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30 décembre 2006

ONU: la réforme sinon l'abolition

OnuCe sera bientôt officiel, Kofi Annan cédera sa place au sud-coréen Ban Ki-Moon à la tête de l’Organisation des Nations Unies. Pour souligner ce départ, la bureaucratie onusienne fait peau neuve. Son immeuble de 39 étages, qui surplombe la 1ère avenue à Manhattan, sera entièrement rénové. Coûts de la facture: deux milliards de dollars américains et une fin de travaux prévue pour 2014. Fier de l’entérinement de cette résolution, M. Annan souhaiterait-il détourner l’attention de son bilan pitoyable? Jamais il n’aura été capable de mettre la hache dans les dépenses et offrir à l’institution une véritable cure d’amaigrissement. Résultat, l’ONU n’est pas seulement dysfonctionnelle; il s’agit d’une organisation à laquelle aucune nation libre qui se respecte ne devrait être liée. Kofi Annan lègue à son successeur scandales, abus, divisions et échecs. Un boulet de plus pour un château déjà en ruine.

Le programme pétrole contre nourriture aura sans doute été le plus grand gouffre financier de son mandat. Établis au milieu des années 1990 pour fournir de l’aide humanitaire aux Irakiens, il aura plutôt été utile à Saddam Hussein pour enrichir et consolider son empire personnel. Plus de 21 milliards $ furent ainsi siphonnés sous les yeux des fonctionnaires. En dépit des critiques, Kofi Annan n’a jamais reconnu sa responsabilité dans ce fiasco. Son fils Kojo y a même travaillé de 1995 à 1997 (pour être payé jusqu’en 2004). Une ombre persiste également à propos de la nomination de l’Allemand Achim Steiner comme directeur exécutif du United Nations Environment Programme (UNEP) quelques mois après avoir aidé M. Annan à recevoir un prix de 500 000 $. Oubliez tous les beaux discours de transparence, d’éthique et de responsabilité: une culture d’impunité, et de corruption règne en maître dans les coulisses du secrétariat des Nations Unies.

Le nouveau Conseil des droits de l’homme, présenté par Kofi Annan comme une percée majeure pour l’ONU, est plutôt le reflet de ses multiples contradictions. Si l’Assemblée générale n’hésite pas à condamner une offensive israélienne au Liban, elle accepte volontiers des États délinquants comme la Libye, la Birmanie, la Syrie et le Soudan sur son conseil. Tous jouissent du même statut juridique qu’une nation libre. Ils en profitent pour court-circuiter le conseil afin d’éviter d’avoir à répondre à des questions trop intrusives sur leurs propres politiques répressives au niveau local. C'est la raison pour laquelle une nation prospère et dynamique comme Taiwan a vue son adhésion refusée à l'ONU. Tandis qu'un meurtrier comme Robert Mugabe du Zimbabwe a la liberté de participer aux conférences de l’organisation et même de commenter certaines politiques…

Négocier, annuler, dépenser, recommander, étudier, reconsidérer pour finalement abandonner. Voilà le petit jeu de l'ONU dans pratiquement tous les dossiers qu’elle traite sur la scène internationale. Ses départements, bureaux, et subdivisions sont contrôlés par plus de 29 000 fonctionnaires désignés et auto-désignés qui suivent des routines inflexibles. Chacun jouit d’un salaire alléchant, exempt d’impôt, ainsi que d’une pension somptueuse. Ils inondent annuellement les États membres de centaines de rapports tous plus inutiles les uns que les autres. L’organisation étend ses tentacules en invitant les groupes d’intérêt à partager ses valeurs et à joindre ses projets. Les idéologues des Nations Unies fraternisant avec le communisme se moquent éperdument de l’individu. Ils recherchent le contrôle de chaque vie humaine et la gestion de chaque ressource de notre planète.

L’ONU est arrivée à un point de non-retour. Si aucune réforme majeure n’est entreprise, les pays qui remplissent ses coffres devront lui couper définitivement les vivres. Nous ne pouvons pas continuer à nous rendre complices d’une institution si corrompue qui cherche à influer sur notre quotidien. Notre souveraineté est déjà assez violée au niveau national.

Mathieu Bréard

29 décembre 2006

Ces «études» financées à même l'argent des contribuables

Ah, les nuits d'insomnie... Je songe à retravailler un aspect de ma recherche sur l'histoire du recyclage des produits animaux pour écrire un petit papier sur l'histoire de la nourriture. Je commence donc à faire une recherche sur les publications académiques qui s'intéressent à l'histoire de la nourriture et je tombe sur l'article suivant publié dans la revue Food and Foodways (vol. 14, no. 2, April-June 2006) qui est une revue tout à fait sérieuse!

Towards Queering Food Studies: Foodways, Heteronormativity, and Hungry Women in Chicana Lesbian Writing

Julia C. Ehrhardt, University of Oklahoma, Honors College, Norman, Oklahoma, USA

Abstract: As the nascent field of food studies takes shape, insights from queer studies have the potential to enrich our understandings of the interrelationships among food, gender, and sexuality. The project of queering food studies invites us to consider how food practices and beliefs reinforce and resist heterosexual gender ideologies. In this article, I analyze foodways in recent Chicana lesbian literature, examining writings that illustrate the cultural endurance of heteronormative constructions of gender even as they demonstrate how these beliefs are disrupted, destabilized, and transformed in queer literary kitchens. Poetry and essays by Chicana lesbians challenge dominant models of Chicana culinary roles by emphasizing women's efforts to satisfy their physical and sexual appetites. In particular, Carla Trujillo's 2003 novel, What Night Brings, highlights the figure of the hungry lesbian as a provocative counterpoint to the literary image of the Chicana as cook. Literature by Chicana lesbians not only invites scholars to question heteronormative assumptions about food, gender, and identity, but also demonstrates the potential of queer studies to enrich a variety of topics in food scholarship.

Ah, ces «études» financées à même l'argent des contribuables...

Pierre Desrochers

27 décembre 2006

Internet 2: de puissants lobbys et l’État à l’assaut du Net

Internet2L’année 2006 s’achève sur un jugement de la Cour fédérale d'Australie qui pourrait avoir de graves répercussions sur l’avenir d’Internet «as we know it». Selon The Inquirer, le propriétaire du site mp3s4free.net, Stephen Cooper, a été reconnu coupable à la mi-décembre d’avoir mis en ligne un engin de recherche permettant aux internautes de trouver des fichiers mp3 illégaux sur le Net. Ce jugement, s’il sert de modèle, signifierait que quiconque installe sur son site ou son blogue des liens menant vers du matériel «illégal» (mp3, vidéos, etc.) s’exposerait à des poursuites pour violation des droits d’auteur et/ou piratage. Par exemple, on retrouve sur le Blogue du QL des liens menant vers du matériel illégal: coupable!

Avec l’aide des gouvernements, de grandes entreprises médias travaillent actuellement à mettre sur pied la seconde génération d’Internet. Un réseau sur lequel tout serait surveillé, contrôlé et payant. Selon le site PrisonPlanet.com: «The skids are clearly being greased for the mandated introduction of Internet 2, a tightly controlled, surveilled and regulated cyberspace police state run solely by telecommunications giants in consort with the U.S. government and the United Nations.» Selon le magazine américain The Nation, «The nation's largest telephone and cable companies are crafting an alarming set of strategies that would transform the free, open and nondiscriminatory Internet of today to a privately run and branded service that would charge a fee for virtually everything we do online.» Selon le magazine Wired, «One of the fathers of the internet wants to be a daddy again. David Clark, who led the development of the internet in the 1970s, is working with the National Science Foundation on a plan for a whole new infrastructure to replace today's global network.» Internet 2 remplacera-t-il le Net qu'on connaît aujourd'hui? Y aura-t-il cohabitation des deux réseaux? Il faudra voir.

Gilles Guénette

26 décembre 2006

John Stossel devant les membres de l'Institut Fraser

Le 1er juin dernier à Vancouver, le journaliste libertarien John Stossel présentait une conférence intitulée «Myths, Lies, and Downright Stupidity» à l'invitation de l'Institut Fraser. Au menu: hommage au capitalisme, l'entreprise privée vs la réglementation gouvernementale, les conséquences de la guerre contre les drogues illégales, l'hostilité populaire envers le marché, la médiatisation de la peur, les changements climatiques, etc. Connu pour son style de journalisme unique et controversé, Stossel commente régulièrement l'actualité d'un point de vue libertarien sur ABC en critiquant la sagesse conventionnelle. Il est l'un des journalistes d'enquête les plus renommés aux États-Unis et est récipiendaire de 19 prix Emmy.

Le Cuba de Fidel Castro: la fin prochaine d’une époque

FidelSelon les services de renseignements américains, Fidel Castro, victime d’une maladie, aurait un pied dans la tombe. Excusez-moi de ne pas verser de larme. Le leader Maximo est un tyran. Et ceux qui osent feindre l’évidence sont tout simplement de mauvaise foi. Ils ne méritent pas que l’on perdre un temps précieux à écouter leurs divagations. D'abord, peut-être faudrait-il rappeler à ces incultes ce que signifie le mot «dictature»: il s’agit d’un régime politique dans lequel tous les pouvoirs sont exercés par un seul individu, une classe, un parti sans contrôle démocratique. Depuis 1959, Castro est le chef absolu de l’État cubain, le commandant de l’armée et le premier secrétaire du parti unique de l’île, le Parti communiste. La liberté d’expression, si l’on regarde de près le texte de la Constitution cubaine, est une véritable méprise. Elle n’existe que dans la mesure où l’on ne remet pas en question les grands principes de la révolution et les écrits de José Marti.

