Dossier très intéressant ce matin dans La Presse. On s’interroge à savoir si les hôpitaux anglophones sont meilleurs que les hôpitaux francophones. Très révélateur. En février, une journaliste a appelé les hôpitaux qui pratiquent des accouchements dans l'île de Montréal pour un suivi de grossesse. Extrait: «Elle leur a expliqué être enceinte de six semaines et chercher un obstétricien, puisqu'il s'agissait de sa première grossesse. Pour être vue avant le seuil habituel de 12 semaines, tel que recommandé, il lui fallait obtenir un rendez-vous avant la fin mars. À l'hôpital du Sacré-Coeur, une femme répond d'une voix monocorde, comme si elle récitait un message appris par coeur. «Il n'y a pas de disponibilités avant les mois d'avril ou mai, mais les horaires ne sont pas sortis. Il faut rappeler.» À l'hôpital Maisonneuve-Rosemont, on reproche sèchement à la journaliste de ne pas avoir appelé plus tôt. «Vous êtes beaucoup trop tard. Il n'y a pas de médecins.» Au Centre hospitalier de l'Université de Montréal, la personne au centre de rendez-vous répond en vitesse qu'il n'y a aucune disponibilité pour le moment. Il faut attendre en mai. Au Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine, même scénario: les médecins débordés n'acceptent que les femmes qui ont une grossesse à risque. Par contre, la personne au bout du fil propose aimablement le nom de quelques médecins qui pratiquent dans une clinique voisine de l'hôpital. Du côté des hôpitaux anglophones, le contraste est frappant. À l'Hôpital général juif, nous obtenons un rendez-vous trois semaines plus tard. Un record. Au Centre universitaire de santé McGill, la voix au bout du fil est sympathique. «Vous devez absolument avoir un rendez-vous à la 12e semaine de grossesse, dit gentiment la femme. Je n'ai plus de place, mais je vais vous donner trois noms de médecins qui sont dans des cliniques. Ils vont pouvoir vous accoucher ici.» À l'hôpital St. Mary, la femme offre de nous envoyer en médecine familiale. «Ils pourront suivre votre bébé après l'accouchement», dit-elle. Elle suggère aussi cinq noms de médecins qui pratiquent dans une clinique près de l'hôpital. À l'hôpital du Lakeshore, une femme médecin est disponible dès maintenant. «Elle est très gentille, mais elle me demande de préciser aux patientes qu'elle ne parle pas parfaitement français», prévient la secrétaire au bout du fil. Si cela ne convient pas, dit-elle, il est possible de prendre immédiatement rendez-vous avec une femme médecin qui commence dans quelques semaines. Celle-là parle très bien le français.»
Comment expliquer cette situation? Comment expliquer que les anglophones sont 1) plus courtois, et 2) plus performants? On ne le dit pas vraiment – le dossier se poursuit demain. Chose certaine, au ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec, on ne collige aucune donnée sur la question. Et malgré les statistiques, les cas (dramatiques) et les témoignages présentés par La Presse, on se limite à dire qu’il s’agit là d’impressions non fondées: «J'ai entendu des commentaires toujours très positifs au sujet des hôpitaux anglophones: attente moins longue pour obtenir des rendez-vous et accueil sans reproche», reconnaît le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec, le Dr Rénald Dutil, en précisant qu'il s'agit d'impressions subjectives. Pour sa part, le Dr Gaétan Barrette, président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, affirme que «L'approche médicale n'est pas nécessairement la même des deux côtés, c'est un fait. Mais au plan de l'accueil, de l'ambiance, je suis étonné.»
Personnellement, je suis mal placé pour témoigner – mon médecin de famille étant relié au réseau anglophone, je n’ai pas connu le réseau francophone –, mais je me demande si l’affiliation syndicale a quelque chose à voir dans la qualité des services offerts et la rapidité avec laquelle ils sont offerts? Ou s’il s’agit d’une simple question de mentalité? À la lecture du dossier, le côté francophone donne l’impression d’être beaucoup plus bureaucratisé et impersonnel que le côté anglophone. Simple coïncidence? Si la santé est un droit, comme les gens du milieu nous le répètent ad nauseam depuis des décennies, et qu’il faut à tout prix éviter le fameux système à deux vitesses, comment expliquer qu’on nous traite comme des moins que rien du côté francophone? Qu’on ne fasse pas tout son possible pour nous accommoder? Si le réseau était privé, pensez-vous que le personnel médical aurait intérêt à être courtois et efficace? (Petite anecdote: un ami a récemment fait affaire avec la clinique privée MD-Plus du Dr. Bessette. Le lendemain de son rendez-vous, un samedi après-midi, le médecin lui a téléphoné chez lui pour s’informer de sa condition et pour lui donner quelques résultats de test. Avez-vous déjà eu droit à un tel suivi dans le réseau public?)



