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31 janvier 2008

Violence conjugale et Superbowl: une légende urbaine

Superbowl42«Attention les filles! Le Superbowl a lieu ce week-end!» Comme à chaque année, des journalistes-commentateurs vont nous répéter en fin de semaine que le nombre de cas de femmes battues grimpe en flèche aux États-Unis le jour de la finale du championnat de football américain. Certains vont le dire le plus sérieusement du monde – ils ne savent pas encore qu’il s’agit d’une légende urbaine à la vie dure –, d’autres vont le répéter sourire en coin – ils savent que c’est un canular, mais pour toutes sortes de raisons continuent de le propager. Pour les premiers comme pour les seconds, l’occasion est sans doute trop belle pour casser du sucre sur le dos de l’homme-blanc-hétérosexuel-et-américain-de-surcroît!

Toute l’affaire a débuté en 1993 quand la très à gauche Fairness & Accuracy in Reporting, une organisation de type «chien de garde», a décidé d’attirer l'attention sur le problème de la violence domestique en approchant l’une des trois grandes chaînes de télé américaines, NBC, pour qu’elle diffuse le soir du Superbowl un spot publicitaire dénonçant les hommes qui battent leur femme. Pour s’assurer que le message passe, FAIR a diffusé un communiqué de presse dans lequel elle expliquait que la journée du Superbowl était l’«une des pires de l'année pour la violence faite aux femmes». Elle a aussi expédié un document à tous ses membres pour leur faire savoir que «les abris pour femmes violentées rapportent une augmentation de 40% des appels de détresse durant le dimanche du Superbowl». Ce document s’est retrouvé entre les mains de journalistes qui ont fait des liens là où il n’y en avait pas.

Quelques jours avant l’événement sportif, FAIR et quelques groupes féministes ont organisé une conférence de presse dans la ville où se déroulait le match – à Pasadena, Californie. Une porte-parole du California Women's Law Center, Sheila Kuehl, a alors cité une étude de chercheurs de la Old Dominion University, en Virginie, dans laquelle il était démontré que le nombre de rapports de police (pour brutalité conjugale) et d’admissions dans les hôpitaux du nord de la Virginie avait grimpé entre 1988 et 1989 lorsque les Redskins de Washington remportaient des matchs. L'Associated Press a rapporté qu'il y avait une augmentation de 40% dans le nombre d’appels de femmes en détresse après le Superbowl et qu’une augmentation similaire était enregistrée après les victoires des Redskins.

La campagne de FAIR a été un énorme succès. NBC a diffusé la pub et plusieurs articles et reportages ont rapporté la statistique du 40%, donnant ainsi l'impression que le lien entre «football» et «violence» était… un fait. Sceptique, un journaliste du Washington Post a fait enquête et n’a rien trouvé sur le terrain pour corroborer ce qu’avançaient FAIR et les groupes de femmes. Dans les jours qui ont suivi le Superbowl, plusieurs médias se sont rétractés. Mais les légendes ont la vie dure. La preuve: chaque année des médias en parlent encore – comme ils parlent toujours des réseaux d’aqueducs des grandes villes américaines qui seraient mis à rude épreuve lors de la diffusion du Superbowl parce que tous les téléspectateurs vont pisser aux mêmes moments. Comme quoi, il ne faut pas croire tout ce que les médias rapportent…

Gilles Guénette

Pour en savoir plus: «Does violence against women rise 40% during the Super Bowl?» de Cecil Adams (article dont cette note est largement inspirée), quelques articles d’archives, la réplique de FAIR et le «facteur toilette» lors du Superbowl.

29 janvier 2008

Essence: les indépendants reviennent à la charge

EssencepompeHélène Baril (La Presse Affaires): Jamais deux sans trois, dit-on. L'Association québécoise des indépendants du pétrole (AQUIP) et un de ses membres, Intergaz, demandent à la Régie de l'énergie d'intervenir une troisième fois pour faire augmenter les prix de l'essence à Saint-Jérôme où, assurent-ils, les détaillants sont obligés de vendre à perte pour rester en affaires. Sans la nommer, les détaillants visent encore Costco, qui vend de l'essence à prix attrayant à son magasin-entrepôt de Saint-Jérôme et que les concurrents sont obligés de suivre. […] C'est une situation «anormale, dangereuse et excessive qui exige une intervention rapide et urgente de la Régie afin de rétablir les conditions concurrentielles du marché», soutiennent l'AQUIP et Intergaz. […] «On veut résoudre le problème», a commenté Sonia Marcotte, porte-parole de l'AQUIP.

Une bonne façon de résoudre «le problème», c’est de laisser les détaillants qui ne sont pas capables de faire face à la concurrence fermer. Ce n’est certainement pas d’augmenter les prix pour les consommateurs (voir «Au Québec, l’essence coûte plus cher» et «Prix de l’essence: quand les indépendants font grimper les prix»).

Gilles Guénette

28 janvier 2008

So-so-so… trop élastique la notion de services essentiels?

Manif260108Samedi en fin de journée, je me suis fait prendre dans une de ces manifestations «festives» qui se déroulent souvent au centre-ville de Montréal. En route vers la Place Bonaventure où se tenait un rassemblement de jeunes «néolibéraux» (!), j’ai dû traverser les rangs bien serrés d’un cortège de paumés qui réclamaient «la fin du capitalisme et du patriarcat». Rien de moins. La manif, nous disait-on, était organisée dans le cadre d’une «journée internationale d'action, appelée par le Forum social mondial, et dans les suites du forum social québécois de 2007». Durant cette même journée, dans un autre coin de la ville, différentes organisations sociales et syndicales du Québec se réunissaient à l’invitation de la CSN pour discuter de droit de grève. Les représentants syndicaux trouvent que la notion de services essentiels est trop devenue élastique. Ils cherchent des moyens de sensibiliser la population au sacro-saint droit de grève.

