petit salaire au Mexique. Le pourcentage de salaire qu'il me reste est très faible, en bout de ligne, après avoir payé pour les obligations que m'impose la vie au Québec. Les syndicats nous promettent un automne chaud. En plus d'être étouffé par les coûts que l'on me fait payer, voilà que ceux que je fais vivre avec mon argent, ceux qui ont des conditions de travail de beaucoup supérieures aux miennes, menacent de me prendre en otage en paralysant des services essentiels qu'ils monopolisent. Le tout, dirigé par des entreprises pratiquant des formes de «capitalisme sauvage», ces entreprises que l'on nomme des «syndicats», lesquels se cachent derrière les vertus du socialisme pour se donner bonne image.

Je ne ferai pas partie de ceux qui festoieront à la St-Jean car je n'ai rien à fêter. Dans le fond, il n'y a aucune fierté à fêter. Maintenant, veuillez m'excuser car je dois quitter pour le travail. Je dois aller gagner la vie des autres...

François Richard
Nicolet

23 juin 2005

Que doivent faire les libertariens pour prendre leur place? Suite

C'est bien beau de vouloir changer les mentalités, de vouloir faire pencher d'un côté plutôt que de l'autre la sangsue qu'est l'État, mais je considère que le cas du Québec est beaucoup trop grave. Alors que nous sommes encore à condamner la Loi sur les armes à feu, une dizaine d'autres restrictions apparaissent. C'est comme tenter d'éteindre un feu de forêt avec un fusil à eau pour enfant. Bien sûr que nous pouvons sauver un arbre, mais le feu aura tout le temps de se répandre dans le reste de la forêt et de nous encercler pour ensuite nous occire, ainsi que l'arbre…

Jusqu'à quel point pouvons-nous influencer le Québec pour que celui-ci cesse de nous materner et de nous voler? Même en réduisant de 50% la taille de l'État, je ne pourrais m'en satisfaire, tellement il est partout. Comme petit exemple, je vous invite à écouter une partie de l'émission d'André Arthur du 22 juin. Il débute en parlant de son amusante rencontre avec un soldat qui apprend à conduire, puis débouche sur une énumération de quelques-unes des nombreuses taxes que nous devons payer quotidiennement. De combien de ces taxes pouvons-nous nous alléger, tout en s'assurant qu'aucune autre ne vienne prendre sa place? Je veux bien tenter d'être optimiste, de voir de nouvelles personnes qui tiennent à la liberté, mais j'ai beaucoup de difficulté.

Dans plusieurs écoles primaires, il est maintenant interdit d'avoir des repas qui contiennent des arachides, ne serait-ce qu'une barre de chocolat! Adieu sandwich au beurre d'arachide et à la confiture! C'est étrange, il faut croire que les allergies n'existaient pas du temps que j'étais au primaire… il n'y a même pas 10 ans! Alors voilà: oui, il y a de nouveaux libertariens qui s'éveillent à chaque jour… mais combien d'étatistes, de socialistes? C'est même plus grave, certains jeunes ont des idées frôlant le communisme. Ils ont une vague idée que le communisme est mal, car ils ont déjà entendu que c'est le cas, mais ils ne savent pas POURQUOI!

Je ne crois pas que nous puissions changer d'une manière significative, en importance et rapidement, le visage de notre province. Peut-être un projet à l'image du Free State Project serait-il plus efficace? Ou tout simplement participer à ce projet. Une chose est sûre, c'est que je ne resterai pas ici, si tout ce que je peux faire c'est espérer que les choses n'empirent pas trop.

Christian Fortin
Sherbrooke

22 juin 2005

Mauvaise image? C'est la faute des propriétaires d'armes

Apjoly_12Selon moi, si les médias reflètent mal notre opinion sur le registre des armes à feu, c'est d'abord la faute des propriétaires d'armes. Je dirais même que ce sont eux qui souffrent d'immobilisme flagrant.

Le reportage de TVA d'hier coïncidait avec une date anniversaire, et la Sûreté du Québec avait invité les journalistes à une séance de destruction d'armes qui n'avait rien de spontané. Se servir d'un anniversaire pour créer un événement, une nouvelle, est une stratégie classique en relations publiques. On peut donc supposer que le journaliste a été contacté par des policiers de la SQ - toujours soucieux de montrer combien ils sont utiles -, par le Centre canadien des armes à feu ou par la Coalition pour le contrôle des armes. Mais peu importe. Dans les circonstances, je dirais que nous avons eu de la chance que le journaliste de TVA ait rappelé dans son reportage le prix faramineux du registre. Cet élément ne faisait certainement pas partie des plans de ceux qui l'ont invité à cette séance de destruction d'armes.

Il faut l'avouer, les militants pour le contrôle des armes ont le mérite de bien faire ce que nous ne faisons très mal: ils occupent l'espace public. Ils créent des événements et mettent en contexte des nouvelles, ils articulent des points de vue, émettent des communiqués et donnent de la matière - voire des images - aux médias pour leurs reportages. Dans l'autre camp, c'est le désert. On en conclurait que personne au Québec n'est mécontent de la loi. Pourquoi les journalistes s'intéresseraient à nous? Il faut aussi comprendre qu'ils sont invités à de nombreux événements tous les jours. Nous sommes en compétition pour leur attention avec des tas d'autres causes et d'autres sujets de nouvelles.

Par ailleurs, deux journalistes d'enquête de Radio-Canada (des femmes) ont réalisé cette année des reportages qui étaient très durs envers le registre des armes. Déjà pas si mal, considérant que cette idée n'est pas venue de nous à ce que je sache. Et voici une anecdote révélatrice: un mois après le rapport de la Vérificatrice générale soulignant les coûts de la Loi sur les armes à feu, un journaliste de La Presse me mentionnait que le journal ne recevait pas de lettres de lecteurs dénonçant le registre. «Dites-leur de nous en envoyer, c'est le temps, on va les publier», qu'il me confiait.

Les journalistes ont peut-être leurs torts, quoique je n'aie jamais eu à me plaindre d'eux, bien au contraire. Même si c'était le cas, il ne faudrait pas que les propriétaires d'armes se servent d'eux pour éviter de faire leur examen de conscience, ou pour éviter d'apporter les correctifs nécessaires à leurs pratiques de relations avec les médias: elles sont d'une qualité abyssale. Moi je dis: aide-toi et le journaliste t'aidera!

Claire Joly

Il faut bannir les couteaux de cuisine pointus!

Apmasse_16Marc-André Brisson croit que les fascistes de la santé et nos gouvernemamans vont bientôt nous interdire de faire du bungee parce que c'est trop dangereux. C'est fort possible, mais je prédis qu'ils vont essayer de bannir autre chose d'encore plus effrayant avant cela: les longs couteaux de cuisine pointus.

Une blague croyez-vous? Pas du tout. La Presse rapportait récemment (5 juin) que c'est justement ce que réclament deux urgentologues londoniens dans un éditorial du British Medical Journal. «Dans les urgences, nous voyons de plus en plus de blessures graves découlant de coups de couteaux, explique l'une des auteurs, Emma Hern. Ce sont des armes meurtrières, largement répandues et accessibles.»

Mme Hern prétend avoir interrogé des chefs renommés, qui lui auraient dit que ces longs couteaux ne sont pas essentiels dans une cuisine et qu'un couteau d'une longueur de deux pouces, ou 6 cm, suffit pour les cuisiniers. «D'un point de vue anatomique, les petits couteaux pointus sont moins dangereux parce qu'ils font des entailles moins grandes dans les organes.»

Attention, malgré les apparences, la dame a tout de même les deux pieds sur terre et est parfaitement réaliste. Le journal rapporte qu'elle ne s'attend même pas à ce que sa proposition soit adoptée immédiatement. «De toute façon, les grands couteaux de cuisine durent 10 ans, alors il faudrait du temps pour se débarrasser de ceux qui existent. Mais je trouve qu'il est important d'en parler. En ce moment, le gouvernement envisage de hausser de 16 à 18 ans l'âge minimal pour acheter un couteau.»

Hein? Hausser l'âge minimal pour acheter un couteau? Il y en a un? Eh oui, en faisant une petite recherche, je découvre que c'est le cas en Grande-Bretagne. Et la police écossaise souhaite que les gens aient à s'identifier et à attendre au moins cinq jours avant de pouvoir en acheter un, question de se calmer entre-temps si jamais ils faisaient ça sur un coup de tête dans le but de charcuter leur belle-mère le jour même!

Après le scandale financier du registre des armes à feu, je vous prédis la manchette du 12 avril 2016: le scandale financier du registre des couteaux. Et ensuite, il faudra bien sûr interdire le visionnement de Psycho, Friday the 13th, et tous ces films d'horreur qui montrent des gens en train de se faire zigouiller par des psychopathes à couteaux de cuisine et à machettes. Ça pourrait en effet donner des idées à certains, qui seraient enclins à se procurer ces armes meutrières sur le marché noir.

Pas de doute, avec tous ces gens bien intentionnés qui s'occupent d'éliminer toutes les sources de risque dans nos vies, nous allons à grande vitesse vers un monde meilleur, sinon vers le meilleur des mondes.

M2

Interdire le bungee = augmentation du nombre de morts

Le bungee dans sa forme commerciale actuelle est une activité amusante et sécuritaire. Comme des milliers de Québécois le font chaque année, j'ai moi-même décidé de sauter dans le vide d'une distance de 200 pieds pour le trip d'adrénaline et j'en suis ressorti avec le sourire fendu jusqu'aux oreilles.

Or, si je me fie à des commentaires de la part de personnes bien-pensantes que j'ai rencontrées, «il s'agit d'une activité totalement stupide devant être proscrite pour les risques incommensurables qu'elle pose pour la santé des usagers». Après le tabac, les casques à vélo, la ceinture de sécurité, la nourriture grasse, je ne serais pas surpris de voir apparaître bientôt le bungee sur le radar des activistes de la «santé publique».

Eh bien je dis non, ce n'est pas en proscrivant, mais en laissant les gens s'informer et utiliser leur libre entendement que nous auront une population plus heureuse et plus en santé. Car voyez-vous, les gens ne sont pas stupides. Ils tiennent à avoir des sensations fortes dans des milieux sécuritaires et n'hésitent généralement pas à payer un peu plus cher pour obtenir la garantie de faire affaire avec une firme consciencieuse, dont la réputation est impeccable, surtout pour une activité aussi effrayante a priori.

Alors, ce que je suggère, c'est de laisser le monde sauter s'ils le désirent et surtout ne pas les empêcher de pratiquer cette activité dans un milieu sécuritaire, plutôt que de faire ça chez n'importe quel Ti-Jo ayant un ravin près de chez lui. Il est vrai que le bungee peut être mortel si l'activité est mal encadrée, mais c'est justement en interdisant aux gens de faire cette activité que le nombre de morts augmentera. Et en plus, qui sont ces étrangers que je n'ai aperçus qu'à la télévision et qui ne connaissent pratiquement rien de moi? Qui sont-ils pour avoir la prétention de savoir mieux que moi ce qui est bon pour moi? À beau mentir qui vient de loin… et Québec et Ottawa sont à des années-lumière de ma réalité quotidienne.

Marc-André Brisson
Montréal

Registre des armes à feu: manque de rigueur des médias

L'attitude du milieu journalistique envers le Registre des armes à feu me sidère. En ce moment, nous sommes dans les entourloupettes et les semi-déclarations au lieu de dire simplement et franchement les choses. Ce programme est une véritable fraude dont la facture s'élève déjà à plus de 2 milliards de dollars et peut-être même d'avantage selon le bureau de la vérificatrice générale. Dernièrement nous apprenions que le gouvernement allait y réinjecter 64 millions $ comme si ce n'était pas encore suffisant. Scandaleux! Non seulement on gaspille ouvertement l'argent des contribuables, mais on viole les droits civiques de milliers de propriétaires d'armes à feu en les traitant injustement comme des criminels. Nos médias, par leur immobilisme flagrant, se rendent complices de cette campagne. Il traite ce sujet d'une manière purement superficielle jouant la carte du sensationnalisme.

Dernièrement, j'ai eu la chance de le constater sur les ondes du réseau TVA où un reportage était présenté au bulletin de fin de soirée. Durant son visionnement, je me suis demandé s'il n'avait pas été réalisé avec la complicité de notre gouvernement. On se contentait uniquement de remettre en question le registre sur le bout des lèvres, tout en insistant sur le fait qu'il était efficace pour lutter contre la criminalité. Honnêtement, je pose la question: pourquoi, lorsqu'il est question du registre des armes à feu au Québec, ne présente-t-on jamais la vérité? S'agit-il d'un geste prémédité ou simplement de l'ignorance?

Voici quelques éléments essentiels à la compréhension du dossier, mais que l'on passe sans cesse sous silence:

1) Depuis sa mise sur pied, le système informatique du gouvernement ne cesse de cumuler les erreurs. Certains propriétaires reçoivent parfois jusqu'à cinq certificats d'enregistrement pour une seule et même arme. D'autres apprennent, au bout de quelques mois, que leur nom n'a jamais figuré sur le registre. Étant donné les risques d'être arrêté par les autorités, cette situation engendre beaucoup d'insécurité et d'angoisse. C-68 prévoit une peine d'emprisonnement de 10 ans.

2) En vertu de loi, il est obligatoire pour un propriétaire d'arme à feu de signaler tout changement d'adresse à la police pendant que les criminels violents n'ont pas à le faire.

3) À tous les 5 ans, les propriétaires d'arme à feu doivent se soumettre à des interrogatoires en règle portant sur leur vie privée - une procédure qui fut largement dénoncée le 29 août 2001, dans un rapport du commissaire à la vie privée. Que font les autorités de tous ses renseignements? Sont-ils protégés? Ces données, on s'en doute, sont très convoitées par différentes organisations criminelles.

4) C-68 donne le droit à la police de mener des perquisitions sur une propriété privée sans mandat. (Article 102: même dans les cas de possession de drogue, il faut une autorisation de la justice.)

5) L'ensemble du Canada, sauf le Québec et l'île du Prince-Édouard, a décidé de ne pas poursuivre en justice les propriétaires d'arme à feu qui refusent de s'enregistrer - on considère qu'il est préférable de mettre les efforts sur les véritables criminels. D'ailleurs, l'Association de la police de l'Ontario a jugé que l'argent qui avait été gaspillé aurait pu être mieux utilisé dans différents programmes de prévention.