En 2002, un groupe de citoyens cubains a pris le risque de lancer le projet Varela afin de faire reconnaître certaines libertés fondamentales, comme les droits d’association et de presse ainsi que la tenue d’élections démocratiques. Castro a immédiatement fait bâillonner ce mouvement. Puis il a fait modifier la Constitution pour immortaliser le socialisme et le rendre intouchable. Pour le peuple cubain, impossible de revenir en arrière. «Mensonge!», vous répondra Léo-Paul Lauzon, professeur de comptabilité à l’UQAM. «Castro est un grand démocrate. Vous ne faites que répéter la désinformation grotesque de Reporters sans frontières financées par la CIA pour déstabiliser Cuba.» Admettons, pour faire plaisir à certains friands de conspirations, que ce soit vrai. Pourquoi n’ont-ils pas ce même discours pour des organisations comme Human Rights Watch, Amnesty International, Latin Reporters, Human Rights First, ou encore Trial? Toutes ont mené des enquêtes fouillées et sont arrivées aux mêmes conclusions que Reporters sans frontières: le droit à la dissidence est absent dans l’île de Cuba. Et chaque année, des dizaines de journalistes sont enfermés et torturés pour avoir critiqué le pouvoir central.

Malgré ces faits, la révolution séduit encore une minorité d’intellectuels. Si Cuba est un Eldorado, ces derniers sont incapables de vous expliquer pourquoi des milliers de cubains se jettent dans les Caraïbes pour fuir vers les États-Unis – en 1994, ils étaient plus de 3000 à vouloir gagner les côtes de la Floride au risque de leur vie sur des embarcations de fortune. Voici une déclaration qui illustre bien l'hypocrisie et l'infantilisme qui règnent dans les rangs de cette gauche qui aspire à prendre le pouvoir dans la province de Québec. Dans un article du 11 décembre de la publication Presse-toi à gauche!, Oscar Fortin théologien déclare: «Grâce à Fidel, à son action et à son courage, des millions de personnes à Cuba et un peu partout dans le monde ont repris espoir dans la vie, ont retrouvé leur dignité dans les soins de santé, leur fierté dans l’éducation. [...] Que ceux qui ont des yeux pour voir, voient, des oreilles pour entendre, entendent.» La preuve que l’endoctrinement de la révolution continue à faire des victimes même au-delà des frontières. Il sera toujours plus simple de provoquer des émotions fortes que de susciter une véritable réflexion.

Certains prétendent que le plus beau lègue de Castro sera l’accessibilité gratuite à l’éducation et aux soins de santé. À ceux-là, on pourra répondre que la jeunesse cubaine est bombardée de textes et de slogans voués à la défense des figures emblématiques de la révolution. L’article 39c de la Constitution stipule: «il faut promouvoir l’éducation patriotique et la formation communiste des nouvelles générations». Du côté de la santé, on manque d’antibiotiques, d’insuline et autres médicaments que les médecins ne peuvent utiliser pour soigner leurs patients. Le Dr Hilda Molina qui fut à la tête du Centre international de recherche neurologique de la Havane, a été témoin du détournement de multiples ressources pour mieux soigner et épater les touristes en visite dans l’île. L’année 2007 amènera nécessairement de grands bouleversements à Cuba. Espérons que Fidel ne tardera pas trop à lever les pattes.

Mathieu Bréard

20 décembre 2006

SONACC: Québec accorde un prêt hypothécaire malgré le scandale

Sonacc_1Le Journal de Québec nous apprend que le ministre des Finances du Québec, Michel Audet, vient d'accorder un prêt hypothécaire de 5 millions de dollars à la SONACC (Société nationale du cheval de course). Oui, après que le Vérificateur nous eût révélé l'ampleur de ce scandale - train de vie luxueux pour les dirigeants, primes et augmentations de salaire injustifiées, les 15 millions manquants... C'est que les anciens administrateurs n'ont pas remboursé les emprunts qu'ils avaient contractés auprès de la CIBC (10 millions) et de la Banque Nationale (15 millions), emprunts dont le gouvernement s'était porté garant. Les 5 millions $ prêtés par le ministre Audet serviront à payer les intérêts de ces deux prêts. Au ministère des Finances, on se dit confiant de récupérer cet argent ainsi que les autres prêts accordés à la SONACC qui se chiffrent en dizaines de millions de dollars. Mais quand le gouvernement avait accordé une marge de crédit de 1,5 million aux Outgames, à une semaine des cérémonies d'ouverture, il croyait aussi être remboursé. Vous connaissez la suite, les Outgames ont fait faillite.

Il faut que les politiciens comprennent une fois pour toutes que le GOUVERNEMENT N'EST PAS UNE BANQUE et que l'argent de nos taxes et impôts ne doit pas servir à faire des prêts ou de la spéculation. Les promoteurs sérieux avec des projets solides trouveront des investisseurs ou des entreprises privés pour les financer et n'auront jamais besoin d'aide gouvernementale. Sinon, c'est que la rentabilité de leurs projets est discutable. Un projet douteux pour des investisseurs privés l'est tout autant pour le gouvernement. Il ne devrait pour aucune raison y investir.

Hé, messieurs et mesdames les politiciens, c'est pourtant simple à comprendre, non?

Claire Joly
Ligue des contribuables du Québec

19 décembre 2006

Nouvelle redevance sur l’essence: Québec s’en lave les mains

Oilfield_1André Dorais en avait parlé sur le Blogue lorsque le gouvernement Charest a déposé en juin dernier son plan d’action pour atteindre partiellement les objectifs du protocole de Kyoto: «Les fonds nécessaires à l’implantation de ce plan seront tirés des pétrolières, qui n’auront d’autres choix que de refiler la facture aux consommateurs.» Sans surprise, une nouvelle taxe est née. Les automobilistes devront vraisemblablement débourser 1,3 cent de plus le litre d’essence lorsqu’ils passeront à la pompe. Loin de s’en excuser, le premier ministre Jean Charest affirmait le 8 décembre dernier qu’il revient maintenant aux consommateurs de sanctionner les pétrolières qui hausseront leurs prix: «s’ils choisissent de refiler la facture, elles doivent garder en mémoire que c’est le consommateur qui finalement fera ses choix quand il ira à la pompe», a-t-il précisé avant d’ajouter que «le pouvoir ultime est entre les mains des consommateurs qui ont le choix d’acheter leur essence chez qui ils veulent».

Depuis quand les entreprises absorbent-elles les nouvelles taxes (sans les refiler aux consommateurs)? Il faudrait maintenant qu'elles fassent des cadeaux à leurs clients! Dommage qu’on ne puisse pas adopter l’approche proposée par M. Charest pour sanctionner nos élus. Lorsqu’ils annoncent de nouvelles taxes, de nouveaux programmes, ou qu’ils accordent de substantielles subventions à quelque entreprise, on pourrait dire: «le pouvoir ultime repose entre les mains des citoyens qui ont le choix de donner leurs impôts à qui ils veulent». Mais les choses ne fonctionnent pas comme ça en «démocratie». Les étatistes sont au pouvoir. Et ils ne font pas de cadeaux à personne.

Gilles Guénette

15 décembre 2006

Ben's ferme ses portes: une leçon aux élites syndicales

BensPréparez-vous à entendre parler de «liberté syndicale» au cours des prochains jours! Le fameux restaurant Ben's, qui servait du smoked meat au centre-ville de Montréal depuis 98 ans, a finalement décidé de fermer ses portes. Ses employés, syndiqués affiliés à la CSN depuis 1995, étaient en grève depuis le 20 juillet dernier. Les propriétaires auraient expliqué qu'un comptoir-lunch indépendant ne peut être rentable dans l'environnement économique d'un personnel syndiqué. Cette fermeture ne devrait surprendre personne, la direction ayant laissé entendre clairement au cours du conflit que la cessation des activités était envisageable. Rappel brutal aux syndicalistes traditionnels: cette fermeture vient réitérer le fait qu'un employeur peut être forcé par la loi d'opérer en présence d'un syndicat, mais qu'on ne peut toutefois pas le forcer à opérer.

La fermeture du Wal-Mart de Jonquière, au printemps 2005, avait fait dire à plusieurs intervenants du monde syndical, au nom de la «liberté syndicale», que la fermeture d'une entreprise pour motifs syndicaux ne devrait pas être autorisée et que, par conséquent, un employeur devrait être «forcé» d'opérer son entreprise si sa décision de la fermer reposait sur le fait qu'il ne peut pas ou ne veut pas opérer en présence d'un syndicat. Or, cette vision coercitive et anti-commerciale équivaut ni plus ni moins à prétendre que l'existence d'un syndicat serait plus importante que l'existence des entreprises et des emplois eux-mêmes. Le cas du Ben's est éloquent car sauf en faisant preuve d'une mauvaise foi flagrante, on ne saurait remettre en doute que des considérations financières sous-tendent la décision de fermer l'entreprise. Dans ce contexte, les syndiqués auraient été bien avisés de renoncer à leurs revendications ou à l'essentiel de celles-ci, mais ont choisi de «négocier» jusqu'au bout, avec la conclusion que l'on connaît aujourd'hui.