Interviewé sur les ondes d’une radio montréalaise, Louis Roy, v.-p. à la CSN, a déclaré ceci: «Écoutez, on a le droit de grève! On a le droit de faire pression sur notre employeur! Mais les inconvénients qui sont créés créent tellement de grogne que les gouvernements viennent intervenir et là ils renversent le rapport de force alors qu'on a convenu, tous, collectivement, socialement, que le droit de grève dans le secteur public, ça existait et qu'il y avait les services essentiels pour faire en sorte de balancer les inconvénients.» Allo! La grogne elle vient d’où, sinon des membres de «la collectivité»? Comment expliquer que la collectivité a décidé que le droit de grève était important, mais qu'elle grogne lorsque la grève est déclenchée?

La «collectivité» ne fait pas de «choix de société». Ce sont les grandes centrales syndicales qui, sondages en main, font des choix pour nous. Et comme on peut faire dire n’importe quoi aux sondages, elles font avancer les choix de société de leurs membres. Parlant de sondages, cyberpresse en a mené un la semaine dernière. À la suite d’une série d’articles sur le syndicat des cols bleus de la Ville de Montréal dans laquelle on apprenait, ô grande surprise!, que les cas d’intimidation, de violences verbales, d’insultes, de vitres brisées, de coups de couteau dans les pneus, etc., sont monnaie courante dans les rangs des syndiqués, on a posé la question suivante: «Le syndicat des cols bleus de Montréal devrait-il être mis sous tutelle?» Une très forte majorité (84%) a dit oui. Est-ce que ça compte pour un choix de société?

Gilles Guénette

25 janvier 2008

Avortement: le débat n'est pas clos

MorgentalerÀ l’approche du 20e anniversaire de l'arrêt Morgentaler, le débat sur l’avortement semble reparti. Hier, Margaret Somerville, directrice du Centre de médecine, d'éthique et de droit de l'Université McGill, signait une lettre ouverte dans La Presse dans laquelle elle affirmait que «des confrontations ouvertement hostiles se sont produites entre associations étudiantes pro-choix et groupes d'étudiants pro-vie sur plusieurs campus canadiens» ces derniers mois. En gros, elle dit trouver «regrettable que la question de l'avortement puisse être réduite au seul enjeu religieux, parce que cela nous empêche de définir et de comprendre la gamme complète de motifs qui font perdurer ce conflit majeur». Aujourd’hui, Nathalie Collard signe un éditorial dans le même quotidien qui dénonce les personnes qui, comme Mme Somerville, prétendent «que nos sociétés occidentales ont banalisé l'avortement [et] que les pro-choix ne reconnaissent pas les véritables implications de l'avortement». Le problème, selon elle, «c'est que lorsqu'on aborde cette question, on en parle en termes sensationnalistes, en omettant de discuter de l'accès à la contraception (qui devrait être gratuit pour les moins bien nanties) et de l'urgent besoin d'un cours d'éducation sexuelle digne de ce nom dans nos écoles secondaires. On parle encore moins souvent de l'efficacité imparfaite des contraceptifs, de la pénurie de gynécologues ou encore, du peu de temps que les médecins consacrent à leurs patientes... Or ce sont des aspects importants du problème.» Bref que c’est la faute «du système», pas de l’individu.

Comme je l’ai déjà écrit dans les pages du QL: je ne suis ni pro-vie, ni pro-choix. Je suis contre le fait que mes impôts servent à payer les 30 000 avortements qui se pratiquent bon an mal an au Québec. Plutôt que d’avoir «droit à l’avortement», les femmes devraient avoir le droit de se payer un avortement. Tant que leur santé n’est pas menacée par la grossesse, qu'elles ne portent pas un enfant atteint d'une maladie grave, ou que la grossesse ne résulte pas d'un viol, elles devraient assumer seules (ou avec leur conjoint) les conséquences de leurs actes. Ce n’est pas comme si la grossesse était une maladie. Ou que les couples n'avaient aucun moyen de se prémunir. L’État, en défrayant le coût de l’avortement, en vient à faire de vous et de moi des complices de toutes ces femmes et ces hommes irresponsables. Il en vient à faire de nous tous, contribuables, des complices de toutes ces milliers de «naissances vivantes évitées» – ou de tous ces milliers de meurtres, si vous préférez.

Comme le souligne Mme Collard dans son édito, «Les féministes et les pro-choix sont particulièrement chatouilleux lorsqu'on évoque le nombre élevé d'avortements au Québec, sujet tabou car il concerne un très grand nombre de femmes entre 20 et 30 ans, des femmes qu'on aurait cru mieux informées, plus vigilantes.» Se pourrait-il que la «gratuité» de l’acte soit en partie responsable du très haut taux d’avortements au Québec? Imaginez que demain on rend la liposuccion «gratuite» – c’est-à-dire, couverte par le régime public d’assurance-maladie. Pas difficile d’imaginer que l’on verrait rapidement les cas de citoyens prenant de moins en moins soin de leur alimentation pour prendre de plus en plus de poids se multiplier. «Je vais manger tant que je veux et quand je serai trop gros, j’irai me faire siphonner le surplus!», qu’ils se diront. Lorsque vous savez qu’un traitement ne vous coûte rien, vous avez beaucoup moins d’incitation à vous protéger contre ce qu’il enraye. Au Canada, depuis sa libéralisation, le nombre d'avortements a doublé. Jusqu'où ira l'État pour accommoder toutes ces femmes «malchanceuses» ou «ambivalentes» qui n’ont pas su se protéger assez?

Gilles Guénette

22 janvier 2008

Au moins une chose à la hausse: le scepticisme envers les politiques inflationnistes des banques centrales

Inflation Au lendemain de l’éclatement de la bulle techno en 2000-2001, lorsque les banques centrales se sont mises à réduire les taux d’intérêt vers des planchers historiques (1% aux États-Unis en 2003) et à injecter plus massivement qu’à l’habitude des «liquidités» dans les marchés financiers pour contrer le ralentissement économique, on ne trouvait pratiquement aucune critique de ces politiques inflationnistes dans les médias. À l’unanimité, tous les commentateurs appuyaient les mesures visant à «relancer» l’économie par la dépense et l’endettement.