6) Les armes de poing doivent être enregistrées depuis 1934 et le permis est obligatoire depuis 1977 et cela n'a jamais empêché des criminels d'utiliser la violence pour s'attaquer à des innocents. Déjà en 1993, le vérificateur général mettait en doute l'effet dissuasif de ces législations sur le taux d'homicide. Même son de cloche en provenance de différents chercheurs, dont le criminologue Marc Ouimet de l'Université de Montréal.

Et la liste pourrait encore s'allonger... Ce registre est une arnaque montée de toutes pièces par un gouvernement corrompu largement influencé par différents lobbys qui refusent de se rendre à l'évidence. Songez à toutes ces sommes astronomiques jetées par les fenêtres, à tous ces mensonges, et surtout à toutes ces violations de la Charte des droits et libertés. Une chose est claire: la population est très mal renseignée dans ce dossier. Nous ne pouvons prétendre avoir une opinion sur le sujet sans auparavant avoir pris connaissance des faits. Si vous avez été scandalisé par les révélations fracassantes de la Commission Gomery, vous serez peut-être bientôt à nouveau rivé devant vos téléviseurs pour assister à la Commission d'enquête sur le registre des armes à feu et ses fonctionnaires.

Mathieu Bréard
Montréal

La radio par satellite au Canada? Menacée avant même d'exister!

Apguenette_8La semaine dernière, le CRTC a accordé trois licences de radio satellite par abonnement à Sirius Canada, Canadian Satellite Radio et CHUM/Astral. Comme toutes les décisions prises par l'organisme gouvernemental vont dans le sens des objectifs de la Loi sur la radiodiffusion, celle-ci ne fait pas exception et concilie «les intérêts des consommateurs canadiens, de l'industrie de la radio et de l'industrie de la musique», comme le déclarait Charles Dalfen, le président du CRTC lors de l'annonce. En d'autres termes, ces licences sont délivrées accompagnées d'une série de conditions, de restrictions, de quotas.

Ainsi, le Conseil exige des entreprises titulaires qu'elles satisfassent aux conditions suivantes: 1) Elles doivent diffuser au moins huit canaux originaux produits au Canada. Pour chacun des canaux canadiens, les titulaires pourront distribuer un maximum de neuf canaux étrangers; 2) Au moins 85% des pièces musicales et des créations orales qui sont diffusées sur les canaux canadiens doivent être canadiennes; 3) Au moins 25% des canaux canadiens doivent être de langue française; 4) Au moins 25% des pièces musicales diffusées sur les canaux canadiens doivent être de nouvelles pièces musicales canadiennes; 5) Au moins 25% des pièces musicales doivent être des pièces d'artistes canadiens de la relève. Les titulaires doivent également verser au moins 5% de leurs recettes brutes annuelles à des projets de promotion des artistes canadiens […] qui contribuent au développement de nouveaux artistes du monde musical.

Vous pensez que c'est beaucoup? C'est trop peu! À preuve, plusieurs «intervenants culturels» se sont élevés contre la décision du CRTC. Au Canada anglais, la très à gauche Friends of Canadian Broadcasting dit craindre le raz-de-marée américain et songe à en appeler. Au Québec, l'UDA (le syndicat des artistes), l'ADISQ (le gérant des artistes) et la ministre de la Culture (la patronne des artistes) affirment que la décision constitue une menace pour la culture francophone (c'est à se demander qu'est-ce qui ne constitue pas une menace pour la culture francophone?!). La ministre Line Beauchamp exhorte Industrie Canada à ne pas autoriser immédiatement les radiodiffuseurs à utiliser les satellites américains, fer de lance de la radio satellite au Canada, pour offrir le service. «On doit disposer d'un peu plus de temps, dit-elle, […] afin que tous les acteurs, politiques et culturels, puissent être en mesure de mieux apprécier les répercussions de la décision du CRTC.»

Pour les intervenants de la culture et les politiciens, il n'y a que des «acteurs culturels et politiques». Le consommateur est accessoire. Après avoir fait de la radio conventionnelle une radio uniforme et insipide, ils s'attaquent maintenant à la radio par satellite, pour le plus grand bien de la nation! Au lieu d'approcher les propriétaires des éventuelles chaînes de radio numérique et tenter de leur vendre l'idée qu'il y a un marché pour de la musique francophone au Québec, ils préfèrent bloquer tout nouveau service - le temps qu'ils obtiennent ce qu'ils veulent. Typique! Plutôt que de tenter de vendre les mérites de la musique québécoise, ils vont faire ce qu'ils savent le mieux faire: ils vont l'imposer. La radio par abonnement verra-t-elle le jour au pays? Sera-t-elle différente? À suivre…

G2

21 juin 2005

Aide internationale: que faire?

Apdorais_16En fin de semaine dernière le ministre canadien des Affaires étrangères, Pierre Pettigrew, se faisait asperger de peinture rouge par Yves Engler, représentant de la coalition Haïti Action Montréal. Par ce geste, la coalition voulait signifier au ministre qu'il a du sang sur les mains. Elle considère le gouvernement haïtien corrompu et dénonce l'aide que lui apporte le gouvernement canadien. Ce geste est pour le moins disgracieux, mais qu'en est-il au fond? Le Canada doit-il aider financièrement le gouvernement haïtien si ce dernier est corrompu? De manière générale, un gouvernement doit-il en aider un autre qu'il soit corrompu ou non? L'interventionnisme canadien à l'étranger est-il si différent de celui décrié et pratiqué par le gouvernement américain?

Chacun à leur façon, ces gouvernements prétendent établir une certaine idée du «bien». Qu'une intervention gouvernementale soit militaire, sociale ou autre, elle nécessite d'imposer le contribuable. Les gouvernements taxent et imposent au nom de leur définition du bien. Or, on ne devrait jamais aider autrui en utilisant des moyens coercitifs. Non seulement parce que les résultats obtenus créent souvent des divisions et des problèmes plus graves encore, mais parce que les moyens eux-mêmes sont injustes.

On a beau qualifier l'aide internationale de «solidarité», il n'en demeure pas moins que les contribuables n'ont pas le choix d'y participer. La solidarité, bien définie, est une action volontaire pour aider un ou plusieurs individus. Ce n'est pas en redéfinissant les mots qu'on légitime ses gestes. Au contraire, cela ajoute de la démagogie à la coercition. On tente de transformer la réalité à ses points de vue pour mieux contrôler les gens.

À trop s'attarder à différencier les objectifs d'une intervention, on passe à côté du plus important, à savoir: quels moyens doit-on utiliser pour l'accomplir? Les régimes démocratiques ont relativement peu utilisé la coercition à des fins militaires, mais à toutes autres fins on ne peut en dire autant. On pourrait même avancer, qu'à ce titre, la démocratie est sans pareille. Tuer est plus grave que voler, mais l'un ne peut être justifié par l'autre. On ne trouvera jamais la solidarité et par extension la morale dans les résultats d'une action, mais dans les moyens de l'accomplir.

L'aide internationale à Haïti, comme à tout autre pays, sera d'autant mieux ciblée et efficace qu'elle sera effectuée par des moyens privés et volontaires plutôt que par des moyens coercitifs enrobés de fausse morale.

André Dorais

Que doivent faire les libertariens pour prendre leur place? Suite

Apjoly_11J'aimerais participer à la discussion concernant les moyens à prendre pour que le libertarianisme soit réellement présent dans les débats publics. À la limite, je me soucie moins de travailler à ce que la pensée libertarienne s'impose en tant que telle dans l'espace public, que de faire en sorte que nous vivions dans une société qui corresponde davantage à nos valeurs. Je me dis que, pour commencer, il faut ralentir un État qui prend inéluctablement toujours plus de place dans nos vies.

Tout le monde concédera que l'avènement d'une société libertarienne n'est pas pour demain. On peut aussi choisir de s'impliquer pour faire avancer une cause en particulier qui soit compatible avec nos valeurs de liberté. Je ne connais pas d'associations de malades qui soit en faveur du privé dans la santé, par exemple. Et pourquoi ne pas s'impliquer dans des mouvements comme celui pour la légalisation de la marijuana. Peu de gens le savent, mais les gens du Bloc Pot considèrent les libertariens comme des «alliés circonstanciels» et sont prêts à travailler avec nous. Faudrait voir ce que ça donnerait! Expérimentons...

Si nous nous attardons à l'ampleur de la tâche, ou si nous cherchons à savoir d'avance ce qui fonctionnera ou pas, nous resterons plus ou moins inactifs. Si chacun de nous se donne un but un peu plus modeste, nous risquons de les dépasser en moins de temps qu'on ne le croit (je trouve que ça fait New Age d'écrire une chose pareille, mais enfin...). Et il y a toujours la possibilité que de modestes actions individuelles aient des répercussions inattendues.

J'entretiens depuis plusieurs années le projet de fonder une association qui dénoncerait les gaspillages gouvernementaux et les abus étatiques de toutes sortes, que ce soit envers le payeur de taxe ou dans le domaine des libertés individuelles. Mais j'ai été témoin de conflits stériles au sein d'associations de propriétaires d'armes, et je crains de revivre la même chose ailleurs. Plutôt que de former une association en bonne et due forme, pourquoi ne pas mettre sur pied une coalition d'individus, ou de petits groupes, qui auraient une autonomie tout en collaborant, en s'unissant ponctuellement, en échangeant de l'information et des compétences?

Je serai un peu cynique, en terminant. Je parie que cette discussion sur le Blogue ne débouchera sur rien de concret, bien que ce soit une question extrêmement intéressante à soulever. Quelqu'un me donnera-t-il tort? Moi, je viens de prendre la résolution de tout faire pour le réaliser, mon projet!

Claire Joly

Que doivent faire les libertariens pour prendre leur place? Suite

Selon moi, bien qu'il soit évident que certaines approches sont beaucoup plus efficaces, productives et même morales (car les partis politiques ne le sont pas) que d'autres, les libertariens doivent être actifs sur le plus grand nombre de scènes de la vie publique et agir à différents niveaux à la fois. Une façon de faire qui s'inspire très vaguement de la «multiplicité des stratégies» des groupes de la frange la plus gauchiste, collectiviste et anarcho-syndicaliste de la société pourrait être celle de choix. Excluant bien sûr le cassage de fenêtre et les graffitis sur les murs car nous, nous respectons réellement notre prochain: sa vie, sa liberté et sa propriété. Les fronts pour la communication et la dissémination de nos valeurs sont multiples.

Bien que cela soit simpliste, l'importance de l'action individuelle doit sans cesse être répétée et jamais oubliée. Utiliser l'actualité pour faire valoir le point de vue libertarien à nos amis, à notre famille, à notre communauté et à nos collègues fait une différence. L'immense majorité nous demande de leur en dire plus sur le libertarianisme. Par la suite, la plupart disent qu'il y a du vrai dans nos principes, mais l'État les ayant irrémédiablement assouvis, ils ont une peur folle d'imaginer un monde de liberté. D'autres, les collectivistes dans l'âme et les totalitaires en déni, nous traitent d'extrémistes. Toutefois, une infime minorité se reconnaît sans réserve dans ces valeurs et joint la cause avec conviction. Bien sûr, ce n'est que de la diffusion à très petite échelle, mais ces individus seront par la suite des libertariens des plus solides et prêts à joindre un mouvement plus grand et cohérent qui naîtra, espérons-le, dans un avenir prochain. L'important est de toujours s'afficher comme libertarien, même dans les situations les plus hostiles (grèves) ou émotives (assurance sociale ou système de santé).

Les magazines comme le QL sont plus qu'essentiels en ce moment et ils le demeureront toujours. Ils permettent, d'une part, la diffusion à très grande échelle si l'on considère toutes les recherches sur Internet qui aboutissent sur ce site et, d'autres part, les articles de ses excellents collaborateurs nous donnent une quantité impressionnante d'arguments pour nos propres débats avec notre entourage.

Je continue à croire qu'il y a encore quelque chose à gagner avec l'implication dans les partis politiques, mais pas dans le sens dont M. Texier et M2 discutaient. Bien entendu, on peut toujours militer pour le parti du moindre mal en espérant ralentir la locomotive étatique qui se dirige à pleine vapeur dans la mauvaise direction (moi aussi, j'y passe beaucoup trop de temps). La politique peut nous apporter quelques minimes changements en faveur de la liberté. Cependant, il faut toujours se rappeler que les partis politiques ne sont là que pour avoir le pouvoir et pour l'atteindre, ils sont toujours les premiers à piétiner les principes et les idées. Toutefois, les partis politiques sont l'environnement par excellence pour diffuser les idées libertariennes, convaincre d'autres militants et, finalement, ajouter d'autres libertariens à la population québécoise. Donc, si vous faites de la politique, militez un peu dans l'espoir peut-être naïf de changer les choses, mais militez surtout à communiquer le message de la liberté.

Steve Radermaker
Ste-Foy

Patriot Act: quand Big Brother s'installe

Le président américain George W. Bush continue ses pressions auprès du Congrès pour renouveler le controversé Patriot Act dont certaines clauses arrivent à échéance pour l'année 2005. Cette pièce maîtresse de la lutte contre le terrorisme est une atteinte directe aux libertés individuelles de millions de civils américains. Depuis quelques années, sous le couvert de la sécurité nationale, différentes agences du gouvernement (CIA, NSA, FBI) se sont vues octroyer des pouvoirs extraordinaires. Le développement récent des technologies high-tech leur offre des outils efficaces pour mieux ficher et cataloguer les citoyens. L'Amérique, cette terre de liberté, et dont les rives sont tant convoitées, est maintenant sur une pente descendante à faire rougir les Pères fondateurs. Nous sommes aux portes de cette dictature silencieuse telle que décrite par l'écrivain George Orwell dans son livre 1984.