Si cet épisode peut servir de leçon aux élites syndicales, en leur rappelant que l'importance de leurs responsabilités est nécessairement proportionnelle à l'importance des pouvoirs qui leur sont octroyés par les lois du travail, ce sera au moins un élément de consolation qu'il sera possible de tirer de la fermeture du Ben's.

Jean-Hugho Lapointe

Pendant que l’industrie connaît le succès, les artistes stagnent

LarmesLundi dernier, un «collectif» d’artistes, Pierre Curzi, le président de l’Union des artistes en tête, signait une lettre ouverte dans Le Devoir pour se plaindre d’une injustice. Cette fois, c’est que même si l'industrie québécoise du cinéma et de la télévision se porte mieux que jamais, «les fruits ne sont pas partagés équitablement aux yeux des artistes dont la rémunération n'a à peu près pas évolué, contrairement à la multiplication des sources de revenus dont profitent les producteurs, les diffuseurs et les distributeurs. Cette iniquité est injustifiable, et nous serons de plus en plus nombreux à la dénoncer.»

Après avoir brossé un portrait d’une industrie des plus en forme financièrement («En 2005, le volume d'affaires de l'industrie québécoise du cinéma et de la télévision se chiffrait à 4 milliards. Les deux grands diffuseurs, Quebecor Média et Astral Média, affichent un bénéfice d'exploitation qui dépasse les 25%») et décrit les nombreuses façons de rentabiliser les investissements dans le secteur («arrivée de nouveaux moyens de diffusion», «contrats de distribution à l'étranger», «vente et la location des oeuvres actuelles ou reprises en DVD», «Internet, la baladodiffusion (podcasting) ou le cellulaire»), les signataires ont dénoncé le fait qu’avec des revenus qui atteignent des sommets, «certains s'enrichissent significativement, mais les artistes, eux, doivent se contenter d'une rétribution équivalente à ce qu'elle était il y a 10 ans!» Dans La Presse, M. Curzi en a rajouté: «Ce qu'on veut, c'est un partage du succès, dit-il. Nous sommes à l'origine d'une industrie qui fait beaucoup de millionnaires, mais jamais parmi les artistes! […] Pour un grand nombre d'acteurs, une année se compose de 20 ou 30 jours de tournage. À 500 $ par jour pour un premier rôle, faites le calcul, ce n'est pas une fortune.»

Les artistes ont raison de réclamer leur part du gâteau – quoique je ne sois pas sûr que l’industrie fasse «beaucoup de millionnaires» –, mais pourquoi en faire un enjeu «national»? Pourquoi toujours venir se plaindre sur la place publique? Ne peuvent-ils pas simplement s’adresser à l’industrie? Exiger des contrats qui leur donneraient droit à des redevances sur les ventes de DVD et autres produits dérivés? Les artistes québécois ne font peut-être que quelques jours de tournage par année, mais le reste du temps, ils occupent tout ce qu’il y a d’espace public. On les voit partout! Ils sont pires que les castors de Bell! Ils doivent bien être rémunérés pour ça? S’ils ne le sont pas, ce n’est tout de même pas de notre faute. Le fait que les membres de l'UDA sont presque des syndiqués du secteur public a sans doute quelque chose à voir avec cette manie qu’ils ont de toujours laver leur linge sale en public. Je parierais ma chemise qu’ils n’haïraient pas ça si le gouvernement annonçait la tenue d’une Commission parlementaire sur la rémunération de l’artiste, ou s’il forçait les producteurs et maisons de production à hausser les salaires qu’ils versent aux artistes de façon à ce qu’ils soient plus «justes» et «équitables».

Gilles Guénette

Jeux olympiques d'hiver de 2010: la facture

OlympiquesVancouver serait-elle sur le point de rivaliser avec Montréal en ce qui a trait à la mauvaise planification des grands événements sportifs? Il semblerait que oui. Selon le rapport du vérificateur général Arn Van Iersel, publié en septembre dernier, les contribuables de la Colombie-Britannique risquent de payer une facture deux fois plus élevée que celle prévue pour financer les Jeux olympiques d'hiver de 2010. Le rapport indique que pour 17 jours d'activités, les jeux coûteront 2,5 milliards $ à la province et au gouvernement fédéral, dont 1,5 milliard $ uniquement pour la province de l’Ouest.

Le gouvernement provincial, par l'entremise de son ministre du Développement économique et ministre responsable des Jeux olympiques, Colin Hansen, prétend être capable de contenir l'augmentation des coûts sans dépasser le budget initial fixé à 600 millions $. Pourtant, la facture est de plus en plus salée. En février, le directeur général du comité organisateur John Furlong a annoncé une augmentation de 23% des coûts de construction des infrastructures qui sont passé de 470 millions $ à 580 millions $. Tout dépassement de coûts devra être assumé entièrement par les contribuables de la Colombie-Britannique. Et pour calmer la colère de l'opinion publique, on n'hésite pas à faire miroiter les promesses de retombées économiques...

Soulignons que le coût des jeux de 2012 de Londres pourrait atteindre 27 milliards de dollars canadiens, soit plus de six fois ce qui avait été présenté au moment de la victoire de la Ville en 2005. À Montréal, la facture totale des installations olympiques (1976), si on ajoute les intérêts, aura dépassé le 2,7 milliards de dollars. Plus scandaleux encore, la fameuse taxe instaurée pour rembourser cette dette est toujours en vigueur même si la note a finalement été payée cette année. À cela, on peut ajouter les dépenses supplémentaires pour rénover et entretenir un stade olympique sans véritable vocation dont le toit risque de s'effondrer à tout moment.

Mathieu Bréard

14 décembre 2006

Pour mettre fin aux listes d'attente qui tuent

PatientTimely Medical Alternatives va intenter un procès contre le gouvernement de l'Ontario au nom de Lindsay McCreith, résident de 66 ans de Newmarket (ON), parce qu'il refuse de lui rembourser les coûts d'une résonnance magnétique et d'une opération visant à retirer une tumeur au cerveau effectuées plus tôt cette année dans un hôpital de Buffalo. M. McCreith, homme d'affaires à la retraite, souhaite un plus grand rôle du privé dans le secteur de la santé, notamment, la possibilité de souscrire à des assurances privées. Il estime que les Canadiens ne reçoivent pas les soins de santé auxquels ils ont droit en dépit des sommes astronomiques qui sont engouffrées dans le réseau.

Selon son médecin de famille, le Dr Gary Magee, M. McCreith ne pouvait pas se permettre de se retrouver sur une liste d'attente pendant plus de 8 mois - comme on le lui proposait. Il s'agissait d'une question de vie ou de mort. Marianne Rosera, 56 ans, a également opté pour la même solution, une chirurgie a l'hôpital de Buffalo, après avoir vu sa santé se détériorer sérieusement à cause d'un problème à une hanche. Elle souhaite que ce procès amène des changements réels en Ontario. C'est selon elle, un véritable combat entre David et Goliath.

Le président de Timely Medical Alternatives, Richard Baker, affirme pour sa part que la Loi canadienne sur la Santé engendre douleur, misère et mort. Et il est grand temps que les Canadiens n'aient plus à sacrifier leur santé pour protéger cette loi inefficace. Basée à Vancouver (C.-B.), Timely Medical Alternatives est une organisation dont la mission est de fournir des solutions de rechange aux listes d'attente. Fondée en 2003, elle a déjà aidé des centaines d'individus et des familles de partout à travers le Canada à obtenir rapidement des chirurgies privées. Voici le cas troublant de Lindsay McCreith.

Mathieu Bréard

Subvention de 350 millions $ pour «assisté de luxe»

MoteurLe gouvernement conservateur de Stephen Harper, dans une décision des plus irresponsables, vient d'accorder une subvention de 350 millions $ à Pratt & Whitney Canada dans le cadre d'une «association technologique». Bien sûr, nous avons eu droit à la parade médiatique habituelle – elles camouflent toujours bien les faits. Or, depuis 1982, cette entreprise du secteur aérospatial a reçu plus d'un milliard de dollars dans le cadre de différents programmes d'assistance du ministère de l'Industrie. En faisant l'inventaire des différentes subventions offertes aux entreprises canadiennes, nous pouvons constater que P&WC vit littéralement aux crochets du trésor public.

Un rapport du ministère de l'Industrie indique qu'entre les 1er avril 1982 et 31 mars 2006, le fabricant de moteurs d'avion a reçu 1,25 milliard $ en subventions dans le cadre de deux programmes fédéraux forts controversés – le Defence Industry Productivity Program (DIPP) et le Technology Partnerships Canada (TPC). Ces programmes, dans les faits, sont de véritables fonds d'assistance sociale et devraient être abolis. De cette somme, Pratt & Whitney Canada n'aurait seulement remboursé qu'environ 7,4%. Sur 700 millions $ du montant autorisé par le TPC, le géant de l'aérospatial a remboursé 50 millions $. Pire encore, en août 2006, le ministère de l'Industrie a mis fin au transfert de fonds vers l’entreprise suite à une dispute concernant le montant que le gouvernement fédéral devait rembourser à la compagnie pour ses coûts de recherche et développement.

Au lieu de maintenir cette dépendance, le gouvernement fédéral devrait plutôt protéger les contribuables contre le gaspillage. Des entreprises comme P&WC courent le risque de devenir plus efficaces à faire du lobby qu'à produire des biens et services. Les subventions, quelles que soient leurs formes, créent des distorsions dans le fonctionnement normal du marché. Le contribuable n'a pas à être le complice indirect du favoritisme d’un gouvernement à l’endroit d’une entreprise.