Les keynésiens et autres interventionnistes de gauche étaient évidemment tout à fait en faveur de ce type de politique, qu’ils préconisent depuis des décennies et que Keynes a popularisé pendant la Dépression. Mais les prétendus partisans du libre marché et du non-interventionnisme étatique appuyaient pratiquement les mêmes politiques (en mettant un peu plus l’accent sur les réductions d’impôt). Les médias anglophones «conservateurs» (il n’y en a pas au Québec) tels que le National Post ou le Wall Street Journal étaient alors dominés par des adeptes des théories monétariste et de l’offre («supply-side») qui, pour des raisons différentes de la gauche, préconisaient eux aussi une accélération de la croissance monétaire comme solution au ralentissement.

Un partisan du libre marché devrait pourtant, par principe, même sans rien comprendre des mécanismes complexes des cycles économiques, être opposé à toute politique inflationniste. En créant de la monnaie (ou en incitant les banques à créer davantage de crédit) à partir de rien, la banque centrale vole en effet, littéralement, l’ensemble des citoyens. S’il y a soudainement plus d’argent à dépenser alors qu’il n’y a pas plus de biens à acheter, cela fait en sorte de déprécier l’argent déjà en circulation. On s’en rend compte lorsque les prix augmentent (les bulles ne sont en fait que des augmentations de prix concentrées dans un secteur) et qu’il faut plus d’argent pour acheter la même chose.

Mais les monétaristes et les supply-siders passent complètement sous silence ce problème fondamental et ont développé divers arguments confus et contradictoires pour expliquer leurs penchants inflationnistes. L’une des plus populaires est la peur de la «spirale déflationniste», c’est-à-dire une chute des prix entraînant l’économie dans une dépression, dans le cas où la Fed n’injecterait pas suffisamment de liquidités dans le système financier pour soutenir la demande lors d’un ralentissement. Selon une célèbre étude de Milton Friedman, c’est cela qui serait survenu dans les années 1930, et les partisans du monétarisme poussent toujours la Fed à ne pas répéter la même erreur dès qu’on sent un essoufflement de la croissance économique.

Ce courant d’idée ne semble avoir aucune compréhension du fait que c’est la Fed elle-même qui a d’abord créé une surchauffe économique et les bulles financières par une croissance exagérée de la masse monétaire; que les distorsions que cela a entraînées dans l’économie (dans le cas présent, particulièrement dans le secteur immobilier) finissent pas s’accumuler et par devenir intenables; que le surendettement ne peut pas se poursuivre indéfiniment; et que la récession est en fait le processus de liquidation normal qui suit ce boom artificiel. Il est donc absurde de tenter de guérir le malade en utilisant le même élixir supposément magique qui a causé la maladie. Tout ce qu’on réussit à faire avec ce type de politique, c’est de retarder ou de ralentir le processus de liquidation, et de repartir l’économie dans un nouveau cycle inflationniste qui ne peut pas durer, mais avec un niveau d’endettement pire encore. C’est pourquoi on se retrouve aujourd’hui à vivre et à débattre les mêmes choses qu’il y a sept ans.

À l’époque, mon article «Let the recession run its course» avait été refusé par le Financial Post (la section financière du National Post). J’y dénonçais des penseurs canadiens – que je connais par ailleurs personnellement et dont j’admire le reste du travail – en faveur du libre marché comme Michael Walker de l’Institut Fraser ou Reuven Brenner de l’Université McGill, qui trahissaient selon moi leurs principes en appelant à des injections massives de liquidités par les banques centrales dans la page d’opinion de ce journal. Lorsque l’Institut Mises a publié l’article sur son site, j’ai reçu un tas de lettres de partout dans le monde me félicitant d’écrire cela, comme si c’était une position extraordinaire. J’étais effectivement une voix presque inaudible dans la clameur des propos inflationnistes. Je ne faisais pourtant que répéter ce que des économistes de l’École autrichienne disant déjà il y a près d’un siècle.

Les choses ont cependant beaucoup évolué depuis sept ans. L’audience des idées autrichiennes a connu une énorme expansion. Et les théoriciens monétariste et du supply-side, qui se sont spectaculairement trompés et qui n’ont pas d’explication cohérente de ce qui se passe, battent en retraite. Évidemment, le keynésianisme domine encore et toujours: la Fed et la Banque du Canada ont toutes les deux abaissé leurs taux aujourd’hui, au lendemain d’un repli boursier considérable, et on discute à Washington d’un plan de relance (c’est-à-dire, d’un plan de dépenses et d’endettement) massif. Mais les voix dissidentes, qui dénoncent les politiques inflationnistes, ne sont plus aussi minoritaires. En fait, on les voit apparaître presque partout.

Dans le Financial Post, contrairement au début de la décennie, les voix pro-inflationnistes ont été jusqu’à maintenant silencieuses. Mon ami Terence Corcoran, qui édite la page d’opinion et à qui je prédis depuis des années que la présente crise va arriver, a au contraire écrit quelques éditoriaux critiquant les interventions des banques centrales. Alors qu’Allan Greenspan tente de sauver son image pour la postérité en expliquant sur toutes les tribunes de la planète qu’il n’est pas responsable de la crise, les critiques à l’égard du maestro et de ses taux d’intérêt au plancher (que tout le monde applaudissait il y a quatre ans) se multiplient. Et de nombreux commentateurs, sans nécessairement référer à l’École autrichienne ni en faisant preuve de la même cohérence, se montrent sceptiques à l’égard de la Fed d’une manière qui rejoint essentiellement l’analyse autrichienne.

Un article publié hier dans Fortune Magazine explique par exemple que le remède appliqué par Bernanke risque d’être pire que la maladie. Il rapporte les propos de l’économiste Allan Meltzer:

But Bernanke is setting the stage for an even bigger recession down the road. Just as the ultra-low rates of the early 2000s created many of the problems we're experiencing today, pumping money into the system would probably stoke inflation, forcing the Fed to hike rates sharply in the near future. "It's better to take a small recession and kill inflation immediately instead of facing high inflation and a really big recession later," says Carnegie Mellon economist Allan Meltzer.

