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31 décembre 2007

L’État et la politique étrangère

Military54Voici un texte en réponse à l'intervention pertinente de Sébastien Richer sur le phénomène Ron Paul.

Face à la menace terroriste, le républicain Ron Paul ne prétend pas qu'il ne faut rien faire et se croiser les bras. Bien au contraire. Par contre, il faut reconnaître que si nous sommes très critiques envers l'État au niveau domestique, c'est-à-dire à l'intérieur de nos propres frontières, nous nous devons d'être cohérents et d’adopter la même attitude sur la scène internationale. Il est toujours sidérant de voir à quel point les ministères des Affaires étrangères et de la Défense semblent recouverts d'un aura de bonne volonté lorsqu'il s'agit de keynésianisme militaire. C'est un paradoxe très en vogue chez les néoconservateurs. Du coup, les subventions à l'industrie de l'armement, la rhétorique d'«une bonne guerre pour relancer l'économie», ou l'intervention étatique outre-mer deviennent absolument légitimes et d’en faire la critique est perçu comme un affront. Pourtant, l'histoire contemporaine nous démontre que l'État a toujours eu intérêt à entretenir un climat de confrontation pour mieux promouvoir ses politiques avec les conséquences désastreuses que l'on connaît. Nous aurions tort de ne pas en prendre acte.

Comme je l'explique souvent, l'Occident ne peut pas se contenter uniquement de réagir par la bouche de ses canons, mais a l'obligation de faire un examen de conscience quant à l'impact de ses propres politiques interventionnistes à l'étranger qui bien souvent attisent la haine et la colère des populations locales. Dans des régions où l'éducation est déficiente, des groupes extrémistes ont beaucoup plus de marge de manoeuvre pour promouvoir leur point de vue, poussant une jeunesse sans point de repère et sans avenir à la révolte armée. Certes, les facteurs qui nourrissent ce fanatisme sont également locaux et sont parfois l'aboutissement de l'évolution politique et culturelle de ces sociétés. Nous ne pouvons nier ce fait. Mais nous pouvons certainement travailler à enrayer les raisons qui sont de notre ressort.

Que peut être le point de départ de cette réflexion? Les avenues sont nombreuses. Par exemple, quel est l'impact psychologique de ce vaste réseau de bases militaires à l'étranger, d'une prison comme Guantanamo, ou des sanctions économiques contre des pays comme Cuba et la Corée du Nord? Quel est l'influence du complexe militaro-industriel sur l'orientation de la politique étrangère? Où va s'arrêter la violation des libertés individuelles au nom de la sécurité? Est-il nécessaire d'engouffrer des milliards de dollars dans la défense sachant que nos économies deviennent de plus en plus interconnectées les unes avec les autres? Les rapports entre la Chine et les États-Unis en sont un exemple frappant. La situation géopolitique de la Guerre froide est révolue et la menace d'un conflit mondial fait surtout place à des conflits régionaux. Tous ces facteurs – ainsi que plusieurs autres – doivent être pris en considération dans l'élaboration d'une politique viable.

Lorsqu'il s'agit de politique étrangère, les libertariens se divisent en deux camps: interventionnistes vs non-interventionnistes ou encore isolationnistes vs non-isolationnistes. Ce qui donne droit à des élans émotifs, voire hystériques, chez certains. Il est peut-être possible de le porter à un autre niveau, à savoir le débat entre l'école réaliste et l'école internationaliste. Chez les réalistes, on prône un repli stratégique voué avant tout à la défense des intérêts nationaux. Le pays ne représente pas un service 911 et n'a pas à envoyer des troupes aux quatre coins de la planète. On se doit d’être beaucoup plus prudents et sélectifs dans le choix de ses campagnes, et de se protéger contre une expansion bureaucratique. Notre rôle sur la scène internationale doit être mineur. L'école internationaliste en revanche prétend qu'il faut maintenir une forte présence militaire dans le monde et intervenir dans les conflits interethniques d'envergure (Darfour, Rwanda, Somalie, Bosnie, etc.). La théorie des dominos est pour ses adeptes toujours d'actualité, elle prend simplement une autre forme. Les internationalistes justifient leurs actions par un devoir moral envers le reste de la planète. Et c'est peut-être là où, pour moi, le bât blesse.

Mathieu Bréard

Les médias sont à gauche

GaucheVous avez remarqué comment à toutes les fois qu’un journaliste parle de l’Institut économique de Montréal, de l’Institut Fraser à Vancouver ou d’un quelconque politicien républicain aux États-Unis, il se fait un devoir de définir ce dont il parle? «L’Institut économique de Montréal, ce laboratoire de la pensée néolibérale», «le très conservateur Fraser Institute», «le très controversé machintruc». Idem lorsqu’il parle de quelqu’un qui selon lui est «controversé», mais qui oeuvre désormais dans un organisme qui ne l’est pas, ce même journaliste s’empresse de déterrer le passé du personnage pour mieux le définir. Ainsi Michel Kelly-Gagnon n’est pas seulement le président du Conseil du patronat du Québec, il est aussi l’ex-président de «l’Institut économique de Montréal, un think tank de droite». Maxime Bernier n’est pas seulement le ministre des Affaires étrangères du Canada, il est aussi l’ancien vice-président de «l’Institut économique de Montréal, un lobby de droite». Mais quand notre journaliste cause d’organismes comme Option consommateurs, Équiterre, ou l’Action terroriste socialement acceptable, ou qu’il rapporte les propos de personnalités telles que Françoise David, Claudette Carbonneau ou Léo-Paul Lauzon, rien. Pas de définition. C’est comme s’il tenait pour acquis qu’il s’agit là d’organismes ou de personnalités qui sont de notre côté. Qui sont comme nous. Donc, qu’il est inutile de définir.

De même, à toutes les fois qu’un journaliste traite de la course à la Maison-Blanche, il parle d’abord du clan démocrate, de l'ex-première dame Hillary Clinton et de l'«étoile montante» Barack Obama. Il parle ensuite des déboires des autres candidats démocrates en lice, de leur positionnement dans le sondage de l’heure et des petites controverses les entourant. Il offre un bref aperçu de la situation dans le clan républicain seulement s’il lui reste un peu de temps ou de l’espace. Dans La Presse de ce matin, l’auteur et commentateur politique John Parisella signe un papier très représentatif de la position mainstream des médias québécois. Dans un texte intitulé: «Si j’étais Américain…», il nous fait part de ses états d’âme en tant que Canadien observant l’actuelle campagne américaine. Il écrit que «seul le Parti démocrate présente des candidats proches de ces valeurs qui m’habitent» et que même si les politiques de Hillary Clinton sont progressistes et qu’elle bénéficie «d’un des meilleurs cerveaux politiques de sa génération [rien de moins!] en la personne de son mari, l’ancien président Bill Clinton», il voterait pour Barack Obama. Encore une fois, c’est comme si la majorité des journalistes de la Belle Province tenaient pour acquis que ce qui intéresse le lectorat québécois lorsque vient le temps de parler de politique américaine, c’est la version démocrate des choses.