La vie aux États-Unis n'est plus la même depuis que deux avions remplis de kérosène ont frappé les tours jumelles du World Trade Centre. En quelques minutes une panique généralisée s'est emparée de ce pays, qui fut récupérée par les fonctionnaires pour redorer le blason de l'État. Il y a plus de trente ans, au lendemain du scandale du Watergate, la confiance de la population envers l'establishment avait été profondément ébranlée. Le président Richard Nixon avait délibérément abusé de ses pouvoirs en faisant enregistrer les conversations de ses interlocuteurs dans le bureau ovale. Habité par une paranoïa excessive, il voyait ses ennemis jusque dans sa soupe, étant convaincu qu'ils étaient prêts à saisir la moindre occasion pour le frapper. En 1974, écrasé par la presse et voulant surtout éviter la destitution, il démissionne. L'opinion publique scandalisée remet totalement en question la légitimité du gouvernement et se méfie de ses institutions. Pas question de laisser Big Brother toucher à la liberté et surtout à la vie privée garanties par la Constitution.

En 2001, lorsque George W. Bush se rend à New York pour constater les dégâts sur le site des attentats, la confiance que lui accordent les Américains atteint des sommets. On le perçoit comme un homme d'État fort, capable de prendre les initiatives nécessaires pour protéger le territoire de la menace terroriste. Or, la population complètement aveuglée ne pouvait se douter un seul instant que Big Brother allait s'installer confortablement dans leur vie par l'entremise du Patriot Act.

Cette loi adoptée par le Congrès augmente considérablement le pouvoir de l'État pour épier ses propres citoyens. Elle donne le droit aux autorités de mener des perquisitions sans mandat sur une propriété privée et d'écouter sans l'accord d'un juge les communications téléphoniques et numériques. Il est maintenant possible d'obliger les cliniques médicales, les librairies, les universités, les bibliothèques, ainsi que les fournisseurs de service Internet, de donner toutes les informations confidentielles sur un client. En cas d'arrestation, un citoyen peut être isolé et déporté sans justification. Finalement, la police peut utiliser des méthodes beaucoup plus extrêmes pour mener des interrogatoires et ainsi menacer l'intégrité physique et psychologique d'une personne.

Cette ingérence de l'État est une preuve évidente que des fonctionnaires peuvent utiliser de tristes événements pour justifier leur utilité auprès d'une population. Utilisant la peur, les émotions, ils feront tout en leur pouvoir pour influencer l'opinion publique en leur faveur. Dans le cas présent, cela a donné naissance à une Amérique complètement différente, ayant des similitudes avec le totalitarisme. Pour un pays qui prétend défendre la liberté aux quatre coins du monde, cette remise en question des droits individuels dans sa propre cour m'apparaît très inquiétante. Il faut espérer que le vaste mouvement de contestation qui s'organise réussira a renverser l'application du Patriot Act.

Mathieu Bréard
Montréal

Il faut gagner non pas des votes, mais des esprits

Apmasse_13Comme M. Texier, je pense qu'il faut s'impliquer pour faire avancer les choses et ne pas se contenter de discuter et de prêcher aux convertis. Mais lorsque «faire avancer les choses» signifie disséminer une philosophie, une façon d'interpréter le monde, la distinction n'est pas si claire entre «parler» et «faire». Parler, ou disons communiquer, c'est justement faire quelque chose.

Lorsque j'ai fondé le QL il y a plus de sept ans, mon but était justement d'éviter de faire des débats pointus entre libertariens (nous n'étions qu'une poignée de toute façon) et au contraire de faire un magazine accessible à tous qui analyserait l'actualité d'un point de vue libertarien et qui s'adresserait à quiconque s'intéresse aux débats d'idées. Prêcher aux convertis n'a jamais été notre objectif. Et ça a marché. M. Texier raconte qu'il a découvert les idées libertariennes en lisant les pages du QL. Des milliers d'autres Québécois, et des gens d'un peu partout, francophones et anglophones, ont vécu la même expérience. Soit en découvrant une philosophie qu'ils partageaient déjà implicitement, soit en étant tranquillement convertis par nos arguments.

Aujourd'hui, quand je vois tous ces jeunes (jeunes hommes surtout, les jeunes femmes sont malheureusement plus rares et s'expriment peu) qui nous écrivent, j'ai l'impression qu'il y a une «génération QL» en train d'émerger. Des jeunes comme Steve Radermaker justement, qui a lancé ce débat. Il y a sept ans, c'était le désert. Presque personne ne savait ce que signifiait le mot «libertarien», et beaucoup croyaient que nous étions un magazine séparatiste parce qu'ils ne comprenaient pas le jeu de mot dans le titre. Je me décourageais parfois quand nous ne recevions aucun message de qui que ce soit pendant plus d'une semaine. Aujourd'hui, nous recevons de nombreux messages tous les jours, au point où j'ai de la difficulté à répondre au courrier.

Disséminer ces idées, faire en sorte que de plus en plus de gens les comprennent et les partagent, voilà la clé de l'engagement, quel qu'il soit. Les changements viendront lorsque nos idées seront largement répandues et que nous aurons une influence directe sur les débats. C'est pourquoi, comme je l'ai écrit à plusieurs reprises sur le QL, je considère que l'engagement politique est une perte de temps. La politique, c'est le monde des compromissions, parce que le but est de plaire au plus grand nombre possible afin d'obtenir le pouvoir. Les idées sont secondaires. Vous pouvez passer des milliers d'heures pendant des années à militer, puis une décision du chef ou une résolution adoptée lors d'un congrès vient renverser tout ce pourquoi vous vous êtes battus. M. Texier propose de voter pour le moins pire. Mais c'est quoi au juste? Aux États-unis, on aurait pu croire que le moins pire en 2000 était Bush, contre Gore le socialiste et l'écocatastrophiste. Mais en plus de ses sales petites guerres inutiles, Bush est le président le plus dépensier et celui qui a le plus faire grossir l'État depuis les années 1960.

J'ai voté pour le PLQ pour une seule raison aux dernières élections, parce que je croyais vraiment que nous aurions des baisses d'impôt, même si pour le reste les libéraux sont des girouettes sans aucun principe ni idée clairs. L'ADQ me semblait être un parti encore plus confus, et qui rejette la nécessité de réduire le fardeau fiscal. Et qu'est-ce qu'on aura en fin de compte avec les libéraux? Des hausses d'impôt! Et une gestion pourrie - aussi interventionniste en fin de compte que celle du PQ - que tous les groupes gauchistes attaquent pourtant comme étant «néolibérale». Les libéraux non seulement ne réduisent pas la taille de l'État, mais ils discréditent les idées de libre marché. À quoi ça nous avance d'élire des moins pires de la sorte?

S'impliquer dans des partis signifie qu'on croit encore que la solution viendra du politique, des politiciens, alors que CE SONT JUSTEMENT EUX LE PROBLÈME. Mais nous sommes complètement brainwashés, depuis des décennies, à croire que toute solution vient de l'État. Au lieu de perdre son temps dans ces entreprises irrationnelles que sont les partis, il y aurait des tas de choses plus pertinentes à faire. Mettre sur pied par exemple une véritable association de défense de la liberté individuelle, qui interviendrait dans les débats et ferait contrepoids à l'influence des syndicats et des groupes de parasites gauchistes. Ça prend des entrepreneurs, des organisateurs, des gens prêts à se dévouer et à faire certains sacrifices, pour mettre sur pied une telle organisation. Mais entre passer des milliers d'heures à militer dans un parti pour peut-être ne rien obtenir en bout de ligne, et des milliers d'heures dans une organisation avec une mission plus cohérente et pertinente, il me semble qu'il y a un choix clair à faire.

Mon souhait le plus immédiat, en termes de stratégie, serait de voir tous ces nouveaux collaborateurs du QL et du Blogue devenir des spécialistes dans un ou deux domaines, qui pourraient ainsi devenir des commentateurs crédibles pour le mouvement libertarien. La spécialisation des tâches est un processus économique important, même dans la diffusion des idées. Nous sommes plusieurs à écrire sur tout et rien, même si certains ont des sujets favoris (comme G2 qui écrit sur la culture et les communications, ou André Dorais, sur les questions monétaires). Mais j'aimerais voir un collaborateur nous tenir au fait de ce qui se passe dans le milieu de l'éducation, un autre nous écrire régulièrement sur les déboires de l'administration municipale montréalaise, d'autres écrire sur les questions juridiques, l'agriculture, les enjeux qui découlent des nouvelles technologies, l'environnement, la fiscalité, et quoi encore. Voilà qui nous donnerait une crédibilité encore plus grande, et qui aiderait encore plus à la diffusion de nos idées dans différents milieux.

La demande est de plus en plus grande pour une perspective différente de celle qui domine tous les débats au Québec depuis 40 ans. Les médias s'intéressent tranquillement de plus en plus à nous. Si nous avions des porte-parole crédibles sur différents sujets, qui pourraient faire des entrevues, écrire des articles d'opinion dans les journaux, l'impact serait infiniment plus grand que si nous avions quelques militants de plus sur un comité d'un parti quelconque. Dans ce débat sur ce que doivent faire les libertariens pour prendre leur place, il faut toujours garder en tête une chose cruciale: nous n'avancerons pas en gagnant des votes, mais en gagnant des esprits.

M2

20 juin 2005

Que doivent faire les libertariens pour prendre leur place? Suite

Cette note m'a intéressée parce que je me suis déjà posé la même question. Il y a quelques semaines, lorsque nous étions à la veille (ou à l'avant-veille) d'une élection fédérale, je me suis demandé pour qui j'allais voter cette fois-ci ou tout simplement si j'allais voter. Je ne me sentais à l'aise avec aucun des partis. Je me suis mis à faire des recherches sur les partis fédéraux et je suis «tombé» sur le site du Parti libertarien canadien. Je n'avais jamais entendu parler de libertarianisme. C'est ainsi que j'en suis venu à lire régulièrement les chroniques du Québécois Libre. J'ai encore un peu de difficultés avec la privatisation de la police... mais je peux dire que je suis d'accord avec 90% des prises de positions du «groupe». Ceci étant dit, quelle est l'utilité de prêcher aux convertis?

Il y a quelques années, j'avais un voisin avec qui il me plaisait de discuter. C'était un catholique «traditionnel» - messes en latin, confessions, exorcismes, petit catéchisme, etc. Ce qui me surprenait le plus c'est que ses plus virulentes critiques ne s'adressaient pas aux athées, agnostiques ou autres anticléricaux, mais presque exclusivement à l'Église catholique! Celle avec laquelle il partageait presque toutes ses convictions. J'avais beau lui dire qu'il me semblait plus logique d'être catholique que protestant, et plus logique d'être protestant que musulman, et ainsi de suite, pas moyen de le faire changer d'idée. Si l'on n'est pas catholique, c'est foutu. Il n'y a rien à faire. C'est la loi du tout ou rien.

Je lui ait alors soumis l'analogie suivante: supposons que vous constatiez qu'un train de marchandise de plusieurs dizaines de wagons circule en direction Est à plus de deux cents kilomètres à l'heure et que vous considériez que ce train roule dans la mauvaise direction, qu'il devrait plutôt se diriger toute vapeur vers l'Ouest, que suggérez-vous? Il n'a pas répondu directement à cette question. Mais sur le plan religieux, sa position était de considérer toute autre solution que celle de virer le train de bord tout d'un coup, subitement, insensée. Pas question de le ralentir, de le stopper, de le mettre à la renverse et d'accélérer petit à petit dans la bonne direction. Il ne voyait dans cette stratégie qu'une magouille indigne d'un vrai catholique, d'un pur. Mais il me semble que ce n'est pas possible de stopper, ou pire, d'inverser la direction d'un train de marchandise roulant à vive allure tout d'un coup!

Pour en revenir à une certaine implication politique, ne serait-il pas plus efficace, à long terme, de commencer par voter pour le parti le moins pire. De moins pire en moins pire, on finirait par se rapprocher du but. On finirait certainement au moins à cesser de nous en éloigner. Attendre que, miraculeusement, la société passe d'une lourde tendance sociale-démocrate à une tendance libertarienne sans transition me semble complètement utopique.

S'il est contradictoire pour un libertarien de s'impliquer en politique (ce que j'ai lu à quelque part sur ce site), il me semble naïf de croire que de simplement parler ou discuter sans s'impliquer pourrait éventuellement changer quoi que ce soit.

Philippe Texier
Les Éboulements, Charlevoix

Fermeture du Wal-Mart à Jonquière: pourquoi avoir crié au scandale?

Merci à l'auteur de l'article «Wal-Mart: l'hypocrisie se poursuit» (publié dans le QL du 15 juin) pour cette excellente mise au point sur les mythes et réalités concernant Wal-Mart.

Il y a une question que je me pose depuis l'annonce de la fermeture du Wal-Mart de Jonquière, à laquelle je n'ai pas encore obtenu de réponse satisfaisante, et qui, à mon sens, montre toute l'hypocrisie et l'incohérence du mouvement «anti-walmartisation»: s'il est vrai que la présence de Wal-Mart dans une région entraîne la paupérisation généralisée, la fermeture de commerces, l'exploitation des salariés, la spirale des salaires vers le bas et tout un tas d'autres calamités, alors pourquoi avoir crié au scandale, à l'injustice, au viol, à l'annonce de la fermeture? Nous aurions pu nous attendre, au contraire, à un cri de victoire du syndicalisme («Nous avons gagné!Continuons à lutter pour la prochaine fermeture!»), à l'organisation de festivités et de réjouissances, que nos politiciens auraient peut-être pu même transformer en jour férié pour l'ensemble du Québec, en souvenir d'une grande avancée conquise par les travailleurs.

En effet, selon la logique syndicale (et dominante), la fermeture d'un Wal-Mart devrait entraîner réouverture de petits commerces, embauche des ex-employés Wal-Mart à des conditions bien plus avantageuses, enrichissement de la population et économie florissante. Pourquoi alors hurler au scandale voire exiger la réouverture de force du magasin?

Explications bienvenues.

Laurent Monchi

Le CRTC est un dinosaure devenu inutile

Apguenette_7Dans un encadré publié ce matin dans La Presse, on peut lire: «Le CRTC veut vos commentaires». C'est que le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes a reçu une demande de l'Association canadienne des télécommunications par câble (l'ACTC) en vue d'ajouter Channel One Russia Worldwide TV, un service non canadien, aux listes de services par satellite admissibles à une distribution en mode numérique. Et les bureaucrates du Conseil se demandent quoi faire... Comme si la population allait se soulever et débattre de la chose. Comme si elle devait s'en préoccuper. Ajoutez la chaîne à l'offre générale et on verra si les consommateurs en veulent! Pas besoin de débattre de midi à quatorze heures! Le sort du pays ne dépend pas de chaque nouvelle chaîne, ou «service non canadien», ajoutée à l'offre générale.