Meltzer, who is finishing the second volume of his history of the Federal Reserve, warns that Bernanke is risking a disastrous replay of the 1970s, when high oil prices fueled double-digit inflation. Every time the Fed started to tighten and unemployment jumped, chairmen G. William Miller and Arthur Burns lost their nerve. They lowered rates to boost job growth, and inflation inevitably revived, causing a vicious price spiral. The Fed let the disease rage for so long that it took draconian action by chairman Paul Volcker in the early 1980s to finally defeat inflation. The price was a deep recession, with unemployment hitting 11% in 1982. "The mentality is the same as in the 1970s," says Meltzer. "'As soon as we get rid of the risk of recession, we'll do something about inflation.' But that comes too late."

Et quelle ne fut pas ma surprise de trouver ce matin dans Le Devoir (qui reproduit normalement des analyses sans intérêt du Monde lorsqu’il traite de ces questions) la meilleure critique que j’aie lue jusqu’à présent en français des effets pervers des politiques inflationnistes, sous la plume du chroniqueur financier Claude Chiasson.

Sous le titre «L’argent ne vaut plus rien», M. Chiasson commence son papier en exposant le problème de fond, que la plupart des autres commentateurs préfèrent tout simplement ignorer: «Au-delà de l'actuel brasse-camarade des subprimes, il faut voir une grande réalité: la planche à billets tourne et tourne depuis fort longtemps. Le seul fait nouveau: elle tourne à un rythme démentiel depuis août dernier (…).» 

Il revient à la situation du début de la décennie, lorsque «Pour éviter la récession à tout crin, les autorités monétaires ont poussé les taux d'intérêt à des planchers jamais vu depuis quarante ans. (…) Une véritable mer de liquidités s'est ainsi abattue sur le système bancaire et l'économie. Cette mer de liquidités a poussé les mises en chantiers dans la stratosphère pendant plus de quatre ans. Cette effervescence s'est traduite par une enflure des prix des immeubles qui a abouti à une véritable bulle immobilière et, aujourd'hui, à son éclatement.» Cette analyse semble aujourd’hui une évidence. Mais il y a seulement six mois, juste avant l’éclatement de la bulle au milieu d’août, on pouvait encore lire tous les jours dans les journaux que tout allait bien et qu’il n’y avait aucun problème avec le surendettement et les mauvaises créances dans l’immobilier!

Inflation_bush_2 M. Chiasson termine son article sur cette prédiction tout à fait appropriée : «sachez que cette orgie de liquidités injectées dans le système survient alors que le taux d'inflation s'est élevé à 4,1 % en 2007 aux États-Unis. Conclusion: l'argent ne vaut plus grand-chose. L'or continuera de bouffer les dollars américains et toutes les devises de ce monde.» Ce n’est pas très développé, mais c’est tout à fait juste. Cent fois plus juste que les propos de tous ces pantins sans cervelle des milieux financiers dont on rapporte quotidiennement les profondes «analyses», qui ne comprennent rien aux conséquences de la dépréciation de la monnaie (ou ne veulent pas comprendre parce que les institutions pour lesquelles ils travaillent en profitent) et qui applaudissent naïvement à chaque nouvelle baisse de taux.

Il y a de quoi être encouragé lorsqu’on lit de telles analyses dans les médias conventionnels. Et cela se produit alors que Ron Paul poursuit sa grande campagne d’éducation à l’économie autrichienne auprès du public étatsunien. Les politiciens et leurs apparatchiks vont évidemment encore une fois créer un gâchis avec leurs politiques idiotes, dont nous devrons subir les effets pour des années à venir. Mais si les bonnes idées permettant d’analyser correctement la situation continuent de se répandre, et si les gens tirent les bonnes leçons de cette crise, alors nous sommes peut-être sur la voie d’un retour à une politique monétaire plus saine, au moins à moyen terme. On le saura en 2015, en espérant que je n’aurai plus à ressortir mes vieux articles de 2001 et 2007 pour prouver que j’avais raison de prédire une autre crise…!

Martin Masse

21 janvier 2008

La criminalité diminue grâce aux mesures individuelles de protection

Thief Même si beaucoup de gens disent se sentir de plus en plus menacés sur la rue ou dans leur demeure et croient que la criminalité est toujours en hausse, les statistiques démontrent le contraire. Au Canada, presque tous les types de crime sont à la baisse depuis une quinzaine d’années, et en particulier les crimes contre les biens.

Étrangement, on observe les mêmes tendances aux États-Unis et dans pratiquement tous les pays développés. La tendance à la hausse de la criminalité, très forte dans les années 1960, 1970 et 1980, s’est renversée partout au début des années 1990. Et cette baisse se poursuit depuis.

Qu’est-ce qui explique ce phénomène? Les analystes ont tendance à se concentrer sur la situation de leur propre pays, se qui donne des explications parfois alambiquées. Il y a quelques années, l’économiste américain Steven Levitt avait provoqué toute une controverse en proposant la thèse selon laquelle la légalisation de l’avortement en 1973 avait fait en sorte de diminuer de façon importante le nombre de grossesses non désirées, et conséquemment d’enfants mal aimés devenus délinquants deux décennies plus tard. Mais cette explication ne tient pas pour la plupart des pays européens.

D’autres explications populaires, comme la diminution du nombre de jeunes ou la prospérité économique et la baisse du chômage, ne semblent pas non plus tenir la route. La croissance économique était forte dans les années 1960, et le nombre de jeunes diminuait déjà dans plusieurs pays dès le début des années 1980, et cela a été sans effet sur la criminalité. Quant aux politiques visant à condamner plus sévèrement les criminels et aux programmes de prévention et de répression policières dans les quartiers difficiles, ils ont varié d’un pays à l’autre et d’une décennie à l’autre.

Selon Jan van Dijk, criminologue et professeur à l’Université de Tilburg aux Pays-Bas, la corrélation la plus révélatrice est plutôt celle-ci: les mesures individuelles de prévention du crime et de protection se sont généralisées un peu partout en même temps. Les systèmes d’alarme dans les domiciles et les voitures sont devenus très populaires. Au lieu de s’en remettre aux forces de l’ordre, plus de citoyens se sont pris en main.

Dans cet article de la plus récente édition de NRC De Week, M. van Dijk ne l’explique pas ainsi, mais on pourrait parler d’une «mode de consommation» qui s’est répandue rapidement dans toutes les sociétés occidentales, comme le font des modes culturelles ou sociales d’autres types. Aux Pays-Bas, une maison sur deux disposait il y a quinze ans d’un éclairage extérieur par mesure de sécurité; aujourd’hui, 80% en sont pourvues. La proportion de foyers possédant une alarme est passée de 6 à 12% au cours de la même période. La plupart des voitures vendues aujourd’hui sont protégées par un système antivol. Des enquêtes internationales montrent la même évolution partout.