Gilles Guénette

30 décembre 2007

Big Brother de plus en plus présent dans le monde

Pi_3 L’organisme Privacy International vient de publier son rapport annuel sur le degré de surveillance étatique et de protection de la vie privée dans 47 pays. La situation empire presque partout. L’organisme note une tendance des gouvernements à créer des bases de données qui compilent des informations sur leurs citoyens, y compris des informations financières, des messages échangées lors de communications et des empreintes digitales. Selon le rapport, «cette tendance porte à conclure que tous les citoyens sont suspects, quel que soit leur statut juridique.»

Le Canada, malgré un recul par rapport à l’an dernier, obtient l’une des meilleures notes, derrière la Grèce et ex aequo avec la Roumanie et la Hongrie. Les États-Unis et la Grande-Bretagne, ces grands champions de l'imposition de la «liberté» dans le monde, se retrouvent parmi les pays où Big Brother étend le plus son emprise, en bonne compagnie avec la Chine, la Malaisie, la Russie et Singapour. Dans ces pays, la surveillance par les gouvernements est qualifiée d’«endémique». En Europe, la France se retrouve à l’avant-dernier rang, juste devant la Grande-Bretagne.

Tout ceci ne fait que confirmer ce qui se dessinait déjà dès le lendemain des attentats du 11 septembre. Comme je l’écrivais à l’époque, «l'hystérie des trois derniers mois pourrait se muer en état d'urgence permanent, comme durant la Guerre froide. Pendant cette période, les gouvernements pourront donc justifier n'importe quelle autre réduction de notre liberté et de nos droits en prétextant que cela est nécessaire pour gagner la lutte au terrorisme» (Comment la guerre change nos vies, 8 décembre 2001). Nous voici six ans plus tard, et c’est exactement ce qu’ils ont fait.

Martin Masse

Public, privé: deux poids, deux mesures

ParcometreLa baisse de la TPS, qui entrera en vigueur mardi au pays, permettra à la Ville de Montréal d’empocher un demi-million $ en 2008, a appris La Presse, grâce notamment aux tarifs des parcomètres, qui demeureront inchangés. C’est que lorsque la taxe de vente est incluse dans le prix d’un service, comme dans le cas du parcomètre ou d’un billet pour le Biodôme, la note restera la même. La Ville s’engage cependant à verser la somme à des organismes culturels ainsi qu’à l’organisme Muséum nature Montréal, qui gère son Biodôme, son Jardin botanique, son Insectarium et son Planétarium – belle façon d’aller chercher de l’«argent frais» par la bande… La Ville, qui dit agir de la sorte par souci d’économie, préfèrerait que Québec augmente la TVQ d’un point de pourcentage pour profiter de cette seconde baisse de la TPS «sans heurter les consommateurs». On ne nous explique pas pourquoi une hausse de taxe ne nous heurterait pas, mais on nous dit qu'une telle mesure rapporterait 250 millions $ à la Ville.

La très à gauche Option consommateurs ne semble pas faire de cas de cette nouvelle. Elle craint par contre que des commerces (oh les méchants!) ne continuent à percevoir 6% de TPS au lieu de 5%, ne serait-ce que quelques jours, après la date butoir du 1er janvier. Elle en appelle à la vigilance: «En juillet 2006, lors de la première réduction, certains marchands avaient mis un certain temps à s’ajuster à la baisse de la TPS», explique le directeur général de l’organisme, Michel Arnold. En d’autres mots, ne vous faites pas avoir. Que la Ville tarde à s’ajuster – ou qu’elle refuse carrément de le faire –, ce n’est pas grave. La Ville a besoin d’argent pour faire face à ses responsabilités, nous n’en avons pas besoin. Mais que quelques commerçants sans scrupule fassent quelques cents «sur le dos des consommateurs», ça pas question!

Il y a quelques mois, lorsque le dollar canadien s’est mis à grimper pour atteindre des sommets face à son vis-à-vis américain, on a eu droit à une levée de boucliers de la part de groupes de pression et de bien-pensants aux tendances socialistes pour réclamer des commerces qu’ils baissent leurs prix. Bien hâte de voir s’ils vont faire de même pour réclamer de la Ville qu’elle s’ajuste.

Gilles Guénette

28 décembre 2007

L'individu versus la société: le débat méthodologique

Society Voici un autre long texte qui vise à répliquer à un commentaire dans un autre fil de discussion (La religion écologique) qui a dévié de son sujet principal.

@Philippe

Je pense que vous vous méprenez lorsque vous confondez l’individualisme méthodologique avec une approche réductionniste. Ce «libéral pur et dur» qui croit que l’individu est une sorte d’ermite qui ne subit aucune influence du reste de la société n’existe pas et n’est qu’un homme de paille. Je suis un adepte de l’individualisme méthodologique dans une perspective autrichienne, et je considère justement que c’est cette méthodologie qui applique le mieux l’approche systémique ou complexe au niveau du comportement humain.

Il est évident que nous sommes tous nés dans des sociétés, que nous nous identifions à des groupes et agissons en fonction de ce que croient et font les autres personnes autour de nous. La civilisation tout entière est basée sur la coopération entre les individus. Il n’y a rien de controversé pour un libertarien dans une telle affirmation. Les individus se regroupent pour agir et ces regroupements peuvent être analysés d’un point de vue systémique, c’est-à-dire en observant les interactions entre les parties du groupe. C’est ce qu’on fait par exemple en examinant les relations d’autorité au sein d’un groupe ou les interactions sur un marché. Il y a beaucoup de rapprochements à faire par exemple entre la théorie des systèmes complexes et la vision hayékienne du marché en tant que processus de découverte d'information.

La divergence entre nous se situe sur le plan de l’existence présumée d’un système social autonome, indépendamment des individus qui le composent, même de façon partielle. La sociologie durkheimienne est basée sur cette notion d’une société existant comme une chose en soi, que l’on peut analyser comme niveau de réalité indépendant, en faisant abstraction des individus.

Je suis d’accord avec vos critiques des approches holiste et réductionniste, mais là où je ne vous suis pas, c’est lorsque vous affirmez que les faits sociaux ont tout de même une réalité systémique qui leur est propre (ce qui implique que ce niveau existe de façon autonome, indépendante des individus). Même si vous n’allez pas aussi loin que les partisans d’un holisme radical pour qui les individus n’existent que comme membres d’un groupe, vous reconnaissez cette réalité lorsque vous dites que le tout est plus que la somme de ses parties.

D’un point de vue individualiste méthodologique, cela est absurde, puisqu’aucune information n’est traitée par «la société» en elle-même. Toute l’information de nature «sociale» est traitée dans l’esprit des individus. Et toutes les explications sur des phénomènes sociaux sont plus révélatrices lorsqu’on les ramène à des explications du comportement individuel qu’à des explications du comportement de «la société» dans son ensemble. On peut constater que chacun est influencé par les autres et interagit avec les autres, mais pas que ces interactions produisent quelque chose qui est indépendant de l'action de chacun.

On dit par exemple de façon métaphorique que «le groupe d’amis a décidé d’aller au cinéma». Chacun de ses membres a évidemment été influencé par les désirs exprimés par les autres, il y a eu une dynamique où l’opinion de certains a eu plus d’influence que celle des autres, mais en bout de ligne, si «le groupe a décidé», c’est parce que chacun de ses membres a décidé, rien de plus. Le groupe n’a aucun centre autonome de traitement d’information pour prendre cette décision. D’ailleurs, un membre du groupe aurait pu décider autrement et retourner chez lui, ce qui ne peut être expliqué si on prend le groupe comme niveau d’analyse.

