Plus ça change, plus c’est pareil. On apprenait ce matin dans La Presse que le chef du Parti québécois, André Boisclair, souhaite faciliter la conciliation travail-famille, mais qu’il refuse (pour l'instant) de promettre la semaine de quatre jours comme l'avait fait son prédécesseur Bernard Landry en 2003. «La semaine de quatre jours était une belle idée. Elle a été présentée en campagne électorale. Et les Québécois ont tranché. Ils ont fait le choix d'élire le Parti libéral. Mais cette idée demeure encore à l'ordre du jour», a affirmé M. Boisclair hier.
En 2003, M. Landry voulait permettre à tout parent ayant un enfant de 12 ans ou moins de réclamer à son employeur, qui serait obligé d'accepter, une semaine de quatre jours ou la réduction de 20% de ses heures de travail. Mais comme trois ans plus tard l’idée fait toujours l'objet de débats au sein du PQ, M. Boisclair préconiserait plutôt la création d'une banque de congés payés pour permettre aux parents de rester à la maison lorsque leur enfant est malade, par exemple: «Il me semble que ce ne serait pas très compliqué pour la société québécoise de répondre correctement aux besoins des parents qui sont bien réels», a-t-il affirmé.
En effet. Il me semble que ce ne serait pas compliqué pour la «société québécoise» de se lever un bon matin et de se dire: «La semaine de quatre jours, pourquoi pas!» Et si la «société québécoise» prend trop de temps à se décider, le chef péquiste l’imposera – encore faudra-t-il qu’il se fasse élire… Pessimiste un brin, M. Boisclair ne croit pas que les entreprises, de leur propre initiative, feront des efforts pour permettre aux parents de mieux concilier famille et travail: «On ne peut pas laisser les règles du marché aller et penser qu'un jour le milieu de l'entreprise sera plus accueillant qu'il ne l'est pour les familles», a-t-il dit. «Il y a une responsabilité collective que nous avons, l'État en particulier, de faire en sorte que ces mesures (de conciliation travail-famille) soient accessibles dans l'entreprise», a-t-il ajouté.
Ah les responsabilités collectives. Rien de tel pour donner de l’importance à un dossier. La semaine de quatre jours est certes une bonne idée, mais de là à dire qu’il s’agit d’une «responsabilité collective», il y a une marge. D’ailleurs, qu’est-ce qu’une responsabilité collective au juste? Une simple recherche sur Google nous montre à quel point c'est tout et rien. Qu'il s'agit d'une abstraction de l'esprit. D'un concept inventé par l’État pour se donner le droit d’intervenir dans une multitude de secteurs (avec notre argent, bien entendu).
Comme je l’écrivais en 2003: Si cette proposition est si bonne, comment expliquer qu’elle ne se soit pas implantée d'elle-même? Comment expliquer que tous ceux qui la trouvent intéressante n'aient pas été foutus d'aller voir leur employeur pour réclamer moins de travail? Pas besoin d'une loi pour travailler moins! Les Québécois avancent-ils seulement quand l'État leur dit d'avancer? Carburent-ils seulement aux décrets et aux projets de lois? Je n'irai surtout pas demander une faveur à mon boss, tout d'un coup qu'il me dit non. Bien plus simple d'attendre que mon boss soit obligé de me donner ce que je veux! Bien plus simple d’attendre de voir mes désirs élevés au rang de «droits» par les syndicats, groupes de pression et gouvernements plutôt que de les revendiquer moi-même auprès des principaux intéressés.
M. Boisclair fera-t-il de la semaine de quatre jours un enjeu électoral? Les contribuables les plus taxés d'Amérique du Nord (et par le fait même les entrepreneurs) feront-ils les frais de cette nouvelle «responsabilité collective»! Stay tuned, comme disent les Anglais. En attendant, voilà ce que disait Pauline Marois, le 9 mars 2003, alors qu’elle était ministre des Finances: «La conciliation famille-travail, mesure-vedette de la campagne du Parti québécois, pourrait éventuellement être soutenue financièrement par la société plutôt que de reposer uniquement sur les épaules des employeurs.» J’ai comme l’impression qu’on va s’en faire passer une petite vite...



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