La semaine dernière, au Palais des Congrès de Montréal, se tenaient les Journées Annuelles de Santé Publique. C’est notamment dans le cadre de cet événement que le gouvernement Charest et la Fondation Chagnon ont annoncé quelques centaines de millions de dollars pour réduire le taux d’obésité de 2% et que le second «Portrait de santé des Québécois» a été dévoilé.
Pendant toute la semaine, des professionnels, professeurs d’universités, intervenants, médecins et autres bureaucrates ont défilé devant les micros des différents symposiums pour présenter des résultats de recherches, pour exposer de nouvelles problématiques et pour demander plus de ressources et d’argent. Pour vous donner une idée de l’ampleur que prend la santé publique selon nos bien-pensants, il semblerait que le décrochage scolaire soit maintenant un problème de santé publique, car ceux qui décrochent ont généralement des salaires plus modestes, et puisque ceux qui ont des revenus plus bas ont presque toujours plus de problèmes de santé de tout acabit, le décrochage est maintenant une priorité en santé publique.
L’élément le plus marquant de la plupart des présentations est l’aveuglement et la fixation de tous envers les pauvres, les défavorisés, les moins nantis, les personnes vivant sous le seuil de la pauvreté, etc. La plupart des problématiques de «santé publique» sont directement reliées au statut socio-économique (SSE), c’est-à-dire au revenu, à la scolarité et à l’emploi. La relation est souvent linéaire: si vous divisez la population québécoise en trois classes – pauvre, moyenne et riche –, le problème de santé diminue de façon constante plus le SSE s’augmente. Parfois, la relation est exponentielle. Par exemple, pour en revenir à notre problème de décrochage, le taux est le plus élevé chez les pauvres, le moins élevé chez les riches, à peu près à mi-chemin entre les deux chez la classe moyenne. Même tendance pour l’obésité, la carie dentaire, l’hyperactivité, les résultats scolaires, l’espérance de vie, le suicide, la mortalité de presque toutes les maladies, etc.
Certains crient évidemment à l’injustice, d’autres sont plus pragmatiques. Pas assez, puisque tous demandent l’intervention de l’État pour créer des programmes et inventer des intervenants pour aider les pauvres. De prime abord, il n’y a rien de mal à vouloir aider les pauvres. Or, ces bureaucrates ignorent complètement deux éléments qui font en sorte que non seulement la pauvreté ne recule pas, mais au contraire qu’elle progresse partout au Québec.
D’abord, ils croient à une utopie où tout le monde sera égal, où personne ne sera plus pauvre qu’un autre et où les inégalités seront inexistantes. Pourtant, si demain matin vous donnez le même montant de départ à tous les Québécois, dans quelques mois, il y aura inévitablement des individus plus riches et d’autres plus pauvres, simplement parce que certains sont plus intelligents, plus perspicaces, plus entrepreneurs, plus prévoyants, etc. Comment ne pas sursauter lorsqu’un professionnel visiblement intelligent affirme que si tous les pauvres du Québec avaient le même statut socio-économique que les riches, le nombre de suicides serait considérablement réduit? Il n’en demeure pas moins qu’ils croient à ce monde idéal mais irréaliste et irréalisable – ce qui les amène à poser une seconde erreur.
Pour aider les pauvres, ils demandent sans relâche au gouvernement d’investir plus d’argent, d’augmenter les budgets de recherche et d’augmenter le nombre d’intervenants sociaux sur le terrain. Cet argent-là, le gouvernement ne le crée jamais, il le prend dans les mains des mieux nantis, la classe moyenne et les riches. Il n’a pas le choix. Or, en agissant de la sorte, il appauvrit automatiquement les individus de ces classes. Il diminue le revenu de certains. Il empêche d’autres de poursuivre des études plus longues. Retarde celles d’autres. Il augmente donc les problèmes de «santé publique» de ces personnes, puisque la relation qu’il découvre dans toutes les recherches est linéaire ou exponentielle. Donc, au mieux, il déplace les problèmes de santé publique. Il améliore la situation des pauvres mais détériore celles des autres.
Évidemment, n’importe quel quidam qui connaît le fonctionnement d’un appareil gouvernemental sait que l’argent va rarement directement aux pauvres. Il se dilue rapidement dans le système et les véritables pauvres se retrouvent avec des miettes. Le même principe explique pourquoi malgré les milliards donnés en aide humanitaire, plusieurs Africains ne voient pas la moindre différence. Comme je l’ai mentionné plus tôt, les bureaucrates ne demandent pas de faire des chèques aux personnes dites pauvres et défavorisées; ils veulent plus de programme, plus d’intervenants, plus de bourses de recherche.
Le résultat est visible: les pauvres sont toujours aussi nombreux, ils ne sont pas plus riches tandis que la classe moyenne et les riches s’appauvrissent. Confrontés devant cet échec, les spécialistes de la santé publique refusent d’avouer qu’ils appauvrissent la majorité de la population (où ils ne comprennent tous simplement pas l’argument économique). Pour expliquer la progression de la pauvreté et le fiasco des politiques de santé publique, ils vous disent que la pauvreté est le résultat de plusieurs facteurs et que les politiques ne visent qu’un seul facteur à la fois. Il faut donc des «approches multifactorielles» nécessitant plus de fonds et surtout plus d’intervenants et de chercheurs. Ils blâment aussi les gouvernements qui préfèrent semblent-ils investir dans la recherche génétique plutôt que dans la recherche sociale.
Quoi que ses défenseurs en disent, les politiques de santé publique sont un échec, et la théorie économique permet facilement d’expliquer pourquoi. Les problèmes de santé seront toujours reliés au statut socio-économique et à moins d’importants progrès technologiques permettent le succès du communisme, il sera impossible d’atteindre l’égalité. La seule solution est d’accepter ce constat, de s’assurer de ne pas être pauvre et d’encourager les mieux nantis à créer de la richesse pour qu’elle profite assurément aux pauvres. La tendance restera toujours linéaire, mais dans quelques années seulement les pauvres pourront espérer atteindre le niveau actuel de la classe moyenne actuelle et un jour de la classe riche de 2006.
Philippe G.
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