Vous pouvez appliquer cette logique à n’importe quelle réalité sociale. «Le prix de X monte et conséquemment, les consommateurs en achètent moins.» Ça semble être un comportement collectif, explicable de façon systémique par l’effet du changement d’un facteur global sur le groupe. En fait, il s’agit simplement d’une réalité statistique, de l’addition de millions de décisions individuelles, chacune ayant sa particularité et ses justifications. D’ailleurs, «le groupe» comprend aussi des gens qui n’ont pas acheté X et d’autres qui en ont acheté plus malgré la hausse du prix. On ne comprend rien de plus en prétendant que le groupe de consommateurs a agi «en tant que groupe».  Au contraire, la meilleure analyse, celle qui donne une vue de la réalité plus complexe, est celle qui renvoie aux comportements des individus.

Vous faites de nombreuses comparaisons entre d’une part l’individu et la société humaine et, d’autre part, les atomes et les molécules, les fourmis et la fourmilière, etc. Mais la différence fondamentale entre un humain et un atome ou une fourmi, c’est que l’atome et la fourmi ont des comportements tout à fait déterminés au sein d’un «groupe». Un atome ou une fourmi ne décident jamais seuls d’agir différemment de ce que prescrivent les lois de la physique ou de la biologie. On peut donc de façon pertinente et objective analyser ce que fait le groupe en faisant abstraction des entités qui le composent. On peut véritablement parler de «propriétés émergentes» dans un tel contexte.

Par contre, comme vous le reconnaissez, les préférences individuelles ne sont pas immuables. Les individus ne sont pas des automatons. Et comme ils peuvent s’identifier subjectivement à des groupes différents (malgré les prétentions des militants collectivistes qui veulent tout réduire à la nation, la religion, le sexe, la classe, etc.), il est impossible de les caser de façon objective dans un «système social» et d’analyser celui-ci comme une entité existant en soi. Encore moins d’aller à un niveau systémique encore plus abstrait et d’imaginer des relations entre les groupes, dans le style «la communauté musulmane se sent attaquée par les positions de la majorité». Des phrases comme celles-ci sont une pure fantaisie, et n’expriment que les positions de certains individus qui se prétendent représentatifs de groupes entiers.

Voilà pourquoi la meilleure explication des phénomènes sociaux est celle qui prend comme point de départ le comportement individuel. Et c’est ce que je comprends lorsque Maggie Thatcher affirmait que «la société n’existe pas» : elle voulait dire qu’elle n’existe pas «en soi», en tant qu’entité décisionnelle autonome, malgré ce que prétendent tous les collectivistes qui justifient leurs recours à l’intervention de l’État au nom de ce que «la société» veut ou ne veut pas.

Je ne pense pas que nos positions soient si éloignées, mais ça aiderait si vous arrêtiez de caricaturer les positions libertariennes et si vous lisiez, par exemple, les deux premières parties de Human Action, qui expliquent les fondements de ce que devrait être une science sociale rationnelle et qui constituent à mon avis les pages les plus cruciales de la philosophie libertarienne. Tous les libertariens connaissent très bien les positions des collectivistes, parce qu’ils y ont déjà cru ou qu’ils ont eu le cerveau lavé avec ces notions par le système d’éducation et les médias. Au contraire, ceux qui nous attaquent ont rarement lu quoi que ce soit de sérieux sur la philosophie libertarienne et ne font comme vous que répéter les clichés sur «les libéraux purs et durs n'ayant que le réductionnisme en tête».

(Pour ceux que ça intéresse, voir également mon article «Durkheim’s Collective Conscience» sur Mises.org.)

Martin Masse

26 décembre 2007

La France idéalisée: une réplique à Yann Takvorian

Marianne_6 Dans un commentaire faisant suite à un autre billet («Les espoirs déçus des immigrants français»), le webmestre du site immigrer-contact, Yann Takvorian, prétend qu’entre les États-Unis où tout est privé et le Québec où tout est public, la France a le meilleur système puisque le public et le privé coexistent. Comme ce premier billet a déjà suscité une longue discussion et que les opinions de M. Takvorian ont influencé le débat entourant l’immigration des Français au Québec ces dernières années, je me permets de lui faire la réplique en relançant la discussion avec un autre billet.

 

Yann,

Il est complètement faux de dire que tout est privé aux États-Unis et que tout est public au Québec. Voilà des mythes que seuls les ignorants répètent et qui ne contribuent en rien à démythifier nos réalités sociales respectives, alors qu’il me semblait que c’était justement là votre objectif. Et c'est bien la première fois que je vois le système français présenté comme un juste milieu idéal entre les extrêmes que sont les systèmes américain et québécois! J'ai l'impression que vous commettez la même bévue que vous avez reprochée à d'autres en idéalisant aujourd'hui la France.

Les États-Unis n'ont effectivement pas de système de santé universel comme les autres pays occidentaux. Par contre, ils ont deux programmes étatiques gigantesques pour couvrir deux sections importantes de la population: Medicare pour les soins aux personnes retraitées, et Medicaid pour les personnes à faible revenu. De plus, le système dit «privé» pour le reste de la population est extrêmement réglementé. Le gouvernement Bush ajoutait récemment une nouvelle couche à ce régime public, celui des médicaments pour les personnes âgées. Il faut lire cette Note économique de l'IEDM, qui donne une description du système américain: «Deux mythes sur le système de santé américain».

Par ailleurs, à l'autre «extrême», il est vrai que le Canada est le seul pays à avoir un monopole public sur les soins dit «médicalement requis». Toutefois, le recours au privé y est très répandu au-delà de cette restriction, au point où la portion des soins financés par le privé est plus élevée ici (à 30%) que presque partout ailleurs en Occident, y compris en France (21%). Seuls les États-Unis font exception, à 55% - bref, le «tout au privé», même en faisant abstraction de la réglementation, ça signifie en fait la moitié au public! Le système français, qui comporte certains avantages et est plus flexible que le canadien, est tout de même en complète faillite, avec un déficit de la Sécu qui continue de s'accumuler année après année.

On peut faire le même exercice pour ce qui est de l'éducation. L'éducation primaire et secondaire aux États-Unis est encore plus contrôlée par le gouvernement qu'au Canada, ce qui explique les résultats désastreux des élèves. À l'université, le privé est très présent, ce qui fait des universités américaines les meilleures au monde, mais il existe tout de même des réseaux d'universités d'État où les frais sont comparables aux nôtres. Il faut aussi rappeler qu'une plus grande proportion de jeunes Américains que de jeunes Canadiens obtiennent des diplômes, malgré les coûts élevés, parce qu'on comprend qu'il s'agit d'un investissement rentable.

A-t-on besoin de rappeler les déboires du modèle centralisé et étatisé français sur le plan universitaire, où même les professeurs pour tout le pays sont choisis par un comité centralisé? Il ne reste de «prestige» à certaines universités françaises, comme la Sorbonne, que le fait d'avoir un nom qui remonte aux Moyen-Âge. Et il y a encore moins de jeunes Français que de jeunes Québécois qui vont à l'université, malgré la gratuité en France - ou probablement à cause de cela: c'est de toute évidence une perte de temps pour un grand nombre d'entre eux, et faire la grève est simplement une autre façon de passer le temps. Je caricature évidemment un peu, il y a les fameuses grandes écoles pour former l'élite de fonctionnaires, et des écoles de commerce, mais bon, le système universitaire québécois semble un modèle de dynamisme à côté de ce que je lis sur ce qui se passe en France.

