« octobre 2007 | Accueil | décembre 2007 »

28 novembre 2007

Encan de spectre: Ottawa doit-il favoriser les nouveaux joueurs?

Tower Le National Post publie ce matin mon article d'opinion sur l'encan de spectre dont les règles doivent bientôt être annoncées par le ministre fédéral de l'Industrie Jim Prentice. Le débat qui fait rage depuis plus d'un an concerne la pertinence ou non pour le gouvernement de favoriser l'entrée d'un quatrième joueur possédant son propre réseau sur le marché du téléphone cellulaire. Pour le moment, seuls Bell, Telus et Rogers possèdent un tel réseau.

Quebecor/Videotron, MTS et tous les partisans d'une règle favorisant les nouveaux joueurs prétendent que la compétition n'est pas assez forte dans ce secteur et que le gouvernement devrait l'encourager. Ils affirment également qu'il est nécessaire de réserver une partie des 105 Mhz mis à l'encan aux nouveaux joueurs, sinon ceux-ci ne réussiront jamais à faire des offres suffisamment élevées pour battre les compagnies titulaires.

L'article soutient au contraire que les règles devraient être les mêmes pour tous. On ne sait pas combien de réseaux devraient exister au Canada, ni si les avantages d'un réseau additionnel sur le plan d'une compétition accrue compenseraient les coûts élevés d'un tel investissement. La seule façon de le savoir est de laisser les joueurs confronter leurs différents plans d'affaires dans un marché ouvert. Une intervention du gouvernement pour réserver du spectre aux nouveaux joueurs serait toutefois l'équivalent d'une subvention et aurait pour effet de corrompre le processus de marché permettant une allocation optimale des ressources.

Martin Masse

25 novembre 2007

Entrevue: Martin Masse, la communication et la diffusion des idées

Arrtsurmedias Éric Le Ray, un spécialiste des technologies de l'information, diffuse chaque semaine sur la radio montréalaise juive Radio Shalom une émission consacrée aux médias et à la communication au sens large, intitulée «Arrêt sur médias».

Le 30 septembre dernier, il me consacrait une entrevue d’une heure qui vient d’être archivée sur le site de l’émission et qu’on peut écouter directement ou télécharger et enregistrer. Nous discutons de mon cheminement politique et idéologique à travers les divers emplois et fonctions reliés d’une façon ou d’une autre au monde de la communication que j’ai occupés au cours des 25 dernières années.

Martin Masse

22 novembre 2007

Les subventions aux entreprises, symbole d'une banqueroute morale et intellectuelle

Bankruptcy_2 Si vous voulez tester à quel point vos amis étatistes bon teint ont des opinions confuses et contradictoires, demandez-leur ce qu’ils pensent des subventions aux entreprises.

Le Québec est le gouvernement provincial de loin le plus friand de cette méthode d’intervention dans l’économie. Selon la nouvelle étude de l’Institut Fraser, sur le montant de 19 milliards $ distribué en subventions aux entreprises par les différents niveaux de gouvernement au Canada en 2004, 6,6 milliards venait d’Ottawa, 10,3 milliards des provinces et 2,1 milliards des administrations locales. La moitié des subventions provinciales ont été déboursées par le Québec.

Si votre amie est du type gauchiste qui croit qu’il faut imposer davantage les méchants capitalistes qui font du profit pour redistribuer cet argent aux plus pauvres, demandez-lui si elle serait d’accord pour abolir tous ces programmes étatiques d’aide aux entreprises qui redistribuent la richesse des citoyens ordinaires aux capitalistes, pour mettre à pied tous les fonctionnaires qui s’en occupent, et pour réduire de façon correspondante les impôts des particuliers. Et observez-là faire du patinage de fantaisie intellectuel pour justifier l’intervention de l’État dans l’économie et l’existence de ces programmes, même s’ils vont à l’encontre de ses prétendues «valeurs citoyennes».

Si votre ami est plutôt du genre affairiste (pro-business mais qui croit que c’est le rôle de l’État d’aider les entreprises), demandez-lui en quoi on aide l’économie en enlevant d’une main des ressources financières aux entreprises et en leur redonnant de l’autre avec des conditions d'attribution; en entretenant des milliers de fonctionnaires parasites responsables du processus de redistribution; en substituant le jugement de ces derniers à celui d’investisseurs privés quant à la pertinence d’investir dans un domaine ou un autre; en pénalisant les entreprises les plus dynamiques pour en aider d’autres qui sont mal gérées ou dans des secteurs en déclin, ou qui sont simplement plus efficaces à faire du lobbying. Et amusez-vous à le voir tenter de justifier quelque chose de manifestement absurde sur le plan de la logique économique, en expliquant que parce que d’autres pays se tirent dans le pied, nous aussi on n’a pas le choix de le faire.

L’existence et l’ampleur des subventions aux entreprises sont l’une des preuves les plus accablantes de la banqueroute morale et intellectuelle de notre système politique, et de tous ceux qui l’acceptent dans ses grandes lignes. S’il s’agissait de montants négligeables, on pourrait toujours les excuser de ne pas s’en préoccuper. Mais imaginer ce qui pourrait être réalisé si ces 19 milliards $ retournaient dans les poches des citoyens et des entreprises qui paient des impôts au lieu d'être distribués selon des critères bureaucratiques.

Ces subventions ne servent qu’à une chose : acheter des votes, entretenir des clientèles, montrer que le gouvernement «fait quelque chose» pour créer de l’emploi et de la richesse, et justifier le salaire de milliers de fonctionnaires inutiles. Et pourtant, pratiquement personne ne les dénonce, sauf évidemment les partisans cohérents du libre marché. Et dire que c’est nous qui se font accuser d’être des extrémistes déconnectés de la réalité…

Autres lectures pertinentes :

Le cheval de Troie de l'interventionnisme pro-business

Les subventions aux entreprises sont-elles efficaces?

Martin Masse

Pour la fin des subventions à l’entreprise privée

CorporateSelon une nouvelle étude de l'Institut Fraser, les subventions gouvernementales aux entreprises canadiennes ont presque doublé au cours des dix dernières années, pour s'élever, en 2004, à 19 milliards $ - soit 1295 $ par contribuable canadien. L’auteur du rapport Corporate Welfare, 144 Billion Addiction, Mark Milke, précise que si les gouvernements justifient ces subventions en expliquant qu'elles aident de nouvelles entreprises à prendre leur envol, la réalité est bien différente. Entre les années 1995 et 2004, nous avons généreusement donné près de 145 milliards $ à des entreprises comme Ford, Rolls-Royce, Noranda, IBM, General Dynamics, Pratt & Whitney, Lockheed Martin et Raytheon. Pauvres petites entreprises qui sans ces milliards auraient sans doute fait faillite – ou en tout cas, moins de profits.

“Canada's business community needs to dump corporate welfare in favour of corporate tax cuts.” Voilà le message de M. Milke qui fait quatre recommandations dans son étude: 1) diminuer jusqu’à mettre fin aux programmes d’assistance à l’entreprise; 2) forcer les entreprises à remettre selon les termes des ententes les subventions déjà accordées; 3) appuyer les initiatives visant à mettre fin aux subventions à l’entreprise privée à l’échelle internationale; et 4) utiliser les fonds qui auraient été dépensés en subventions aux entreprises pour réduire leur fardeau fiscal.

Le tableau 4, «Canada’s top 50 corporate welfare recipients, April 1, 1982 to March 31, 2006», vaut à lui seul le détour (p. 13). On y voit le montant des subventions reçues par rapport, entre autres, aux revenus des cinquante entreprises ayant le plus bénéficié des largesses de l’État. Fascinant, comme dirait l’autre. Les subventions ne créent pas d'emplois; elles ne servent qu'à acheter des votes. Cette étude démontre que ça nous revient cher du vote.

Gilles Guénette

21 novembre 2007

Cellulaire au volant: faut-il réellement légiférer?