Pourquoi les gens ont-ils attendu si longtemps avant de commencer à mieux se protéger? M. van Dijk offre une autre hypothèse intéressante qui se fonde elle aussi sur un effet de mode, une mode idéologique cette fois. Selon lui, les mesures individuelles de protection contre la criminalité ont longtemps été mal vues, en particulier dans les milieux bien-pensants de gauche. Il donne l’exemple des Pays-Bas: «Dans les cercles du Parti travailliste, c’était activement découragé. Il ne fallait pas faire de sa demeure une forteresse. Seuls les partisans du VVD [un parti de tendance libérale] avaient des systèmes d’alarme chez eux.» Il ajoute que dans les pays scandinaves à forte tradition social-démocrate, les mesures de protection individuelle ne sont toujours pas bien acceptées, ce qui explique que la criminalité y a moins diminué qu’ailleurs.

Il faudrait sans doute faire des comparaisons internationales complexes entre divers types de société pour appuyer cette thèse, qui ne semble en tout cas pas être appuyée par les statistiques canadiennes. La seule tendance évidente au Canada est que la criminalité est plus forte dans les quatre provinces de l’Ouest que dans l’est et le centre du pays. Il s’agit peut-être d’un facteur parmi d’autres, qui a un effet plus marqué en Europe qu’en Amérique du Nord.

Mais les explications du criminologue néerlandais ont tout de même du sens. Les attaques contre la propriété diminuent non pas surtout à cause de politiques étatiques, mais parce que les citoyens prennent des mesures pour se protéger. Les produits de sécurité permettant de se protéger ont été largement diffusés grâce aux mécanismes de marché habituel de notre société de consommation. Et ce sont ceux qui ont le plus tendance à croire à la notion de propriété, les libéraux, qui auraient été à l’avant-garde de cette tendance.

(Source: Ben Vollaard, «Weinig te vrezen», NRC De Week, 14 Januari 2008. Il s’agit de l’édition hebdomadaire internationale du quotidien rotterdamois NRC Handelsblad. Une version très écourtée de cet article est disponible sur le site du journal.)

Martin Masse

16 janvier 2008

Un autre exemple de capitalisme sauvage : les supermarchés arrivent en Inde!

India_market_2 C’est épouvantable. Le néolibéralisme sauvage est en train de détruire ce beau pays du socialisme nehruvien qu’était l’Inde. Dans sa série d’article qui se poursuit sur les changements en Inde, La Presse nous informe ce matin que même les supermarchés (eh oui, ces horribles temples où l’on peut sacrifier notre qualité de vie à l’agrobusiness!) ont maintenant fait leur apparition dans le sous-continent.

La journaliste Laura-Julie Perreault rapporte que la plus grande chaîne de nouvelles économiques du pays (sans doute contrôlée par un grand groupe de presse cherchant à manipuler l’opinion publique comme celui qui paie son salaire!) consacrait récemment un long reportage à l’ouverture d’un nouveau supermarché.

«Pendant encore une heure, l’œil de la caméra se pose sur les tomates, les racines de gingembre, le gombo, les ananas. Le temps semble suspendu. Les autres nouvelles économiques, pourtant légion dans ce pays qui se développe à la vitesse grand V, sont mises au rancart.» On sait bien, la grosse chaîne de supermarchés doit les avoir payé le gros prix pour faire leur propagande!

La journaliste ne comprend décidément rien au développement des pays pauvres (pauvres sur l’échelle capitaliste du PIB peut-être, mais je suis sûr qu’ils sont plus riches que nous en bonheur national brut!). On voit qu’elle a été bien entraînée à dénigrer les méthodes de développement alternatives avant d’être envoyée faire son reportage.

«Protectionniste et désireuse de permettre aux fermiers de vendre directement leurs produits aux consommateurs, l'Inde de Gandhi, lors de son accession à l'indépendance, a réglementé lourdement la vente au détail de victuailles. En général, il faut aller voir une poignée de petits commerçants, dans des marchés bruyants et poussiéreux, avant de concocter un poulet au beurre et un riz pulao. Seulement 5% des magasins du pays ont plus de 500 pieds carrés.»

Et puis après? Yé où le problème? Comme ça les Indiens ont au moins accès à des produits locaux, qui n’ont pas laissé d’empreinte carbone en étant transportés depuis le bout du monde, probablement sans OGM et avec beaucoup moins d’engrais artificiels et de pesticides qu’ici. On peut pas tout avoir. Et puis un environnement aseptisé sans poussière, c’est une invention de la bourgeoisie puritaine occidentale esclave des technologies modernes. Nos ancêtres du paléolithique n’avaient pas de balayeuses et ils vivaient aussi bien que nous!

Mais lisez ça, c’est le pire, on voit bien que cette journaliste est une parfaite illettrée économique: «cette façon de faire, si elle permet la survie de minuscules commerces, entraîne aussi un immense gaspillage. Sans grands réseaux de distribution, plus du tiers de la production agricole indienne périt avant d'avoir rejoint le consommateur.»

Voyons donc!!! C’est chez nous qu’il y a du gaspillage à la tonne, avec tous ces produits exotiques inutiles qu’on achète de paysans exploités du Guatemala et puis toute la bouffe pleine de gras trans qui tue le monde. Vous imaginez tout ce qu’on économiserait, juste en soins de santé, en publicité inutile et en transport, si on ne mangeait que des aliments sains produits chez nous et distribués localement?

Je ne peux pas vérifier la source du chiffre sur le tiers de gaspillage en Inde (je ne lis pas l’hindou) mais je suis sûr que c’est exagéré et que de toute façon on gaspille bien plus que ça ici. Mais il faut savoir comment fonctionne l’économie pour voir au-delà des statistiques brutes, et on voit bien que c’est pas son fort à la Laura-Julie l’économie!

