«La télévision, les magazines, l'école, le milieu de travail. Voilà autant de facteurs qui contribuent à l'épidémie d'obésité qui frappe les pays industrialisés.» Ce sont les premières lignes d’un article de La Presse de ce matin. En plus d’apprendre que l’obésité gagne du terrain (vite, tout le monde sous les abris!), on y apprenait que le Groupe de travail provincial sur la problématique du poids (le GTPPP) – une excroissance de l'Association pour la santé publique du Québec (l’ASPQ) – s'inquiète de voir le nombre de personnes obèses ou souffrant d'embonpoint augmenter à un rythme affolant. Près de 60% des adultes canadiens seraient trop gros, un enfant sur cinq aurait un problème de poids. «La situation est grave, affirment les membres du groupe, et ses conséquences en coût de santé et en réduction de la productivité hypothéqueront l'avenir de la société.» It’s the end of the world as we know it, comme chante l’autre. Il s’agit donc d’un problème de société. Et les problèmes de société ne se règlent que d’une façon: à coup d’interventions urgentes et accrues de l’État, bien entendu.
Après cinq années de dur labeur, le GTPPP a donc accouché de cinq grandes recommandations pour contrer l'obésité: implantation de politiques alimentaires dans les écoles, modification des environnements pour favoriser l'activité, révision des lois sur la publicité destinée aux enfants, encadrement plus strict des régimes miracle et financement de la recherche. Ces cinq recommandations, nous dit-on, reposent sur des données scientifiques ainsi que sur un sondage réalisé auprès de 1000 Québécois qui démontre que la population «est préoccupée par l'obésité, qu'elle cible le manque d'activités physiques et la malbouffe comme principaux responsables du problème et qu'elle est favorable à la mise en place de mesures visant à réduire ou prévenir l'obésité.» Ainsi, on apprend que «plus de 71% des répondants sont entièrement d'accord avec l'idée d'éliminer le fast-food et les boissons gazeuses des écoles [et que] les deux tiers des répondants sont aussi favorables à l'implantation d'une politique pour réduire les grosses portions dans les restaurants.» Hein! Une politique pour réduire les grosses portions dans les restaurants? Ces gens sont-ils incapables de constater eux-mêmes qu’ils en ont trop dans leur assiette (et de se dire je vais en laisser)? Semblerait que non, ils veulent que l’État force tous les restaurants à leur en servir moins. C’est beaucoup plus simple. Et ils pourront chialer lorsque les portions seront plus petites… «Les restaurateurs nous volent! Il faut que l’État intervienne!», diront-ils.
Comme me le soulignait Mathieu Bréard, dans un échange sur la question: «Si je décide de me lever pour aller me commander un second plat, parce que ma première portion n'était pas suffisante, vais-je me faire arrêter par les autorités? Faudra-t-il bientôt avoir 18 ans et montrer ses cartes pour entrer dans un McDonald? À ce rythme-là, les professeurs vont bientôt brosser les dents des enfants dans les écoles.» Puis, faisant un véritable Prof Lauzon de lui, il a ajouté: «Pourquoi ne pas nationaliser l'industrie de la restauration au Québec?! Un monopole, un seul menu dicté par les nutritionnistes du ministre de la Santé publique.» C'est une idée ça! Tout le monde serait content – en tout cas, tous les intervenants de la santé le seraient…
Pourtant, ailleurs dans le sondage, on apprend que «la majorité des personnes sondées, soit 59%, perçoit que l’obésité est un problème d’individus plutôt qu’un problème de société». Sans doute, c’est parce qu’ils n’ont pas été suffisamment sensibilisés à la problématique… C’est ce que croient les gens du GTPPP. Selon une porte-parole, Lyne Mongeau, «cela montre très bien que les gens ne sont pas en mesure de saisir vraiment l'ampleur et les conséquences potentielles de l'obésité et de l'embonpoint sur la société, a-t-elle expliqué au Devoir. La population a une vision individuelle de la chose. Elle a de la difficulté à voir qu'il s'agit en fait d'un problème collectif qui va bouleverser différents aspects de la société. L'augmentation des coûts de santé en est un.» Pauvre population…
Ces mêmes intervenants s’étonnent d’apprendre qu’«au niveau des solutions au problème, les personnes sondées étaient généralement favorables à des mesures collectives comme mettre sur pied des programmes éducatifs sur les avantages de l'activité physique ou offrir plus d'aliments sains dans les centres commerciaux, mais lorsque les mesures étaient mises en relation avec les coûts requis, dans le cas du sondage une augmentation d’impôts de 50$, le degré d’adhésion était moindre.» Pourtant, ils devraient savoir que la meilleure façon de mettre les choses en perspectives pour le contribuable, c’est de menacer de fouiller dans son portefeuille.
Ceux qui réclament une politique pour réduire les grosses portions dans les restos sont les mêmes qui ne veulent pas que l’on augmente leurs impôts. Qu’est-ce qu’ils pensent, que les gens du GTPPP et de l’ASPQ vont financer cette guerre à l’obésité avec leur propre fric?! Le fast-food aurait-il eu raison de leur capacité de raisonner? Quoi qu’il en soit, aux dires du groupe, tout le monde doit être mis à contribution pour combattre l’«épidémie». Point. Le gouvernement, les municipalités, les écoles, les médias, tous peuvent apporter leur contribution. (Remarquez comme on ne parle jamais de ceux à qui incombe la responsabilité de montrer le bon exemple, les parents.) «L'origine du problème se trouve dans les environnements», peut-on lire dans le rapport. Il ne se trouve manifestement pas chez les individus. Pourtant, tout le monde sait qu’il faut 1) faire de l'exercice physique et 2) avoir une saine alimentation pour conserver un poids santé. Mais il semble qu’entre savoir quelque chose et faire ce quelque chose, il y a un univers. Et que tant que l’État ne mettra pas de l’ordre dans cet univers, l’obésité va continuer à gagner du terrain.












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