CellulaireOn voit le battage médiatique autour du projet de loi menaçant l'interdiction de l'usage du cellulaire au volant. Encore des adultes jouant à «J'vas l’dire à maman pis 'a va venir t'empêcher!» Je possède un cellulaire depuis 1992. À l'époque, ils étaient encore rares et les gens me disaient «Ouais, t'es riche!» et je leur répondais la simple vérité: «Non, je suis pauvre. Je n'ai pas les moyens de me payer une secrétaire. Le cellulaire, c'est la secrétaire du businessman pas encore riche!»

Encore une fois, on semble pris dans une hystérie collective. Beaucoup de gens - étaient-ils ceux qui passaient leur temps à menacer de «l'dire à la maîtresse!» dans les cours d'écoles? - s'indignent des automobilistes qui utilisent le cellulaire en conduisant. D'autres, fonctionnaires et officiels de tout acabit en manque d'exercer leur pouvoir, en remettent. Je ne connais pas le détail des statistiques, ni l'attribution de la causalité des accidents là où un cellulaire était présent. J'avoue que le cellulaire est source de distraction. Mais à ce compte-là, on devrait interdire aux parents de transporter leurs enfants à bord de leur voiture ou aux jeunes hommes d'avoir une jolie jeune femme à leur côté en voiture: tout cela est aussi source d'intense distraction…

Dans tout le discours médiatisé, on ne voit jamais mentionné les vies sauvées par la présence d'un cellulaire au volant. Pour ma part, au moins une fois par mois, je contacte la fonction publique pour rapporter un objet dangereux sur la chaussée, habituellement sur l'autoroute. Dans la dernière année, j'y ai rapporté plusieurs grosses poutres de bois utilisées par les camionneurs, un matelas, une cabane pour enfants de la taille d'une grosse niche, des blocs de béton, des gros morceaux de pneus, et j'en passe. L'impact, à 100km/h, avec un tel objet risque de causer la mort ou la déstabilisation sérieuse d'un véhicule, entrainant un carambolage. Un de mes cousins a été sauvé d'une mort certaine grâce au cellulaire qu'il avait avec lui dans son véhicule.

Personnellement, mon numéro de cellulaire - et non pas mon numéro de résidence - est mon contact principal depuis plus de 15 ans; le numéro que quiconque veut me rejoindre, y compris ma mère, doit signaler. Néanmoins, hormis les appels d'affaires importants ou ceux qui nécessitent une conversation immédiate, je ne fais jamais de conversation légère lorsque je suis au volant. Mais limiter mon usage du cellulaire sur la route réduirait ma disponibilité professionnelle, et cela aura un impact sur ma capacité de répondre aux occasions d'affaires. À mon avis, cela affectera tout particulièrement ce segment croissant de la population que constituent les petits entrepreneurs, consultants indépendants, travailleurs autonomes, travailleurs sur appel et toute personne ayant à se déplacer pour son travail.

Quant au danger que représentent pour moi les autres conducteurs qui utilisent le cellulaire en conduisant, il est de ma responsabilité d'évaluer les conditions de la route, incluant le trafic, et d'ajuster ma conduite en conséquence. Je serais curieux de voir le comportement des gens qui protestent contre l'usage soi-disant abusif du cellulaire sur la route: sont-ils de ceux qui croient qu'ils devraient pouvoir circuler à 130km/h les yeux fermés?

Il existe deux mesures très simples qui, si elles étaient appliquées, pourraient réduire de 30 à 60% le nombre d’accidents de la route: garder ses distances et sa pleine attention sur la route. Peut-on légiférer ces mesures? Non. Doit-on pénaliser un segment de gens productifs pour pallier la stupidité des gens qui ne gardent pas leur attention sur la route?

Encore une fois, on propose des mesures contre-productives qui entraîneront des coûts étatiques plus élevés et dont les effets globaux sur le bien-être de la population sont loin d'être démontrés. Mais bien sûr, les têtes à claques de cours d'écoles seront, pendant un bref moment, satisfaits d'avoir gagné l'attention de leur «tuteur étatique» et le «gouvernemaman» aura, en fourrant son nez partout, l'impression superficielle d'avoir fait du bien.

Jean-François Avon
Montréal

19 novembre 2007

Le socialisme vert d'Équiterre

Kolkhozes_3 Brigitte Lepage et Sidney Ribaux, deux porte-parole d’Équiterre (une organisation militante subventionnée qui fait la promotion d’un socialisme vert), dénoncent les effets pervers du libre marché sur l’agriculture dans un article d’opinion publié ce matin dans Le Devoir :

L'agriculture est en crise. Le nombre de fermes au Québec est en recul: de 100 000 en 1960, elles n'étaient plus que 31 000 en 2006. C'est un métier difficile, mal rémunéré et peu valorisé dans notre société moderne, même si l'agriculture est source de vie. De plus, le modèle économique du libre marché appliqué au secteur de l'agriculture a mené à des pratiques agricoles non durables, à une concentration sans précédent dans l'ensemble de la filière, entraînant des conséquences connues sur l'environnement, sur nos rapports sociaux et aussi, au bout du compte, sur la qualité des aliments eux-mêmes.

Le même constat s'applique à l'échelle internationale. Qu'il s'agisse des producteurs de coton au Mali, de cacao au Ghana, de café au Mexique et de fruits et légumes chez nous, tous sont aux prises avec un modèle économique axé sur la «liberté d'entreprendre», la concurrence et le profit, et trop peu sur ce qui constitue pourtant la fierté et la légitimité d'un agriculteur: nourrir son monde, sa communauté.

L’affirmation est tellement grosse qu’on se demande sur quelle planète vivent nos Équimartiens. Ils semblent n’avoir jamais entendu parler de la gestion de l’offre, des quotas, des subventions, des tarifs douaniers astronomiquement élevés, des assurances stabilisation et du monopole de la mafia syndicale qu’est l’UPA, qui font de l’agriculture l’un des secteurs économiques les plus réglementés et protégés par l’État.

Il s’agit évidemment d’une technique de manipulation fréquemment utilisée par les propagandistes étatistes pour convaincre les gens de la nécessité d’adopter leurs solutions. Tout le «raisonnement», si on peut l’appeler ainsi, est fondé sur la prémisse selon laquelle un secteur de l’économie fonctionne au moins en partie selon le modèle du libre marché.

Par exemple : le système de santé va mal; il y a des cliniques privées qui ouvrent leurs portes; donc, le système va mal à cause des nouvelles cliniques privées. Le fait que le secteur de la santé soit presque entièrement dominé par un monopole étatique n’y fait rien. Ou encore qu’un examen rapide des secteurs en perpétuelle crise révèle qu’il s’agit presque exclusivement de secteurs dominés par l’État.

À la manipulation, il faut ajouter l’ignorance totale de l’histoire économique. Oui, le nombre de fermes ne cesse de reculer, mais pas parce que «l’agriculture est en crise». La raison est tout simplement que l’agriculture est plus productive qu’elle l’était. Le phénomène se poursuit depuis quelques siècles, mais la nouvelle ne semble pas encore avoir atteint la planète Équimars.

Il y a cent ans, c’est 40% de la main-d’oeuvre qui travaillait encore sur les fermes. Aujourd’hui, ce n’est plus que 1%. On réussit à produire plus de nourriture avec moins de bras et sur une superficie de culture moins grande, grâce à la mécanisation et à des méthodes de culture plus efficaces. Et à ce qu’on sache, personne n’a de difficulté à trouver de quoi manger dans les supermarchés du Québec.

Enfin, les Équimartiens opposent un modèle axé sur la liberté d’entreprendre, la concurrence et le profit (méchant) aux gestes qui font la fierté et la légitimité d'un agriculteur: nourrir son monde, sa communauté (bon). Il faut donc comprendre que selon leur modèle à eux, les agriculteurs devraient pouvoir produire de la nourriture sans avoir de liberté d’entreprendre, sans se faire concurrence et sans faire de profit. Nous aussi sur notre planète on a déjà essayé ça, en Union soviétique : ça s’appelait des kolkhozes.