Je serais curieux de voir le nombre de réponses que génère ce genre d'appel à tous. Je serais curieux surtout de voir qui se donnent la peine d'y répondre. On donne l'impression que l'opinion du citoyen est prise en considération dans tout ce processus, mais au fond ce sont les lobbies et les gens du milieu de la télé qui décident. Parce qu'ils ont des intérêts, c'est sans doute à eux que s'adresse le CRTC. Les citoyens, eux, n'en ont rien à cirer. Ils n'ont surtout pas de temps à perdre au jeu des procédures: «les parties qui désirent commenter la demande doivent également faire parvenir une copie conforme de leurs observations à l'ACTC. Les preuves d'envoi des observations à l'ACTC doivent aussi être jointes aux observations originales déposées au Conseil. Les observations sur les demandes de l'ACTC doivent parvenir au Conseil au plus tard le 11 juillet 2005. Une copie des observations doit avoir été reçue par l'ACTC au plus tard à cette date.» Etc., etc., etc. Des heures de plaisir.

Pourquoi faut-il décider «collectivement» de l'ajout d'une chaîne de télé spécialisée à l'offre générale? Est-ce qu'on décide «collectivement» des nouveaux magazines qui se retrouvent en kiosque? Des romans qui se vendent en librairie? Des films qui sont projetés dans les salles de cinéma? Des chansons qui tournent à la radio? Pourquoi doit-on décider pour les chaînes télé? Surtout qu'il ne s'agit plus d'ajouter de nouvelles chaînes dans un spectre d'ondes hertziennes fini. On peut ajouter des chaînes numériques à l'infini. Le CRTC est un dinosaure devenu inutile. Les câblodiffuseurs et fournisseurs de télévision numérique devraient être les seuls à décider des chaînes qu'ils offrent. Ils sont les mieux placés pour savoir ce que leurs clients veulent.

G2

19 juin 2005

Que doivent faire les libertariens pour prendre leur place?

Dans la lignée du débat loufoque sur «qui est le plus libertarien», et étant un lecteur silencieux du QL depuis maintenant 5 ans, j'aimerais y ajouter mes très humbles impressions. En effet, comme le rappelle M. Masse, la guerre est bien souvent un exemple émotif où, pour certains, les compromis sont difficiles à atteindre. Dans tous les cas réels et la quasi-totalité des cas hypothétiques, je crois qu'approuver une guerre n'est jamais la position la plus libertarienne. Les positions divergentes sur ce plan rejoignent en partie le débat entre anarcho-capitalistes et minarchistes.

Cependant, étant donné, bien heureusement, que ce type de sujet n'occupe plus le premier plan de l'actualité, rien ne sert de jouer à l'inquisiteur et de cultiver l'amertume, surtout lorsqu'on considère notre nombre encore si faible. Et c'est cette considération qui me pousse à vouloir introduire un autre sujet sur le Blogue: comment amener le libertarianisme sur la place publique? Bien sûr, le QL a fait bien plus que quiconque n'aurait pu imaginer et les entrevues d'André Arthur avec M. Masse ont aussi un impact non négligeable dans la région de Québec. Mais nous sommes encore loin de l'importance que les libertariens occupent dans le débat public aux États-unis ou au Costa Rica.

Certains d'entre nous (souvent les plus jeunes) tentent de provoquer un peu de changement en militant pour les partis politiques étatistes qui ont le plus de considération pour la liberté individuelle. Bien entendu, je suis d'accord que l'État sera toujours le problème et qu'une solution ne viendra jamais de la sphère étatique. Cependant, on peut souligner les efforts du Republican Liberty Caucus, qui réussit à faire élire de plus en plus de promoteurs de la liberté sous la bannière républicaine aux États-Unis. Ensuite, il existe les partis libertariens, bien qu'on puisse se questionner sur la moralité d'être libertarien et politicien à la fois. Toutefois, le Parti libertarien donne à ses candidats aux États-Unis une certaine fenêtre médiatique et il n'est pas rare de voir le candidat à l'élection présidentielle pour ce parti apparaître à Fox News. En outre, les députés du Movimiento Libertario au Costa Rica comptent pour 10% de la législature nationale après seulement quelques années d'existence.

Finalement, les think tanks sont souvent le médium privilégié des libertariens. Ici au Québec, l'IEDM fait un excellent travail, mais leurs membres se présentent toujours comme des économistes et non pas comme des défenseurs de la liberté, ce qui ne fait que contribuer à les démoniser (à tort bien sûr) dans une province socialiste. Le Cato Institute aux États-Unis envoie des analystes très régulièrement sur tous les réseaux de télévision.

Alors que devons-nous faire maintenant, ici au Québec? Nous inscrire massivement dans un parti politique et contribuer à changer peu à peu ses positions? Fonder un nouveau parti? Créer un lobby libertarien peut-être? Le QL a accompli un miracle et ses créateurs peuvent en être extrêmement fiers, mais je rêve du jour où nous sortirons de l'ombre, où nous prendrons notre juste place dans le débat public et nous accomplirons des actions concrètes afin de nous libérer des chaînes de plus en plus lourdes de l'État. J'ose espérer que ce sujet fera boule de neige sur le Blogue du QL.

Steve Radermaker
Ste-foy

La guerre au service de l'État

Selon une étude récente publiée par l'Institut pour la paix de Stockholm (7 juin 2005), les dépenses étatiques mondiales dans le domaine militaire ont atteint des niveaux record pour l'année 2004. Plus de 1000 milliards de dollars ont été dépensés, dont 47% de cette somme uniquement par les États-Unis. La menace terroriste ainsi que la mise en place de la nouvelle politique stratégique du gouvernement Bush expliquent cette formidable explosion budgétaire. Ces montants, qui font la joie des fonctionnaires du Pentagone, servent à entretenir une bureaucratie vaste et tentaculaire dont les ramifications s'étendent à l'ensemble de la planète.

Pour de nombreux spécialistes qui voyaient l'Amérique se retrancher derrière ses barricades au lendemain de la Guerre froide, le réveil est brutal. Non seulement ce pays est-il toujours aussi interventionniste, mais il se donne des moyens considérables pour mieux violer la souveraineté territoriale des autres, créant ainsi désordre et instabilité. Le bourbier dont nous sommes témoins en Irak en est un exemple frappant. En s'obstinant à vouloir démocratiser le Proche-Orient par la force et imposer leurs valeurs comme des vérités absolues, les États-Unis ne viennent-ils pas d'emprunter un chemin dangereux? D'un point de vu libertarien, cette ingérence d'un État dans les affaires des autres en dehors de toute légitime défense est une atteinte à la liberté, la stabilité et la prospérité.

La guerre est un instrument au service de l'État et ceux qui tirent les ficelles trouvent toujours les moyens d'en renouveler les mécanismes. En 1989, lorsque le Mur de Berlin s'effondre, des millions de personnes fêtent cet événement dans la joie et l'euphorie. Pourtant de l'autre côté de l’Atlantique, dans les coulisses de la Maison Blanche, les proches collaborateurs du président Bush père sont très inquiets. Les sondages démontrent que le citoyen moyen délaisse de plus en plus la politique étrangère pour s'intéresser davantage au budget et à l'économie. La fin de la menace communiste prive l'État américain de son plus fervent adversaire. Un adversaire coriace qui pendant des années permettait sans difficulté de justifier auprès du Congrès d'énormes dépenses dans les infrastructures militaires et les services de renseignements.

Pour rétablir rapidement les choses, on prend la décision de mettre au monde une nouvelle guerre, celle contre la drogue. Grâce à une campagne de sensibilisation bien orchestrée, on réussit à convaincre la population que les milliards de dollars investis dans la défense sont toujours nécessaires, mais cette fois-ci pour lutter contre les narcotrafiquants. Washington se servira de ce prétexte pour continuer ses interventions du Pérou au Pakistan et même sur la scène nationale, restreignant ainsi les libertés individuelles de ses propres citoyens. Pour les autorités, la répression deviendra la nouvelle ligne de conduite, le simple fumeur de marijuana devenant une cible potentielle.

Quelques années plus tard, les événements du 11 septembre 2001 donneront à l'État américain l'adversaire idéal: le terrorisme islamique. Comme il peut être caméléon et frapper à l'improviste, on s'empresse d'amplifier sa menace. Utilisant le pouvoir de la religion, le président Bush diabolise ce nouvel adversaire, le présentant comme l'incarnation du Mal. Suscitant peur et méfiance, il réussit à convaincre le Congrès d'augmenter le budget de la Défense, à créer un ministère de la Sécurité intérieure et à adopter en catastrophe le Patriot Act, dont les dérives seront maintes fois dénoncées par les groupes pour la défense des libertés civiles.

Pour conclure, cette interventionniste militaire que je viens de décrire doit être condamnée et n'a aucun lien avec la philosophie libertarienne. Un retour à une politique plus isolationniste est souhaitable pour mettre un terme à ces folies. Seulement, nous sommes peut-être prisonniers d'un processus où la recherche d'une issue sera de plus en plus difficile. Nous devons garder en tête que la guerre alimente et nourrit la force de l'État, ses partisans, mais surtout son emprise sur les consciences.

Mathieu Bréard
Montréal

L'État recule un peu au Canada, reste dominant en France

Un lecteur, M. Fauteux, nous écrit:

J'ai constaté, en consultant votre site, que les dépenses publiques sont passées de 15 % à 46 % du PIB de 1926 à 1995. Je me demandais si vous aviez les données pour l'année en cours ou sinon, à quel endroit je pourrais les trouver. Merci!

Martinmasse_19Les données les plus récentes que j'ai trouvées sont celles du ministère canadien des Finances sur cette page, qui comprend des tableaux comparant les comptes nationaux des pays du G-7. Le tableau 54 compare les recettes totales des administrations publiques (c'est-à-dire des administrations fédérale, provinciales, municipales et autres) de 1960 à 2003, alors que le tableau 55 compare les dépenses totales.

Il est intéressant de constater l'évolution des dernières années, autant au Canada que dans les autres pays. La taille de l'État canadien a atteint son maximum en 1992, alors que ses dépenses comptaient pour 53,2% du PIB. Au cours de la décennie qui a suivi, cette proportion a diminué de façon importante pour atteindre 40,1% en 2003, soit une baisse de treize points. Il s'agit certainement d'une bonne nouvelle, puisque cela signifie que l'État prend moins de place, toutes proportions gardées, dans l'économie du pays, et donc dans nos vies. Mais il faut faire attention à ces chiffres et ne pas leur faire dire ce qu'ils ne disent pas, soit que la taille de l'État a été considérablement réduite depuis 1992 et que l'État a été «démantelé» comme le prétendre toutes les groupes de parasites gauchistes.

D'une part, l'État a continué de grossir pendant cette période, mais moins vite que l'économie, qui a connu des taux de croissance élevés depuis une décennie. Les budgets des gouvernements n'ont en fait pas été réduits, mais ont continué à augmenter, année après année. De nouveaux programmes ont été créés (qu'on pense simplement aux garderies au Québec), même si d'autres programmes ont connu des hausses de budget moins rapides ou des baisses. Et la réglementation continue d'étendre son filet partout, ce qui constitue une intervention étatique même si aucun budget n'y correspond. Bannir la cigarette partout ou imposer de nouveaux permis et règlements pour opérer un Bed & Breakfast chez soi n'entraîne pas de hausses des dépenses de l'État par rapport au PIB, mais il s'agit malgré tout d'une nationalisation encore plus poussée de ces secteurs de l'économie.

D'autre part, il faut regarder l'autre variable de l'équation budgétaire, celle des recettes (tableau 54), pour avoir une idée plus juste de la situation. On constate alors que la baisse est beaucoup moins significative que l'on pourrait croire. En 1992, les recettes de l'État comptaient pour 44,2% du PIB. Cette proportion était tombée à 41,3% en 2003, ce qui signifie à peine une baisse de trois points de pourcentage. Qu'est-ce qui explique cette disparité entre les deux tableaux? Les déficits budgétaires.

On se rappellera qu'au début des années 1990, les gouvernements fédéral et provinciaux avaient des déficits gargantuesques. En 1993-94, Ottawa dépensait 42 milliards $ de plus que ses recettes, alors que le déficit atteignait 5 milliards $ à Québec. Ce sont ces déficits qui faisaient exploser la proportion des dépenses dans le PIB. Depuis, ils ont été éliminés (quoiqu'ils réapparaissent depuis deux ans en Ontario et au Québec) et Ottawa engrange même des surplus à répétition. Bref, les gouvernements gèrent leurs finances de façon un peu plus réaliste (tout est relatif évidemment, des milliards continuent à être gaspillés à gauche et à droite) et n'empruntent plus pour payer l'épicerie, mais ils siphonnent encore une proportion presque aussi importante de l'économie privée.

Si la situation s'est tout de même légèrement améliorée au Canada depuis dix ans, elle est restée aussi pire en France. En 1993, la proportion des dépenses dans le PIB atteignait un sommet à 55,3%. Depuis, elle est descendue à… 54,5%, soit une baisse marginale. Quant aux recettes, qui s'élevaient à 49,3% du PIB en 1993, elles ont grimpé à 50,4% en 2003. Cela signifie donc que le déficit budgétaire de l'État français est légèrement moins important aujourd'hui qu'il y a dix ans. L'État, lui, reste gigantesque.

M2

Transport en commun: un pas de plus dans la mauvaise direction

La Tribune de ce samedi affichait en première page: L'autobus gratuit pour tous les Sherbrookois? «Le transport en commun pourrait-il devenir gratuit pour tous les Sherbrookois? Tel est du moins le projet le plus concret et rassembleur adopté hier matin par la centaine de participants au colloque Destination région Sherbrooke.»