Bref, les trois pays ont en fait des systèmes de santé et d'éducation mixtes, chacun avec ses forces et ses faiblesses.

Autre mythe socialiste que vous répétez: les «pauvres» ne sont absolument pas plus favorisés lorsqu'il existe un système public très développé. Je me demande bien en quoi les jeunes Français issus de familles pauvres ont un avantage à pouvoir suivre des cours dans des universités médiocres et en décrépitude. Ou en quoi les pauvres du Québec ont intérêt à attendre six mois pour un examen ou une opération. Dans un système où le privé joue un rôle plus important, tout le monde profite de la productivité accrue. Un système entièrement privé au sein d'une société plus productive et plus riche aurait plus d'avantage pour tous, y compris pour les pauvres.

Dernière manipulation sémantique de votre part: vous parlez de «liberté de choix» lorsqu'on peut choisir entre le système public et le système privé. Évidemment, il s'agit d'un parfait sophisme: les utilisateurs du système privé n'ont pas le choix, eux, de payer également pour les utilisateurs du système public, en plus de payer pour eux-mêmes dans le privé. Vous êtes d'accord pour avoir ce double système à condition que la participation dans l'un nous dédouane en partie de l'autre. Mais la logique du public est justement de faire payer tout le monde pour certains, et de redistribuer la richesse, au moins en partie. Sinon, il n'y aurait pas de système public.

Il n'y a qu'une liberté de choix limitée dans un tel système social-démocrate, fondé en réalité sur la coercition. Et il est franchement complètement ridicule de prétendre que la France «offre pleinement» cette liberté de choix. Ha ha! La France comme modèle de «liberté de choix», on aura tout entendu! La France n'est qu'un autre pays plus ou moins étatisé où le gouvernement intervient dans presque tout et vous laisse un peu de corde pour faire des choix limités, tout comme le sont le Québec et les États-Unis.

Désolé d'être sarcastique, mais après votre campagne très publique de destruction des mythes entourant la réalité du Québec (qui avait sa pertinence et pour laquelle j’avais une certaine sympathie, même si cela débordait parfois dans une campagne de dénigrement du Québec et des Québécois), je pense qu'il est nécessaire de vous faire goûter à votre propre médecine: si c'est pour des raisons aussi stupides et fondées sur des faussetés et des mythes que vous êtes retourné dans votre pays d'origine, vos justifications sont aussi déconnectées de la réalité que celles que vous dénoncez chez vos compatriotes qui viennent ici chercher l'Eldorado. J’espère que vous n’aurez pas à regretter encore une fois votre décision.

Martin Masse

22 décembre 2007

Numérologie et lignes de la main pour fonctionnaires

Lignes_mainChaque année, les Sceptiques du Québec décernent un prix Fosse Sceptique à une personne ou un organisme ne s'étant pas démarqué par sa rigueur et son esprit critique. Cette année, le prix a été remis au phénomène du «Secret» – vous savez, ce bouquin qui fait la promotion de la pensée magique par le subterfuge d’une fausse «loi d’attraction» qui stipule que l’univers répondra à tous nos désirs, pourvu qu’on y croie vraiment. L’un des lauréats de l’année était par contre Le Journal de l’Association des employées et employés du gouvernement du Québec pour la parution régulière d’une chronique de chiromancie. Selon les Sceptiques du Québec, «ce journal d’information des employés de l’État, qui publie également des articles très sérieux sur l’équité salariale, la santé et la sécurité, ne devrait pas accepter une infopub qui cautionne une pratique pseudoscientifique notoire.»

Dans le numéro de décembre du Journal, Claire Savard, auteure de quatre livres sur les lignes de la main et la numérologie, fait ses prévisions numérologiques pour l’année 2008. Dans sa rubrique, elle souligne que pour découvrir le nombre «qui vous guidera durant l’année», vous devez additionner votre jour de naissance et votre mois de naissance à l’année 2008. Il vous faut réduire ensuite le total à un nombre de 1 à 9. Pour les employées et employés qui ne saisiraient pas très bien, elle donne un exemple: une personne qui serait née le 15 mai devrait lire les prévisions se rapportant à l’année 3:

Jour de naissance: 15
Mois de naissance: 05
Année en cours: 2008
2028 = (2+0+2+8) = 12 = (1+2) = 3

Ne reculant devant rien, je tente l’expérience. Et voici le résultat: le nombre qui me guidera durant l’année 2008 sera le 1. Et voilà l’année 2008 qui s’annonce pour moi selon Mme Savard:

ANNÉE 1: En ce qui concerne votre emploi, des opportunités d’avancement ou des nouvelles tâches s’offriront à vous cette année. En revanche, il n’y aura rien d’extraordinaire dans votre vie affective jusqu’à l’automne. Dépensez donc votre surplus d’énergie dans votre vie professionnelle et n’hésitez pas à foncer. Tout ce qui sera entrepris pendant cette période verra son aboutissement dans les neuf années à venir.

Wow! «Opportunités d’avancement», «nouvelles tâches au cours de l’année», aboutissement «de tout ce qui est entrepris dans les neuf années à venir»! Comment arrive-t-elle à extraire autant d’informations vitales et pertinentes d’un simple chiffre?! Pour en savoir plus, ou pour avoir d’autres prévisions, Mme Savard nous suggère d’acheter son livre ou de visiter son site Web…

Pour leur part, les Sceptiques du Québec disent espérer «qu’aucune décision des fonctionnaires de l’État ne tiendra compte de prévisions numérologiques aussi aberrantes, ni des conseils fantaisistes de cette chronique basés sur les lignes de la main.» Indeed!

Gilles Guénette

21 décembre 2007

Publicité automobile: l’État appuie sur les freins

VitesseLes publicités «qui témoignent d'une insouciance à l'égard de la sécurité routière en présentant des situations qui encouragent des gestes imprudents, dangereux ou prohibés» sont en voie d'être interdites dans la Belle Province. En début de semaine, la ministre des Transports, Julie Boulet, a déposé un amendement surprise à son projet de loi sur la sécurité routière afin d'encadrer les messages publicitaires des constructeurs automobiles. Comme la population est incapable de faire la part des choses, ce sont les fonctionnaires de la Société de l'assurance automobile du Québec qui auront le mandat, avec les constructeurs automobiles et les agences de publicité, d'établir des «lignes directrices». La ministre n’a toutefois pas précisé si des pénalités seront imposées à ceux qui violent les règles.

Avec son amendement, la ministre (réputée pour ses propres excès de vitesse) répond à une recommandation de la Table québécoise de la sécurité routière qui proposait, dans un rapport rendu public l'été dernier, d'«encadrer les publicités automobiles [...] de façon à s'assurer que leurs messages ne valorisent pas les comportements à risque». Selon le rapport, «la publicité automobile vantant les mérites de la vitesse, de la liberté ou de la puissance des moteurs est susceptible d'influencer le comportement des conducteurs, surtout chez les plus jeunes qui sont plus perméables à la publicité et moins critiques vis-à-vis d'elle». Selon ce même rapport, les constructeurs automobiles plaident qu'ils ne sont pas responsables de la façon dont leurs bolides sont utilisés par les conducteurs, «le même argument autrefois invoqué par les fabricants de cigarettes».