C’est bien beau les débats. Mais pourquoi accorde-t-on une telle crédibilité à des socialistes illettrés économiques qui veulent nous imposer leurs folies sous prétexte qu’ils défendent des valeurs «citoyennes»? Et pourquoi le gouvernement nous force-t-il à contribuer à leur propagande en finançant leurs activités?

Martin Masse

15 novembre 2007

Un Prix Béquille aux stations de ski

SkiL’an dernier, la saison de ski a été considérablement écourtée à cause de l’absence de neige jusqu’en janvier. Les 80 stations du Québec se sont partagé un bénéfice net de un million de dollars, sur un chiffre d’affaires de 214 millions. La clientèle a chuté de 6,1%, après une chute de 5,4% l’année précédente. Si le réchauffement du climat fait en sorte que les vignobles ont de l’avenir au Québec, l’industrie du ski n’est certainement pas un secteur où un investisseur prudent voudra mettre de gros montants. Et en plus, le dollar fort fait fuir les touristes américains et rend beaucoup plus attrayantes les stations du Vermont pour les Québécois.

En toute logique, on doit s’attendre à ce que les stations qui ont le moins d’attraits, celles qui sont les moins profitables, ferment leurs portes. Et à ce que les investissements devenu manifestement plus risqués et moins rentables dans ce secteur soient plus difficiles à financer et se fassent plus rares. C’est ainsi que l’activité économique s’adapte. Les ressources (toujours limitées) quittent les secteurs en déclin de façon à permettre l’expansion de ceux qui se développent.

Ah mais, vous n’y pensez pas! Des fermetures, des pertes d’emplois, des moteurs de l’économie régionale qui disparaissent, on ne peut pas laisser faire ça! Le gouvernement doit nous protéger contre le changement!

Il fallait s’y attendre, les stations de ski demandent l’aide du gouvernement. À cause de leur situation précaire, les pauvres n’ont pas les fonds nécessaires pour installer de nouvelles remontées et de nouveaux canons à neige. Et les investisseurs sont réticents à prêter. «Un canon à neige, c’est bon pour 20, 25 ans. Un télésiège, 30 ans. Pourquoi la banque demande-t-elle de le rembourser sur sept ans? Et pourquoi elle n’accepte de prêter que 50% (du montant)? Ça n’a pas de bon sens?», déclare Charles Désourdy, le pdg de Ski Bromont.

Faut-y vous faire un dessin Monsieur Désourdy? C’est parce que les dollars, contrairement à la neige, ça ne tombe pas du ciel. Et que les banques ne veulent pas engager des fonds importants sur 30 ans si elles pensent que vous risquez d’être en faillite dans cinq ans.

«Ce qu’on souhaite, ce ne sont pas des subventions directes», affirme Claude Péloquin, le président des stations de ski du Québec, «mais un programme d’accès au financement – des prêts, des garanties de prêt, des taux d’intérêt et des périodes d’amortissement qui ne soient pas absurdes.» Absurdes pour qui? Dans le marché financier comme dans n’importe quel autre, l’offreur et le demandeur doivent y trouver leur compte pour qu’une transaction ait lieu. Ce qui est absurde pour un peut être parfaitement logique pour un autre. Ce qui paraît absurde au contraire, c’est de miser sur la rentabilité future de l’industrie du ski au Québec.

Ce qu’exigent les stations de ski, c’est que le gouvernement nous force tous à investir dans leurs entreprises; qu’il supporte un risque financier que personne d’autre ne souhaite prendre avec son propre argent (si les projets apparaissaient comme rentables, il se trouverait sûrement des investisseurs pour vouloir en profiter); et qu’il remette à plus tard une restructuration nécessaire en transférant dans ce secteur des ressources qui auraient été utilisées ailleurs à meilleur escient.

Et qu’on ne s’y méprenne pas, cela implique l’octroi de subventions, même si elles ne sont pas directes. La subvention correspond aux revenus d’intérêts supérieurs qu’aurait rapportés le prêt s’il avait été investi dans un projet plus rentable et à la perte éventuelle de capital si l’entreprise ne peut rembourser.

«On a besoin d’une bouffée d’oxygène», ajoute M. Péloquin. On vous comprend, c’est pas trop d’être sur le respirateur artificiel. Mais si le gouvernement cède à vos pressions, c’est le contribuable qui sera un peu plus étouffé.

(Source: La Presse)

Martin Masse

Crutch1Les Prix Béquille sont décernés aux pleurnichards qui ont fait parler d'eux en quémandant et/ou en obtenant une aide de l'État, une protection ou une reconnaissance spéciale, des subventions, des entraves à la compétition, etc. En bref, à ces pauvres éclopés incapables de se tenir sur leurs deux jambes qui pullulent dans notre société distincte.

13 novembre 2007

Les libertariens sont-ils à droite?

Leftright_2 Un lecteur, Philippe Texier, nous écrit:

Les libertariens sont-ils ou ne sont-ils pas à droite? Si l’on utilise les définitions proposées par Marc Simard, auteur du récent essai Les éteignoirs, la gauche est un «mouvement rassemblant les partisans d'un certain égalitarisme socio-économique et de l'intervention de l'État dans la plupart des domaines de l'activité humaine et se déclarant réfractaire à la logique de l'économie de marché». La droite est un «mouvement rassemblant les partisans de la liberté individuelle et de l'économie de marché qui cherchent à limiter les interventions de l'État aux domaines où l'entreprise privée est incompétente ou inefficace, et qui soutiennent que le développement économique est une condition sine qua non à une répartition équitable de la richesse.» Il me semble que les libertariens sont clairement à droite non?

Le QL a déjà traité à plusieurs reprises de cette question. Voir par exemple:

Les libertariens ont été et sont encore souvent identifiés à la droite parce que dans la dynamique politique de l'après-guerre et jusqu'à l'effondrement de l'URSS, ce sont les communistes qui constituaient la principale menace à la paix mondiale et à la liberté. Ils ont en grande majorité préféré s'associer à une mouvance de droite qui acceptait la démocratie libérale et se disait en principe favorable à l'économie de marché qu'à une mouvance de gauche qui sympathisait avec les communistes et qui souhaitait une croissance rapide du poids de l'État.

-Martin Masse
LES LIBERTARIENS SONT-ILS À DROITE?

Comme libertarien, je ne suis ni de gauche, ni de droite. Les deux représentent une vision collectiviste et étatiste du monde à laquelle je m'oppose. La gauche défend une étatisation abusive de la société sur le plan social et économique. Il s'agit de promouvoir cet État obèse et tentaculaire qui s'ingère dans la vie des citoyens par toutes sortes de réglementations abusives et protectionnistes. Le maternage et la déresponsabilisation des individus sont à l'honneur, et ce, au détriment de la responsabilisation et des initiatives volontaires.

De son côté, un gouvernement de droite peut être tout aussi interventionniste. Prenons le cas du républicain George W. Bush qui depuis son arrivée au pouvoir a multiplié les interventions de l'État fédéral. Après les événements du 11 septembre, il fit adopter en catastrophe toute une série de mesures dont le Patriot Act qui a fait reculer considérablement les libertés individuelles des citoyens. Sur le plan intérieur, il n'hésite pas à utiliser le bras de l'État pour tenter d'imposer une définition traditionnelle du mariage, empêcher l'avortement, le suicide assisté ou encore imposer la prière dans les écoles. Au niveau international, il utilise la force de l'État pour multiplier les interventions militaires attisant la haine et la violence. Il faut également souligner que malgré les beaux discours d'ouverture du marché du président Bush, son pays est extrêmement protectionniste, incapable d'accepter la libre concurrence en provenance du Canada (bois d'oeuvre), de la Chine (textile) ou encore de l'Afrique (coton). En bout de ligne, cette fameuse constitution américaine pourtant très libertarienne ressemble à un vieux chiffon.