(Petite anecdote: un ami a récemment fait affaire avec la clinique privée MD-Plus du Dr. Bessette. Le lendemain de son rendez-vous, le médecin lui a téléphoné chez lui pour s’informer de sa condition et pour lui donner quelques résultats de test. Avez-vous déjà eu droit à un tel suivi dans le réseau public?)
Moi, jamais. Mon chien lui, oui. Le vétérinaire avait appellé durant les 3 jours suivant la visite à la clinique pour vérifier que tout allait bien.
Québec: Là ou l'homme gagnerait à être traité comme son chien.
Rédigé par: Yan | 02 avril 2007 at 09h58
Cela ne me surprend pas qu'il y ait une bonne différence au niveau du service du niveau anglophone, ce n'est pas seulement comme cela en santé, mais n'importe ou, dans le privée et même dans la même entreprise. Anecdote personnelle, l'autre fois ou bureau de photocopie sur le chemin st foy à Québec, je demande à regarder sur internet pour avoir le numérau ou faxer un document, la dame francophone de quarante ans me répond bêtement qu'il n'y a pas de service internet et va à sa pose. Un anglophone d'une soixantaine d'année prend sa place, je lui fait la même requête et il accepte avec le sourire.
Bon c'est vrai dans cet exemple qu'il y a aussi la différence d'âge, je pense que les gens de quarante ans n'ont pas été élevés avec la même mentalité que ceux de soixante. Mais toujours est il que je constate aussi que le service est toujours meilleurs du coté anglophone, je suis sur que cela a à voir avec l'éducation.
Rédigé par: LeBrun Louis | 02 avril 2007 at 10h51
Votre article est intéressant, mais d'une certaine façon, j'y vois ici l'art de dire une chose et son contraire. Votre article (ainsi que ce dossier dans La Presse) démontre entre autres deux choses:
1) Contrairement à ce qui est régulièrement véhiculé, le système public de santé n'est pas sous-financé. En fait, il y a TROP D'ARGENT et de bureaucrates, surtout du côté francophone. En effet, le système de santé prétendument sous-financé et soviétisé réussit pourtant à donner d'excellents services du côté anglophone, ce qui va à l'encontre de vos prétentions. On pourrait dire EXACTEMENT la même chose du côté des universités, et ce sans augementer les frais de scolarité!
2) Vous dites souvent qu'il est impossible d'améliorer les services de santé dans le contexte actuel du système de santé soviétisé. Contrairement à ce que vous prétendez, il est possible d'améliorer les services et prenant simplement exemple sur ce qui se fait du côté anglophone. Je répète, on pourrait dire EXACTEMENT la même chose du côté des universités, et ce sans augmenter les frais de scolarité!
Bien sûr, il est souhaitable qu'un système de santé (et d'instruction) mixte se développe: votre exemple concernant la clinique MD-Plus le montre clairement. Sauf que ce dernier exemple n'a rien à avoir avec la qualité supérieure des services du côté anglophones.
Vous dites: "Si le réseau était privé, pensez-vous que le personnel médical aurait intérêt à être courtois et efficace?" Bien sûr que oui, mais pourtant les hôpitaux anglophones n'ont pas eu besoin de cet incitatif pour améliorer la qualité des services. Contrairement à ce que vous prétendez, il y a donc beaucoup d'espace à amélioration dans le volet francophone, même dans le contexte actuel du système de santé soviétisé.
On a souvent prétendu que la piètre qualité des services dans le système public de santé et dans les universités était surtout dû au "sous-financement" (sic) public et qu'il faillait ABSOLUMENT privatiser ces services pour améliorer ceux-ci. Pourtant, vous démontrez trivialement que une forte amélioration est possible, même dans le contexte actuel. Je répète encore, on pourrait dire EXACTEMENT la même chose du côté des universités, et ce sans augmenter les frais de scolarité!