Comme on pouvait s’y attendre, les principaux intéressés ont dénoncé – et avec raison – cette nouvelle ingérence. Les concessionnaires d'automobiles et les agences publicitaires estiment que des normes canadiennes régissent déjà la publicité automobile et qu’ils n’ont pas besoin de nouvelles «lignes directrices» dictées par Québec. Le directeur de création à l'agence publicitaire Bos, Hugo Léger, résume bien la situation: «Ça s'ajoute au fardeau de l'industrie qui est déjà très encadrée. Les publicitaires sont entourés de chiens de garde avec les normes canadiennes et les groupes de pression. On n'a pas besoin de plus de censure, on la pratique déjà très bien nous-mêmes. […] On est en train d'infantiliser complètement notre société. On va éliminer les annonces de restauration rapide parce que ça cause l'obésité, les publicités de détergent parce que ça provoque les algues bleues... Le consommateur est assez intelligent pour faire la part des choses.»

Cette nouvelle ingérence de Québec n’est que la plus récente d’une liste infinie. Comme les étatistes ne sont heureux que lorsqu’ils interviennent dans nos vies, on peut prédire sans se tromper qu’il y en aura d’autres. Des municipalités songent à réduire le nombre d’heures d’ouverture permises pour les comptoirs de service à l’auto pour combattre l’obésité. Des villes veulent interdire – ou interdisent déjà – la cigarette dans les voitures lorsqu’il y a des enfants à bord. L'étalage des produits du tabac sera bientôt interdit dans tous les dépanneurs et épiceries de la province. Toutes ces interventions visent deux choses: 1) acheter des votes auprès des gens qui ne sont pas touchés – ou qui le sont, mais trouvent l’intention louable – et 2) nous protéger contre nous-mêmes. Nous ne sommes pas suffisamment «éclairés» pour vivre sainement, le gouvernemaman nous montre la voie – à coup de restrictions et de lois. Les grandes victimes de toute cette dynamique d’intervention sont nos libertés individuelles.

Si, comme le prétendent la ministre et ses intervenants de la sécurité routière, les images de voitures qui roulent vite ont un impact sur le nombre d’accidents mortels qui se produisent sur nos routes chaque année, il faudrait interdire carrément les scènes de poursuites automobiles dans les films et les séries télé! Comme la plupart des gens, et «surtout les plus jeunes», ne regardent plus les pubs – trop occupés qu’ils sont à zapper – ça aurait beaucoup plus d’impact! Ou mieux encore: interdire l’entrée des films d’action sur tout le territoire québécois. S’il y a soulèvement populaire, la ministre pourra montrer son côté «modéré» et opter pour un retrait préventif des scènes dans lesquelles on voit des voitures rouler vite, tout en laissant les films d’action passer à la frontière. Elle donnerait l’impression qu’elle fait quelque chose tout en faisant preuve de retenue... Et pourquoi s’arrêter là?! Interdisons la tenue d’épreuves de Formule 1, de série Cart ou de Nascar au Québec tant qu’à y être. Ou toute rediffusion de ces courses automobile. Elles ne font qu’inciter les jeunes à imiter. Si on peut sauver une seule vie par de telles mesures, ça aura valu le coup! ;-)

Gilles Guénette

Waiting for Ron Paul

Ronpaul_2 Le National Post publie ce matin mon article d'opinion sur la campagne de Ron Paul, sa vision économique et les conséquences qu'une victoire aurait pour le Canada.

   

Waiting for Ron Paul

He unites activists who think Washington is out of control

Martin Masse, Financial Post 

Friday, December 21, 2007

Many things about Ron Paul are unconventional. The 10-term Republican congressman from Texas is polling in single digits among likely Republican primary voters, behind several better-known front-runners. Most mainstream commentators still dismiss him as an oddity with no chance to win the nomination, let alone the presidency.

Despite that, he has won more than half of all straw polls held locally across the country. Soft-spoken and an obstetrician by trade, he is inspiring a devotion worthy of a rock star. His supporters have an overwhelming presence on the Internet and seem intent on proving the Hayekian notion that a decentralized, spontaneously emerging order is more efficient than any type of top-down organization.

This past Sunday, on the occasion of the anniversary of the Boston Tea Party, they -- not Paul's official organization, but volunteer supporters -- raised $6-million on the Internet, breaking an all-time record for single-day fundraising. With $18.5-million amassed so far this quarter, he could end up with more cash on hand than any other Republican candidate when caucuses and primaries begin in early January.

Philosophically a libertarian, Paul brings together disaffected fiscal conservatives, antiwar and pro-civil liberties left-wingers, and a vast array of people who believe the U.S. government is out of control. Although personally a social conservative, he gets support from brothel owners in Nevada and vows to put an end to the war on drugs. And his economic beliefs promise nothing short of a revolution.

Paul has been studying the most uncompromising branch of free-market economics, the one propounded by the Austrian School, for more than 30 years. That sets him apart in a political and academic world where supply-side, monetarist and other neoclassical ideas usually dominate free-market discourse. From an Austrian viewpoint, these are hopelessly muddled creeds that have made their peace with big government, and especially with what for Austrians is the central issue of government manipulation of the money supply.

His decision to first run for office in the 1970s was spurred by Nixon's decision to take the U.S. off the gold standard. He's been writing articles and books and giving speeches about the evils of government intervention and fiat money ever since. These themes resonate more than ever at a time when the greenback is sinking, financial bubbles are bursting, the country is drowning in bad debt and a credit crisis is in full bloom.

Whether one agrees with him or not, Paul is so serious about economic theory that he has become some sort of standard bearer for nerds in politics. David Frum, an unpaid Rudy Giuliani advisor, was far off the mark when in this paper last Saturday he accused Paul of not having the faintest idea what he was talking about and being "too lazy or too arrogant to learn."

A Ron Paul administration, though not in the cards, would turn conventional political and economic thinking upside down.

All of a sudden, all those on the left who have been denouncing the American empire and its military adventures would find an ally in the White house. Ron Paul not only wants to bring back U.S. troops home from Iraq, but also those stationed in Europe and Asia. Cutting the half-trillion dollars a year military budget is a central part of his plan to put the country's finances back on a sound economic footing.

Paul never voted for a tax increase or for spending that he deems unconstitutional, which includes pretty much everything contained in federal budgets nowadays. He wants to abolish the income tax and the Internal Revenue Service. He would also eliminate the Departments of Education, Commerce, Energy and Homeland Security, get rid of corporate and agricultural subsidies, foreign aid, and a host of other programs. He would allow young people to opt out of Social Security and Medicare and let these two massive unfunded entitlement programs for the elderly slowly disappear.

The effect on the U.S. economy of such policies would be tremendous. Ottawa would have to react, or else we could lose the little competitive advantages that fiscal prudence has earned us over the last decade. Reducing the lowest income tax bracket from 15.5% to 15% will not do it. And who knows how far the loonie would fall back again if hard money and sound finances were to prevail south of the border?

Ron Paul policies would also threaten what has been a fundamental feature of Canadian economic policy for the past two decades, free trade -- or rather, relatively free managed trade -- with the United States. Paul's idea of free trade is to get the government out of the way, not to create more international bureaucratic structures that are not accountable. That would raise interesting debates. Would the NDP and the Council of Canadians denounce the threat of genuine free trade and launch a campaign to save NAFTA?