-Mathieu Bréard
CONFUSION GAUCHE/DROITE

Gauche et droite sont des concepts politiques arbitraires, qui évoluent dans le temps et varient d'une société à l'autre et selon la perspective de chacun. On peut bien par convention ou pour simplifier le discours politique mettre à droite tous ceux qui ne sont pas clairement à gauche, y compris les libéraux et les libertariens. Mais si l'on veut être cohérent, il faut plutôt voir la droite comme une position étatiste, ce qui exclut ces derniers.

La gauche et la droite se rejoignent de fait dans leur acceptation du politique. Alors que les libertariens souhaitent diminuer le plus possible la sphère du politique et, en bout de ligne, l'abolir complètement par une privatisation complète de toutes les fonctions de l'État, la gauche comme la droite veulent imposer leurs valeurs à tous au moyen de la coercition étatique. Les valeurs et les fins diffèrent, mais le moyen utilisé est le même.

Au contraire, la philosophie libertarienne est fondée sur le rejet de l'utilisation de la coercition dans les rapports sociaux. Dans une société libertarienne, chacun pourrait s'associer librement avec qui il souhaite et vivre selon le modèle et les valeurs qu'il souhaite, dans la mesure où il ne tenterait de forcer personne à s'y conformer. La philosophie libertarienne prescrit simplement que les droits de propriété de chacun sur son propre corps et ses biens soient respectés.

Il faut bien distinguer les valeurs des moyens qu'on utilise pour les défendre. Il existe des libertariens fondamentalistes religieux et des libertariens athées, des libertariens individualistes et d'autres qui préfèrent vivre dans des communautés fortes, des libertariens qui défendent des valeurs culturelles traditionnelles et d'autres qui font la promotion d'un «transhumanisme» qui permettrait à l'être humain de se transformer grâce aux nouvelles technologies. Les valeurs défendues par les libertariens pris individuellement peuvent rejoindre celles de la gauche «progressiste» ou celles de la droite «conservatrice». La seule perspective fondamentale qui unit les libertariens est qu'ils refusent d'imposer leur propre vision du monde aux autres au moyen d'une institution fondée sur la coercition, en l'occurrence l'État.

-Martin Masse 
Y A-T-IL UNE DROITE AU QUÉBEC?

Suicide assisté: faut-il le permettre?

Suicide_assisteLe suicide assisté fait couler beaucoup d'encre ces jours-ci à Zurich. La Suisse étant l'un des rares endroits au monde où le suicide assisté n’est pas réprimé, il s’y est développé ce que certains appellent un «tourisme de la mort». Depuis 1998, l'organisation Dignitas s'occupe de ces «touristes» désireux de mettre fin à leurs jours et qui ne peuvent le faire dans leur pays en raison de législations restrictives. Or, les pratiques d'aide au suicide de Dignitas sont désormais interdites dans les immeubles locatifs et les hôtels (des endroits pourtant privés...). Pour contourner ces interdictions, l'organisation utilise maintenant des véhicules. Dignitas a ainsi aidé deux Allemands (50 et 65 ans) à mettre fin à leurs jours dans un parc près de Zurich. Cette nouvelle méthode soulève de vives critiques en Allemagne comme en Suisse. Le premier cas de suicide s'est déroulé dans une camionnette, le second dans un véhicule de livraison, mais à des dates différentes.

Le maire de Maur (là où ces deux cas ont eu lieu) a qualifiée cette nouvelle façon de procéder de «sans piété et sans goût». «Le suicide assisté dans une voiture est une grave atteinte à la dignité humaine» a pour sa part déclaré le député Mario Fehr dans les colonnes d’un quotidien romand. Selon la Télévision Suisse, «la plupart des personnalités politiques [à droite comme à gauche] estiment que l'organisation d'aide au suicide a, cette fois, dépassé les bornes et qu'il faut désormais des lois claires pour éviter les abus». Les réactions ont également été vives en Allemagne. «Ce n'est pas acceptable et contraire à la dignité humaine», a déclaré le socialiste Dieter Wiefelspütz. Mais il n'est pour l'heure pas possible d'interdire de telles pratiques. «Celui qui veut mourir dans la nature ou dans sa voiture peut naturellement le faire», précise l'avocat général du canton de Zurich Jürg Vollenweider.

Qu’est-ce qui est moins «digne»: aider une personne atteinte d’une maladie incurable ou dégénérative à mettre fin à ses jours dans une voiture, ou la laisser mourir à petit feu dans un mouroir public engourdie par les médicaments, branchée à un appareil ou complètement sénile? Sans avoir recours aux méthodes de Dignitas, ne devrait-on pas permettre à quelqu’un qui le souhaite (et qui a de bonnes raisons de le souhaiter) de s’enlever la vie dans des lieux salubres et sécuritaires? Comme le débat sur la question du suicide assisté n’a jamais réellement eu lieu au Québec, je vois d’un bon oeil l’arrivée massive des baby-boomers à l’âge de la retraite. Ces personnes qui ont plus souvent qu’autrement vécu dans l’abondance et le confort, ne voudront pas passer les derniers mois – voire les dernières années – de leur vie malades et alitées dans des centres de soins de longue durée. Je vois d'un moins bon oeil le fait qu'ils vont sans doute réclamer l'intervention de l'État (comme ils l'ont toujours fait) pour ce faire, mais bon...

Gilles Guénette

(Pour en savoir plus: «Aide au suicide: Zurich met la pression», «Autoriser le suicide assisté, mais éviter les abus», «Dignitas soulève l'indignation», «Les Suisses sont opposés au “tourisme de la mort”» et «Aide au suicide: les médecins suisses partagés».)

12 novembre 2007

Les statistiques du Blogue du QL

Stats_blogue_du_ql_121107_5 Un nombre record de pages ont été consultées aujourd'hui sur le Blogue du QL (la journée se termine à 19h00, heure de Montréal, soit 0h00 GMT). Pour la première fois, le nombre de pages vues en une journée a dépassé 1000, pour atteindre 1140.

Chaque point dans le graphique indique une journée, du 1er juin 2007 à aujourd'hui. Les creux indiquent généralement des jours de fin de semaine, quand le Blogue est moins actif.

 

11 novembre 2007

Le phénomène Ron Paul

Paul_3La Presse consacre ce matin un article au «phénomène politique de l’heure aux États-Unis : Ron Paul». Le correspondant du quotidien, Richard Hétu, s’est rendu hier à Philadelphie pour couvrir un rassemblement en faveur de Paul, dans ce qui est sans doute la première mention du candidat à l’investiture du Parti républicain dans un média conventionnel du Québec (le QL, qui est tout sauf conventionnel, reproduit ses articles et discours depuis 2001…).

Tout le monde s’intéresse soudainement au seul politicien libertarien à Washington depuis que ses partisans ont recueilli 4,3 millions de dollars lundi dernier en une seule journée sur Internet. Jusque-là, bien des commentateurs prétendaient que son succès sur Internet était surtout dû au «spamming» de ses partisans zélés mais totalement marginaux. À l’émission Face the Nation ce matin sur CBS, l’animateur Bob Schieffer a admis qu’il n’avait jamais pris Paul au sérieux jusqu’à cette semaine.