Mathieu Bréard

L'illusion tranquille arrive à Montréal - Marquez vos agendas!

Illusiontranquille_1Comme Mathieu Bréard l'écrivait sur le Blogue, le 16 octobre dernier, «deux résidents de la région de Québec, Denis Julien et Joanne Marcotte, inquiets de l’avenir économique de la province ont décidé de leur propre initiative de lancer un documentaire intitulé: L’illusion tranquille. Le tout sans la moindre subvention!» Le documentaire politique aura mis quelques mois pour se rendre jusqu’à Montréal. En effet, L'illusion tranquille sera présentée au Cinéma du Parc et au Cinéma Beaubien, à compter du 12 janvier 2007 (date à partir de laquelle le film sera aussi représenté au Clap de Québec). Marquez vos agendas! En attendant le Jour J, voici ce que certains ont dit de la production. Nathalie Elgrably, économiste à l'Institut économique de Montréal, parle de L’illusion tranquille comme de «l'équivalent d'une brèche dans le modèle québécois». Des lecteurs du Blogue l’ont vu lors de sa présentation au Clap de Québec: JH Lapointe: «Un petit bijou. À voir!», Valérie Jean: «A+ sur toute la ligne», Daniel Racine: «Super documentaire… enfin je vois + clair!», David Chrétien: «Très bon constat du Québec et de la médiocratie-sociale emportée par la Révolution tranquille. Pour en finir avec le marasme que vit la province!»

Gilles Guénette

Notre système de santé: un gigantesque trou noir

TrounoirLe Canadian Institute for Health Information (CIHI), une agence de statistique nationale, arrive à la conclusion que les dépenses en santé vont atteindre 148 milliards $ cette année. Il s'agit d'une augmentation de 8 milliards $ comparativement à l'année dernière. Or, le temps d'attente dans les hôpitaux persiste, les pénuries de médecins se multiplient, et l'équipement médical est désuet. Ce portrait peu reluisant est celui d'une bureaucratie en totale faillite qui fonctionne sur le respirateur artificiel.

L'OCDE estime que le Canada, en termes d'accès aux appareils d'imagerie par résonance magnétique (IRM), arrive 15e sur 24 avec seulement 4 machines pour 1 million d'habitants. Quant à l'accès aux scanners, le Canada occupe la 17e place sur 23 et arrive après la République tchèque (!). Le Canada se classe 8e sur 22 quant au nombre d'appareils de radiothérapie et bon dernier quant à l'accès aux lithotriteurs. L'Association canadienne des radiologistes estime qu'on devrait remplacer immédiatement 50% des appareils d'imagerie diagnostique. Un article de Tom Arnold du National Post, «X-Ray labs dangerously outdated» (12 octobre 2000), citait le cas d'un scanner dans un hôpital situé en banlieue de Montréal qui n'est jamais éteint, car les interrupteurs pour ce modèle ne sont plus fabriqués… En l'absence d'une technologie fiable, les spécialistes affirment qu'ils seront bientôt incapables de garantir la fiabilité de leurs diagnostics.

Selon les économistes Ludwig von Mises et Friedrich Hayek de l’École autrichienne, il est impossible de gérer adéquatement un système économique de façon bureaucratique et centralisé, puisque les bureaucrates ne possèdent pas l’information qui existe dans la tête de chacun des acteurs. L’affectation des ressources se fait de façon arbitraire, les fonds se perdent dans la bureaucratie, les syndicats empêchent le système de s’adapter, le contrôle des prix crée inévitablement des pénuries. Ainsi, la santé au Canada continue d'être un gigantesque trou noir qui aspire les milliards de dollars de nos impôts dans le néant.

Mathieu Bréard

13 décembre 2006

Une loi contre le sexisme dans la publicité? Non merci!

24 600 citoyens de la région de Terrebonne ont signé une pétition réclamant une loi contre le sexisme dans la publicité. Ces citoyens qui représentent 0,33% de la population prétendent parler au nom du Québec:

«…au nom d'une population trop silencieuse, au nom de nos enfants qui s'étonnent devant cet exhibitionnisme, au nom de nos jeunes qui intègrent ces messages dévalorisants et ne voient que la marchandisation du corps, du corps féminin surtout et de sa sexualité», ils réclament l'adoption d'une loi pour encadrer la pratique publicitaire et bannir l'exploitation du corps des femmes comme valeur promotionnelle lors d'événements publics.» (cyberpresse.ca)

Au Québec, tous les groupes de pression qui représentent plus de deux personnes prétendent parler au nom de tous les Québécois. Je regrette, mais vous ne parlez pas en mon nom. Je ne vous ai jamais autorisé à le faire ou à le prétendre. J’exige que vous vous récusiez et que vous indiquiez clairement que je ne suis pas associé pas à votre démarche.

Je ne conteste pas le droit à tout citoyen de s’objecter à la publicité sexiste. Je m’objecte par contre à ce qu’un autre groupe demande en mon nom une autre loi pour régler le problème existentiel d’individus qui sont incapables d’agir autrement que sous la jupe du gouvernement. Le niveau de dépendance des Québécois envers l’État me désespère.

La meilleure façon de combattre une publicité est de ne pas acheter le produit qu'elle annonce. Voilà un moyen efficace de combattre la publicité sexiste sans gaspiller l’argent des contribuables. Soyez sans craindre, si au lendemain d’une nouvelle campagne publicitaire les ventes chutent, la publicité sera retirée le surlendemain. Si au contraire les ventes augmentent, c’est que la majorité des consommateurs apprécie cette publicité que vous considérez offensante. De quel droit devriez-vous pouvoir imposer votre point de vue?

Serge Rouleau

Les «pauvres» cols bleus en négociation: préparez-vous au pire!

ColsbleusLa Ville doit amorcer en 2007 des négociations avec les 10 syndicats représentant environ 26 000 employés municipaux. On apprend ce matin que le maire Gérald Tremblay a proposé hier aux syndicats de la Ville une offre à prendre ou à laisser pour leurs prochaines conventions collectives. La proposition d'un gel salarial en 2007 et d'augmentations de 6% les trois années suivantes a, on s’en doute, été mal accueillie par les syndicats. «Je ne peux pas dire qu'ils étaient enthousiastes, mais ils ont écouté avec attention», a précisé le maire en conférence de presse. Aïe, aïe, aïe. Préparez-vous à être perturbés! Parce que même si les employés de la Ville de Montréal demeurent parmi les mieux payés au Québec, ils estiment qu'ils n'en font pas assez. Le président du Syndicat des cols bleus regroupés, Michel Parent, a vu dans l'annonce d'hier une stratégie manquant de «crédibilité». Soft. Le calme avant la tempête. On nous dit que les cols bleus comptent rattraper le terrain perdu lors de la dernière négociation…

À titre d’information, les cols bleus gagnent un salaire moyen de 49 352 $ à Montréal. Ajoutez à cela des avantages sociaux de 14 791 $, ça vous fait un salaire de 64 215 $ pour l’année en cours. Et on prévoit que ce salaire sera de 68 144 $ en 2010 (les cols blancs, de leur côté, gagnent un peu moins). 68 144 $ en moyenne! Ça veut dire que des cols bleus gagnent plus que cela! 68 144 $ pour conduire des camions, remplir des nids-de-poule, ramasser des vidanges, planter des fleurs, faire de petites siestes de temps en temps… Même pas besoin de formation (une infirmière gagne de 32 250 $ à 48 000 $). S'ils étaient dans le privé, les cols bleus ne gagneraient certainement pas autant. Rien ne justifie qu'on donne de tels salaires pour ce genre de travail. Mais comme c'est nous qui payons... C’est là qu’on voit vraiment à l’oeuvre le concept de redistribution «équitable» des «riches» contribuables de la classe moyenne vers les «pauvres» employés de l'État!

Gilles Guénette

12 décembre 2006

Système de quotas: l’industrie agricole en crise?

LaitLaurent Pellerin, le président de l'Union des producteurs agricoles (UPA), prétend que l'agriculture québécoise est en crise. Il en impute la responsabilité à la mondialisation. Selon l’UPA, le gouvernement doit imposer des tarifs à l’importation de produits agricoles en provenance de pays n’ayant pas les mêmes normes environnementales que le Québec. L’industrie agricole québécoise, à l’instar de celle de tous les pays développés, est déjà hyper-protégée. Son manque de compétitivité découle avant tout d’un interventionnisme archaïque de l’État qui n’a plus sa raison d’être dans une économie mondialisée. Le système de gestion de l’industrie laitière mis en place au Canada et au Québec est un excellent exemple des effets néfastes de l’interventionnisme, bien intentionné mais mal avisé, de l’État.

En imposant un prix au-dessus de la valeur du marché pour le lait, le gouvernement appauvrit les Québécois de plusieurs centaines de millions annuellement. Les effets de cet appauvrissement sont d'autant plus sévères que le consommateur est pauvre. De plus, cette politique, qui a pour objectif de garantir un revenu suffisant aux agriculteurs, est devenue une embûche plutôt qu’un soutien. L’intervention du gouvernement a rompu l’équilibre qui aurait normalement existé entre l’offre et la demande pour le marché du lait. Le prix étant fixé au-dessus de celui du marché, le gouvernement doit imposer des quotas - limite de volume de production - pour éviter les surplus. Dans un libre marché, les prix auraient baissé ou augmenté jusqu’à ce que l’offre et la demande s’équilibrent sans que les gouvernements n’aient à s’en mêler.