Moi je suis tanné de tous ces reportages qui font l’apologie du capitalisme et de la mondialisation dans nos corporate media à la solde du grand capital. Il est temps qu’on ait des médias alternatifs de gauche au Québec pour nous donner enfin l’heure juste sur ce qui se passe dans le monde!

Tramin Assem

Crise des urgences : on continue de tourner en rond

Urgence_3 Je reviens souvent dans mes billets sur l’idée que les secteurs qui sont sous le contrôle de l’État ou qui sont fortement influencés par l’intervention de l’État sont constamment en crise. Et que quelles que soient les réformes que l’on fasse, ils vont toujours continuer à l’être, parce que les bureaucrates n’ont tout simplement pas les incitations appropriées, les responsabilité et l’autonomie décisionnelle dans ce système pour mettre en place les mesures qui permettrait à ces secteurs de s’adapter rapidement à une situation changeante.

On en a un bon exemple ce matin dans le dossier de l’éternelle «crise des urgences». C’est justement le surtitre d’un article de La Presse (avec le mot «crise» en rouge!) qui rapporte que le ministre de la Santé Philippe Couillard «rappelle la direction du Centre hospitalier de l’Université de Montréal à l’ordre et lui demande d’agir pour régler la crise qui touche présentement ses urgences.» Un ministre qui ordonne à ses bureaucrates de faire ce qu’il faut pour régler une crise qui dure en permanence: y a-t-il situation qui symbolise mieux l’ère dans laquelle nous vivons?!

Au cours de la dernière année, 12 médecins ont démissionné et les urgentologues toujours en poste doivent combler les quarts de travail laissés vacants, dans un contexte qui devient intenable. Certains préconisent même la fermeture de l’une des trois salles d’urgence du CHUM.

La situation inquiète le ministre: «Lorsque je vois que le plus grand hôpital du Québec, celui qui est le mieux financé, a de la difficulté à assurer ses quarts de garde à l'urgence, c'est inquiétant, dit-il. Il ne s'agit certainement pas d'un manque de ressources. Des effectifs médicaux à Montréal, il y en a. Il s'agit probablement d'un climat interne qui est perçu comme étant difficile, ce qui fait que les médecins ne désirent pas se présenter pour travailler.»

Répétons: c’est l’hôpital le plus gros et le mieux financé au Québec. Donc, ceux qui réagissent automatiquement en disant que «c’est à cause des coupures», ôtez-vous le doigt de sur ce piton. Le problème en est un de «climat interne», dit-on. L’année dernière c’était autre chose et l’année d’avant encore autre chose.

Il y a exactement huit ans, nous passions à travers une crise similaire, et la raison était que l'épidémie de grippe était arrivée plus tôt que d’habitude, durant la période des Fêtes, alors que le personnel était en vacances (voir mon édito de l’époque, «Le chaos planifié dans les urgence»). La ministre de la Santé d’alors, Pauline Marois, affirmait que «l'expérience que nous vivons actuellement va nous amener aussi à tirer un certain nombre d'autres conclusions pour nous permettre de mieux planifier encore l'année prochaine».

Imaginez: ils apprennent chaque année de ces mauvaises expériences et planifient toujours mieux d’une année à l’autre. Dieu merci, sinon, ce serait encore pire!!! On pouvait pourtant lire à l’époque des propos comme celui-ci, venant du Dr Robert Patenaude du Réseau Santé Richelieu-Yamaska: «Je suis aux urgences depuis douze ans et, tous les ans, c'est pareil, Si c'est pire cette fois-ci, c'est parce qu'on manque de monde et qu'on planifie mal».

Mais c’est justement ça le point crucial: des bureaucrates ne peuvent pas bien planifier un système de santé. Pas parce qu’ils sont méchants ou paresseux, ils deviendraient sans doute pour la plupart d’excellents administrateurs dans le contexte d’une entreprise privée. Mais parce que ce système n’est tout simplement pas structuré pour qu’ils puissent bien planifier.

Ça va prendre combien de décennies de crise des urgences avant qu’on se décide à démanteler ce système?   

Martin Masse

P.S.: Ou ça va prendre combien de génération d’étudiants qui sortent des écoles publiques sans savoir écrire? L'éditorialiste du Devoir Marie-Andrée Chouinard consacrait plus tôt cette semaine un papier à cette question.

C'est une éternelle rengaine, qui fait mal chaque fois qu'on la reprend. Les résultats insatisfaisants, voire désastreux, des élèves en français écrit heurtent douloureusement la qualité de notre langue, que le Québec, plus qu'ailleurs, porte comme un étendard.

L'école s'acquitte très mal de cette première obligation qu'est l'apprentissage des rudiments du français écrit et oral. Une autre livraison de mauvaises notes a convaincu l'an dernier le ministère de l'Éducation de soumettre cet éternel malaise aux réflexions d'un comité d'experts dirigé par l'actuel président du Conseil supérieur de la langue française, le linguiste Conrad Ouellon. Ses conclusions, déjà présentées à la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, doivent inspirer un plan d'action fort attendu.

Eh oui, la solution miracle va encore venir d'un groupe d'apparatchiks, de la même trempe sans doute que ceux qui voulait éliminer les notes dans les bulletins des élèves... 

15 janvier 2008

Un rappel concernant les discussions sur le Blogue

Exerql Le but du Blogue du QL est de diffuser les idées libertariennes en montrant leur justesse et leur potentiel d'analyse ainsi qu’en les confrontant à la critique, non seulement pour la petite minorité de nos lecteurs qui participent aux discussions mais aussi et surtout pour tous les visiteurs qui viennent lire nos débats par curiosité et y trouver des réponses à leurs interrogations.

Au cours des derniers jours, nous avons dû retirer plusieurs commentaires non pertinents, incohérents ou contenant des invectives. Ces commentaires n’ont pas leur place ici.

Nous préférons que le blogue soit moins actif plutôt que d’y retrouver une pléthore de niaiseries sans intérêt comme on peut en lire dans d’innombrables forums de discussion.

Avant d'ajouter un commentaire, demandez-vous si vous contribuez vraiment à soulever une question pertinente, à faire avancer le débat et à informer les lecteurs, ou bien s'il s'agit seulement d'une réplique simpliste et sans intérêt qui ne fait qu'entretenir la discussion. Ceux qui n'ont rien de pertinent à contribuer, contentez-vous de lire ce qu'écrivent les autres.

