Les billets de Martin Masse et de Marc-Andre Brisson dénonçant les excès de notre gouvernement paternaliste me font penser à une réglementation gouvernementale absurde qui sévit au Québec depuis 1987: la prohibition de margarine jaune!
Depuis mon arrivée à Toronto, où je travaille pour l'été, j'ai eu l'immense privilège de goûter pour la première fois à ce produit exotique, ce que je n'avais jamais fait en plus de vingt-et-un ans d'existence. Le Québec est la seule province canadienne et l'une des seules juridictions dans le monde où les fabricants de margarine n'ont pas le droit d'y ajouter du colorant jaune. Cette prohibition est contenue dans l'article 40(1)(c) du Règlement sur les succédanés de produits laitiers, qui énonce que la margarine doit être d'une couleur plus pâle ou plus foncée que le beurre.
Ce règlement absurde est encore en vigueur aujourd'hui, bien que la multinationale Unilever, qui produit entre autres les margarines Becel et Country Crock, ait tenté à plusieurs reprises, mais sans succès, de le faire invalider par nos tribunaux depuis 1998. Les tribunaux québécois ont, jusqu'à aujourd'hui, déclaré le règlement valide en affirmant que son objectif, soit la protection de l'industrie laitière du Québec, n'était pas déraisonnable et n'allait pas à l'encontre de la liberté d'expression.
Ce règlement, comme toute mesure protectionniste, privilégie une minorité de la population du Québec, les producteurs de lait, au détriment de la grande majorité des consommateurs, qui voient ainsi leur éventail de choix alimentaires restreint. Certains politiciens tentent de justifier cette prohibition en invoquant «le principe que le consommateur à le droit de savoir ce qu'il achète». Quel argument bidon! La logique qui sous-tend une telle affirmation est que les Québécois sont des idiots qui, contrairement aux habitants des autres provinces canadiennes, ne peuvent pas par eux-mêmes différencier un pot de margarine d'une livre de beurre. (Si les membres du Parti Québécois croient que leurs concitoyens ne sont pas en mesure de faire un tel choix, comment croient-ils qu'ils seront assez intelligents pour se prononcer sur la séparation du Québec lors d'un référendum?)
Les producteurs de lait tiennent à ce règlement parce que légaliser la margarine jaune aurait comme conséquence de la rendre plus attrayante aux yeux de plusieurs consommateurs. À quand la prochaine législation de ce genre? Suivant cette logique, les producteurs de sirop d'érable pourraient faire pression sur le gouvernement pour que celui-ci interdise au fabricant de sirop Aunt Jemima d'offrir un sirop de couleur ambrée; les fabricants de jus d'orange pourraient faire pression sur le gouvernement pour qu'il interdise au fabricants de boissons à l'orange d'y ajouter du colorant orange, etc. Les lois seraient liberticides et stupides, mais le gouvernement trouverait probablement assez de gens comme Florent Leathead pour les faire respecter.
En cette journée de la Saint-Jean, nos politiciens et élites bien-pensantes s'égosilleront probablement en nous rappelant le caractère distinct du Québec et comment nous devrions en être fier. Quand on se rend compte que notre «société distincte» se distingue entre autres par des législations idiotes de la sorte (on pourrait aussi mentionner notre «police» de la langue française, notre taux de taxation prohibitif,…), on ne peut que se demander pourquoi une telle distinction devrait faire naître en quiconque un sentiment de fierté!
Sur ce, bonne Saint-Jean!



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