Aujourd’hui, l’agriculteur qui désire produire du lait doit acquérir des quotas. Un quota représente environ un kilo de gras laitier par jour. C’est le volume de gras produit par une bonne vache laitière. La valeur d’un quota est représentée par la différence entre les coûts de production, incluant un profit raisonnable, et la valeur marchande d’un kilo de gras. La valeur marchande est artificiellement gonflée dû au fait que le gouvernement impose un prix minimum plus élevé que les coûts de production. Ainsi, la valeur d’un quota atteignait 33 000 $ à la fin de l’été 2006. Les problèmes générés par le système de gestion de l’industrie laitière imposé par les gouvernements sont nombreux et importants:

• La valeur des fermes laitières est artificiellement gonflée par la valeur des quotas. Ainsi, une ferme possédant trente vaches laitières coûte aujourd’hui 999 000 $ (30 x 33 000$) de plus que sa valeur productive;
• Les jeunes intéressés par l’agriculture n’ont pas les moyens financiers requis pour s’acheter une ferme. Souvent, le propriétaire préfère vendre sa ferme à un étranger à gros prix plutôt que de la céder à son fils à rabais;
• L’UPA, sur la base que le prix des fermes augmente constamment, milite en faveur d’un prix du lait toujours plus élevé. Les agriculteurs sont pris dans un cercle vicieux: le prix du lait, artificiellement gonflé, augmente d’autant la valeur des quotas et par extension celle des fermes. Donc, le prix du lait doit augmenter de nouveau pour rentabiliser l’investissement de l’agriculteur;
• Le Canada maintient des tarifs à l’importation des produits laitiers étrangers exorbitants pour protéger les prix artificiellement élevés des produits canadiens. Ce n’est qu’une question de temps avant que l’OMC oblige le Canada à abandonner son système de fixation des prix. Pour ce faire, le gouvernement devra racheter les quotas acquis de bonne foi par les agriculteurs. En 2005, il y avait 291 096 quotas répartis parmi 7 376 producteurs agricoles au Québec. Le rachat de ces quotas au prix du marché représente plus de 8 milliards de dollars.

En faussant les règles du marché, le gouvernement appauvrit les Québécois en les obligeant à payer les produits laitiers plus chers qu’ils ne valent. De plus, pour régler les problèmes découlant de cette intervention mal avisée, les contribuables québécois devront payer des milliards de dollars en compensation aux agriculteurs dans un futur plus ou moins rapproché.

Malheureusement, le marché du lait ne représente qu’une partie du problème de l’industrie agricole canadienne et québécoise. Les interventions des gouvernements dans les marchés du sirop d’érable, de la volaille, des oeufs, du porc, ont aussi artificiellement gonflé les coûts de ces produits au détriment des agriculteurs et des consommateurs. Les contribuables devront encore une fois payer des milliards en compensation aux producteurs pour régler des problèmes créés de toutes pièces par des politiciens pleins de bonnes intentions.

Serge Rouleau

Les dépanneurs contre la concurrence

Depanneur_1Couche-Tard en faillite? En fait, pas exactement... Mais c'est tout comme, si on en croit son PDG. En réaction au projet de loi visant à permettre aux supermarchés d'avoir plus d'employés sur le plancher en fin de soirée et la fin de semaine en soirée, Alain Bouchard mentionne dans un article de la Presse canadienne: «Pour un consommateur qui une fois dans sa vie va aller acheter un steak à 3h00 du matin, on va bulldozer les petites surfaces. Ça n'a pas de sens.» Un argument quelque peu exagéré et fondamentalement erroné. Si le seul plan d'affaire viable pour les petites surfaces est de criminaliser toutes les alternatives à leurs commerces, il y a un léger problème.

M. Bouchard représente une coalition de détaillants de petites surfaces (dépanneurs, épiceries de quartier, etc.) selon laquelle «le ministre du Développement économique favoriserait uniquement les grandes chaînes d'alimentation au détriment de tous les autres. La coalition lui demande notamment d'instaurer des heures d'ouverture fixes en dehors desquelles les grandes surfaces devront fermer, d'abandonner complètement la règle des quatre employés et d'obliger la fermeture des supermarchés lors de certains jours fériés.» Quelle étrange façon de voir les choses. Permettre à tous d'opérer selon les mêmes règles équivaudrait à favoriser certains, alors qu'un règlement plus strict envers les supermarchés serait lui parfaitement juste!

En fait, les dépanneurs aiment bien être protégés de la concurrence des supermarchés, ça leur permet de continuer à vendre leurs marchandises beaucoup plus cher. Avec les mêmes règles s'appliquant à tous, les consommateurs vont bénéficier de prix plus bas, d'un service de meilleure qualité, et, pendant ce temps, les dépanneurs vont s'en tirer tant bien que mal en vendant de l'essence, des slushs aux petites filles et des bonbons aux adolescents gelés. A-t-on vraiment besoin de payer 4$ pour un pain vieux d'une semaine?

Francis St-Pierre

09 décembre 2006

Alimentation: vive l'ouverture des marchés et la mondialisation!

Une lectrice, Delphine Q. nous écrit:

«Que la nourriture que je mange vienne de l'autre côté de la terre me paraît une aberration [...] Premièrement parce que cela signifierait la fin de la "campagne" au Québec, il me semble que l'agriculture locale est la base de nos régions. [...] De plus, il me semble qu'il y a un prix maximum pour le lait au Québec ce qui fait qu'on ne peut pas payer plus cher qu'un prix X... alors le consommateur s'en tire plutôt bien, non?»

Réponse de Mathieu Bréard:

Si nous pouvons consommer ananas, papayes, fraises, oranges, pamplemousses, nectarines, caramboles, mangues, patates douces, manioc, kiwis, bananes, brocoli, soya, panais, cresson, et plus encore, 365 jours par année, et ce, malgré notre climat nordique, c’est précisément parce qu'il existe un commerce international de l'agriculture. Eh oui, ils ont vraiment de la chance ces végétariens québécois. Chaque jour, de par le monde, des millions de producteurs, maraîchers et fermiers peuvent faire la promotion de leurs produits sur une multitude de marchés. Grâce à eux, nous pouvons découvrir de nouvelles saveurs, apprêter nos plats différemment, modifier notre alimentation et diversifier notre culture culinaire. L'inverse est aussi vrai. Il y a cinquante ans, il aurait été impensable pour un pays comme la Chine, de tradition céréalière, de consommer certains types de viandes. D'autres peuvent même jouir des bienfaits du poisson frais tout en demeurant dans les montagnes. Utiliser le mot «aberration» pour qualifier un processus si dynamique qui profite à autant de monde dont vous, chère lectrice, est une blague de bien mauvais goût. Voire un retour en arrière.

Les communautés qui vivent en autarcie cumulent les épisodes de pauvreté, de famine et les désordres de toutes sortes. Nous en avons un bel exemple avec la péninsule coréenne qui est un véritable laboratoire pour mesurer les avantages de la globalisation. Il s'agit d'un tout petit territoire situé en Asie du Nord-Est où se trouvent des gens qui partagent la même histoire, une langue commune et les mêmes normes culturelles. La seule différence, une division entre le nord et le sud. Le premier étant une économie fermée, la seconde était une économie de marché. Les habitants du sud ayant la possibilité de commercer avec l'ensemble de la planète ont un niveau de vie nettement supérieur à ceux du nord dont les activités sont minées par le protectionnisme. Nous pourrions également citer le cas tout aussi révélateur de l'Allemagne pendant la guerre froide, divisée entre l'ouest capitaliste et l'est communiste.

Précisons qu’il serait inconcevable de refuser le commerce avec certains pays sous prétexte qu’ils ne respectent pas les mêmes conditions de travail que les nôtres. La plus grande erreur de l’Occident est de juger les pays du tiers-monde à partir de son propre niveau de développement économique. L’évolution de chacun est différente. Beaucoup de ces nations sont au même stade que nous étions, il y a 150 ans au début de l’ère industrielle.

La liberté économique, et c’est bien là tout ce qui frustre ses détracteurs, fonctionne et donne des résultats parfaitement mesurables et quantifiables. Dans un quartier, lorsqu'une nouvelle épicerie ouvre ses portes à quelques coins de rue d'une autre, les consommateurs accueillent toujours sa présence avec enthousiasme. Ils savent que chacune d'entre elles devra déployer davantage d'efforts pour offrir de bons produits à des prix plus avantageux que l’autre. La logique est exactement la même au niveau international. La mondialisation expose nos producteurs locaux à la concurrence exercée par tous les producteurs du monde. En permettant à un producteur de Miami (Floride) d'offrir son jus d'orange sur notre marché local, le producteur de jus de pomme du Mont St-Hilaire devra innover davantage pour attirer de nouveaux clients et fidéliser les anciens. Si son rendement diminue, il devra reconnaître son inefficacité et prendre les mesures nécessaires pour ne pas se faire expulser du marché. Il pourra, par exemple, revoir ses méthodes de production, de management, de marketing et même étudier le comportement de son compétiteur afin de s'enrichir de méthodes qui fonctionnent mieux. Le transfert de connaissances techniques est illimité dans un marché libre grâce à la concurrence qui peut venir aussi bien du Brésil que de l'Inde. D'ailleurs, des entreprises en provenance d'économies comme celles de Taïwan, du Japon et de Hong Kong ont largement profité de ce phénomène en copiant les acquis de l'Occident.