However many votes Paul ultimately gets, we shouldn't wait for a U.S. politician to force those reforms on us, especially one who wants to do away with Yankee imperialism. Freedom is a universal, not an American value. Free markets work everywhere. Why not get rid of all this government deadweight of our own volition, and for our own good?

Martin Masse is a public policy consultant in Montreal.

Reprinted courtesy of the National Post. / Cet article est reproduit avec l'aimable permission du National Post.

19 décembre 2007

La guignolée étatique

Guignolee Encore une fois cette année, les Québécois se classent parmi les Nord-Américains les moins généreux (en 59e position sur 64 États, provinces et territoires) dans le Generosity Index publié par l’Institut Fraser. L’étude révèle que seulement 22,5% des contribuables québécois ont déclaré des dons de bienfaisance, comptant pour 0,33% de l’ensemble de leurs revenus personnels.

Les Manitobains sont les plus généreux des Canadiens, 28,4% d’entre eux versant aux œuvres de charité des dons totalisant 1,11% de leurs revenus totaux. L’Utah arrive en tête sur le continent: ses citoyens versent 11 fois plus de dons que les Québécois.

Une étude de Statistique Canada confirme le même phénomène en utilisant des données un peu différentes. Peut-on en conclure que les Québécois sont des êtres mesquins qui se préoccupent peu de leur prochain comparés aux autres Nord-Américains?

D’un point de vue économique, les œuvres de charité sont un «service» comme les autres, offert par des entreprises et pour lesquels les gens sont prêts à payer. Le service en question que l’on se procure est le sentiment d’avoir contribué au bien-être d’autres membres de sa communauté.

Différentes entreprises se font la concurrence dans ce marché: Centraide, les œuvres du cardinal Léger, la Société canadienne du cancer, etc. Une organisation domine toutefois: l’État, qui joue lui aussi un rôle de redistribution des ressources en faveur d’œuvres qu’on pourrait qualifier de «charitable». En fait, avec les privilèges dont il jouit, en particulier celui de pouvoir extraire une partie importantes des revenus de chaque citoyen avant même qu’il puisse penser à donner à d’autres organisations, on peut dire qu’il fait une «concurrence déloyale» à celles-ci.

C’est cet intéressante analyse qu’a faite la semaine dernière le professeur Martin Boyer lors d’un colloque à HEC Montréal. Il a également pu l’illustrer en ajoutant aux dons privés l’équivalent d’une portion donnée (de force évidemment) aux «œuvres charitables» de l’État par l’entremise de l’impôt. Si l’on suit cette logique, on peut présumer que plus l’État est gros, plus il prend en impôt et fait une concurrence déloyale, et moins les gens auront tendance à donner à des œuvres privées. Non seulement auront-ils moins de ressources disponibles pour le faire, mais ils auront l’impression d’avoir déjà donné.

Et effectivement, on ajoutant les deux types de contributions (privées volontaires et publiques forcées), M. Boyer arrive à des données surprenantes: les Québécois, qui paient plus d’impôt que la plupart des autres Canadiens, se retrouvent non plus à la traîne, mais dans la moyenne. Ils seraient donc ni moins, ni plus généreux que les autres Canadiens.

D’une certaine façon, cela absout les Québécois pour ce qui semble être leur manque de générosité privée. Mais tout ne s’équivaut pas. La charité, la générosité, la volonté d’aider son prochain, ne peuvent être que des vertus exercées dans un cadre volontaire. On n’a aucun mérite lorsqu’on est forcé à faire quelque chose.

C’est pour cette raison que les gauchistes nationalistes partisans du «modèle québécois», qui prétendent que nous sommes plus vertueux que les autres Nord-Américains à cause de nos programmes sociaux plus développés, ne sont en fait que de parfaits hypocrites. Ou bien ils profitent eux-mêmes de ce système en tant que bénéficiaires des largesses de l’État; ou bien ils se donnent bonne conscience en appuyant l’utilisation de la coercition pour forcer les autres à contribuer, ce qui les dispense de faire leur part individuellement tout en obtenant le «service» à un coût minimal. D’une façon ou d’une autre, ce sont des profiteurs, dans le sens péjoratif du terme.

Les Québécois en général ne sont peut-être pas encore nécessairement moins généreux que les autres. Mais le système qui permet à une organisation fondée sur la coercition de s’imposer dans le marché de la charité, et de faire cette concurrence déloyale aux organisations qui utilisent plutôt la persuasion, engendre à long terme une corruption morale généralisée – au-delà de celle dont font preuve les gauchistes. On l’a vu dans les pays communistes: les gens finissent par vraiment ne plus se préoccuper de leur prochain, puisqu’ils ont perdu tout contrôle sur leur propre vie. Ils ne cherchent qu’à profiter du système pour avancer leurs propres intérêts, même en piétinant ceux des autres.

Comme on le voit dans plein d’autres domaines, l’intervention de l’État engendre son contraire: la charité forcée rend les gens individualistes et insensibles aux autres. Par contre, un système fondé sur la liberté individuelle encourage la véritable générosité, celle qui s’exprime volontairement.

Martin Masse

Autre lecture en rapport avec la guignolée, le don et la pauvreté: Choisit-on d'être pauvre?

14 décembre 2007

La religion écologique

Comme dans le « bon vieux temps » de l’hégémonie religieuse, il ne se passe pas une journée sans qu’un grand prêtre de l’écologie nous prédise la fin du monde.

Il y a plusieurs parallèles à faire entre la religion catholique des années 1950 et la religion écologique des années 2000:

  • L’Église menaçaient les non-croyants de l’enfer. L’écologie menace les non-croyants d’extermination due au réchauffement de la planète;
  • La religion catholique prétendait que le bonheur n’existait qu’au ciel. La religion écologique prétend que le bonheur n’existe que dans la nature;
  • Les curés prêchaient «hors de l’église point de salut». Les écologistes prêchent «hors de Kyoto point de salut»;
  • Les catholiques achetaient des indulgences pour se faire pardonner leurs péchés. Les écologistes achètent des crédits de gaz à effet de serre pour compenser leurs excès de consommation;
  • Les paroissiens se ruinaient à construire des églises dignes de Dieu. Les écologistes rêvent d’en faire autant (la première église écologiste sera construite bientôt. Québec a octroyé une aide de 7 M$ au projet «La maison du développement durable» élaboré par Équiterre. Un bâtiment écologique modèle qui sera érigé à Montréal);
  • Hier comme aujourd’hui, les élites politiques et religieuses s’entendent comme larrons en foire;
  • Etc.

Serge Rouleau, éditeur
le magazine nagg

10 décembre 2007

Les espoirs déçus des immigrants français

Paysage Un lecteur nous écrivait récemment, en réaction à l’article «Immigration: le Québec et le Canada recrutent à outrance», le QL, no 144 :

Bonjour et un grand merci pour ce texte. Je suis venu de France et je suis au Québec depuis bientôt 32 ans. C'est vrai que la province est mal «armée» pour accueillir autant d'immigrants, lesquels sont de plus en plus «hétérogènes». Votre texte dit simplement la vérité. N'en déplaise à qui que ce soit.

