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23 octobre 2005

Le manifeste pour un Québec lucide: pas aussi lucide qu’il le manifeste

Apdorais_27Le manifeste pour un Québec lucide repose sur une idéologie interventionniste qu’on n’ose pas remettre en question. Cette idéologie s’apparente à un filtre qui déforme la réalité. Non seulement elle ne permet pas de saisir les enjeux actuels, mais elle travestit l’histoire. De constats biaisés, on ne peut tirer que des suggestions malavisées.

On prétend que le Québec, depuis la «Révolution tranquille», a accompli un rattrapage spectaculaire sur «le reste du Canada», alors qu’à bien des égards le contraire est vrai. De la fin du 19e siècle à la fin des années 1950 le Québec attirait souvent la majeure partie des investissements au Canada. Le revenu de ses habitants était supérieur à bon nombre de ses partenaires d’Amérique du Nord. Montréal était la métropole canadienne jusqu’en 1971, etc. (Voir «Étatisme et déclin du Québec», le QL no 45)

Le «modèle québécois», issu surtout de ladite révolution, n’a rien d’original puisqu’il s’agit de l’intervention gouvernementale dans le quotidien des gens, soit la social-démocratie ou le socialisme à la carte. C’est le «modèle» à ne pas suivre, car il ne sait pas quand s’arrêter. Une intervention n’attend pas l’autre. Soit qu’on respecte la propriété, soit qu’on ne la respecte pas. Il n’existe pas d’«intervention» légitime, sauf pour se défendre de l’agression. On demande au gouvernement de mieux gérer (intervenir), alors qu’il devrait plutôt moins gérer.

Ce manifeste parle également de déclin démographique, de concurrence et de dette comme étant des menaces au niveau de vie actuel, mais celles-ci relèvent de la même idéologie qu’on ne veut pas remettre en question. La richesse économique d’un peuple n’est pas le résultat de sa démographie, mais de sa liberté. Par conséquent, la solution ne se trouve pas dans des politiques de natalité ou d’immigration qui cherchent, à l’instar de la hausse suggérée des tarifs des monopoles d’État, à renflouer les coffres de celui-ci, mais dans l’abolition de ces politiques, monopoles et autres programmes sociaux. Dans ces circonstances, les gens du monde entier viendront au Québec non pas pour y obtenir une sécurité financière sur le dos des contribuables, mais pour y trouver la capacité de prospérer en aidant autrui. Ce faisant, la démographie, la langue et la culture seront revigorées.

Certes les syndicats versent dans l’immobilisme, mais c’est l’État qui leur donne du pouvoir en s’appropriant le monopole des services, qui devraient être laissés au secteur privé. Réduire la dette est une bonne chose, mais si on ne réduit pas les programmes qui la créent, on tourne en rond. Les bonnes intentions et les demi-mesures ne suffisent pas, encore faut-il de la lucidité… La liberté n’exclut pas la solidarité qui, à son tour, ne peut s’établir que volontairement, c’est-à-dire sans l’État.

André Dorais

Citations

  • « Bientôt, on va demander à l'État de nous tenir la bizoune quand on va aller pisser. Vous trouvez ça normal, vous? Est-ce si dur de se prendre en charge? »

    – Richard Martineau, « La faute aux autres», Le Journal de Montréal, 17/04/2008

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