Évidemment, l'arrivée de nouveaux compétiteurs étrangers place certaines entreprises locales moins efficaces sur la défensive. Prises de panique, elles cherchent toutes sortes de moyens pour influencer l'opinion publique. Viens alors l'argument pathétique qui nous oblige à sortir notre mouchoir: «Il faut acheter Québécois». Et si vous ne le faites pas gare à vous, vous n'êtes pas «un vrai patriote» avec la fleur de lys tatouée sur le coeur! Il faut choisir votre camp et bien sûr, il existe un seul salut possible... On vous demande d'oublier votre statut de consommateur, de négliger vos intérêts pour un produit de moins bonne qualité ou vendus à prix plus élevé afin de protéger une entreprise incapable d'être compétitive sur son propre marché. Notre politique laitière s'inscrit précisément dans cet ordre d'idée.

Un exemple: un couple de Trois-Rivières décide de se faire construire une nouvelle maison. Il a le choix entre un entrepreneur en construction de la région de Chicoutimi reconnu pour son sens du travail bien fait et un autre de la région Trois-Rivières beaucoup moins efficace. Honnêtement, vont-il faire affaire avec le mauvais entrepreneur parce le pauvre doit être protégé de la concurrence? Finalement, après réflexion ils décident de compléter la transaction en faveur du contracteur de Chicoutimi, mais aussitôt se dresse une frontière géopolitique entre le deux villes. La transaction est maintenant une «importation». Des groupes accusent notre couple de ne pas consommer local. Or, pourquoi la transaction qui était bénéfique pour eux il y a quelques minutes serait-elle maintenant illégitime? Voilà bien tout le ridicule des campagnes de pression qui vise à influencer ou décourager les consommateurs dans leurs achats.

La politique canadienne du lait assure à une bande de privilégiés une vie aux crochets de l’État. Il s’agit ni plus ni moins que d’une forme de bien-être social – et le mot est faible. La Commission canadienne du lait vise à protéger les producteurs de la concurrence et se moque éperdument des consommateurs. Les prix de soutien qu'elle impose sont bien plus élevés que ceux qui auraient été atteints sans réglementation sur le marché canadien. Une étude de l’OCDE démontre que depuis la fin des années 1980, le prix du lait ici est trois plus élevé que les prix mondiaux. Le lait de consommation est 41% plus cher que le prix affiché sur le marché américain. L’Organisation de coopération et de développement économiques estime que le consommateur canadien a subventionné cette industrie à hauteur de 40 milliards de dollars entre 1986 et 2003. À se demander qui est la véritable vache à lait?

Mathieu Bréard

08 décembre 2006

GES: même les vaches sont «distinctes» au Québec!

GesHier, on apprenait que selon un rapport de l'Organisation mondiale pour l'agriculture et l'alimentation, l'élevage des bovins constitue l'un des plus grands fléaux environnementaux de la planète. Rien de moins. Par leurs pets et leurs rots, les vaches contribuent davantage au réchauffement climatique que l'ensemble des autos et des camions. Or, on apprend aujourd’hui que selon la Fédération des producteurs de lait du Québec, la situation est toute autre dans la Belle Province. «Nous ne contestons pas les conclusions du rapport pour l'ensemble de la production mondiale, mais il faut savoir que la dynamique au Québec est totalement différente», a indiqué François Dumontier, porte-parole. Ce n’est pas que nos vaches produisent moins de pets et de rots, non. Mais les bovins de la province, comme celles du pays, sont assujettis à… la gestion de l'offre! Eh oui, cette mesure gouvernementale qui oblige les producteurs laitiers d’ici à ne répondre qu'à la demande des Canadiens et qui, par le fait même, limite l'augmentation du cheptel bovin et maintient les prix élevés – mais ça, c’est pour le plus grand bien de tous, nous dit-on… «Globalement, la gestion de l'offre a permis une réduction du cheptel et, donc, des gaz à effet de serre, précise M. Dumontier. Entre 1990 et 2003, le secteur des bovins laitiers a ainsi diminué ses émissions de gaz à effet de serre de 12%, soit plus que l'objectif du protocole de Kyoto (moins 6%).»

Valentin Petkantchin, ex-directeur de la recherche à l’Institut économique de Montréal, a produit une Note économique l’année dernière sur les coûts de la gestion de l’offre. «Le modèle, écrit-il, a vu le jour en Australie dans les années 1920 pour protéger les revenus des agriculteurs contre les fluctuations économiques et les baisses de prix de leurs produits, et pour accroître leur pouvoir vis-à-vis des acheteurs. Présenté aujourd’hui comme un élément incontournable de la politique agricole canadienne, il est en réalité un système inutilement coûteux, en particulier dans le cas de la production laitière. […] La politique agricole de gestion de l’offre au Canada repose essentiellement sur deux types majeurs d’interventions de l’État dans le marché agricole. D’une part, elle implique la mise en place d’une planification et d’un contrôle administratif sur les prix, la commercialisation et les quantités offertes d’un produit agricole, notamment à travers l’imposition de quotas. D’autre part, elle repose sur l’existence de tarifs douaniers suffisamment élevés pour empêcher l’entrée des produits étrangers. Par de telles dispositions, l’État assure en bout de ligne une clientèle captive aux agriculteurs canadiens. Les prix domestiques artificiellement élevés correspondent en réalité à un "impôt" implicite que les agriculteurs ont été autorisés à prélever sur les consommateurs par les pouvoirs publics.»

De la même façon que nos agriculteurs ont recours aux standards environnementaux ou aux normes de travail pour faire en sorte que certains pays pauvres, incapables de les atteindre, soient exclus du marché canadien, nos producteurs de lait se cachent derrière la gestion de l’offre pour fermer les frontières aux producteurs étrangers et ainsi s’assurer une clientèle captive. En bout de ligne, c'est vous et moi qui faisons les frais de ces mesures protectionnistes en payant plus cher nos produits laitiers - pour vous en convaincre, allez faire un tour sur www.vachealait.ca, un site mis sur pied par l’Association canadienne des restaurateurs et des services alimentaires qui vaut le déplacement. Heureusement, avec l’ouverture des marchés et la mondialisation, le protectionnisme sera de plus en plus difficile à défendre. Et cela, même pour un gouvernement «distinct» comme celui du Québec.

Gilles Guénette

Mettre fin au monopole de la Commission canadienne du blé

BleLa ministre de l'Agriculture du Manitoba, Rosann Wowchuk, a annoncé cette semaine la distribution postale de plus de 20 000 questionnaires à des fermiers de la province. Une démarche qui vise à connaître leur opinion sur la légitimité de la Commission canadienne du blé (CCB), cette organisation protectionniste qui en vertu de la loi achète tout le blé et l'orge produit dans l'Ouest pour ensuite le vendre sur le marché, en promettant des redevances. Membre du NPD, la ministre entend se servir de ce plébiscite non officiel pour forcer le gouvernement de Stephen Harper à être prudent dans ses intentions d'abolir la CCB. Or peu importe le résultat de cette consultation, il n'y a aucune justification morale au maintient en place d'un tel monopole et pas la moindre obligation d'écouter ceux qui se cachent derrière depuis trop longtemps.

La Commission canadienne du blé est un vieux vestige du passé qui devait être, à l'époque, une mesure temporaire adoptée dans le cadre de l'effort de guerre (tout comme l'impôt sur le revenu) et cela, pour maintenir les prix plus bas. Aujourd'hui, l'économie agricole est bien différente. Elle oblige à être compétitif et innovateur, ce que la Commission ne facilite pas. Quand un fermier est incapable de vendre sa propre récolte sans passer obligatoirement par une agence fédérale, il y a quelque chose qui cloche. En 1996, Dave Bryan a été accusé d'avoir exporté illégalement son blé vers les États-Unis. Deux ans plus tard, un jeune fermier du Manitoba a été poursuivi en justice pour avoir fait affaire avec des intermédiaires sans l'aval de la CCB. Refusant de se présenter devant le juge, Clayton Desrochers a été condamné à soixante jours de prison. Même sort pour une vingtaine de producteurs de l'Alberta, incarcérés pour avoir effectué des échanges avec le Montana. Si le gouvernement fédéral peut passer outre le droit d'un fermier sur sa propre production, imaginez ce qu'il peut faire avec les droits civils des autres citoyens.

S'il faut en croire la ministre Wowchuk, sans la protection de la CCB les fermiers de blé de l'Ouest sont condamnés à disparaître. Une déclaration à balayer du revers de la main. L'État n'a pas à maintenir en place cette bulle protectrice autour de producteurs qui jouissent de privilèges que les autres industries n'ont pas. Seul le marché doit récompenser ceux qui sont les plus efficaces et pénaliser ceux qui ne le sont pas. D'ailleurs depuis que les producteurs d'avoine se sont libérés du joug de la CCB (1989), loin de disparaître, ils sont devenus plus compétitifs sur le marché international. Ceci dit, si des groupes d'agriculteurs souhaitent absolument demeurer unis sous une bannière similaire à celle de la Commission, qu'ils le fassent sur une base volontaire en devenant actionnaires. En aucun cas, un producteur ne devrait être forcé de faire affaire avec ce type d'organisation contre son gré. Malheureusement, au sein du système actuel, on considère que le producteur de blé ne devrait jamais être aux commandes de son propre destin. Avoir le choix est un crime!

