L’État et la politique étrangère
Voici un texte en réponse à l'intervention pertinente de Sébastien Richer sur le phénomène Ron Paul.
Face à la menace terroriste, le républicain Ron Paul ne prétend pas qu'il ne faut rien faire et se croiser les bras. Bien au contraire. Par contre, il faut reconnaître que si nous sommes très critiques envers l'État au niveau domestique, c'est-à-dire à l'intérieur de nos propres frontières, nous nous devons d'être cohérents et d’adopter la même attitude sur la scène internationale. Il est toujours sidérant de voir à quel point les ministères des Affaires étrangères et de la Défense semblent recouverts d'un aura de bonne volonté lorsqu'il s'agit de keynésianisme militaire. C'est un paradoxe très en vogue chez les néoconservateurs. Du coup, les subventions à l'industrie de l'armement, la rhétorique d'«une bonne guerre pour relancer l'économie», ou l'intervention étatique outre-mer deviennent absolument légitimes et d’en faire la critique est perçu comme un affront. Pourtant, l'histoire contemporaine nous démontre que l'État a toujours eu intérêt à entretenir un climat de confrontation pour mieux promouvoir ses politiques avec les conséquences désastreuses que l'on connaît. Nous aurions tort de ne pas en prendre acte.
Comme je l'explique souvent, l'Occident ne peut pas se contenter uniquement de réagir par la bouche de ses canons, mais a l'obligation de faire un examen de conscience quant à l'impact de ses propres politiques interventionnistes à l'étranger qui bien souvent attisent la haine et la colère des populations locales. Dans des régions où l'éducation est déficiente, des groupes extrémistes ont beaucoup plus de marge de manoeuvre pour promouvoir leur point de vue, poussant une jeunesse sans point de repère et sans avenir à la révolte armée. Certes, les facteurs qui nourrissent ce fanatisme sont également locaux et sont parfois l'aboutissement de l'évolution politique et culturelle de ces sociétés. Nous ne pouvons nier ce fait. Mais nous pouvons certainement travailler à enrayer les raisons qui sont de notre ressort.
Que peut être le point de départ de cette réflexion? Les avenues sont nombreuses. Par exemple, quel est l'impact psychologique de ce vaste réseau de bases militaires à l'étranger, d'une prison comme Guantanamo, ou des sanctions économiques contre des pays comme Cuba et la Corée du Nord? Quel est l'influence du complexe militaro-industriel sur l'orientation de la politique étrangère? Où va s'arrêter la violation des libertés individuelles au nom de la sécurité? Est-il nécessaire d'engouffrer des milliards de dollars dans la défense sachant que nos économies deviennent de plus en plus interconnectées les unes avec les autres? Les rapports entre la Chine et les États-Unis en sont un exemple frappant. La situation géopolitique de la Guerre froide est révolue et la menace d'un conflit mondial fait surtout place à des conflits régionaux. Tous ces facteurs – ainsi que plusieurs autres – doivent être pris en considération dans l'élaboration d'une politique viable.
Lorsqu'il s'agit de politique étrangère, les libertariens se divisent en deux camps: interventionnistes vs non-interventionnistes ou encore isolationnistes vs non-isolationnistes. Ce qui donne droit à des élans émotifs, voire hystériques, chez certains. Il est peut-être possible de le porter à un autre niveau, à savoir le débat entre l'école réaliste et l'école internationaliste. Chez les réalistes, on prône un repli stratégique voué avant tout à la défense des intérêts nationaux. Le pays ne représente pas un service 911 et n'a pas à envoyer des troupes aux quatre coins de la planète. On se doit d’être beaucoup plus prudents et sélectifs dans le choix de ses campagnes, et de se protéger contre une expansion bureaucratique. Notre rôle sur la scène internationale doit être mineur. L'école internationaliste en revanche prétend qu'il faut maintenir une forte présence militaire dans le monde et intervenir dans les conflits interethniques d'envergure (Darfour, Rwanda, Somalie, Bosnie, etc.). La théorie des dominos est pour ses adeptes toujours d'actualité, elle prend simplement une autre forme. Les internationalistes justifient leurs actions par un devoir moral envers le reste de la planète. Et c'est peut-être là où, pour moi, le bât blesse.
Vous avez remarqué comment à toutes les fois qu’un journaliste parle de l’Institut économique de Montréal, de l’Institut Fraser à Vancouver ou d’un quelconque politicien républicain aux États-Unis, il se fait un devoir de définir ce dont il parle? «L’Institut économique de Montréal, ce laboratoire de la pensée néolibérale», «le très conservateur Fraser Institute», «le très controversé machintruc». Idem lorsqu’il parle de quelqu’un qui selon lui est «controversé», mais qui oeuvre désormais dans un organisme qui ne l’est pas, ce même journaliste s’empresse de déterrer le passé du personnage pour mieux le définir. Ainsi Michel Kelly-Gagnon n’est pas seulement le président du Conseil du patronat du Québec, il est aussi l’ex-président de «l’Institut économique de Montréal, un think tank de droite». Maxime Bernier n’est pas seulement le ministre des Affaires étrangères du Canada, il est aussi l’ancien vice-président de «l’Institut économique de Montréal, un lobby de droite». Mais quand notre journaliste cause d’organismes comme Option consommateurs, Équiterre, ou l’Action terroriste socialement acceptable, ou qu’il rapporte les propos de personnalités telles que Françoise David, Claudette Carbonneau ou Léo-Paul Lauzon, rien. Pas de définition. C’est comme s’il tenait pour acquis qu’il s’agit là d’organismes ou de personnalités qui sont de notre côté. Qui sont comme nous. Donc, qu’il est inutile de définir.
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