Dans l'article, il est précisé que la demande augmenterait sûrement et qu'il faudrait donc acheter de nouveaux autobus. Je vais faire une prédiction; la demande ne va pas seulement augmenter, elle va exploser! Tout comme c'est arrivé avec notre système de santé. «Deux petits kilomètres à marcher… ahh, je vais prendre l'autobus, de toute façon c'est gratuit.» Encore une fois, des gens se feront voler de l'argent pour un service qu'ils ne veulent pas. Peut-être ont-ils une voiture, peut-être vivent-ils tout près de tout ce dont ils ont besoin et finalement, peut-être préfèrent-ils tout simplement marcher. Puis rendre ce service «gratuit» (déjà fortement subventionné, malheureusement), c'est nous assurer un immobilisme total. Plus aucune innovation dans les transports, plus aucune remise en question. Comment un tel système pourrait-il faire faillite? L'autobus gratuit, c'est nous assurer qu'il n'y aura plus aucune compétition. Avec un tel monopole, s'il y a une grève, comment ne pas plier? J'espère de tout coeur que cette nouvelle n'était pas sérieuse, mais uniquement un petit égarement intellectuel temporaire.

Christian Fortin
Sherbrooke

Je ne suis pas libertarien, et puis après?

M. Joly se demande, à juste titre, pourquoi je suis publié sur Le blogue du QL. Il a raison de dire que je ne suis pas libertarien. Je suis ce que je suis parce que je suis ce que je suis: cela résume mon programme idéologique. «I am what I am cos' I am what I am», comme le chantait Popeye le vrai marin.

J'ai publié dans la très catholique et très conservatrice revue Égards tout en étant athée et libéral. J'ai publié dans la revue Voir sans être social-démocrate. J'ai publié dans Le Devoir tout en pourfendant le nationalisme. En politique, comme en toutes choses, je me contente d'émettre quelques timides opinions pas toujours sages, parfois erronées, souvent personnelles. J'écris des lettres au gré des événements, tentant d'apporter ma petite contribution aux débats publics. Je les envoie là où je crois qu'elles pourraient produire un effet. Je m'excuse auprès de M. Joly de ne pas me soumettre complètement à l'orthodoxie de la doctrine libertarienne. Qu'il n'y voie là aucune malice de ma part. Au fond, je ne suis qu'un opportuniste. Je suis un peu comme le pique-assiette qui court les réceptions officielles pour se bourrer la panse sur le bras des autres.

Gaétan Bouchard

PS: Le commentaire de M. Masse à propos de la flexibilité intellectuelle est un excellent sujet de méditation.

18 juin 2005

La social-démocratie, fille du nazisme

Martinmasse_18Les partisans de l'étatisme, de droite comme de gauche, n'aiment pas se faire rappeler les origines et les accointances peu recommandables de leurs idéologies. Soulevez un lien quelconque entre une politique contemporaine et Hitler ou Staline, et on vous accuse immédiatement de faire de la démagogie et de comparer des choses qui n'ont rien à voir. Le silence, l'ignorance et l'oubli jouent un rôle central dans l'histoire intellectuelle. Au Québec par exemple, pratiquement personne ne semble connaître la filiation directe entre les politiques social-démocrates bon teint qui font presque l'unanimité aujourd'hui au sein des élites intellectuelles et politiques, et l'idéologie corporatiste teintée de fascisme qui a connu ses heures de gloire dans les années 1930.

En Allemagne même, ces liens sont encore plus directs, mais le silence, l'ignorance et l'oubli ont été tout aussi dominants jusqu'à très récemment. Dans un récent article du Wall Street Journal (7 juin), un écrivain allemand, Gotz Aly, rappelle que malgré les différences entre les régimes de l'est et de l'ouest,

les politiques sociales des deux États qui ont succédé au 3e Reich avaient une fondation commune: l'idéologie de la «communauté nationale» popularisée par le régime nazi. Hitler n'a pas réussi à maintenir les bonnes relations notoires entre le peuple allemand et ses dirigeants simplement, ou même principalement, en faisant des discours violemment antisémites. Dès le début, il a utilisé les méthodes familières pour acheter l'assentiment des gens par des programmes sociaux. Par exemple, en pleine période de guerre, il a augmenté les pensions de vieillesse de 15%, et dès 1939, il s'est assuré que les soldats allemands et leurs familles recevraient des salaires et des chèques d'allocation familiale deux fois plus élevés que ceux des soldats britanniques et américains et de leurs familles. De plus, les allocations pour les familles avec enfants ont augmenté, durant les quatre premières années de la guerre, d'un incroyable 400%. Pendant longtemps, personne n'a parlé de ces racines de l'État-providence allemand et de notre mentalité.

Répétons-le pour ceux qui ne le savent pas encore: nazi signifie «national-socialiste». Les nazis étaient des socialistes, des partisans d'une idéologie collectiviste totalitaire, exactement comme les communistes. Leurs idéologies se ressemblaient sur bien des points. Et comme le note Gotz Aly, la social-démocratie de l'Allemagne de l'Ouest était elle-même en continuité avec l'État- providence mis en place par les nazis.

Au Québec aujourd'hui, les nationalo-étatistes qui dominent la politique et les débats intellectuels non seulement sont trop crétins pour savoir qu'ils ne font qu'ânonner les slogans corporatistes des années 1930, mais croient se démarquer de façon absolue de ces deux mouvements totalitaires. Leur rejet du libéralisme et le paternalisme d'État dont ils nous abreuvent ont pourtant exactement les mêmes fondements philosophiques. L'État québécois intervient autant dans l'économie et dans tous les aspects de nos vies que le faisait l'État nazi. La seule différence est qu'ici, on n'élimine pas physiquement ceux qui contestent le pouvoir. Une grosse différence dont il faut sans doute être très fier.

M2

Libérez-nous des syndicaux

Quand je lis tous les articles du QL sur l'affaire Wal-Mart de Jonquière, je me dis que la chanson de Lolo Locass Libérez-nous des libéraux (ceux de Jean Charest) devrait être mise à jour et retitrée Libérez-nous des syndicaux. Les centrales syndicales et certains politiciens à leur solde ne veulent en effet absolument pas d'une remise en question sérieuse du «modèle québécois», qui a l'air aujourd'hui d'un vieil ordinateur Commodore Vic-20 dans un monde de Windows XP et Linux.

Un premier couplet avec le refrain:

On ne sait pas comment
Les ardents défenseurs du petit peuple
Sont devenus des assoiffés de pouvoir
Pourquoi? Pourquoi? Pourquoi
Ils ont viré leur chemise de bord?

Libérez-nous des syndicaux
Libérez-nous des syndicaux
Libérez-nous des syndicaux... Ohohohohhooooooooooh

(Je laisse aux autres membres et fans du QL le soin de compléter le reste selon leur imagination.)

Stéphane Dumas

Des idées pour enrichir le débat

À propos du commentaire de M. Joly:

J'aimerais bien connaître sa position sur différentes questions, pour savoir s'il est bel et bien libertarien lui-même. La liberté pure, je crois qu'elle est inatteignable. Comment «forcer» tout le monde à y adhérer? Certaines personnes croient fermement qu'une société fonctionne mieux s'il y existe une forme de contrôle (ces gens ne font probablement pas confiance à la population. En effet, il est très facile d'identifier des comportements humains pouvant justifier cette position). D'autres fonctionnent plus sur le style «vivre et laisser vivre», essayant de faire le moins de tort possible aux autres, respectant les idées différentes. Chacun a ses penchant, à divers degrés. Comment prétendre que je détiens la vérité? Et cette vérité que je détiens, sera-t-elle vraie toute ma vie? J'ai le droit de changer d'idée!

J'aime le Blogue car nous pouvons voir ce que pensent les intervenants, et de là, nous pouvons nous faire une opinion personnelle. Il faut analyser ce qui est dit, et voir si cela correspond à nos valeurs. Je teste régulièrement mes opinions avec mon entourage et vois que bien souvent de très bons contre-arguments sont avancés. Cela enrichit le débat et nous fait progresser. Sur l'indépendance, quelqu'un me présentait justement l'argument avancé dans la présente édition du QL, à savoir qu'un seul palier de gouvernement serait plus facile à surveiller/influencer que deux. Ce n'est pas si mauvais que ça comme idée, lorsqu'on y pense à deux fois...

J'invite donc M. Joly à publier ses textes d'opinions, et de là, nous pourrons continuer notre quête vers la liberté. ;-)

Raphaël Chassé
Rimouski

17 juin 2005

Un jeu de polémique sur le Blogue du QL?

Un lecteur, M. Joly, m'écrit :

Monsieur Masse,

À force de publier sur votre blogue les billets de M. Bouchard, qui est tout sauf un libertarien, comme bien d'autres de vos nombreux collaborateurs ces derniers temps, vous contribuez à entretenir la confusion, à savoir si le libertariarisme est bel et bien de droite ou non. Mais peut-être que tout ça n'est qu'un jeu de polémique, question d'avoir un auditoire.

Apmasse_12J'ai déjà eu des échanges avec Gaétan Bouchard, je sais que nous sommes en désaccord sur plusieurs points et qu'il ne se considère en effet pas comme libertarien. Ça ne pose aucun problème dans la mesure où nous publions uniquement ses commentaires qui rejoignent les positions libertariennes. Le libertarianisme n'est ni de droite ni de gauche, mais il rejoint des positions partagées par la droite et la gauche. Si nous recevions d'un militant gauchiste un billet en faveur de la libéralisation des drogues, ou contre l'interventionnisme militaire, qui serait en accord avec la position libertarienne sur ces questions, il serait également publié.

Il est certain que nous voulons l'auditoire le plus large possible pour le Blogue, ainsi que le plus grand nombre de collaborateurs qui dénoncent l'étatisme et le collectivisme et qui appuient la liberté individuelle. C'est cela, et cela seulement, qui caractérise les textes que nous publions. Chacun le fait selon sa propre perspective. Le libertarianisme est d'ailleurs un mouvement très hétérogène, et les libertariens dénoncent non seulement les collectivistes de gauche et de droite, mais se disputent aussi fréquemment avec d'autres libertariens. Le QL n'aurait eu qu'une poignée de collaborateurs depuis ses débuts si je n'avais accueilli que ceux avec qui je suis en parfait accord sur tout.

Ma position a toujours été de ratisser le plus large possible et d'accueillir tous ceux qui cheminent vers la liberté. Je considère que sur certains sujets cruciaux, la guerre par exemple, il ne peut y avoir de compromis, et les quelques partisans de la guerre en Irak parmi les collaborateurs du QL (que, sur ce point, je considère comme des étatistes confus) ont dû exprimer leur position ailleurs. Pour le reste, le QL et le Blogue sont ouverts au débat, dans la mesure où la perspective défendue est globalement en faveur de la liberté. Dans le dernier numéro du QL par exemple, un nouveau collaborateur défend l'indépendance du Québec, un sujet qui n'a pas exactement été l'un de nos chevaux de bataille ces dernières années.

Nous recevons régulièrement des lettres qui dénoncent notre «extrémisme» et nos préjugés idéologiques, d'autres qui louent au contraire la grande variété de points de vue qui s'expriment dans le QL et le Blogue. Mais c'est bien la première fois qu'on nous accuse de ne pas avoir de ligne éditoriale suffisamment rigide. Je ne sais pas qui sont ces autres collaborateurs qui ne sont pas libertariens. De toute façon, je ne vois pas comment je pourrais faire passer un test de pureté idéologique à tous ceux qui écrivent pour nous. Je n'ai jamais rencontré en personne la plupart d'entre eux. La seule chose que je peux juger est la pertinence des textes qu'ils nous envoient.

Il faut sans doute un peu de flexibilité intellectuelle pour naviguer dans l'univers du QL. Mais je ne vois pas comment on peut prétendre comme M. Joly que nous entretenons la confusion.

M2

Prohibition - Attention danger!

Le ministre Philippe Couillard fait la joie des organismes de santé publique par les temps qui courent. Son ministère est sur le point de déposer à l'Assemblée nationale le fameux projet de loi 112 dont l'objectif est d'interdire complètement l'utilisation du tabac dans les bars et restaurants de la province. Selon l'Association pour la protection des non-fumeurs, cette intervention de l'État est nécessaire car la cigarette rend malade et tue. Une information qui circule pourtant depuis des années auprès des consommateurs responsables et avertis. Or, devant une opposition aussi virulente, il est évident que la vente libre de tabac est menacée et que sans la recherche d'un compromis juste et équitable entre fumeurs et non-fumeurs nous nous dirigeons vers son interdiction complète. L'idée de la prohibition serait une lamentable erreur et la population aurait intérêt à réfléchir sérieusement avant de se laisser aller à ce genre de mesure extrême. D'ailleurs, nos médias se gardent bien d'en mesurer les conséquences jouant le jeu de nos gouvernements.

Demain, interdisez complètement le tabac et ses produits dérivés et le marché sera récupéré par le crime organisé qui en fera son nouvel Eldorado. À ceux qui désirent un avant-goût de ce que j'avance, je vous suggère de prendre votre voiture et de circuler sur la route 132 en direction de la réserve autochtone de Kahnawake où l'on commence déjà à construire de nombreux centres de production et de distribution de cigarettes. Il est déjà possible pour un client de passer sa commande par téléphone et de se faire livrer la marchandise directement à son domicile. Pas de question, pas de taxe, mais surtout un client satisfait. Grâce à Internet et aux nouveaux médiums de communication, il est déjà beaucoup plus facile de rejoindre une clientèle. Il y a fort a parier que ce commerce fort lucratif prendra de l'ampleur avec les durcissements de la législation antitabac. De plus, une criminalisation éventuelle aurait pour effet d'augmenter la criminalité et de supprimer tout cadre juridique dans la résolution de conflit entre le producteur, le distributeur et le consommateur.

Mais ne vous inquiétez surtout pas, nos bureaucrates essayeront sûrement de trouver des solutions aux problèmes qu'ils contribuent eux-mêmes a créer! Voyons comment pourraient-il justifier leur utilité dans ce cas-ci. Une police antitabac est peut-être déjà à l'ordre des priorités. Il me semble déjà voir ses nouveaux fonctionnaires en action distribuant des amendes (selon la loi 300 a 2000$ et 6000$ en cas de récidive) aux propriétaires de restaurants parce que quelques clients délinquants ont osé en griller une. J'imagine déjà les nombreuses poursuites en justice pour les contester et surtout la difficulté de présenter une preuve valable. Je vois également la création du Centre «national» des plaintes contre le tabac ainsi que la mise en place de son service d'écoute 24/24. Voilà une autre belle façon de grossir la taille d'un État déjà très paternaliste.