À ce que je sache, les universités soviétisés McGill, Concordia et Bishop's s'en tirent très bien, malgré des frais scolarités beaucoup trop bas (sic) et une crise APOCALYPTIQUE (sic) de sous-financement.
Ceux qui croient, en particulier chez les libéraux et les adéquistes (je ne parle pas des libertariens ici), qu'on va régler les problèmes en augmentant les frais de scolarité de tous les étudiants dans le système universitaire soviétisé sont dans l'erreur. Non seulement on peut améliorer les services sans augementer le financement, mais augmenter les budgets ne sera qu'un gaspillage de fonds, puisqu'elle va se retrouver exclusivement dans la bureaucratie.
Bien sûr, une fourniture mixte des services publics est souhaitable mais si j'étais à la place des groupes gauchistes, j'y verrais une source d'espoir pour leur cause. Cependant, ce n'est pas trop édifiant pour les syndicats et les bureaucrates (vous avez raison quand vous parlez de l'affiliation syndicale et des différences de mentalité).
Rédigé par: David | 02 avril 2007 at 11h33
Je sens que ça va ruer dans les brancards suite à mon commentaire!
Rédigé par: David | 02 avril 2007 at 11h36
@David
Je trouve votre commentaire très pertinent. Dans une mentalité de service publique, il n'est pas nécessaire de privatiser pour améliorer. En "dégraissant" la grosse machine, il est possible de la rendre moins pire. Cette comparaison en est un exemple (je ne sais pas par contre s'ils tiennent compte de la demande des hopitaux anglophones. Avec une moins grande demande, les ressources disponibles sont peut être plus grandes).
Du point de vue économique, il n'est pas possible de dire si ces hopitaux anglophones sont efficaces par contre. Pour être efficace, il ne faut pas simplement offrir un bon service mais le faire avec le moins de ressources possibles. Comme vous le mentionnez, il y a peut être "trop d'argent" dans le système ce qui ne les obligent pas à faire mieux avec moins.
Rédigé par: Sylvain Falardeau | 02 avril 2007 at 13h14
Monsieur Falardeau,
Je vous félicite d'avoir assez d'ouverture d'esprit pour reconnaître qu'il est possible d'améliorer les services publics sans nécessairement privatiser.
Effectivement, on ne peut pas conclure, à la seule lecture de ce dossier, que les hôpitaux anglophones sont économiquement plus efficaces. Peut-être qu'on va en savoir plus demain. Cependant, je prétends qu'ils sont plus efficaces parce que pour un même montant d'argent, un hôpital anglophone (en général) va mettre plus d'argent dans les services et moins d'argent dans la bureaucratie qu'un hôpital francophone. Cette question mériterait d'être étudié sérieusement.
Mais ne comptez pas sur l'IEDM pour faire une telle "étude". Cela risquerait trop de contredire leurs prémisses!
Rédigé par: David | 02 avril 2007 at 14h36
En ce qui concerne les universités anglophones. La recette pour une meilleure efficacité est fort simple: ils présélectionnent les étudiants!
Élémentaire mon cher Watson, meilleurs sont les étudiants, meilleure est l'université! Ça n'a rien à avoir avec les frais de scolarités trop bas et le sous-financement apocalyptique des universités. Quand est-ce que les universités francophones vont comprendre ce principe élémentaire?
Voici un commentaire de Nathalie Elgrably sur le système d'éducation:
"À en juger par leur comportement, il semblerait que les étudiants valorisent peu l'éducation, même s'ils jugent important l'obtention d'un diplôme. Tout d'abord, dans le système d'éducation actuel, les échecs sont relativement rares. Les étudiants s'en aperçoivent rapidement au secondaire, puis constatent qu'il en est souvent de même au cégep et à l'université. L'étudiant n'a plus besoin d'être parmi les meilleurs pour réussir son cours, il doit simplement ne pas être parmi les plus faibles. Si la probabilité de décrocher un diplôme augmente, la présence aux cours devient un mal nécessaire, et il lui semble rationnel de réduire au minimum sa présence en classe".
Rédigé par: David | 02 avril 2007 at 15h10
Un autre commentaire intérerssant de Nathalie Elgrably:
"Or, même si le principe est beau en théorie, en pratique il n'encourage pas l'étudiant à fournir des efforts. Dans l'éventualité où l'étudiant essuie un échec et qu'il doive reprendre le cours, il devra assumer un coût financier relativement minime, car c'est le contribuable qui finance l'essentiel de son éducation. Quand on sait qu'une heure passée dans une salle d'université coûte moins cher à l'étudiant qu'une heure dans une salle de cinéma, il ne faut pas se surprendre si certains étudiants se présentent en classe de manière sporadique.