L’article n’est pas mauvais et a le mérite de citer plusieurs supporters de Paul pour expliquer l’attrait de son message. «Le seul candidat à promettre le retrait immédiat de toutes les troupes américaines d’Irak.» «Il veut rétablir notre Constitution.» «C’est le seul candidat qui ait une perspective historique.» Le journaliste a constaté la présence d’une poignée de néo-nazis dans la foule et ne n’a pas réussi pas à obtenir d’explication de leur part sur les raisons de leur présence. Comme le message de liberté et d’État minimal de Ron Paul est tout le contraire du fascisme, il aurait pu s’abstenir de rapporter cette bizarrerie sans aucune pertinence, mais qui va avoir pour effet d’associer Paul avec des skinheads chez les lecteurs de La Presse qui ne savent rien d’autre de lui. Il a au moins le mérite de terminer son article sur une réplique : «Je ne sais pas d’où ils viennent, a déclaré Roxane Ardary, agente immobilière du Connecticut. Le message de Ron Paul ne comporte aucune allusion raciste ou antisémite. C’est un message de liberté, de paix et de prospérité, et c’est à ça que répondent les gens.»

L’article contient quelques erreurs. Paul ne siège pas à la Chambre des représentants depuis 1976. Il a été élu pour la première fois en 1976 dans une élection spéciale, puis défait quelques mois plus tard, et a ensuite siégé de 1979 à 1985 et de nouveau depuis 1997.

L’erreur la plus insidieuse est toutefois de le décrire comme un «libertaire», alors que les libertaires sont des anarchistes de gauche. Richard Hétu n’est peut-être pas à blâmer pour cela. Il est possible qu’il ait écrit «libertarien», mais qu’un correcteur ignorant ait cru à une erreur en ne trouvant pas le mot dans son vieux Petit Robert. Ce ne sera pas la première fois que ça arrive. Il y a six ans, un autre journaliste de La Presse avait aussi qualifié Stephen Harper de libertaire. J’avais soumis un article d’opinion pour clarifier les termes et expliquer brièvement ce qu'est le libertarianisme, que le quotidien n’a pas jugé pertinent de publier.

La Presse publie chaque semaine des reportages sur les mouvements politiques et les pratiques culturelles et sociales les plus marginaux et bizarres qui soient (on attend avec impatience la suite de la série en plusieurs volets sur l'échangisme), mais n’a jamais cru bon de publier un seul article sur le mouvement libertarien depuis les bientôt dix ans d’existence du QL. Paresse intellectuelle? Difficulté de concevoir qu’un mouvement qui s’écarte aussi radicalement des idées reçues en politique puisse avoir une pertinence? Ou peut-être réticence à donner de la couverture à un site qui a le Page Ranking parmi les plus élevés au Québec sur les engins de recherche et qui fait concurrence aux médias traditionnels?

Quoi qu’il en soit, la popularité grandissante de Ron Paul force les médias traditionnels des États-Unis et d’ailleurs à porter attention. Si elle continue de grandir, qui sait, nos journalistes pourraient bientôt être forcés de faire quelques recherches sur Internet pour se renseigner un peu.

Martin Masse

08 novembre 2007

Là où le panier est le plus cher!

PanierGros dossier ce matin dans Le Journal de Montréal dans lequel on pose la question «le consommateur d'ici se fait-il avoir à l'épicerie?» On y apprend, entre autres, que règle générale, les produits laitiers et la volaille sont moins chers aux États-Unis. À l’épicerie Price Choppers, à Plattsburgh, un contenant en plastique de deux litres de lait 2 % coûte 2,05 $. Au IGA, il en coûte plutôt 3,39 $; le yogourt Danone à la crème en paquet de 4 était à 2,09 $ au lieu de 2,99 $ en rabais au IGA. Les mélanges à gâteaux, les chips, le riz et la sauce à spaghetti y sont presque deux fois moins chers qu’au Québec. Le Journal a rempli un panier d’épicerie, mardi, au Price Chopper, à Plattsburgh. Résultat? Ce panier a coûté 154,56 $. En comparaison, ce même panier a coûté 25 % plus cher au Québec. Les raisons? La gestion de l’offre et la réglementation.

«Le prix est moins élevé aux États-Unis, car il n’y a pas de système de gestion de l’offre, mais c’est un choix de société», explique Dominic Arsenault, propriétaire du IGA de Coaticook. Un choix de société? On ne m’a rien demandé! Au Québec, c’est l’État qui fixe le prix minimum et maximum, à travers la Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec. «Le prix minimum assure qu’il n’y a pas de guerre de prix à la baisse au détriment des petits marchands, tandis que le prix maximum assure les consommateurs d’avoir un prix raisonnable», indique Marc Nepveu, secrétaire de la RMAAQ. Cette non-guerre des prix à la baisse se fait au détriment du consommateur par contre. Mais comme la société l’a choisi…

«Les frais d’exploitation des entreprises sont plus élevés au Canada, particulièrement dans le domaine de l’alimentation parce que c’est un domaine très réglementé», affirme Nancy Croitoru, présidente de l’organisme Produits alimentaires et de consommation du Canada, qui représente les grands manufacturiers. Mais, rassurez-vous, nous payons le «juste prix» pour notre nourriture: «Les Canadiens dépensent 9% de leurs revenus pour leur panier d’épicerie. Aux États-Unis, c’est 10%, en Allemagne, 17% et au Mexique, 25%. Nous nous en sortons très bien», fait-elle valoir avant d’ajouter «Les coûts sont plus élevés au Canada parce qu’il y a moins d’économies d’échelle possibles.»

S’il est vrai qu’il s’agit là de «choix de société», les contribuables canadiens ont délibérément choisi de subventionner les agriculteurs et les grandes chaînes d’alimentation. Ils ont décidé d’avoir moins d’argent dans leurs poches pour que d’autres en aient plus. Vous trouvez que ça sonne faux? Vous n’êtes sans doute pas seul. Comme l’écrivait Marcel Boyer de l’IEDM plus tôt cette année, «ce système d'inspiration protectionniste, qui fonctionne en grande partie comme un cartel, est coûteux et inéquitable». Selon ses calculs, «la gestion de l'offre du lait, des oeufs et de la volaille coûte au moins 300$ par an de plus à une famille de quatre personnes au Québec, soit 575 M $ pour tous les Québécois».

Les «choix de société» n’existent que dans la tête des politiciens et des subventionnés. Il est temps de libéraliser le secteur de l’alimentation au profit de tout le monde.

Gilles Guénette

07 novembre 2007

L’effondrement du dollar américain

Dollar En août 1971, le président Richard Nixon rompait par décret le dernier lien formel entre le dollar et l’or. Jusque-là, on garantissait aux banques centrales étrangères de leur remettre une once d’or en échange de 35$. (Les citoyens américains, eux, n’avaient plus le droit de posséder de l’or – sauf de vieilles pièces de collection – depuis que Roosevelt avait confisqué tout l’or du pays en 1933. Ils n’ont retrouvé ce droit qu’en 1974 dans le «land of the free».)

En tant que monnaie internationale de réserve depuis l’après-guerre, le dollar était utilisé partout dans le monde et détenu par toutes les banques centrales et toutes les entreprises faisant des affaires à l’échelle mondiale. Cette demande externe donnait un avantage précieux aux autorités américaines : celui de pouvoir gonfler la masse monétaire sans trop risquer de susciter une hausse générale des prix, puisque l’argent se retrouvait à l’étranger au lieu d’être dépensé dans l’économie nationale.

Les Américains ont toutefois abusé de cette situation pendant les années 1960. Ils ont eu recours de façon immodérée à l’endettement et à la planche à billets pour financer les nouveaux programmes sociaux du président Johnson et la guerre au Viêt-Nam. Les étrangers détenaient de plus en plus de dollars, alors que les réserves d’or américaines diminuaient dangereusement. Le dollar était surévalué par rapport à l’or et la situation devenait intenable.

La décision de Nixon signifiait une dévaluation de facto du dollar et l’effondrement des accords de Bretton Woods, le système monétaire international mis en place après la guerre. Couplé à la hausse du prix du pétrole suite à la formation de l’OPEP, le choc a entraîné une période de stagflation qui a perduré jusqu’au début des années 1980, quand le président de la Fed Paul Volker a mis fin à la surchauffe en appliquant une politique monétaire très restrictive. La récession de 1981-1982, la plus sévère depuis la Grande Dépression, a permis de liquider les malinvestissements et de relancer l’économie sur des bases plus solides.