Soyons sérieux, le gouvernement n'a pas à faire la morale à un propriétaire sur la façon dont il doit gérer son établissement privé. Ce dernier doit conserver son autonomie et son droit de choisir s'il ouvre ses portes à une clientèle de fumeur ou non. Il est de sa responsabilité d'en assumer les conséquences sur le rendement de son entreprise. De mon côté, le non-fumeur que je suis assume pleinement son choix lorsqu'il pénètre dans un milieu de fumeurs au même titre que celui qui dépose sa candidature pour y travailler.

Voilà la véritable alternative pour une société libre qui se respecte.

Mathieu Bréard
Montréal

16 juin 2005

Élevés par l'État

Jean-Jacques Rousseau, Karl Marx et Friedrich Engels sont les idéologues officiels des fonctionnaires syndiqués des Centres de la petite enfance (CPE). Dans nos Cégeps, on enseigne depuis 40 ans que les enfants devraient être élevés par l'État. Les étudiants doivent y apprendre l'art de détruire la famille traditionnelle fondée sur le «patriarcat», c'est-à-dire sur le pouvoir des pères, ces pères qui sont devenus l'ennemi public numéro un aux yeux de certains imbéciles. Dans nos Cégeps, nos fonctionnaires ont été gavés de théories stupides sur l'éducation fondées sur des lubies de philosophes qui n'ont pas su comment élever leurs propres enfants.

Jean-Jacques Rousseau, un soi-disant philosophe du dix-huitième siècle, souhaitait que les enfants soient élevés en commun. Ses écrits sur l'éducation des enfants sont toujours de mise pour obtenir un diplôme. Il est tout de même ironique de constater que Rousseau, de son vivant, a placé tous ses enfants à la crèche… Évidemment, on ne saurait remettre en cause ses théories sur l'éducation des enfants sans s'attirer les foudres des fonctionnaires de l'État.

Friedrich Engels, dans son livre intitulé Les origines de la famille, de la propriété privée et de l'État, s'en est pris aux pères, leur reprochant tous les maux survenus sur la terre depuis Mathusalem. Évidemment, Engels était en faveur de la destruction de la famille traditionnelle. Friedrich Engels et son camarade Karl Marx ont contribué à mettre sur pied une idéologie qui a produit plus de 60 millions de morts au vingtième siècle. Cette idéologie continue d'inspirer certains «cadres révolutionnaires» de la CSN, lesquels finiront peut-être par grimper dans la hiérarchie et devenir un jour de hauts fonctionnaires du ministère de la Famille pour concrétiser le programme de Rousseau, Engels et Marx.

Sachant l'idéologie inhérente aux CPE, il me semblerait plus humain de les abolir. Ce système de garderie publique ne fonctionne pas et ne fonctionnera jamais. C'est un puit sans fonds qui vise la faillite des structures traditionnelles de la société dans le but de créer une hypothétique société sans classe, sans parents, bref une société sans dessus dessous... Qu'elle sera belle cette société, avec des fonctionnaires de l'État payés trois fois le salaire moyen d'un citoyen ordinaire, des fonctionnaires éclairés qui auront droit à tous les privilèges et aux meilleurs magasins, comme à Cuba, tandis que le petit peuple fera la file dans les brocantes et les marchés aux puces.

Gaétan Bouchard
Trois-Rivières

15 juin 2005

Que constitue un «juste» salaire pour les éducatrices en garderie?

Apdorais_15Une rencontre au sommet a lieu aujourd'hui entre la présidente de la CSN et la ministre de la Famille afin de tenter de sortir de l'impasse les négociations qui opposent Québec à ses 7800 éducatrices syndiquées. Le recours à la grève générale illimitée n'est pas à écarter si la rencontre ne donne rien. On pourrait généraliser et poser la question à savoir: comment les salaires sont-ils établis lorsqu'on est payé par le gouvernement? La réponse courte est d'après la capacité de l'État à soutirer l'argent des contribuables. Sans cette force coercitive, on ne parlerait pas d'«équité salariale» comme étant la pierre d'achoppement d'une entente entre les partis concernés.

Évoquer l'équité ou se draper de justice parce qu'on ne cherche pas de profit en rendant ces services constitue, au mieux, de l'ignorance. En établissant des services et des salaires par l'entremise de l'imposition plutôt que par des moyens volontaires, on perd le sens premier de la justice qui est de ne pas utiliser la coercition pour arriver à ses fins.

En évacuant le profit de ces services, on perd également la seule façon adéquate de les améliorer. Améliorer des services à l'aide d'une imposition plus élevée est possible, mais cela se fait nécessairement au détriment d'autres services. L'imposition ne crée pas la richesse, elle ne fait que la redistribuer. Lorsqu'on ne pense qu'à la redistribuer sans la produire, on finit par s'appauvrir, car on perd de vue qu'elle se produit à la marge, plus par certains que d'autres.

En bout de ligne, un salaire est établi à partir de revenus ou de profits tirés de produits et de services offerts librement aux consommateurs. On ne peut donc jamais évacuer totalement le profit de l'offre de salaire sous le prétexte que cela n'est pas digne du service à rendre. Afin de sensibiliser les gens qui reçoivent un salaire du gouvernement, il pourrait être utile de différencier les impôts qu'ils paient des impôts payés par autrui. L'impôt qu'ils paient est nominal, alors que ce qu'il leur reste, au bas de leur chèque, constitue l'impôt qu'ils reçoivent. En réalisant qu'ils ne paient aucun impôt au sens strict du terme, peut-être que le débat s'orienterait là où il se doit, à savoir qui doit financer ces services et ces salaires: les contribuables ou leurs bénéficiaires?

Ce qui importe pour déterminer un «juste» salaire n'est donc pas de savoir combien une personne est rémunérée, mais comment elle l'est. Est-elle rémunérée par des moyens économiques ou politiques? Son salaire est-il gagné ou extorqué? Ce n'est pas en invoquant l'équité salariale, la solidarité ou la justice sociale qu'on change sa nature. Cela ne fait que la cacher en remettant à plus tard des décisions qui seront d'autant plus difficiles à effectuer que les choix seront réduits et non souhaités. Ce n'est pas à faire l'autruche qu'on se dérobe de ses responsabilités. Que les éducatrices, directeurs et autres employés des garderies revendiquent de bons salaires est une chose, qu'ils soient rémunérés par les contribuables en est une autre. L'interdiction de soutirer le bien d'autrui devrait être plus importante que la démocratie.

André Dorais

Bloquistes contre l'allocation de 64 millions au Centre canadien des armes à feu

Apjoly_10Quatre députés du Bloc on voté hier contre l'allocation de 64 millions destinés au Centre canadien des armes à feu. Le whip du parti explique qu'ils ont peut-être mal compris les directives écrites indiquant qu'il fallait suivre la ligne du parti pour ce vote. N'importe quoi pour sauver la face! Il est vrai que trois des quatre députés ont été élus récemment, mais deux de ces recrues représentent des circonscriptions de l'Abitibi et du Nord du Québec, des régions où la chasse est très répandue.

Surtout, un des dissidents est Louis Plamondon. On me dit qu'il est le seul député du Québec à avoir voté contre la Loi sur les armes à feu de 1995 (C-68) à un moment donné ou à un autre du processus d'adoption. Il a été leader en Chambre du Bloc Québécois durant 2 ans et siège au Parlement comme député depuis 1984 (jusqu'en 1990 comme député du Parti conservateur).

Le jour de l'adoption de C-68, M. Plamondon était absent à cause d'un décès dans sa famille. Quelques députés du Bloc se déclarèrent subitement malades, et le députés présents votèrent unanimement en faveur du projet de loi.

Il y a toujours eu de la dissidence au Bloc sur la question du registre des armes à feu. Il y a également beaucoup de dissidence du côté du Parti libéral, en particulier chez les députés de l'Ontario rural. Il est très encourageant de les voir se manifester. Je vais de ce pas écrire un message de félicitations à M. Plamondon, on peut le joindre à Plamondon.L@parl.gc.ca .

14 juin 2005

La dictature de la langue, suite

Il semble que mon intervention du 7 juin aie suscitée de vives réactions sur différentes tribunes de la toile francophone. J'ai eu droit à quelques critiques intéressantes, des insultes, je me suis même fait comparer à Lord Durham. Au-delà de cette métaphore plutôt amusante, il faut comprendre que je me dissocie complètement des querelles stériles entre souverainistes et fédéraliste ou encore de ce sentiment de persécution que certains francophones ressentent à l'égard des Anglais. Là n'est pas mon point de vue, puisque je défends les droits individuels des citoyens. Je réitère que la langue et la culture sont deux éléments qui se développent grâce à l'interaction libre des individus. Ce sont eux qui transforment la société et qui modifient leurs comportements afin de faciliter leurs relations sociales et professionnelles.

Un gouvernement, peu importe son idéologie, n'a pas à imposer un dogme linguistique à la population. Car dans les faits, nous apprenons une ou plusieurs langues lorsque nous jugeons qu'elles nous seront utiles. Il en va de même pour une culture qui existe et se développe lorsqu'il y a un intérêt réel et soutenu à la faire vivre. Si cette dynamique est inexistante parmi les individus et qu'il faut absolument l'intervention de l'État pour réguler les choses, c'est que l'utilisation du terme «dictature» est de plus en plus de mise. La propagation ou encore la disparition d'une langue est un processus normal de l'histoire de l'humanité. Processus influencé par de nombreux facteurs, dont la migration, la mondialisation ou encore l'augmentation de la population. Aux États-Unis, dans certaines régions du sud, l'espagnol est une langue de plus en plus utilisée en raison d'une forte immigration en provenance du Mexique.

Le Québec est une province située sur un continent où la grande majorité des gens utilisent l'anglais. Un individu qui désire vivre uniquement en français - comme c'est le cas dans certaines régions - est dans son droit le plus légitime. Lui seul saura déterminer si son choix lui donne l'opportunité de s'épanouir en facilitant ses interactions avec les autres. Il en va de même pour ce jeune étudiant qui fréquente une institution anglophone afin de diversifier son bagage linguistique. Cette démarche répond avant tout à un besoin. Il ne sert à rien d'apprendre une langue si l'on n'y voit pas une utilité à long terme. D'ailleurs, il ne faut pas se surprendre si le bilinguisme est beaucoup plus répandu sur l'île de Montréal par rapport au reste du Québec.

Un immigrant qui arrive au pays doit pouvoir conserver la liberté de choisir l'environnement dans lequel il souhaite voir grandir sa famille. Même chose pour la langue. L'État n'a pas à imposer des lois linguistiques pour uniformiser les comportements ou encore modeler les attitudes. Les nouveaux arrivants sont eux-mêmes capables de choisir le chemin le plus favorable à leur intégration en fonction de leur terre d'accueil. Pour la grande majorité d'entre eux, l'objectif est de trouver rapidement un équilibre afin d'être confortable. Ainsi, avec le temps, ils deviendront des citoyens autonomes et productifs et ce peu importe la langue qu'ils auront choisie.

Mathieu Bréard
Montréal

64 millions de dollars de plus pour le Centre canadien des armes à feu

Apjoly_9Le Parlement approuvera aujourd'hui des dépenses de fonctionnement de 64 millions de dollars pour le Centre canadien des armes à feu, dans le cadre de l'exercice se terminant le 31 mars 2006. Le Parti conservateur a déposé deux motions s'opposant à ces allocations de fonds, mais il faut s'attendre à ce que le Bloc et le NPD votent avec le gouvernement. Soixante-quatre millions de dollars additionnels jetés par la fenêtre.... le délire se poursuit dans l'indifférence générale.

Tout le monde est familier avec le rapport de la Vérificatrice générale de décembre 2002. Ce rapport confirmait que le coût de la mise en place de la Loi sur les armes à feu avait atteint le milliard de dollars. Ce n'était une surprise pour personne, pas même pour les partisans du registre. Dès février 2001, Pierrette Venne, alors députée du Bloc Québécois et défenderesse du registre devant l'éternel, exprimait dans Le Devoir son inquiétude face aux dépassements de coûts. Elle évoquait même les chiffres du critique de l'Alliance canadienne en matière de contrôle des armes, qui avait documenté la facture à coup de demandes d'accès à l'information.

Ce que peu de gens savent, par contre, c'est que le Véricateur général s'était intéressé dès 1993 aux programmes de contrôle des armes existants à cette époque. Il avait conclu que l'efficacité des lois de 1977 et de 1991 n'avait jamais été établie (eh oui, il y avait un contrôle des armes au Canada avant l'adoption de la dernière loi). En 1995, soit deux ans après ce rapport du Vérificateur, le gouvernement libéral adoptait la loi qui devait donner naissance au registre. On connaît la suite, et on ajoutera sans doute aujourd'hui un nouveau chapitre de 64 millions de dollars à ce roman trop kafkaïen pour Kafka. Allô? Il y a quelqu'un?

Claire Joly

13 juin 2005

Santé: réponse à Claude Généreux du SCFP

Le jugement de la plus haute cour de justice du pays semble déstabiliser les groupes de pression qui ne cessent depuis 48 heures, de chercher toute sorte d'échappatoires pour exprimer leurs oppositions quand ils ne cultivent pas simplement des nuages. Après la sortie de Henri Massé, celle de Claude Généreux, secrétaire-trésorier national du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) est tout aussi révélatrice.

«Si le gouvernement du Québec avait su mieux financer et gérer son système public de soins de santé, les longues listes d'attente à l'origine de cette cause auraient pu être évitées et la majorité des magistrats n'auraient pas statué que l'interdiction des assurances privées imposée par le Québec contrevient la charte de cette province.»

Voyons, ça va faire plus de 20 ans que l'on promet des changements tout en gaspillant ouvertement l'argent des contribuables. Il est grand temps de reconnaître que derrière toutes ces spéculations, une vérité demeure: le monopole public de la santé n'étant confronté à aucune compétition a depuis trop longtemps négligé les services et les soins aux patients. Et en raison du vieillissement de la population, les coûts en santé ne vont cesser de grimper, accaparant une partie toujours plus grande de notre produit national brut. On va payer davantage d'impôts et l'utopie socialiste tant promise continuera de s'effondrer.