Le Québec, c'est merveilleux si vous crevez de faim dans votre pays ou s'il y a la guerre. Sinon c'est un pensez-y bien et plutôt deux fois qu'une... Les paysages, c'est bien, mais survivre ici, cela relève du parcours du combattant; et cela peut durer longtemps. Comme je suis un peu sado-maso, j'y suis encore après tant d'années... Mais, c'est surtout en Ontario que j'ai obtenu une «certaine» reconnaissance et un accueil digne de ce nom.

Certes, certains réussissent ici, comme partout ailleurs. Et si vous tournez en rond chez vous, vous tournerez en rond ici aussi. Le Québec, c'est un gros cul-de-sac. Terriblement attachant.

Alain Kadlec
Gatineau, Québec

L’auteur de cet article, Yann Takvorian, fait justement parler de lui dans La Presse de ce matin. Le quotidien publie un dossier sur «Les espoirs déçus des cousins français» et a interviewé plusieurs d’entre eux qui sont retournés outre-Atlantique après un séjour décevant en terre québécoise. M. Takvorian, qui maintient le site Immigrer-contact.com, est lui-même retourné en France récemment, après avoir passé 12 ans ici.

Il y a bien des raisons qui expliquent ces espoirs déçus. Yann Takvorian en soulève quelques-unes dans l’article que nous avons publié, notamment que le gouvernement du Québec fait du recrutement à outrance et dore la pilule aux immigrants potentiels, ce qui garantit que les attentes de plusieurs seront déçues. Il suggère aussi aux Québécois de régler leurs problèmes de société (basse natalité, programmes sociaux en faillite, impôts élevés, etc.) au lieu de penser pouvoir les résoudre avec des immigrants.

Il a certainement réussi à mettre le doigt sur un problème sérieux dans la gestion de l’immigration. Malheureusement, son site contient aussi un tas de «témoignages» de la part de Français frustrés, qui réagissent comme des amoureux éconduits en déversant un fiel invraisemblable sur tout ce qui touche le Québec. La Presse rapporte plusieurs de ces propos et d’autres qu’on retrouve sur un autre site qualifié à juste titre de «défouloir anti-Québec». Des propos aussi crétins que les commentaires anti-Français qu’on entend dans la bouche de certains Québécois. La plupart de ces Français n'auraient jamais dû tenter l'expérience de l'immigration, et le Québec n'a rien à y voir.

J’ai eu l’occasion de côtoyer beaucoup d’immigrants au fil des ans, dont plusieurs Français, et j’ai pu constater des réactions extrêmes et totalement contradictoires. Pour certains, le Québec est un magnifique endroit où les gens sont ouverts et accueillants, et où il est facile de refaire sa vie parce qu’on n’y retrouve pas les rigidités des sociétés du vieux continent. Pour d’autres, c’est plutôt moche, on mange mal, c’est cher, les gens sont ignorants et refermés sur eux-mêmes, et si c’était à refaire ils auraient évité de venir perdre leur temps ici. La réalité est sans doute quelque part entre les deux. Le Québec n’est ni un eldorado, ni un trou de paumés.

Il est clair par ailleurs que quand on vient d’un pays prospère (malgré tout, si on compare avec Haïti ou la Chine) comme la France, avec un héritage culturel aussi riche, il faut avoir de bonnes raisons de venir refaire sa vie ici. Les opportunités de réussir ne sont pas tellement plus grandes – si elles le sont. Et plusieurs partent sur un coup de tête, parce qu’ils en ont marre des impasses politiques ou de l’insécurité dans les banlieues. Avec en tête une vision idéalisée du Québec, des grands espaces, des Français d'Amérique, etc. Il faut pourtant avoir de très bonnes raisons pour se déraciner ainsi socialement. C’est pourquoi, selon les données officielles, un Français sur cinq retourne en France. D’autres disent que cette proportion est encore plus élevée.

Évidemment, comme dans toute nouvelle qui relate des «problèmes de société» persistants, on peut en retracer la source chez nos amis les politiciens et les bureaucrates. On ne parle même pas ici du problème de base qui est que dans une société véritablement libre, il n’y aurait pas de politique d’immigration. Les gens pourraient s’installer où ils veulent, mais sans avoir droit à quelque privilège ou service étatisé que ce soit, et uniquement dans la mesure où ils trouveraient localement des gens avec qui transiger volontairement pour obtenir ce dont ils ont besoin (logement, emploi, services, etc.). Beaucoup d’immigrants qui viennent simplement nous parasiter n’auraient jamais reçu la bénédiction et les papiers officiels de l’État pour venir le faire et seraient restés chez eux. Et personne ne pourrait se plaindre d’avoir été berné.

Non, c’est bien plus simple. Toutes les personnes interviewées s’entendent pour dire que le vrai problème est la non-reconnaissance de leurs diplômes, notamment à cause des règles strictes des corporations professionnelles. Bref, les raisons habituelles: protectionnisme, corporatisme, niaisage bureaucratique. Jean Charest a promis de régler le problème avant les fêtes du 400e anniversaire de Québec. Croisez-vous les doigts…

Martin Masse

05 décembre 2007

L’assurance parentale dans le rouge

Baby Le programme québécois de subvention des congés aux nouveaux parents, où programme d’«assurance parentale» comme ils appellent ça, est dans le rouge. Les bureaucrates n’avaient pas prévu la hausse des naissances de l’ordre de 8% qui fait en sorte de créer un manque à gagner de 240 millions $. Les cotisations vont donc augmenter à partir du 1er janvier, de 3,4% pour un travailleur salarié et de 6,3% pour un travailleur autonome. Dans le cas des cotisations de l'employeur, la hausse sera de l'ordre de 4,7%. Rappelons que le programme permet un congé aux parents lors d'une naissance et rembourse en moyenne 70% du revenu pendant 18 semaines pour la mère et cinq semaines pour le père.

La nouvelle avait déjà été annoncée au milieu des vacances, le 5 juillet dernier, et était passée inaperçue. Elle a refait surface dans les médias aujourd’hui lorsqu’un député a soulevé la question à l’Assemblée nationale. Encore une augmentation de taxes pour la société distincte la plus taxée en Amérique du Nord…

S’il s’agissait du secteur privé, la compagnie devrait évidemment trouver des moyens de s’ajuster, en haussant ses primes, réduisant ses bénéfices aux assurés, et surtout en améliorant son efficacité, au risque de perdre des clients à la concurrence. Mais comme nous avons affaire au gouvernement, la solution est facile : on pige plus dans les poches des contribuables.

De toute façon, s’il s’agissait du secteur privé, ça n’existerait tout simplement pas. Puisque ce programme de redistribution de la richesse n’a rien d’une assurance. Une assurance sert à mettre en commun les risques qu’un événement coûteux survienne, pour compenser plus efficacement les victimes. Mais une naissance est un événement planifié (normalement) par les parents. C’est un choix personnel, un choix de se reproduire, qui ne concerne qu’eux. Je n’ai aucun risque d’avoir une progéniture, j’ai mes propres choix de vie, et je ne vois pas pourquoi je devrais payer pour ceux des autres. Mais semble-t-il qu’il y avait suffisamment de votes à aller chercher avec ça pour que ça vaille la peine de l’instaurer.