Trente-six ans après Nixon, nous nous retrouvons dans une situation très similaire – et peut-être pire à cause de l’absence totale d’ancrage de la monnaie dans un étalon or. Depuis des années, l’inflation monétaire fait rage et les bulles se gonflent et éclatent les unes après les autres. On se souviendra de la fameuse mise en garde de Greenspan en 1996 contre «l’ exubérance irrationnelle» (il devait savoir de quoi il parlait puisque c’était lui l’inflationniste en chef!). Puis, l’année suivante, de la crise financière asiatique et du sauvetage par la Fed de Long-Term Capital Management, un important fonds d'investissement à Wall Street. (J’ai l’impression de me répéter… Voir cet article de 1998.)

La Fed a injecté des milliards de dollars dans l’économie à l’approche de l’an 2000 pour parer aux soubresauts potentiels provoqués par le bogue de l’an 2000. En 2001, l’effondrement de la bulle technologique et les attentats du 11 septembre ont décuplé l’interventionnisme de la Fed, qui a réduit les taux d’intérêt à un plancher historique de 1% de juin 2003 à juin 2004. D’autres bulles sont apparues, dans l’immobilier et le secteur financier. Sans compter les coûts astronomiques des guerres de l’empire américain à l’étranger, qui sont payés par de l’argent emprunté des Chinois et d’autres étrangers. Et le fait que W. est le président le plus dépensier depuis Johnson (même en excluant les dépenses militaires).

Tout comme en 1971, cette situation ne pouvait perdurer éternellement. Depuis des années, on se demande qui, parmi les grands détenteurs étrangers de réserves en dollars (Chine, Japon, autres banques asiatiques, pétro-monarchies) va être le premier à perdre son sang-froid. Tous ont en effet intérêt à ce que le dollar maintienne sa valeur, puisque leurs avoirs vont être dévalués en parallèle avec le cours de la monnaie américaine. Mais tous se rendent compte aussi qu’ils prennent un risque immense à garder ces réserves. Et si ceux qui vont s’en départir les premiers vont réussir à limiter les dégâts, ils risquent d’enclencher le mouvement qui fera s’effondrer le château de cartes.

C’est pour toutes ces raisons qu’on assiste depuis des mois à une dévaluation graduelle du dollar américain, pas seulement par rapport au dollar canadien (qui atteint aujourd’hui un sommet de 1.10$US) mais à toutes les monnaies du monde. Et c’est dans ce contexte que survient la déclaration d’un haut dirigeant chinois, Cheng Siwei, qui disait hier que «In terms of the structure of our foreign exchange reserves, we should take advantage of the appreciation of strong currencies to offset the depreciation of weak currencies». En d’autres termes, on fait de moins en moins confiance aux autorités américaines pour régler le problème, et on regarde vers l’euro et d’autres monnaies pour éviter de perdre notre chemise avec les titres en dollars. Une déclaration qui vient de faire chuter le dollar à des niveaux historiques.

Jusqu’où cela ira-t-il? Difficile de le dire. L’approche autrichienne permet simplement d’identifier des phénomènes et des tendances, et d’expliquer pourquoi ils se produisent et à quoi on peut logiquement s’attendre. Les mathématiques ne sont d’aucun recours pour prédire des phénomènes économiques aussi complexes. Les économétriciens qui manipulent des modèles dans une optique néo-classique ne comprennent de toute façon rien à ce qui se passe, les fondements théoriques de leur approche étant totalement déficients sur ce plan.

Ce qu’on peut dire, c’est que l’effondrement du dollar américain (mais aussi du système monétaire mondial étatisé et basé sur le papier monnaie), qui se poursuit par soubresauts depuis des décennies, entre aujourd’hui dans une autre phase critique. Seul un retour à l’étalon or permettra de retrouver la stabilité.

Martin Masse

06 novembre 2007

La valeur de la monnaie

Gold En réaction à mon billet d'hier sur la crise financière aux États-Unis, un lecteur m'écrit:

Vous parlez de «papier sans valeur intrinsèque (au lieu de correspondre à une matière tangible comme l'or)».

On ne peut pas soutenir cela dans une perspective subjectiviste. Il n’y a rien qui ait une «valeur intrinsèque» en dehors des préférences humaines, et le fait que quelque chose soit «tangible» ne lui donne aucune valeur. Ce sont les préférences individuelles qui donnent la valeur aux choses (que celles-ci soit faites de zéros et de uns qui soient «tangibles» ou non).

Par ailleurs, il n’y a pas vraiment de cours légal au Canada, de sorte que n’importe qui pourrait faire ses transactions en dollars US ou en or ou en mégots. La monnaie est ce que les gens acceptent comme monnaie.

Ma réponse: Le terme intrinsèque ne signifie évidemment pas ici une valeur en soi indépendante de la demande, mais justement le contraire, une valeur comme bien demandé. Le papier monnaie, lui, n'a aucune valeur en soi. Originellement, il n'était qu'un certificat promettant de remettre une certaine quantité d'or au détenteur. La demande était pour l'or, pas pour le morceau de papier.

Aujourd'hui, le gouvernement a brisé le lien entre le papier monnaie et l'or et les gens pensent que le morceau de papier vaut vraiment quelque chose. Mais comme l'a expliqué Mises avec son théorème de régression (voir cette excellente explication de Frank Shostak), il ne continue à être utilisé comme moyen d'échange que parce que tout le monde se fie sur sa valeur antérieure, et ainsi de suite jusqu'au moment où l'or n'était utilisé que comme bien de consommation (qui était sujet à une demande à cause de sa valeur comme or et non comme moyen d'échange).

Lorsqu'il s'agit de monnaie, les préférences individuelles ne sont pas totalement arbitraires. Une monnaie doit avoir certaines caractéristiques pour être une monnaie. Elle doit avoir été un objet de consommation tangible avant de servir de moyen d'échange. Il n'y a aucune demande pour des bouts de papier avec des portraits de reines ou de politiciens, pour des zéros et des uns, ni pour des mégots d'ailleurs (pour des cigarettes oui, ou des peaux de castors, qu'on peut consommer, c'est pourquoi ils ont également pu servir de monnaie là où les métaux précieux étaient difficiles à obtenir).

À cause de tout cela et de la fraude institutionnalisée qui sous-tend tout le système de monnaie fiduciaire (c'est-à-dire l'inflation et la dévaluation systématique), le seul papier monnaie qui peut survivre est celui imposé par l'État, comme ce fut le cas de la fameuse monnaie de carte de Nouvelle-France, le 2e papier monnaie au monde après celui des Chinois.

Enfin, il y a plusieurs définitions de cours légal, qui ne signifie pas qu'on doive nécessairement utiliser la monnaie nationale pour toutes les transactions, mais d'abord qu'on ne peut refuser le paiement d'une dette en monnaie qui a cours légal. Je pense qu'aujourd'hui, ce n'est pas tant cette obligation qui permet vraiment d'imposer la monnaie (ou de rendre très difficile l'utilisation régulière d'une autre), mais plutôt le fait que l'État contrôle 40% de l'économie et qu'on est obligé d'utiliser sa monnaie pour fonctionner normalement.

Martin Masse

05 novembre 2007

Seuls les Autrichiens ont vu venir la crise financière

Gold Pratiquement tous les commentateurs économiques semblent avoir été pris de cours par la crise financière qui s'abat sur les États-Unis (et, dans une beaucoup moins grande mesure, sur le Canada et d'autres pays, dans le secteur du papier commercial par exemple) depuis quelques mois. Et pourtant, du point de vue de l'École d'économie autrichienne, tout ce qui arrive était totalement prévisible, et cela depuis des années.