Le jugement de la Cour suprême reconnaît le droit fondamental du patient de se dissocier du monopole actuel pour prendre en main sa santé. Il ouvre la porte à l'innovation, l'autonomie et la mise sur pied de nouvelles approches. Au lieu de se faire imposer un seul et unique service, le patient aura accès à une panoplie de ressources. Il pourra faire un choix plus éclairé en exerçant son droit de regard sur les installations, la qualité des soins et les compétences du personnel. Dans son ouvrage La non-qualité tue, Jacques Horovitz écrit que seul le client est juge de la qualité d'un service qu'il reçoit et de la satisfaction qu'il en éprouve. Nous avons déjà cette possibilité en éducation, il est grand temps d'aller de l'avant en matière de santé afin de combler notre retard sur les autres pays industrialisés.

«Cette décision va à l'encontre des valeurs partagées par les Canadiens au sujet de notre système de santé, des valeurs qui ont été clairement identifiées lors des consultations de la Commission Romanow.»

Honnêtement, je suis étonné que l'on ressorte les résultats poussiéreux de cette commission ou plutôt de cette mascarade médiatique. Extrêmement coûteux et dirigé par un militant gauchiste du NPD, il n'y a absolument rien d'innovateur dans ce rapport. On continue tout simplement de faire la promotion d'un système de santé centralisé dans lequel on recommande même la création de nouveaux paradis pour les fonctionnaires: un conseil de santé du Canada, une fondation nationale des soins à domicile et un système de dossiers électroniques personnels en santé… On ne retrouve aucune initiative pour favoriser la création de partenariat entre le public et le privé dans la production et la gestion des services. Les seules valeurs que nous pouvons lire dans ce rapport, sont celles des communistes et des syndicalistes qui refusent de voir disparaître leur dogme.

Mathieu Bréard
Montréal

11 juin 2005

Micro-crédit et environnement: deux suggestions de lectures intéressantes

Aphuot_2J'ai lu récemment On ne prête (pas) qu'aux riches de la banquière Maria Novak, publié aux éditions J.C. Lattès en 2005. Cet ouvrage traite d'un sujet déjà traité au QL par Pierre Lison, soit le micro-crédit. Dans ce livre, l'auteure présente un plaidoyer assez émotif en faveur du micro-crédit, qui constitue un exemple intéressant de ce qu'il est possible de faire pour aider les plus pauvres de la planète à se sortir des difficultés financières - et pas seulement dans le Tiers-monde en passant. À l'aide de nombreux exemples tirés de la réalité vécue en Asie, en Afrique et en Europe, cette dame, qui travaille dans le domaine depuis 25 ans, livre un témoignage souvent étonnant en faveur de ce micro-crédit et prouve que, même avec les taux d'intérêt de 30 ou 40% nécessaires à la couverture des frais de la banque, il y a un besoin criant de crédit chez les plus pauvres. Il faut lire sa fierté, par exemple, d'avoir aidé des femmes musulmanes à réduire le risque de se retrouver répudiées par leur mari, parce que les banques exigent que les prêts au logement consentis le soient au nom des femmes, ce qui leur évite de se faire expulser de chez elles par leur mari... et leur évite généralement la répudiation, parce que ceux-ci se retrouveraient alors dans l'obligation de quitter le foyer. Malgré un côté terriblement plein de bons sentiments, cet ouvrage constitue une très bonne introduction au micro-crédit.

Le deuxième ouvrage est le livre de Pierre Kohler, L'imposture verte, publié par Albin Michel en 2002. Dans ce livre, l'auteur traite de différents problèmes environnementaux, et démontre bien combien tous les faits sont au mieux grossièrement déformés, voire complètement inventés pour servir les causes politique, environnementaliste, médiatique, scientifique voire médiatiques. Dans une vingtaine de chapitres, traitant entre autres du réchauffement de la planète, du trou dans la couche d'ozone, de Greenpeace, de l'éolien et autres sujets du même acabit, Kohler retourne aux faits les plus précis qu'il soit possible d'obtenir pour ensuite démontrer l'écart entre ces faits et ce qu'en disent les politiciens, écolos et gratte-papiers de tout poil... incluant certains pseudos-scientifiques assoiffés de subventions dévolues aux secteurs scientifiques les plus en vue. La différence entre les deux est très grande et systématiquement dans le même sens, preuve d'une action concertée entre certains groupements pour faire en sorte de faire paraître le problème plus gros qu'il ne l'est en réalité.

Qui a dit que l'été était réservé aux romans? Bonnes lectures.

Carl-Stéphane Huot

10 juin 2005

Santé: décision de la Cour suprême et riposte de Henri Massé

Le jugement de la Cour Suprême dans l'affaire Chaoulli est historique, car il ouvre la porte au démantèlement d'un monopole d'État qui va redonner à chaque citoyen le contrôle sur sa propre santé. La morale de l'histoire: le statu quo est désormais inacceptable. Depuis trop longtemps déjà nous sommes les otages d'un réseau public qui ne cesse de cumuler les revers et hypothèque à long terme le sort de milliers de patients. Je me réjouis que l'on mette en application les fondements de la Charte des droits et libertés, qui reconnaît que la santé est un droit individuel. Lorsque nous sommes malades, nous devons avoir toute la latitude nécessaire pour assurer notre bien-être et protéger notre vie. Cela ne concerne pas les voisins et encore moins le gouvernement. Aller raconter à ceux qui poireautent sur des listes d'attente depuis plusieurs mois qu'il leur faut accepter sans brocher la situation au nom d'un système universel où règne le chaos. Un système où le patient n'a pas un mot à dire puisqu'il est considéré comme un simple contribuable et non comme un client qui achète un service et exige de la qualité.

Lorsque nous visitons nos hôpitaux, le paysage parle de lui-même: les urgences sont engorgées, des patients encombrent les couloirs et les installations sanitaires laissent à désirer. Dernièrement, nous avons appris que nous avions plus de chance d'être victimes d'une bactérie dans un hôpital que de mourir d'un accident de voiture... Si j'étais sur le conseil d'administration d'une entreprise et que je devais rendre des comptes à mes associés sur une aussi piètre qualité de services, il y a longtemps que j'aurais été viré. C'est précisément ce qui se passe avec le monopole étatique de la santé, mais on refuse de se rendre à l'évidence!

Pour contester cette décision de la Cour suprême, la gauche a décidé de sortir son artillerie lourde. Fidèle à son habitude, le chef de la FTQ, Henri Massé, a utilisé son langage coloré pour impressionner ses membres et faire peur à la population. (J'ai récupéré ses commentaires sur le site Internet du Syndicat canadien de la fonction publique, section Québec.)

«Le jugement de la Cour suprême dans l'affaire Chaoulli-Zeliotis est une véritable arnaque.» Explorer de nouvelle avenue en matière de santé est toujours une arnaque pour celui qui protège un modèle qui pendant des années était intouchable. Aujourd'hui, le réveil est peut-être brutal, mais ce n'est pas une raison pour dire n'importe quoi. Le vieillissement de la population et l'explosion des coûts en santé nous placent en face d'une réalité: les gouvernements ne peuvent plus assurer à eux seuls la distribution des soins de santé à la population. L'intervention et la collaboration du privé sont nécessaires.

«Ce n'est pas vrai que ce jugement va désengorger les listes d'attente, va faire apparaître comme par magie les médecins spécialistes qu'il manque, va améliorer la prestation des soins.» Au contraire, ce jugement ouvre la porte à de nouvelles options pour le patient et va donner un second souffle à nos professionnels qui pourront pratiquer plus librement et faire preuve d'innovation et de créativité. En ce moment, l'État leur impose des quotas sur le nombre d'opérations et de chirurgies qu'ils peuvent effectuer. Deuxièmement, depuis plusieurs années de nombreux spécialistes et diplômés en médecine quittent le Québec pour des raisons économiques et politiques. Pour certains, le réseau public néglige les patients, l'environnement de travail et ne permet pas l'accès à des technologies de pointe. Il ne faut pas oublier que nos médecins sont les moins bien rémunérés en Amérique du Nord. Résultat: nous perdons des individus parmi les plus compétents qui vont offrir leurs services ailleurs. Faut-il les blâmer? L'Association des obstétriciens et gynécologues voit bon nombre de ses finissants quitter pour les États-Unis où l'on offre un milieu de travail beaucoup plus stimulant.

«C'est de nous faire glisser vers un système américain […] qu'on arrête de nous conter des balivernes sur la survie de notre système public dans ces conditions.» Henri Massé aurait intérêt à mettre de côté son antiaméricanisme et se tourner vers le vieux continent où nous avons de beaux exemples de système mixte entre le public et le privé. En suède, pays ayant une population similaire à celle du Québec, les listes d'attente ont considérablement diminué pour les habitants de Stockholm.

Je souhaite que la décision de la Cour suprême ouvre la voie aux autres provinces canadiennes. Nous ne pouvons plus tolérer comme société moderne d'être au même niveau que Cuba. Autoriser l'accès à des assurances privées est une façon intelligente de laisser le citoyen prendre en main sa propre santé.

Mathieu Bréard
Montréal

Cause du docteur Chaoulli: la santé hier et aujourd'hui

Apjoly_8J'ai retrouvé un article intéressant dans mes archives, un article de La Presse du 28 janvier 1988. On y rapporte les réactions de certains ministres du gouvernement Bourassa relativement à plusieurs reportages télévisés montrant qu'il y avait dans les urgences des patients «cordés dans les corridors», à qui on «demandait d'attendre plusieurs heures». L'attaché de presse de Thérèse Lavoie-Roux, ministre de la Santé de l'époque, explique qu'il faut éviter de «dramatiser la situation», qu'il s'agit d'une situation temporaire, d'un phénomène dû à une période de pointe (moi, je dis que 17 ans pour une situation temporaire, c'est plutôt long...). On affirmait même que l'ouverture d'une nouvelle construction réservée aux urgences de l'hôpital Saint-Luc allait régler le problème de l'engorgement dans cet établissement! La solution proposée par le président du Conseil du trésor Paul Gobeil en 1988: une meilleure coordination des ressources disponibles, une meilleure organisation du système. Hum... j'ai déjà entendu ça quelque part….

Mais Paul Gobeil n'avait pas tort sur toute la ligne. Il insistait pour dire qu'injecter plus de fonds dans la santé n'améliorerait pas la situation. Il avait tout à fait raison. En 1988, selon Paul Gobeil lui-même, les dépenses des services sociaux représentaient un tiers du budget du gouvernement provincial. «C'est à mon point de vue la limite de nos capacités», estimait-il. Aujourd'hui, moins de 20 ans plus tard, c'est 43% du budget qui est consacré à la santé. Et les listes d'attente s'allongent, les pénuries de médecins et de personnel infirmier s'aggravent, les infections au Clostridium difficile tuent des patients par dizaines, les hôpitaux sont délabrés et les urgences débordent même hors des soi-disant périodes de pointe. Je viens d'entendre Henri Massé de la FTQ évoquer des scénarios d'apocalypse si le gouvernement provincial n'invoque pas la clause dérogatoire pour se soustraire au jugement de la Cour suprême. Hein? Ça peut être pire? Malgré son parler aux accents de joual, je vous parie qu'il n'aura jamais à séjourner dans le «Corridor du Peuple», celui-là.

L'intérêt de cet article de 1988 ne s'arrête pas là. Paul Gobeil tenait à cette époque des propos timides, mais sensés. Il affirmait n'être pas opposé au principe d'une participation du privé dans la santé, en insistant toutefois qu'il n'était pas favorable au développement d'une médecine à deux vitesses. Il pensait même que le secteur privé assurerait probablement de meilleurs services parce que «historiquement, quand l'entreprise privée a été dans un secteur, la situation a été améliorée». Cerise sur le sundae, il concluait que les Québécois devraient s'interroger sur l'avantage de certaines privatisations et qu'il était favorable à ce «qu'au moins» des projets pilotes soient mis sur pied. Renversant! Révolutionnaire! Qu'a-t-il bien pu arriver à nos politiciens et nos leaders d'opinion entre 1988 et 2005? Lobotomie?

En terminant, anecdote amusante: Paul Gobeil, aujourd'hui homme d'affaires, est le conjoint de la juge Marie Deschamps de la Cour suprême. Cela étant, je potine et ne cherche pas à remettre en cause l'impartialité du juge Deschamps.

Claire Joly

09 juin 2005

Jugement de la Cour suprême dans la cause du docteur Chaoulli

Apjoly_7Difficile de prévoir les conséquences du jugement de la Cour suprême condamnant le monopole public de l'assurance maladie au Québec. Je crains que le gouvernement provincial ne recoure à une clause dérogatoire pour s'y soustraire. À tout le moins, ce jugement aura le mérite de provoquer un débat salutaire à propos de notre système en faillite. Je suis outrée d'entendre aujourd'hui des gens réclamer coûte que coûte le maintien du système actuel. Il suffit de passer trois jours dans le corridor bondé d'une urgence équipée d'une toilette digne d'un taudis pour comprendre que quelque chose ne tourne pas rond. Dans ce No man's land baptisé «Le Corridor du Peuple» par les brancardiers, on m'appelait «Numéro 20» pour m'identifier. C'était le numéro inscrit sur le mur du corridor au-dessus de ma civière.

On se serait cru en URSS, et la comparaison est à peine exagérée. Tout le monde se rappelle que le système étatisé soviétique créait des pénuries et des files d'attente devant les épiceries. Il n'est pas étonnant de constater le même phénomène dans les soins de santé ici. Nous avons un système de santé qui n'est pas économiquement viable et voué à la faillite à plus ou moins long terme. Après des décennies d'expérimentation force est d'admettre qu'il faudrait essayer autre chose. Et c'est urgent, parce qu'il y a des gens qui souffrent de ce système, et des gens qui en meurent. Carrément. Il faut voir les choses en face.