Il y a quelque chose de vraiment paradoxal derrière tout ça. Sur la scène internationale, le Canada a toujours été en faveur de l'élimination des barrières commerciales en convainquant même plusieurs pays de signer des accords multilatéraux, y compris dans le domaine de l'agriculture. Toutefois, les producteurs étrangers n'ont pas la tête dans le sable. Ils ont compris depuis longtemps que la Commission canadienne du blé fonctionne en dehors des grands principes fondamentaux du libre-échange. Il est plus que pathétique de voir nos députés, incluant le nouveau chef du Parti libéral, Stéphane Dion, jouer la carte de l'opportunisme en se portant à la défense des pratiques restrictives et monopolistiques de cet organisme.

Mathieu Bréard

07 décembre 2006

Pour ou contre Wal-Mart? Martin Masse à Il va y avoir du sport

BazzoÀ ne pas manquer sur les ondes de Télé-Québec vendredi le 8 décembre 19 h 30 (ou en rediffusions, les dimanche 10 décembre 18 h 30, et lundi 11 décembre 14 h 30) à l'émission Il va y avoir du sport de Marie-France Bazzo, un débat intitulé «Pour ou contre Wal-Mart?» Pour l'occasion, les panélistes invités sont, dans le coin droit: Pierre Duhamel, journalise blogueur de L'actualité et Martin Masse, directeur de la recherche et des publications de l'Institut économique de Montréal; et dans le coin gauche: Dario Iezzoni, directeur général de Commerce équitable Oxfam-Québec et Pierre Thibeault, rédacteur en chef du journal ICI-Montréal. Selon la rumeur, M. Masse se serait fait de nouvelles amies lors du débat…

Un discours de plus de 10 000 $ à nos frais

LbeauchampGaspiller l’argent des autres semble être un réflexe inné chez nos politiciens. Comme il n’existe jamais la moindre conséquence à leurs gestes, eh bien le vice s’installe et perdure avec les années. Ainsi nous apprenions que le 27 janvier dernier, Line Beauchamp, ministre de la Culture et des Communications, a commandé un discours de 5 pages d’une valeur de 10 350 $ (3,82 $ le mot). Voici la version intégrale de ce texte que l’on retrouve sur le site du ministère. Honnêtement, je vous suggère de la faire encadrer. On ne sait jamais, elle pourrait prendre de la valeur avec les années. Tenez, ce simple petit paragraphe d’introduction est fixé à 244,48 $:

«Merci de votre accueil. Je suis enchantée de m'adresser à vous, qui contribuez à bâtir l'est de Montréal en faisant preuve de détermination et d'imagination. C'est avec enthousiasme et fierté que je vous parlerai aujourd'hui des réalisations du gouvernement du Québec et des perspectives en matière de développement socio-économique dans cette région si importante pour Montréal comme pour l'ensemble du Québec

Le texte en entier, nous dit-on, aurait nécessité une recherche de fond, c’est-à-dire 100 heures de préparation, sois 20 heures pour chaque page. Un tarif variant entre 100 et 125 $ de l’heure. Rien pour apaiser notre indignation, Diane Lemieux, critique de l’opposition officielle, a fait remarquer en chambre que le texte semble avoir été calqué d’un document gouvernemental qui existe déjà...

Incapable de reconnaître son manque flagrant de jugement, mais surtout sa responsabilité face aux contribuables, la ministre a plutôt fait savoir par l’entremise de son porte-parole qu’il s’agissait d’un discours majeur ayant nécessité plusieurs brouillons. Selon elle, le prix fixé était parfaitement justifié et dans les normes. Or, vérification faite auprès d’une personne ayant travaillé à la rédaction de discours pour le Maire Gérald Tremblay, le prix ne dépassait jamais 450 $.

La ministre Beauchamp va peut-être dans les prochains mois prononcer dix autres discours de ce genre. Arrêtez-vous pour faire le calcul dans votre tête. N'est-ce pas scandaleux? On comprend mieux maintenant pourquoi au ministère de la Culture on ne regarde jamais à la dépense. L’argent pousse dans les arbres!

Mathieu Bréard

06 décembre 2006

Une taxe aérienne pour les pays en voie de développement

TaxeplaneDepuis juillet 2006, il faut payer une surtaxe (une de plus) de 1.19$ à 47.66$ sur chaque billet d’avion vendu en France. Cette mesure s’inscrit dans le cadre des objectifs du millénaire destinés à venir en aide aux pays en voie de développement. Le secrétaire des Nations unies, Kofi Annan, souhaite maintenant voir son application à d’autres pays (dont le Canada) pour assurer à son organisation des revenus permanents. Est-ce nécessaire de rappeler que l’ONU est une grosse bureaucratie déficitaire, déjà grassement subventionnée par les pays du G-8? Au-delà du violon, de la poésie et des images-choc destinés à nous arracher une petite larme, tachons de revenir sur terre.

L’industrie aérienne doit déjà composer avec une hausse du prix de carburant. Une taxe supplémentaire assure seulement que les consommateurs vont payer un prix encore plus élevé pour leurs voyages en avion. La demande décroissante de billets aura pour effet que plusieurs voyageurs se tourneront vers d’autres formes de transport au sol pour satisfaire leurs besoins. Cette migration sera un obstacle aux compagnies aériennes cherchant à être plus concurrentielles. De plus, cette taxe représente un poids supplémentaire sur des nations comme la France dont l’économie est fondée fortement sur l’industrie touristique. Des voyageurs étrangers pourraient éviter ces destinations afin de ne pas payer des prix de billets considérablement gonflés. Par conséquent, des restaurants, hôtels, salles de spectacles, musées, risquent d’enregistrer des pertes financières. Ces effets nuisibles ne sont pas limités aux destinations traditionnelles. Beaucoup de pays pauvres qui ont commencé à se développer à l’aide, notamment, du tourisme pourraient également en prendre un coup.

Ceux qui appuient l’idée d’une telle taxe n’ont pas encore compris comment est utilisé l’argent qu’ils soutirent aux voyageurs. Beaucoup de pays du tiers-monde sont dirigés par des dictatures, rongées par la corruption, ou les libertés individuelles sont inexistantes. L’aide internationale est souvent détournée pour servir les intérêts de ceux qui tirent les ficelles du pouvoir. Sans l’éveil des populations locales, aucun changement ne sera possible. Les nombreux rapports de la banque mondiale ont prouvé que le libre marché est le moyen le plus rapide et le plus fiable de placer ces pays sur la voie de la croissance économique. En d’autres termes, l’ouverture de nos frontières à leurs produits agricoles est une démarche beaucoup plus salutaire que l’instauration chez nous de nouvelles taxes à la consommation.

Donner aux Nations unies le pouvoir d'imposer un impôt global sur les lignes aériennes ouvre la porte à la formation d’un gouvernement supranational. D'ailleurs, il est peu probable que nos bien-pensants de l'aide humanitaire se limitent à un seul secteur. Des organismes comme Stamp Out Poverty ont déjà exprimé l'espoir de voir que l'impôt sur les lignes aériennes débouche sur des mesures additionnelles, tel un impôt sur les transactions financières ou sur le carburant maritime. Nous pouvons mentionner aussi cette campagne récente de l'ONU pour étendre sa juridiction sur le réseau Internet à l'aide d'une taxe sur la messagerie (0.1$ sur chaque méga-octet envoyé). On nous dit que ces fonds pourraient être utilisés pour un programme de bien-être social global. En d’autres mots, un fardeau fiscal supplémentaire sur le dos des contribuables de la planète - contribuables que l’on saigne déjà à blanc au niveau national.

Ne soyons pas dupes! Tous ces programmes destinés à nous soutirer encore des dollars camouflent bien l'hypocrisie de l'Occident. D'un coté, on souhaite aider certains pays à se sortir de la misère, de l'autre, on cautionne des mesures protectionnistes qui hypothèquent leur développement économique. On préfère clouer ces habitants au pilori, quitte à leur donner de petits bonbons à l'occasion pour faire bonne figure aux yeux de la presse. Un impôt sur les lignes aériennes, ou encore une taxe sur l'utilisation du réseau Internet, représente la dernière stupidité de ces politiciens qui cherchent à acheter notre conscience à rabais.

Mathieu Bréard

05 décembre 2006

L'UPA demande une taxe sur les produits importés

AgricultureL'Union des producteurs agricoles du Québec, qui prétend que ses membres ne sont pas subventionnés (!), «croit que l'on devrait instaurer une taxe sur les produits agricoles qui viennent de pays où l'on ne respecte pas les mêmes normes de production qu'ici, tant au chapitre des conditions de travail que des questions environnementales». C’est ce qu’on apprenait ce matin dans La Presse. «On ne s'oppose pas aux mesures entourant les questions environnementales, mais si on exige une façon de faire des producteurs québécois que l'on n'exige pas des autres qui vendent leurs produits ici, on va mourir», lance le président de l'UPA, Laurent Pellerin. Récemment, il s’est dit estomaqué de voir arriver sur le marché québécois des conteneurs de pois mange-tout. «Des légumes frais de Chine, comment ça se fait que c'est rendu ici? demande-t-il. On n'est même pas capables de concurrencer le prix du transport. C'est absurde et ça nous fait perdre des productions complètes, des histoires comme celle-là.» L'UPA, qui entreprend son assemblée générale annuelle aujourd’hui, proposera à ses membres d'adopter une résolution demandant aux deux niveaux de gouvernement d'introduire des taxes «afin de soutenir les exigences en matière de traçabilité, d'environnement et de qualité».