Pendant des millions d’années, nos ancêtres se sont reproduits sans l’aide de l’État. Aujourd’hui, même cet acte très personnel a été collectivisé et met en branle tout un mécanisme bureaucratique. Par l’entremise de ce programme, nous sommes tous devenus financièrement impliqués dans la naissance de chaque nouvel enfant au Québec et le bien-être des parents pendant les semaines qui suivent. C’est un «choix de société» qu’on a fait. Yeah, right

Martin Masse

Pour le mariage «durable»

DivorceOn apprenait ce matin que le divorce, en plus de coûter cher et d’être parfois douloureux pour les principaux intéressés et leurs proches, n'est pas écologique. Voici ce que nous révèle une nouvelle étude de l'Université du Michigan dont l’auteur, Jianguo Liu, s’est donné comme mission d'étudier l'impact du divorce sur l'environnement dans les pays industrialisés. L'idée directrice de l’étude est que chaque divorce entraîne la création d'un foyer supplémentaire et augmente donc la consommation d'énergie. Il en résulte un impact négatif direct sur l'environnement. On ne tient pas compte des époux qui sautent d’un partenaire (donc de foyer) à un autre, mais bon… «Cela a vraiment un impact fort en termes d'environnement», nous explique M. Liu. Plus de foyers signifie plus de terrains utilisés, plus d'eau et plus d'énergie consommée, trois ressources importantes, souligne-t-il. Par personne, les foyers de «divorcés» dépensent plus d'électricité par mois, car dans les foyers de «mariés», plusieurs personnes peuvent regarder la même télévision, écouter la même radio, cuisiner avec les mêmes appareils et s'éclairer avec les mêmes ampoules – fluocompactes ou pas.

Quand on dit qu’il suffit à un chercheur d’attacher les mots «changements climatiques» à une thématique pour qu’il s’assure des fonds de recherche, on n’invente rien. Question: si l’État intervient pour protéger l’environnement, se doit-il d’intervenir dans cette problématique bien précise? Je vous entends répondre collectivement: «Absolument! S’il veut être conséquent!» Ne reculant devant rien, voici quelques suggestions de mesures que nos dirigeants devraient considérer de façon urgente:

1) décourager le divorce par le biais de taxes ou de charges sociales;
2) encourager les unions durables par des congés de taxes et des services de counselling pour couples en crise;
3) favoriser la formation de «couples de proximité» pour éviter les relations à distance génératrices de gaz à effet de serre;
4) mettre en place une série de mesures équitables et rassembleuses visant à inciter les célibataires à vivre avec une ou plusieurs personnes (dans ce sens, permettre la polygamie serait une avenue des plus progressistes);
5) créer un réseau «national» de centres de tri des futurs époux;
6) réaliser des campagnes de valorisation du couple responsable;
7) mettre sur pied des programmes d’aide aux entreprises qui facilitent une meilleure conciliation couple-travail;
8) instaurer des politiques de discrimination positive pour faciliter l’embauche de couples au sein de la fonction publique;
9) augmenter de façon considérable les places en CPE afin de permettre aux couples de respirer et de se renouveler;
10) créer un ministère du Développement durable du couple.

De telles mesures, en plus d’augmenter considérablement le niveau de bonheur de la «nation» et de contribuer au renforcement durable du tissu social, feraient en sorte de réduire de façon non négligeable l’empreinte écologique de tout un chacun. Un objectif responsable et socialement acceptable, comme dirait l’autre… ; )

Gilles Guénette

04 décembre 2007

Le taux d’insolvabilité des Québécois

Le taux d’insolvabilité par 1000 habitants mesure le nombre de personnes qui doivent déclarer faillite ou qui doivent négocier à la baisse (avec perte pour l’institution financière impliquée) le remboursement de leur dette. Le graphique ci-dessous montre que le taux d’insolvabilité des Québécois est systématiquement plus élevé que celui de la moyenne canadienne.

Insolvabilite_3

Comment peut-on expliquer un taux d’insolvabilité plus élevé au Québec que dans le reste du Canada? Il semble que cet écart s’explique par deux facteurs: un taux d’épargne moins élevé et un taux de chômage plus élevé. Malgré un taux de chômage au Québec historiquement bas, celui-ci est systématiquement plus élevé (1% à 2%) que la moyenne canadienne. Un travailleur qui devient chômeur voit ses revenus diminués, il est alors plus susceptible d’insolvabilité face à ses obligations financières.

Le taux d’épargne par individu des Canadiens est 28% plus élevé que celui des Québécois. Cet écart s’explique principalement par le fait que le revenu personnel disponible (après impôts) des Canadiens est 24% plus élevé que celui des Québécois. Un individu qui possède plus d’épargne est moins vulnérable face à ses obligations financières.

La solution à cette situation passe inéluctablement par une réduction de la taille de l’État et la libéralisation de l’environnement économique. Le premier permettra de réduire les impôts ce qui augmentera le revenu disponible et le taux d’épargne des Québécois. Le deuxième attirera plus d’entrepreneurs et d’investisseurs ce qui créera plus d’emplois et réduira le taux de chômage.

Serge Rouleau, éditeur
le magazine nagg

03 décembre 2007

Un entrepreneur armé d'un fusil

MaireqcLa ville de Québec a un nouveau maire. Bien que je n'ai pas suivi la campagne électorale des candidats, un aspect majeur a trouvé écho dans les médias radiophoniques de la capitale: «Il faut que le maire encourage les activités X, le développement Y, favorise Z». Le côté entrepreneur semble être prisé et vu comme une caractéristique importante que devrait posséder un messie maire. Avec les fêtes du 400ième de Québec, cette qualité est d’autant plus à la mode. Plutôt que d'avoir un simple gestionnaire à l’Hôtel de ville, il faut quelqu'un d'action, d'innovateur, de créatif et qui est confiant de pouvoir trouver des solutions aux problèmes.

Mais n'est-ce pas un peu paradoxal de souhaiter les qualités d'une personne qui agit dans le libre-marché (ou du moins, le plus libre qu'il nous est donné d'avoir) et de les transposer à un poste comme celui de messie maire? Donnez la possibilité de taxer aux entrepreneurs de votre région et voyez si leur entreprenariat va rester! On ne peut pas avoir de vrais entrepreneurs si on leur donne les pouvoirs coercitifs que possède le maire. Il faut cesser de mélanger des désirs incongrus qui ne mèneront qu'à des frustrations: «En fin de compte, ce maire-là n'était pas assez entreprenant».

Une des qualités que devrait avoir un maire c'est de ne pas être nuisible. Ceci reviendrait à ne pas bloquer les projets privés, ne pas vouloir s'y ingérer et tenter de délester les services et infrastructures au privé (ce qui ne veut pas dire les vendre aux enchères, mais bien retourner aux contribuables le fruit de leurs paiements). Mais cette idée est aussi farfelue que de croire qu'une personne armée d'un fusil qui menace ses «clients» peut être un entrepreneur. Ne soyez pas dupe, la mairie est une position de pouvoirs et de prestige. Elle n'a rien pour attirer les vrais entrepreneurs.

Sylvain Falardeau
Québec

Citations

  • « Bientôt, on va demander à l'État de nous tenir la bizoune quand on va aller pisser. Vous trouvez ça normal, vous? Est-ce si dur de se prendre en charge? »

    – Richard Martineau, « La faute aux autres», Le Journal de Montréal, 17/04/2008

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