Dans un système où il suffit à l'étudiant de suivre les consignes du syllabus pour réussir son cours, il est anormal que certains étudiants, que je qualifierais de «touristes», s'inscrivent au même cours pendant trois sessions consécutives.
On pourrait objecter que des frais de scolarité élevés rendraient l'éducation prohibitive pour les plus démunis, mais cela signifie-t-il que le contribuable doive financer les «touristes»? Ne serait-il pas suffisant de financer chaque cours une seule fois, et de laisser ensuite l'étudiant assumer l'entière responsabilité de son échec?"
Rédigé par: David | 02 avril 2007 at 15h12
Je suis quelque peu perplexe face aux arguments apportés de part et d'autre. Je ne crois pas que nous ayons toutes les données pour analyser le pourquoi de cette accessibilité qui semble plus efficace dans le mileu hospitalier anglophone.
Cependant, la langue est un facteur certainement non négligeable; il m'apparaît difficile (au moment où l'on se parle) de se monter une armée de fonctionnaires bilingues dans un environnement 1) où l'anglais représente une menace pour la majorité, voire l'ennemi à abattre et 2) où les francophones bilingues sont de vraies perles rares.
Aussi, l'offre semble dépasser la demande. Il faut assurément être dans le secteur public pour qu'une telle situation perdure sans ajustements. Ces circonstances ont de quoi favoriser l'humanisation des services, je pense. (À l'opposé, on pourrait se demander si l'approche "individualiste" caractéristique des anglophones ne sert pas mieux le collectif que notre socialisme imposé...)
Donc s'il est vrai qu'à Montréal, les hôpitaux anglophones reçoivent 35% des investissements en santé pour une population d'environ 12%, et qu'en dépit d'un manque de personnel (fonctionnaires et corps médical), l'offre surpasse la demande, a-t-on véritablement affaire à une gestion efficiente et à un accueil que seuls les Anglais sont capables d'offrir ?
À mon avis, la question n'est pas de savoir si un système public peut s'améliorer. Bien sûr que oui. La vraie question est: combien de personnes ont avantage à le faire ?
Rédigé par: Annie Langevin | 02 avril 2007 at 17h55
Pourquoi le réseau anglophone semble-t-il mieux fonctionner? Dans certains hôpitaux, l'organisation du travail est meilleure. Ailleurs, il manque moins de personnel. Ailleurs encore, les généreux donateurs permettent aux hôpitaux d'en offrir plus. Et au bout du compte, l'ambiance est moins chaotique. La Presse clôt aujourd'hui son survol des hôpitaux anglophones.
http://www.cyberpresse.ca/article/20070403/CPACTUALITES/704030553/6050/CPACTUALITES
Rédigé par: Gilles Guénette | 03 avril 2007 at 07h50
@ David
Je soutiens tout de même que les services de santé devraient être privatisés entièrement (laissant la question de qui paie les soins à un autre débat). Dans cet article, il s'agit de comparer des hopitaux publiques avec des styles de gestion différents.
Je suis conscient par contre que même une médecine privée n'est pas une panacée si on ne remet pas en question d'autres dogmes (syndicats des médecins qui exclu les immigrants, réglementations qui augmentent le coût des services, portée d'intervention des infirmières et ambulanciers, etc.). Il serait hypocrite de privatiser ou du moins permettre le privé et d'obliger les médecins à opérer avec un oeil fermé et une main dans le dos. On en viendrait à une médecine comme aux État-Unis, privée mais enchassée dans une bureaucratie énorme qui permet aux hopitaux de "privatiser les profits" mais de "socialiser les risques".
Rédigé par: Sylvain Falardeau | 03 avril 2007 at 08h27
"privatiser les profits" mais de "socialiser les risques"
En ces quelques mots, vous venez de résumer l'essentiel de l'hypocrisie de la doctrine néo-libérale (ce n'est pas du libertarianisme). Bravo Monsieur Falardeau!