Même si la situation dans son ensemble est extrêmement complexe, on peut ramener la récurrence des cycles économiques à un facteur essentiel, expliqué par Ludwig von Mises il y a presque un siècle: les manipulations monétaires des créatures étatiques que sont les banques centrales. Depuis que l'argent n'est plus que du papier sans valeur intrinsèque (au lieu de correspondre à une matière tangible comme l'or), elles peuvent en créer comme elles veulent et la quantité de monnaie et de crédit ne cesse d'augmenter. La valeur de la monnaie, quant à elle, ne cesse de diminuer (ou, ce qui revient au même, les prix augmentent continuellement, alors que la productivité toujours plus élevée devrait les faire baisser). Cela crée des distorsions importantes dans l'économie (en particulier, la génération d'investissements non rentables et l'incitation à consommer à crédit), qui se résorbent habituellement lors d'une récession.

Ces dernières semaines, la Fed tentent de limiter les effets de la débâcle en baissant les taux d'intérêt et en «injectant des liquidités» à cours de milliards de dollars dans le secteur financier. Exactement comme en 2001, lorsque le précédent cycle a pris fin par l'effondrement de la bulle high-tech et par une récession de courte durée. Pratiquement tous les commentateurs à l'époque, y compris les partisans confus du libre marché qui adhèrent au monétarisme et à l'économie de l'offre (ou «supply side economics»), réclamaient cette infusion additionnelle de crédit. Les rares adeptes de l'économie autrichienne comme votre serviteur prescrivaient au contraire de ne pas empirer la situation par des solutions inflationnistes et de laisser la liquidation des malinvestissements se poursuivre (voir mon article publié sur le site de Mises.org en mars 2001, «Let the Recession Run its Course», toujours aussi d'actualité aujourd'hui qu'il y a six ans).

Malheureusement, comme le rappelle un autre article sur Mises.org aujourd'hui, «The 2000-01 recession was not allowed to run its course unhampered», notamment à cause de l'infusion excessive de crédit par la Fed à la suite des attentats du 11 septembre. Et la course folle insoutenable a repris de plus belle, jusqu'à cet été. Il ne fallait pas être devin pour comprendre ce qui s'en venait, simplement appliquer la grille d'analyse de l'École autrichienne.

Je me souviens que lorsque le cours de l'or était autour de 300 $ l'once en 2002 (il a dépassé les 800 $ ces derniers jours), j'aurais bien aimé avoir un peu d'économie pour pouvoir en acheter et profiter de la hausse qui allait inévitablement survenir. L'or joue en effet toujours un rôle de valeur de refuge en période de dévaluation monétaire, même s'il ne sert plus d'ancrage aux monnaies.

Il y a trois ans, je discutais de l'effondrement prochain du dollar américain avec des économistes lors d'une session consacrée à la monnaie à la Austrian Scholars Conference de l'Institut Mises. Comment aurait-il pu en être autrement alors que depuis plusieurs années, les immenses déficits des comptes courants et déficits budgétaires, financés par des emprunts à l'étranger et par une politique inflationniste, minent la confiance dans la monnaie américaine? Cet effondrement du dollar signifie un appauvrissement pour les Américains qui doivent maintenant payer plus cher les produits importés.

Des collègues de travail pourraient confirmer que je leur expliquais, il y a déjà plusieurs années, que la croissance folle du marché immobilier aux États-Unis n'avait aucune logique économique, qu'elle était soutenue par des interventions étatiques (l'inflation monétaire, mais aussi les subventions indirectes des organismes étatiques de soutien au marché hypothèque que sont Freddie Mac et Fannie Mae) et que la bulle allait tôt ou tard éclater. Aujourd'hui, les millions de ménages qui se sont endettés jusqu'au cou pour acheter une propriété surévaluée vont en subir les conséquences.

Je ne raconte pas tout ça pour me vanter de ma clairvoyance. Plutôt pour montrer à quel point la théorie autrichienne des cycles permet de bien analyser la situation. Alors que le reste du monde est poussé aveuglément par la vague et ne sait pas où elle va mener, la perspective autrichienne permet de comprendre ce qui se passe - et de mieux maîtriser son avenir.

Martin Masse

04 novembre 2007

Propagande verte: à soir, on fait peur au monde

Glacier Les techniques de propagande des étatistes sont toujours les mêmes : inventer ou exagérer un problème; susciter l'hystérie collective en prétendant que nous sommes au bord de la catastrophe et qu'il faut se mobiliser immédiatement; et présenter une intervention étatique comme la seule solution.

Depuis des décennies, les nationalistes et les parasites culturels nous mettent en garde que nous allons bientôt disparaître à moins de renforcer les lois protectionnistes linguistiques et d'augmenter les subventions à la culture. Les militants «anti-pauvreté» nous assurent que sans augmentation draconienne des dépenses sociales, de plus en plus de familles vont sombrer dans la déchéance et de plus en plus d'enfants auront faim. Aux États-Unis, les néoconservateurs prétendent qu'un budget qui représente la moitié des dépenses militaires de la planète ne suffit pas pour se protéger contre des potentiels ennemis; il faut envahir d'autres pays, sinon les terroristes vont détruire l'Amérique.

Les étatistes verts usent des mêmes techniques. Le biologiste Jean Lemire nous annonce ainsi la fin du monde pratiquement chaque dimanche dans la page de propagande que lui consacre le quotidien La Presse. Lemire est ce personnage qui proposait l'an dernier la mise en place d'un «service nature» obligatoire. Tout comme les néoconservateurs qui rêvent d'une conscription militaire pour alimenter leur «guerre au terrorisme» en chair à canon, Lemire voudrait créer une armée d'esclaves (ne plus contrôler ce qu'on peut faire de son corps et être forcé de travailler pour un autre, n'est-ce pas là une bonne définition de l'esclavage?) que lui et ses collègues apparatchiks pourraient mettre au service de leurs dadas écolos pendant une certaine période de temps.

Le titre de son article dans l'édition d'aujourd'hui est aussi caricatural qu'à l'habitude : «Minuit moins cinq en Arctique». Il cite un de ses collègues, Louis Fortier de l'Université Laval, qui «n'est pas un écologiste engagé et revendicateur» mais bien «l'une des plus grandes sommités mondiales sur la question des changements climatiques en Arctique». Pas de doute, ce doit être un modèle d'objectivité, il faut le croire, surtout à voir sur son site la quantité de patentes subventionnées par le gouvernement auxquelles il participe.

Dixit la sommité : «Si chaque nation arrive à mettre en place des mesures pour que nous réduisions de sept milliards de tonnes par année nos émissions de gaz à effet de serre au cours des 50 prochaines années, nous éviterons les scénarios hollywoodiens, et la catastrophe pourra être évitée.» Et moi qui croyais que les scénarios hollywoodiens, c'était justement arrangé avec le gars des vues… Et Lemire de rajouter : «Mais le temps presse.» Eh oui, préparez vos caméras, la grosse vague s'en vient au-dessus de la Statue de la liberté!

Dans la «question de la semaine», Lemire répond à une question sur la fonte des glaciers au Groenland. Il répète le scénario alarmiste d'Al Gore, qui laisse entendre dans son film que nous allons être inondés par une augmentation de sept mètres du niveau de la mer si l'inlandsis du Groenland fond complètement. Le biologiste reste toutefois prudent : il sait qu'il s'agit d'une des affirmations les plus controversées du film. En effet, selon l'IPCC et plusieurs autres sources, cette éventualité pourrait survenir, si le climat continue de se réchauffer, dans plusieurs… milliers d'années. «Il ne faut pas encore paniquer, nous n'en sommes pas là», nous rassure-t-il. Pas encore! Mais comme «tout va beaucoup plus vite que prévu», on ne sait jamais… ça pourrait arriver… qui sait… peut-être… dans...?