Je suis étonnée d'entendre aujourd'hui des gens pris de panique à l'idée d'une réforme nécessaire. Il y a des dizaines de pays européens dont nous pouvons nous inspirer pour jeter les bases d'un système de santé qui garantirait un réel accès aux soins. Dans une région reculée de la France, pays possédant un système mixte, un médecin s'est déplacé pour venir me soigner à la maison vers 2 heures du matin. Impensable ici, à cause de diverses mesures aux effets pervers qui découragent ce genre de pratique. Et devinez quoi? C'est mon assurance maladie privée pour le voyage qui a payé. L'assurance a versé au médecin 80 dollars pour cette visite à domicile nocturne, des honoraires qui n'ont rien d'excessif compte tenu de la distance qu'il avait à parcourir.

Là où je veux en venir, c'est qu'il existe de nombreuses avenues de réforme pour pallier à la crise actuelle du système, et que toutes garantissent que personne ne mourra dans la rue. Il faut réformer de toute urgence ce système défaillant. Refuser de le faire serait, et je le dis en pesant mes mots, cruel pour les malades. En attendant, je me réjouis profondément de ce jugement qui représente pour moi un réel espoir de voir ma situation s'améliorer en tant que patiente, une première lueur d'espoir en 15 ans.

En juin dernier, j'ai eu la chance d'exprimer en personne ma gratitude et mon appui au docteur Chaouilli pour le combat juridique qu'il menait. J'aimerais encore aujourd'hui saluer sa détermination et le remercier pour tous les sacrifices personnels qu'il a dû faire pour mener sa lutte jusqu'en Cour suprême.

Claire Joly

07 juin 2005

La dictature de la langue

Réunis en congrès ce week-end, les délégués du Parti québécois ont procédé à l'adoption de différentes résolutions afin de mettre sur pied leur nouvelle plateforme politique. Au-delà de la nécessité de faire la souveraineté, Yves Michaud, de l'aile radicale, suggère d'obliger tous les francophones et allophones à fréquenter le Cégep en français. Le mot «obligé» ici ne devrait pas être pris à la légère et représente une violation directe de nos droits individuels. Cette mesure vise ni plus ni moins à empêcher un citoyen d'être libre de faire des choix en fonction de son cheminement et de ses aspirations. On souhaite lui imposer une politique nationaliste unilingue, un dogme idéologique.

Pourtant ce n'est plus un secret pour personne: apprendre une seconde langue est une richesse et une façon de s'ouvrir sur les autres cultures. C'est un atout non négligeable qui offre une plus grande mobilité en milieu de travail tout en facilitant les relations avec les autres. Dans quelques années, apprendre une troisième langue sera même nécessaire et exigé par certains employeurs pour répondre aux exigences d'une société de plus en plus globalisée. Aujourd'hui, de nombreux étudiants sont conscients de cette réalité et aimeraient évoluer dans un environnement capable de faire d'eux des citoyens parfaitement bilingues et autonomes. Nous savons également que plus la formation a lieu tôt plus elle demeure bénéfique pour l'assimilation des apprentissages. Où serait le mal de voir un jeune compléter ses études collégiales dans un établissement anglophone? Les spécialistes sont formels, l'immersion demeure le meilleur moyen de développer son vocabulaire et surtout sa spontanéité orale.

De son coté, l'immigrant qui débarque au Québec doit être libre de choisir la langue de son choix. Celle qui lui permettra d'évoluer convenablement a l'intérieur de son environnement social et professionnel. Yves Michaud qui trouve inacceptable de voir une minorité d'anglophones assimiler les nouveaux arrivants devrait se demander pourquoi il est en ainsi? Notre société n'est pas immobile, ou encore enracinée dans le passé, mais bien en transformation constante. Et si l'anglais est la langue de choix des nombreux immigrants, c'est surtout parce qu'ils sont conscients qu'elle ouvre davantage de portes. Par conséquent, lorsque l'État doit adopter désespérément des lois pour protéger une langue nous devons nous demander si elle ne refuse pas plutôt le changement et l'évolution des mentalités - qui sont le résultat direct de l'interaction des individus entre eux.

Derrière les belles paroles des extrémistes de la langue française, ne faut-il pas voir une campagne de peur destinée à enfermer les générations futures à l'intérieur des frontières? Ont-ils peur que les citoyens ne partagent pas leur conception idéologique de langue? Songez simplement que le PQ a encore de la difficulté à se prononcer sur l'enseignement de la langue anglaise en première année du primaire... La réalité est que le Québec de demain aura besoin d'une main-d'oeuvre spécialisée et ouverte sur le monde. Une main-d'oeuvre intégrée à la dynamique nord-américaine. En continuant de faire la propagande de cette politique linguistique unilatérale, le PQ ne fait que contribuer à l'isolement de la province.

Mathieu Bréard
Montréal

La démocratie variable au PQ

Le chef du Parti québécois, Bernard Landry, a démissionné en fin de semaine à la suite d'un faible vote de confiance de 76%. À ce niveau, M. Landry juge qu'il n'a pas un appui assez fort pour mener son parti sans être constamment remis en question. On sait que Lucien Bouchard a eu un score semblable par le passé et cela ne l'a pas empêché de rester à la barre du PQ. Ce parti est aussi à l'origine de fusions municipales forcées. De plus, selon ce même PQ, on n'a besoin que de 50% +1 des votes pour avoir un mandat clair pour faire l'indépendance, dans un éventuel référendum. Bizzare n'est-ce pas? Il semble y avoir un élément subjectif dans cette question de pourcentage...

En fait, je crois que c'est justement la cause de l'indépendance du Québec qui sous-tend ces apparentes contradictions. Le but du PQ est de mener le Québec à la souveraineté, par la démocratie, mais cette même démocratie est presque toujours relativisée lorsque vient de le temps d'élire un chef de parti. M. Landry veut tellement l'indépendance, qu'il juge qu'il doit laisser sa place à quelqu'un de plus «populaire». M. Bouchard était tellement populaire que son parti l'a incité à demeurer en place, malgré son faible score, croyant qu'il pouvait gagner un référendum. Et 50%, c'est le minimum mathématique pour déclarer un vainqueur lors d'un vote. S'imposer une barre plus haute (et plus réaliste), de 76% par exemple, enlèverait tout espoir d'atteindre la souveraineté du Québec.

Les médias affirment que Gilles Duceppe serait le mieux placé pour succéder à Landry, selon certains sondages. Encore une fois, on voit que le but ici est de choisir un leader qui saura rassembler les Québécois, en tout cas, le plus grand nombre possible. Pour les purs et durs, la souveraineté est une question de principe, d'idéologie. Pas étonnant de voir toutes les entourloupettes possibles se réaliser pour ramasser le gâteau fraîchement sorti du four.

Donc, à ces gens qui font tout en leur pouvoir pour convaincre une faible majorité d'électeurs de provoquer des changements majeurs, qui ne font que jouer sur les mots, tourner leurs opposants en dérision par des arguments douteux et souvent sans valeur, qui n'ont pas fait la démonstration que nous serions mieux économiquement en étant un pays souverain et qui évitent la question en faisant appel aux sentiments, à ces gens qui plaident pour la démocratie, mais qui lui donnent une interprétation variable, qui profitent grassement du système politique actuel, à ces gens, vous voudriez leur donner plus de pouvoir?

Pensez-y bien avant de répondre «oui» à un référendum sur la souveraineté. Ces gens ne veulent que plus de pouvoir, et cela se fait au détriment de la population. Ils ne sont pas capables de l'obtenir dans le régime fédéral, alors ils veulent l'obtenir en se séparant. Est-ce bon pour nous que ces gens aient plus de pouvoir? Bien sûr que non! On n'a qu'à regarder ce qu'ils font avec les pouvoirs qu'ils ont déjà.

Raphaël Chassé
Rimouski

06 juin 2005

À la défense de CHOI-FM

En ce moment en cour fédérale, le procès qui oppose la Station Radio x (Genex) au CRTC porte sur un droit fondamental de notre société: la liberté d'expression. Or, depuis quelques jours, cette histoire va bien au-delà de cette poursuite et commence à ressembler à une offensive médiatique de très mauvais goût. De nombreux journalistes ne manquent pas une occasion de présenter les animateurs de la station comme des pollueurs d'onde qui utilisent leur micro uniquement pour se payer la tête des autres. Il ne fait aucun doute que tous ces ténors ont plutôt de la difficulté à accepter les prises de position contre les syndicats, les indépendantistes et tout ce qui anime le mouvement gauchiste. CHOI-FM est depuis sa fondation un mouton noir qui dénonce ouvertement la pensée unique dans un troupeau rempli de conformistes. Il est particulièrement honteux de voir une grande majorité d'individus demander la fermeture d'une station dont ils n'ont jamais pris le temps d'écouter les émissions. Pire encore, ils fondent leur opinion uniquement sur un ramassis d'extraits hors contexte balancés aux bulletins de fin de soirée. Faite le même exercice malhonnête avec un Gilles Proulx ou un Dr. Mailloux et je vous garantis le même résultat.

Existe-t-il deux libertés d'expression au Québec? À ce stade, je pense que la question est légitime. Pourquoi les humoristes peuvent-ils se moquer librement des gros, des laids, des vieux, des handicapés, et ce, sans que personne ne s'en offusque? Tous ces grands artistes, on les applaudit et on en redemande tellement le spectacle est drôle. Certains se souviendront peut-être du cas de la chanteuse Kathleen ou encore de la nageuse Annie Pelletier, victimes des attaques de Normand Brathwaite. Pourtant, ce dernier continue de pratiquer son métier comme si rien ne s'était passé. Que dire ensuite de Serge Chapleau qui, dans son émission Gérard D. Laflaque, ne cesse de tourner en ridicule le Canada anglais? Oh bien sûr, comme je suis bête, faire de l'humour donne droit à l'immunité au Québec. De toute évidence, nous avons un examen de conscience à faire. Si la grande majorité de la population désire une société contrôlée à l'image de Cuba, eh bien qu'on applique cette réglementation à l'ensemble des médias et qu'on cesse de favoriser un groupe plutôt qu'un autre. Qu'on exige également la modification de l'article 2b de notre Charte de droits et libertés - charte qui ressemble davantage à un vieux chiffon.

En ce moment, le CRTC se sert du dossier de CHOI-FM uniquement pour gagner l'appui de la population dans ses démarches en vue de fermer la station. Cette organisation protectionniste à la solde du gouvernement n'est certainement pas vouée à la défense de la liberté d'expression et de la libre circulation des idées. Au contraire, ces actes de censure répétés sont autant d'atteintes à la démocratie et ouvrent la porte a un dangereux précédent que nous aurions tort d'ignorer. Le mot d'ordre est clair: un animateur n'a pas le droit de prononcer un discours qui pourrait bousculer ou compromettre l'establishment. S'il ose s'engager dans cette voie, il faut immédiatement lui couper l'herbe sous le pied afin de le faire taire.

Bien sûr, pour le moment nous parlons de la fermeture d'un petit poste de radio, mais demain ce sera peut-être un journal ou encore une station de télévision. Où cela va-t-il s'arrêter? Jusqu'où êtes-vous prêt à laisser des fonctionnaires s'engager dans cette épuration des ondes? Sommes-nous condamnés à voir chaque mot, chaque parole contrôlée et examinée à la loupe?

L'État n'a pas à entrer dans la vie privée du citoyen pour lui dicter à coup de lois ce qu'il doit écouter et surtout mettre en doute son jugement critique. Ce rêve est sans doute celui de tous ces intellectuels, nombrilistes et égocentriques, qui pensent connaître la vérité et qui aimeraient surtout l'imposer à la population. Comment ces individus peuvent-ils réellement connaître ce que les gens sont, pensent et ce qu'ils peuvent croire? La liberté d'expression n'est pas réservée à une élite, mais à tout le monde et ce, peu importe leur niveau de scolarité et leur statut social. Un individu a le droit d'aller chercher de l'information et de se divertir où il veut. L'équipe de Radio X rejoint un auditoire qui apprécie son franc-parler et sa façon particulière de traiter l'actualité. Si vous êtes en désaccord et que cela ne correspond pas à vos valeurs, vous avez encore le droit de changer de poste.

Mathieu Bréard
Montréal

03 juin 2005

Une semaine à l'Institut Mises pour mieux comprendre l'économie de marché

Il est possible, pour les étudiants qui sont intéressés, d'approfondir ou de découvrir pour la première fois les idées véhiculés par l'École d'économie autrichienne en s'inscrivant à l'Université d'été de l'Institut Mises.

Cette année l'Université d'été accueille les étudiants et le personnel enseignant du 31 juillet au 6 août à Auburn en Alabama. Encore une fois, elle offre un programme étoffé qui permettra aux participants de mieux comprendre les principes d'une économie de marché. Certains des professeurs invités, tel que Walter Block, Roderick T. Long et Hans-Hermann Hoppe, figurent parmi les intellectuels les plus prestigieux de cette école de pensée.

Pour les étudiants du Québec, l'Institut économique de Montréal offre deux bourses de 750 $. Celles-ci servent essentiellement à couvrir les frais de transports et de séjour pour ceux ou celles dont la candidature à l'Université d'été a été acceptée. La page Les activités étudiantes de l'IEDM donne tous les détails pour obtenir une bourse.

Jasmin Guénette
Coordonnateur, événements et publications
Institut économique de Montréal

02 juin 2005

Pensées sur la démocratie

Un article du blogue traitait récemment de démocratie. Je ressens toujours un certain malaise lorsque je rencontre ce mot dans un contexte libertarien. Et à lire les citations d'hommes d'État célèbres, il semble que ce malaise est répandu. Voici quelques exemples:

«La démocratie, c'est trois loups et un mouton qui votent sur le menu du dîner.»
-Benjamin Franklin

"The best argument against democracy is a five-minute conversation with the average voter."
-Sir Winston Churchill

"A democracy is nothing more than mob rule, where fifty-one percent of the people may take away the rights of the other forty-nine."
-Thomas Jefferson

"Democracy will cease to exist when you take away from those who are willing to work and give to those who would not."
-Thomas Jefferson

Pour finir, j'aimerais ajouter que je suis ouvert à la démocratie... à condition qu'il soit possible pour les individus de se retirer de cette démocratie, de ses décisions et de ses coûts. Sinon, par quelle contorsion intellectuelle peut-on encore associer «démocratie» avec «liberté»?

Jean Le Moignan
Sainte-Foy

Citations

  • « L'État, c'est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde. »

    – Frédéric Bastiat, 1848

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