Selon la journaliste de La Presse, cela voudrait dire, pour le provincial, «de soutenir les agriculteurs québécois en refilant aux consommateurs une partie des coûts qui leur sont imposés. Pour le fédéral, il s'agirait plutôt de taxer les produits venant de pays qui ne respectent pas nos normes de production.» D’une manière comme de l’autre, il en coûterait plus cher à vous et moi pour se procurer des fruits & légumes. «Ce qu'on dit aux ministres, explique M. Pellerin, c'est que toutes les charges supplémentaires qui nous sont imposées, si nos concurrents n'ont pas à les payer, ça nous sort du marché.» Le président de l'UPA est conscient qu'une nouvelle taxe à la consommation ne sera pas bien accueillie par la population. «Ça prendrait un certain courage politique, admet-il. La partie de la population très conscientisée, qui ne représente pas la majorité pour le moment, comprendrait qu'on ne peut exiger des agriculteurs d'ici des choses qu'on n'exige pas des autres producteurs.» Et, toujours selon lui, il serait naïf de croire que les consommateurs seraient prêts à débourser plus pour un légume produit selon certaines normes environnementales. «On ne peut pas demander ça aux gens qui travaillent, qui veulent juste joindre les deux bouts et manger à leur faim à la fin du mois. On ne peut pas s'attendre à ce qu'ils soient motivés à payer plus.»

En effet! (Quoique les légumes bios sont plus chers et un véritable marché s’est développé au Québec...) Pourquoi alors ne pas revoir à la baisse nos conditions de travail et nos normes environnementales? Sans doute parce qu’en plus d'être des «acquis sociaux», elles font l’affaire du milieu agricole. En effet, comme l’écrit Nathalie Elgrably dans son excellent essai La face cachée des politiques publiques, «il faut se demander si les standards environnementaux [ou les normes de travail] ne sont pas établis stratégiquement à un niveau que certains pays pauvres ne peuvent atteindre, de manière à les exclure délibérément du marché. Les normes deviennent alors des barrières commerciales importantes qui compromettent la capacité à exporter des pays en développement et qui prennent l’allure d’un paravent derrière lequel s’abritent les pays [ou les provinces] effrayés par la concurrence étrangère.» Plutôt que de réclamer une nouvelle taxe et plus de mesures protectionnistes, M. Pellerin devrait réclamer qu’on mette fin aux charges supplémentaires qui leur sont imposées.

Gilles Guénette

04 décembre 2006

Fin du programme de tatouage dans les prisons

TatooLe ministre fédéral de la Sécurité publique Stockwell Day a annoncé ce matin que le Service correctionnel du Canada met fin à son programme de tatouage pour les détenus. Mis sur pied par le gouvernement précédent, il s'agissait de l'exemple parfait d'une dépense maladroite. Sa mise au rencart était une nécessité.

Il est incompréhensible que des gens ayant commis des crimes parfois crapuleux puissent jouir d'un tel privilège, financé à l'aide des fonds publics. À l'origine, le coût de départ du programme était de 350 000 $, incluant un budget annuel de 600 000 $ pour sa mise en application dans plus de six prisons. On estime que ce programme, qui devait prendre de l'expansion dans plus de 58 centres correctionnels, aurait fait grimper la facture à 5,8 millions $ - incluant 2,6 millions $ en frais de démarrage. Trois fois rien!

Bien sûr, des opposants à cette décision n'ont pas tardé à se manifester. Le programme, nous dit-on, serait indispensable (le mot magique) pour permettre aux détenus de se faire tatouer dans les règles de l'art, c'est-à-dire d'une façon hygiénique à l'abri des maladies comme le sida et les hépatites.

Est-il nécessaire de rappeler que le tatouage entre détenus est déjà interdit dans les prisons? Le respect de ce simple règlement est une responsabilité individuelle dont la violation entraîne une conséquence. Voilà ici un conseil plutôt judicieux pour tout détenu qui souhaite un jour faire la preuve qu'il est capable de réintégrer la société.

Mathieu Bréard

03 décembre 2006

Obésité et système de santé

Le taux d'obésité au Québec est l'un des plus faibles au pays, derrière celui de la Colombie-Britannique. À 14,2 %, le taux québécois se situe en-dessous de la moyenne nationale qui est de 15,5%. (Source: Cirano)

Finalement, le vrai problème, c’est l’obésité du système de santé. La santé des Québécois est beaucoup plus affectée par les longues listes d’attente et les infections nosocomiales que par l’obésité.

Il est temps que le système de santé soit mis au régime.

Serge Rouleau
Gracieuseté de ygreck.

Ygreck_1

01 décembre 2006

Les libertariens face aux gestes répréhensibles

Question_1Est-ce qu’un libertarien a un devoir «moral» d’intervenir s’il constate qu’une personne commet des gestes manifestement répréhensibles, même si ces gestes ne l’affectent pas personnellement? Voici une histoire vraie. Le 6 janvier dernier, la justice française a condamné un individu à 10 mois de prison avec sursis pour avoir maintenu recluses ses quatre filles, et s’être ainsi soustrait à l’obligation légale d’éducation. Le tribunal correctionnel de Valence a également retiré à ce père âgé de 45 ans ses droits parentaux et ce de manière définitive. L’homme a maintenu recluses pendant des années ses quatre filles – âgées de 4, 10, 13 et 14 ans et nées en France –, les cantonnant au ménage dans leur appartement de Romans-sur-Isère. Les enfants ne sont jamais allées à l’école, n’ont jamais eu de jouets, ni d’autres livres que «le Grand Livre» de leur père. Elles n’ont pas appris le français, et n’avaient droit qu’à de rares sorties très surveillées en bas de leur immeuble. La mère, qui n’a pas été condamnée, aurait aussi subi le même traitement. On ne lui a pas confié les filles, ayant évalué qu’elle n’avait possiblement pas toutes les ressources nécessaires pour s’occuper d’elles. Supposons, qu’en plus de tout ça, ce charmant père ait battu ses filles et son épouse...

Ma question: je suis voisine de la famille et j’assiste à ces comportements, que dois-je faire? J’entends déjà des bloggeurs me dire: «Il est bien libre d’éduquer ses filles comme il l’entend!» «Qui suis-je pour savoir ce qui est bon ou non pour ces enfants?» «L’État n’a pas à imposer une forme ou une autre d’éducation.» Mais quand même, tout libertarien que vous soyez, vous laisseriez ces jeunes filles à leur triste sort sous prétexte que vos droits n’ont pas été atteints? Vous n’en avez rien à foutre?

Fernande Simard

Pour les redevances, mais faites payer quelqu’un d’autre!

TeleLes audiences du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes sur l’avenir de la télévision conventionnelle au pays se poursuivent à Gatineau. L’un après l’autre, les grands réseaux généralistes (SRC, TVA, TQS) ont demandé au CRTC d'avoir accès aux revenus des abonnés du câble et du satellite. C’est que les chaînes spécialisées reçoivent des redevances d'abonnement des câblodistributeurs, pas les chaînes généralistes. De leur côté, Rogers Communications, Shaw Communications et Bell Canada font valoir que s’ils augmentent la facture du câble pour percevoir ces redevances, ils vont perdre des abonnés. Quebecor, lui, qui possède TVA et Vidéotron, se dit d’accord avec l’idée de redevances, mais s'oppose à toute augmentation des frais mensuels pour ses clients.

Pendant ce temps, Cogeco, le câblo propriétaire de TQS, a dévoilé les résultats d'un sondage CROP qui révèle notamment «que la majorité des Québécois abonnés au câble ignorent qu'ils ne paient aucune redevance pour capter les chaînes généralistes telles que TQS, TVA et Radio-Canada.» Selon ce que rapporte La Presse ce matin, «les Québécois ont un attachement profond à la télévision généraliste. Les résultats de l'enquête démontrent que près de 58% des 500 répondants sont "tout à fait ou plutôt d'accord avec la possibilité que les réseaux généralistes reçoivent eux aussi des redevances". [Mais,] lorsqu'on leur a demandé quelle somme ils étaient prêts à débourser pour continuer à syntoniser TQS, 52% ont dit ne vouloir rien payer […]»

Les Québécois sont de bien drôles de créatures. Ils ont souvent le même réflexe: ils sont d’accord pour que les entreprises qu’ils affectionnent (ou que les travailleurs en général) fassent plus d’argent, mais lorsqu’on leur demande s’ils veulent payer plus personnellement pour tel ou tel service, ils s’empressent de dire non. Ils voudraient que «quelqu’un d’autre» paie. Pourtant, la seule façon de faire payer «par quelqu’un d’autre» une redevance, une augmentation de tarif (ou de salaire, dans le cas des travailleurs), c’est en décrétant une taxe spéciale ou en débloquant des fonds publics - l’argent ne pousse pas dans les arbres. C’est comme si le contribuable québécois ne faisait pas le lien entre taxes, subventions et portefeuille. Comme s’il ne comprenait pas que s’il souhaite que les chaînes généralistes aient accès à des redevances, mais qu’il ne veut pas payer plus maintenant, il devra payer plus plus tard. Bizarre… Il n’y a pourtant rien de gratuit dans ce bas monde.

Gilles Guénette

Citations

  • « L'État, c'est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde. »

    – Frédéric Bastiat, 1848

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