Rédigé par: David | 03 avril 2007 at 16h22
Au risque de me faire lapider, je dois dire que les personnes d'origine anglophone que je connais sont beaucoup plus ouvertes d'esprit que les unilingues francophones. Ils ont même de la compassion pour des gens qui font des efforts pour leur parler en anglais en baragouinant des mots, ce qui est très noble.
Le système francophone est une machine, prenez un ticket et attendez en ligne comme tout le monde. Les hôpitaux anglophones ne sont pas parfaits, mais ils considèrent l'aspect humain et relationnel dans leurs décisions.
Rédigé par: Benoît Ferland | 03 avril 2007 at 23h41
À la lecture de mon commentaire, vous comprendrez pourquoi le titre «Les hôpitaux anglophones vs les francophones: deux mondes» me fait réagir vivement et bien différemment car je viens de porter plainte à l'Office québécois de la langue française contre l'Hôpital Royal-Victoria. Voici le texte de ma plainte.
«Le 6 décembre dernier, j’ai été hospitalisé d’urgence à l’hôpital Royal Victoria de Montréal en raison d’une crise cardiaque qui m’a pris par surprise. Mes droits linguistiques furent bafoués parce que l’équipe médicale a refusé de parler en français en ma présence afin que je comprenne ce qui m’arrivait, et ce, malgré mes demandes répétées. Mon épouse fut la première à adresser une pareille demande et elle fut traitée, en anglais, de « péquiste » par l’un des médecins. Voici donc ce que je répondais hier à un ami qui s’inquiétait de ma santé.
« Quant à ma santé, je crois que je ne réaliserai jamais pleinement ce que j’ai vécu en décembre dernier. J’ai été vraiment surpris par cette crise cardiaque même si, je dois l’avouer, je m’attendais un jour ou l’autre à être malade étant donné ma sédentarité depuis 1998. Je savais que je perdais la forme et je me voyais prendre du poids mais ma dépression était ce qui me préoccupait le plus. Selon le psychiatre, cette crise cardiaque fut l’expression du tout le stress accumulé depuis ma faillite fin 1998 et dont les conséquences se font encore bien sentir aujourd’hui. Le tout a explosé comme un volcan. L’expérience fut brève, à peine quelques heures, mais très intense. Il faut dire que mon passage à l’urgence fut bref puisqu’on a vite fait de m’expédier en salle d’opération. Et ce n’est qu’à la salle d’opération que le chirurgien m’informera brièvement de la nature de l’intervention : déboucher l’une des veines sur le cœur, celles qui alimentent en sang le muscle du cœur, me précisera-t-on plus tard. Durée de l’opération : 60 minutes. Anesthésie locale seulement, au poignet, d’où on atteindra le cœur en suivant les vaisseaux sanguins avec une longue « perche » miniaturisée. Bref, arrivée à l’urgence à 16h30 et fin de l’opération à 20h30. Plutôt rapide. Personnellement, le tout m’a paru encore plus rapide, une heure, deux tout au plus.
Il semble que le plus difficile pour l’équipe médicale fut de diagnostiquer le pourquoi de la douleur que je ressentais au-dessus du sein gauche. Ni les ambulanciers ni les médecins de l’urgence ne semblaient comprendre ce qui m’arrivait. En fait, ma crise cardiaque était atypique. Je n’avais aucune douleur dans le bras gauche. Les battements de mon cœur ne laissaient paraître aucune arythmie. Mon cœur battait le rythme comme si de rien n’était. Il fallut des radiographies pour constater qu’une veine l’alimentant était complètement bouchée. J’ai eu un indice du diagnostique lorsqu’un des médecins s’est approché de moi en me demandant d’ouvrir la bouche et de lever la langue pour m’administrer un médicament, de la «nitro». La douleur était si intense qu’à un moment donné je frétillais sur la civière comme un poisson se débattant de toutes ses forces au fond de la barque d’un pêcheur. Je vous le dis, j’avais même peur de tomber en bas de la civière. Personne ne s’était donné la peine de lever les barreaux de sécurité. Ils étaient tous là, une dizaine de personnes, médecins, étudiants en médecine, infirmiers et qui sais-je encore, en demi-cercle, à quatre ou cinq pieds de la civière, comme si leur travail consistait en une simple observation. Si on s’avançait vers moi, on reprenait vite sa place dans le cercle d’observation. Je m’appelais moi-même au calme, à haute voix. Renée, ma fidèle épouse, était là, derrière les «observateurs» mais elle n’osa pas franchir leur demi-cercle, même pour répondre à mon appel de venir me tenir la main, le temps que je me calme un peu.