Bref, l'heure est grave. En allant vous coucher ce soir, ruminez là-dessus pendant une bonne heure avant de vous endormir. Finissez par conclure que vous êtes prêt à faire tous les sacrifices, à changer votre vie, à accepter toutes les nouvelles politiques vertes du gouvernement, à arrêter de prendre des bains (un des «trucs de la semaine» qu'il propose), à céder ce qui reste de votre liberté, et à subventionner toutes les recherches de Fortier et cie, et cela, POUR SAUVER LA PLANÈTE. N'oubliez pas, IL EST MINUIT MOINS CINQ!!!

Martin Masse

01 novembre 2007

René Lévesque l’étatiste

Levesque_2 René Lévesque décédait il y a 20 ans. Comme des milliers d'autres, je suis allé voir sa dépouille exposée dans l'ancien Palais de justice du Vieux-Montréal. Malgré mes réserves de plus en plus marquées envers le nationalisme en tant qu'idéologie collectiviste, je croyais encore que Lévesque avait été un grand homme d'État, et qu'il avait réalisé des choses importantes pour les Québécois. Dans la mythologie nationaliste contemporaine, il est considéré comme un «libérateur de peuple», celui qui a permis aux Québécois de se tenir debout.

Mais comme pour son Némésis fédéral («term used to describe one's worst enemy, normally someone or something that is the exact opposite of oneself but is also somehow similar») Pierre Trudeau, décédé un peu plus tard, c'est surtout son héritage étatiste empoisonné que je retiens aujourd'hui.

Comme tous les nationalo-étatistes, Lévesque confondait l'État et le peuple. Sa façon de «libérer» les Québécois, c'était de leur enlever des droits et libertés pour renforcer le pouvoir des institutions étatiques. Celles de Québec, contrôlées par des politiciens et bureaucrates bien de chez nous.

Dans le dossier spécial de La Presse publié ce matin, on souligne 5 réalisations encore d'actualité qui ont marqué la carrière politique de Lévesque: la nationalisation de l'électricité en 1962 et, sous son gouvernement, la loi 101, le régime d'assurance automobile, la loi sur le financement des partis politiques et la loi sur la protection du territoire agricole. On le notera facilement: il s'agit dans tous les cas de politiques étatistes.

J'avais déjà commenté trois d'entre elles il y a quelques années dans un papier qui cherchait à déboulonner la statue à Ti-Poil.

Pour ce qui est du zonage agricole, il s'agit d'une loi coercitive qui empêche les propriétaires de terres de faire ce qu'ils souhaitent avec leur propriété et de répondre à une demande plus pressante pour une utilisation autre que l'agriculture, notamment dans les régions limitrophes des grandes villes où la banlieue se développe. Le Québec n'est aucunement en danger de ne plus pouvoir se nourrir, et il n'y a aucune raison de «protéger» le territoire agricole.

Le régime d'assurance automobile quant à lui, en plus d'avoir étatisé cette assurance, est un non-sens sur le plan de la justice, en ce qu'il instaure le fameux «no fault», l'absence de responsabilité pour les accidents qui surviennent. Comme bonus, nous avons hérité d'une bureaucratie aussi irresponsable que les assurés: la manchette du même journal révèle ce matin que 20 millions $ ont été dépensés pour la construction d'un poste de contrôle routier à Saint-Bernard-de-Lacolle qui est inutilisable à cause de bris. On l'a construit sur un terrain impropre, malgré l'avis de la municipalité. Et qui est responsable de ces déboires? Les génies du ministère des Transport du Québec et… de la Société d'assurance automobile du Québec.

Merci Monsieur Lévesque de nous avoir libérés…

Martin Masse

Marois veut que Koivu parle français

KoivuLes Finlandais parlent de nous! Parce que Céline Dion est en tournée dans le coin? Non. Parce que nos énervés de la langue veulent forcer le capitaine du Canadien, le Finlandais Saku Koivu, à parler français. Au cours des derniers jours, on a appris que la chef péquiste Pauline Marois voyait d'un bon oeil l'idée d'obliger le Canadien de Montréal à apprendre le français à ses joueurs. Lorsqu'un journaliste lui a demandé si le club de hockey devrait être «forcé» de faire des efforts en ce sens, Mme Marois a répondu: «Ça pourrait être une avenue, effectivement, qu'il puisse aider ses joueurs à parler français. Pourquoi pas?» La suggestion venait du très coloré avocat Guy Bertrand qui devant la commission Bouchard-Taylor a affirmé qu’en voulant enlever des droits aux immigrants qui n'apprennent pas le français, Mme Marois fait fausse route, même si ses objectifs sont louables. «C'est assez pour les faire haïr la langue. Le but, c'est de faire aimer la langue.» Statistiques à l'appui, il affirme que Montréal serait davantage anglophone que francophone dans 10 ans... Me Bertrand ne sera pas le premier (ni le dernier!) à faire ce genre de prédiction.

Hier, le principal intéressé (qui est trilingue - finlandais, suédois, anglais) s’est presqu’excusé: après 12 ans à Montréal, il devrait être capable de parler français. «Ce serait la situation idéale, c'est évident. Mais je ne suis pas parfait.» Ne vous en faites pas M. Koivu, Mme Marois ne l’est pas non plus (must see video). Les trois étoiles de cette tempête dans un verre d’eau sont sans aucun doute Guy Carbonneau, Cristobal Huet et Steve Bégin. Le premier, l’entraîneur-chef du Canadien, pour avoir ramené les choses à l’essentiel: «Saku et les autres joueurs sont ici avant tout pour jouer au hockey. La seule chose qui compte pour moi, c'est que nous soyons en mesure de communiquer et de bien nous comprendre». Le second, Français d'origine, pour avoir affirmé ne pas comprendre comment la politique avait pu se frayer un chemin jusque dans le vestiaire des joueurs: «C'est jamais bon de mélanger sport et politique». Le troisième pour avoir su montrer tout le ridicule de l’affaire: «Je suis québécois, je parle français, j'en suis fier et personne ne m'empêche de parler ma langue dans le vestiaire. Mais il faudrait comprendre que le hockey, c'est en anglais que ça se passe. On dirait que cette maudite histoire revient à tous les ans. On répète les mêmes choses. Gardez vos extraits sonores en archives et ressortez-les l'an prochain.»

Oui, la question de la langue revient à chaque année. En 1994, Martin Masse ironisait sur cette peur qu’ont les intellos québécois de nous voir «disparaître». Étrangement, il soulignait les propos du philosophe Pierre Desjardins qui un an plus tôt nous avait mis en garde contre les effets dévastateurs du hockey sur notre société, un sport qui serait le cheval de Troie introduisant les valeurs néfastes et peut-être même fatales à terme du libéralisme américain. «Durant le creux de la vague nationaliste, au milieu des années 1980, Gilles Vigneault croyait ébranler les esprits en prétendant qu'à moins de se ressaisir, dans 20 ans (!) nous parlerions tous anglais. On se souvient du fameux documentaire Disparaître de Lise Payette... Plus loin dans le temps, dans une annexe à Option Québec publié en 1968, Jean-Marc Léger prédisait lui aussi notre mort prochaine à moins d'un virage politique radical.» Il y a manifestement un marché pour l’idée d’une langue française menacée au Québec. Mais comme l’écrivait M. Masse, «les annonces répétées de notre mort collective ne sont qu'un symptôme de plus de l'épuisement mental des vieilles élites nationalistes.»

Gilles Guénette

Citations

  • « Bientôt, on va demander à l'État de nous tenir la bizoune quand on va aller pisser. Vous trouvez ça normal, vous? Est-ce si dur de se prendre en charge? »

    – Richard Martineau, « La faute aux autres», Le Journal de Montréal, 17/04/2008

Les commentaires récents

À propos des commentaires

  • Veuillez prendre note que les attaques personnelles, les commentaires non pertinents et ceux remplis de fautes et illisibles seront effacés. Au plaisir de vous lire.

À propos du Blogue du QL

Visitez le QL

Ma Photo

Abonnez-vous

  • Subscribe
  • Social Bookmark

Positionnement sur le web

Le QL sur Facebook