Et si vous laissez un commentaire : RELISEZ-VOUS AVANT DE LE METTRE EN LIGNE!!! Les commentaires remplis de fautes, ou presque illisibles parce que sans ponctuation ou structure logique claire, seront dorénavant éliminés avec moins d’hésitation même s’ils apportent un argument pertinent.

Martin Masse et Gilles Guénette

Le projet de TGV Québec-Windsor relancé

TgvIl y a de ces projets qui reviennent de façon cyclique dans le décor politique. Jeudi dernier, on apprenait que les gouvernements fédéral, du Québec et de l'Ontario s’étaient entendus pour débloquer 2 millions $ afin d’étudier une nouvelle fois la faisabilité de construire un lien ferroviaire rapide entre les grandes villes situées dans le corridor Québec-Windsor. Selon VIA Rail, pas moins de sept études majeures ont été réalisées sur le sujet depuis 1984. Qu’à cela ne tienne, la nouvelle twist cette fois-ci c’est qu’un tel projet permettrait de réduire de manière notable les émissions de gaz à effet de serre au Canada. Avouez que comme timing, on peut difficilement faire mieux. Le coût du projet est évalué à plus de 20 milliards de dollars. Ne reste plus qu’à «vendre l’idée» aux contribuables canadiens…

«Il est vrai que nous parlons de ce dossier depuis quelques années déjà, a déclaré le premier ministre ontarien, Dalton McGuinty. Mais il arrive un moment où il est possible de réaliser un grand projet. C'est le temps d'agir. Nous avons la responsabilité de réduire nos émissions de gaz à effet de serre.» «Est-ce qu'on a les moyens de ne pas réaliser ce type de projet, s’est pour sa part demandé le premier ministre du Québec, Jean Charest, compte tenu de l'impact qu'a l'accroissement des gaz à effet de serre sur notre environnement, nos infrastructures, si on tient compte également des engorgements de nos routes à la fois par les voitures et à la fois par les camions? […] Je crois fondamentalement dans ce type de projet. Je pense qu'on va le faire. Le moment est venu pour nous d'entreprendre ce type d'initiative.»

On s’en doute, les réactions des maires des villes touchées par le lien rapide ont été plus que positives. «Le projet de train rapide doit devenir un enjeu aux prochaines élections fédérales pour que l’étude de faisabilité commandée hier ne tombe pas aux oubliettes comme les sept précédentes», a prévenu le nouveau maire de Québec, Régis Labeaume – avant d’ajouter qu’«une ville moderne doit être reliée par un train rapide». Déjà sept études réalisées sur la question? Pas grave! Il en faut une huitième, «question de mettre à jour les données mises de l’avant par le passé». Pour le maire de Montréal, Gérald Tremblay, cette fois sera la bonne: «Je ne pense pas que les gouvernements veulent investir sans donner suite». Ils ont investi sept fois sans donner suite, mais bon… Pour l’ardent défenseur des «grappes industrielles», on pourrait couper la facture en deux en ne reliant que Montréal et Toronto, mais Québec doit aussi être reliée: «C’est l’ensemble qui est important dans un contexte où on privilégie toute initiative qui réduit les gaz à effet de serre.»

Si on n’avait affaire qu’à quelques politiciens passés maitres dans l’art de spinner de grands projets, on pourrait lever les yeux au ciel et se dire que ça va passer – après tout, des élections s’en viennent dans leur patelin respectif et dieu sait qu’ils doivent chercher à s’assurer des votes. Mais voilà que les élites s’en mêlent. Ainsi, l’éditorialiste en chef de La Presse coiffait son éditorial du 14 janvier du titre: «Un magnifique projet». Rien de moins. Pour André Pratte, «Toutes les communautés concernées, notamment les milieux d'affaires de Montréal et de Toronto, devraient d'ores et déjà se mobiliser afin de convaincre les gouvernements et la population du bien-fondé d'un tel projet aux plans économique, culturel et politique.»

«Pourquoi, se demande M. Pratte, les gouvernements devraient-ils investir aujourd'hui dans un tel système de transport alors qu'ils se sont toujours refusés à le faire auparavant? Parce que, depuis 1995, bien des choses ont changé.» Eh oui, les temps changent... L’éditorialiste y va d’une courte liste pour appuyer ses dires: «les Canadiens sont conscients plus que jamais de la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre», «la mise en place d'un lien terrestre rapide entre les deux provinces s'inscrit parfaitement dans une logique […] visant à créer un espace économique mieux intégré» entre le Québec et l'Ontario, «l'avion n'est plus la meilleure option pour les voyages de courte durée [en raison des retards, mesures de sécurité, inconfort]», et finalement «le gouvernement du Canada se trouve dans une excellente situation financière.»

Si en 1995, un comité d'experts avait conclu que le projet «procurerait au pays des avantages économiques substantiels, malgré les investissements considérables requis de 18 milliards $», combien pourrons-nous nous attendre à payer quinze ans plus tard? 25 milliards $? 30 milliards $? Et si on prend en considération les coûts de dépassement qui se matérialisent immanquablement sur les chantiers publics, 35 milliards $? Combien sommes-nous prêts à «investir collectivement» dans un tel lien? M. Charest a beau prétendre qu’on n’a pas les moyens de ne pas réaliser ce type de projet à cause de ses retombées positives, que fait-il des retombées négatives? Il y en aura sûrement. Sinon, ça se serait fait il y a longtemps. Et pourquoi justement le projet n’a-t-il jamais vu le jour? S’il y avait tant de Canadiens qui, comme le suggère M. Pratte, «voyagent fréquemment entre les deux métropoles [et qui] rêvent chaque nuit d'un moyen de transport qui leur permettrait d'échapper à cet enfer [des retards, des mesures de sécurité, et de l’inconfort]», le secteur privé n’aurait-il pas flairé la bonne affaire? Et pourquoi n’y aurait-il pas de retards, de mesures de sécurité, et d’inconfort sur une ligne de TGV Québec-Windsor? Et pourquoi faut-il toujours que ce soient les contribuables qui paient pour les grandes lubies des politiciens?