Il faut dire que le tout se déroulait en… anglais exclusivement. Les ambulanciers avaient l’obligation «raisonnable» de me conduire à l’urgence de l’hôpital le plus proche, le Royal Victoria, une institution anglophone. Et dans mon état, je ne comprenais rien des échanges entre les médecins, pas que Renée d’ailleurs. Elle osa ici se manifesté en s’avançant d’un pas pour dire : « Au Québec, c’est en français que ça se passe ». Ce à quoi, un médecin répondit, en anglais : « Nous sommes en présence d’un péquiste ». Plus personne ne répondit aux questions de Renée par la suite. Quand, finalement, un étudiant en médecine, Québécois pure laine, originaire de Victoriaville, s’est approché pour me dire qu’on devait m’opérer, je n’ai même pas posé de question. Mon seul commentaire fut : «Faites votre job. Moi, je vais faire la mienne ». Je sous-entendais par là, « faire mon possible pour ne pas flancher, pour rester en vie ». En plus de vivre un moment très difficile et de ressentir une douleur très vive à la poitrine, j’ai soufferts de ne pas comprendre l’équipe médicale.
Certains diront que tout ce qui importe fut que je sois sauvé d’une mort certaine, qu’importe la langue dans laquelle me furent prodigués les soins médicaux nécessaires. Je ne suis pas de cet avis. Je crois que l’équipe médicale n’a fait qu’ajouter à mon stress déjà en pleine éruption volcanique. Mes droits linguistiques furent bafoués.
Le lendemain matin, la situation linguistique s’est détériorée en affrontement avec le cardiologue et sa suite d’étudiants en médecine. Ce spécialiste s’adressa tout d’abord à moi en français en ces mots : « Bonjour Monsieur Guay. Je suis votre cardiologue. Vous avez fait une crise cardiaque. » Je ne me souviens pas s’il s’est nommé ou non, probablement, mais peu importe, le diagnostique officiel venait de tomber. Puis, il s’est adressé à sa suite en anglais. J’ai demandé que les échanges en ma présence se tiennent en français, sans succès. J’ai réitéré ma demande, toujours sans succès. Puis, j’ai placé le cardiologue devant un ultimatum : « Docteur, je vous laisse le choix. Ou vous me transférez dans un autre hôpital ou je signe un refus de traitement ». C’est était trop pour ce docteur, Québécois pure laine. Il fit sortir tout le monde, mon épouse et sa suite, pour s’adresser à moi en privé. « Ça vous arrives-tu souvent de mettre votre vie en danger pour la langue » me dit-il en enchaînant avec ceci : Je suis sans doute un Québécois davantage pure laine que vous l’êtes. Mes ancêtres sont arrivés au Québec en 1700… ». J’oublie l’année exacte qui a mentionné mais je me souviens très bien du siècle. 1729 ou 1769, je ne sais plus mais il avait un «9» dans l’année exacte. « Difficile à battre » a-t-il ajouté. J’étais estomaqué par ces propos. J’avais pu dire qu’il m’était aisé de battre le 17è siècle puisque mon ancêtre, Jean Guay, est arrivé au Québec le 23 septembre 1646 mais je ne voulais pas répondre à une affirmation aussi ridicule compte tenu que tout ce que je demandais, c’est qu’on parle en français en ma présence. Je n’avais donc d’autre choix que de répéter au cardiologue que je lui laissais le choix de me transférer dans un autre hôpital ou de lui signer un refus de traitement. « Dans ce cas, me dit-il, ce sera un refus de traitement ».
C’est ainsi que je me suis retrouvé chez-moi 30 minutes plus tard, pour dormir un bon coup et en paix. Car la nuit à l’hôpital fut agitée. L’infirmière venue fermé la lumière au-dessus de ma tête de lit arracha la corde du commutateur, brisant ce dernier et se retrouva dans l’impossibilité d’éteindre ce fluorescent. Allais-je dormir en pleine lumière ? Je lui conseillé une manœuvre, elle l’a tenta et provoqua un court-circuit électrique. La lumière était toujours là. Elle voulu mettre une couverture sur la grille au-dessus du fluorescent mais l’infirmière ne chef s’y opposa par crainte de provoquer un incendie. Cette dernière place plutôt des couvercles de vielles boites de biscuits en… métal pour cacher la lumière. Évidemment, la lumière était plus faible mais toujours là. Ce n’est qu’à l’arrivée de l’infirmière du corps de nuit que le problème fut résolu. « Qu’est-ce qui se passe ici » me demanda-t-elle. Je lui ai expliqué la situation. Elle décida tout simplement de retirer le tube fluorescent de son installation et je pu dormir. Mais le réveil fut brutal : une employée fit entrer son charriot en collision avec mon lit. Pas une fois mais à deux reprises. Elle était visiblement maladroite car il y avait tout l’espace nécessaire à ses manœuvres. A bout de nerfs, avec une nuit de sommeil écourtée, une crise cardiaque et une opération dans le corps, je n’ai pu m’empêcher de rappeler sévèrement l’employée à l’ordre dès la première collision. La deuxième me fit sortir de mes gons et j’ai sacré haut et fort après cette employée empotée. L’infirmière en chef s’amena pour me dire de ne pas sacrer après les employés mais ce fut plus fort que moi, j’ai répondu : « Est-ce un hôpital religieux ici. Non ! Alors laissez-moi en paix ». Jamais en mémoire le refus des médecins de parler en français en ma présence à l’urgence et le commentaire de l’un d’eux traitant mon épouse de « péquiste » et personne n’allait m’empêcher d’exprimer ma colère dans les mots à la hauteur de la situation. Bref, quand le cardiologue s’est pointé quelques minutes plus tard, l’anglais devant, j’avais déjà mon voyage et il aurait du obtempérer à ma demande plutôt que de faire comme si de rien n’était jusqu’à ce que je le place au pied du mur.
Bien sûr, me diriger chez moi, même pour reprendre paisiblement le sommeil perdu était risqué et mon épouse me fut promettre de me rendre dans un autre hôpital dès le lendemain matin. Aussi nous aurions été bien embêté de savoir vers quel hôpital nous diriger à ma sortie du Royal Victoria puisque nous sommes de nouveaux arrivants à Montréal et qu’à ce titre nous ne savons pas lequel choisir pour mon état. Le plus important était de retrouver un milieu calme le plus rapidement possible. Et on n’est jamais aussi bien ailleurs que dans son lit, c’est bien connu. Comme disent souvent les vieux : « Vaut mieux mourir chez-soi que dans un hôpital mal foutu et stressant ».
Le lendemain matin, un ami montréalais me conduisit à l’Institut de cardiologie de Montréal où je fus traité comme un roi. Je craignais que les médecins me reprochent le délai de 24 heures que je venais de me permettre à la maison au péril de ma vie. Ma crainte n’était pas fondée. L’équipe médicale a fait preuve de compréhension et en moins de deux on m’admit à l’urgence pour ensuite m’hospitaliser dans une chambre dans les 48 heures afin d’effectuer le suivi post-opératoire nécessaire.
Mais j’avais l’air niaiseux à chaque fois qu’un médecin de l’institut me demandait des détails sur mon opération au Royal Victoria car je n’avais pas compris les échanges en anglais des médecins. Je pouvais décrire l’opération dans mes mots puisque l’anesthésie fut locale. Mais je ne savais pas quelle sorte de « ressort » on m’avait posé pour éviter que la veine se bouche à nouveau. Je ne pouvais non plus dire aux médecins s’il s’agissait d’un ressort « médicamenteux », comme ils me le demandaient. Je ne savais pas non plus de quelle veine du cœur il s’agissait. Ils n’eurent d’autre choix que de faire venir le film de l’opération pour me prescrire les examens nécessaires et me prodiguer les soins en conséquence, me dirent-ils. J’avais l’air d’un beau cave, tout ce qu’il y a de plus ignorant sur sa propre situation parce que l’équipe médicale du Royal Victoria avait refusé de parler en français en ma présence.»
Dans ce contexte, la question de l'efficacité dans les hôpitaux montréalais ne se pose pas en terme d'efficacité car, en cas d'urgence, nous n'avons pas le choix de la destination, que l'on soit francophone ou anglophone.
C'est tout de même curieux qu'à Montréal, la question de la langue soit ainsi évitée même dans un texte dont le titre regroupe le mots «francophones» et «anglophones». Il y a des jours où je me demande si les Montréalais ont vraiment à coeur le Québec français.
Rédigé par: Serge-André Guay | 29 avril 2007 at 12h42