Gilles Guénette

14 janvier 2008

À bas les riches… qui s’enrichissent grâce à l’État!

Dallas01 On se le fait dire constamment par les illettrés économiques: les riches s’enrichissent et les pauvres s’appauvrissent! C’est évidemment faux. Enfin, la seconde partie de l’affirmation est fausse. La réalité est que pratiquement tout le monde s’enrichit dans une économie en croissance, mais à des degrés divers.

Il est vrai toutefois que les inégalités semblent s’accroître lorsqu’on observe les écarts de richesse, ce qui n’est pas très surprenant. Les personnes à revenu modeste, qui ne possèdent aucun actif ni aucun investissement, ne peuvent compter que sur leurs augmentations de salaire pour améliorer leur sort. Les personnes aisées ont au contraire souvent diverses sources de revenu qui s’accroissent en même temps. Leur salaire augmente, leurs investissements rapportent, leurs actifs prennent de la valeur.

Ainsi, même si le taux d’augmentation du revenu est le même pour le pauvre et le riche – disons, 3% par année –, ça signifie qu’en termes nominaux, les écarts vont sembler toujours plus grands. Le millionnaire est plus riche de 30 000$ après une année; celui qui a un revenu de 10 000$ dispose de seulement 300$ de plus. L’écart de richesse entre les deux vient de passer de 990 000$ à 1 019 700$.

D’un point de vue libertarien, ces écarts de richesse n’ont aucune importance. Ce qui compte est que chacun soit libre de travailler, de produire, de commercer, et qu’il puisse récolter les fruits de son travail et des risques entrepreneuriaux qu’il prend. S’il le fait en respectant la propriété et les droits d’autrui et que toute la richesse qu’il en retire est légitimement acquise, personne ne devrait avoir quoi que ce soit à en redire. Cette personne a d’ailleurs permis à d’autres de s’enrichir en s’enrichissant elle-même. La redistribution de son revenu par l’État n’est qu’une forme de vol légal.

Mais les riches ne s’enrichissent-ils que de façon légitime? N’y a-t-il aucun fondement aux dénonciations des écarts de richesse qui vont en augmentant?

Dans un article publié sur le site Mises.org, le renommée économiste George Riesman propose une analyse des effets pervers des politiques monétaires inflationnistes qui permet de répondre à la question. Ces politiques ne seraient pas uniquement responsables des cycles de boom et de repli économiques comme celui que nous traversons en ce moment, mais aussi d’une augmentation notable des inégalités, pour laquelle on blâme à tort le système capitaliste.

Ce n’est pas un accident si les deux principales périodes d’expansion du crédit dans l’histoire – les années 1920 et la période qui va du milieu des années 1990 à aujourd’hui – ont été caractérisées par une augmentation majeure des inégalités économiques. Autant dans les années 1920 que plus récemment, l’une des causes majeures de ces inégalités accrues est que les fonds additionnels créés par l’expansion du crédit se retrouvent rapidement dans les marchés financiers, où ils ont pour effet de faire grimer les prix des valeurs mobilières, et en particulier des actions ordinaires. Les propriétaires d’actions ordinaires sont majoritairement des individus financièrement à l’aise, qui se retrouvent soudainement à bénéficier de gains de capital substantiels. Ces gains sont d’autant plus impressionnants que l’expansion du crédit est considérable et prolongée et qu’elle permet de gonfler les prix des actions. Durant ce processus d'injection monétaire dans les marchés financiers, les banquiers d’affaires et les spéculateurs à la bourse se retrouvent dans une position où ils peuvent bénéficier de gains importants.

(…) Les fonds additionnels injectés dans le système économique se manifestent également rapidement en termes de demande accrue pour les biens de production tels que les inventaires, les usines et l’outillage, et de demande accrue pour des biens de consommations durables comme les maisons et les automobiles. Les achats pour ces derniers types de biens, comme ceux des biens de production que se procurent les entreprises, dépendent en grande partie du crédit et sont encouragés par de bas taux d’intérêt. Ils sont aussi alimentés par les gains de capital qu’engrangent les personnes riches, ce qui entraîne une hausse particulièrement forte de la demande pour des demeures cossues et des objets de luxe en général.

N’est-ce pas intéressant? Les riches qui s’enrichissent trop vite, la consommation effrénée de biens de luxe, les châteaux démesurés qu’on construit dans les quartiers cossus: tout cela serait encouragé non pas par le fonctionnement normal de l’économie de marché, mais bien par les politiques inflationnistes débiles des banques centrales, avec l’appui de nos gouvernements, de tous ces parasites du monde financier qui réclament quotidiennement des baisses de taux d’intérêt et des «injections de liquidités» – mais aussi, il faut le souligner, avec la bénédiction des socio-démocrates et des keynésiens qui favorisent ces politiques de «relance» de l’économie par l’intervention de l’État.

Les données officielles tendent à supporter l’analyse de M. Reisman. Une étude récente de Statistique Canada (la même que Michel Kelly-Gagnon citait lors du débat à Télé-Québec et à laquelle je référais en fin de semaine) indique que les écarts de richesse se sont accrus au Canada depuis le milieu des années 1990, les riches s’enrichissant plus rapidement que les moins riches:

L'écart observé entre les familles avec le revenu le plus faible et celles dont le revenu est le plus élevé, indiquant une inégalité du revenu, s'est élargi au cours de la dernière décennie. Ainsi, l'écart entre le quintile supérieur et le quintile inférieur, qui s'établissait à 83 800 $ en 1980, a fluctué entre 79 500 $ et 84 500 $ jusqu'en 1996. En 2005, l'écart avait atteint 105 400 $.

La moyenne du revenu après impôts en 2005 était de 128 200 $ pour la tranche de 20 % des familles ayant les revenus les plus élevés, comparativement à 22 800 $ pour la tranche de 20 % des familles ayant les revenus les plus faibles.

Bien que tous les quintiles aient bénéficié de la conjoncture économique favorable que l'on connaît depuis le début des années 1990, les familles situées dans le quintile supérieur sont celles qui en ont profité le plus. En effet, depuis 1996, la moyenne de leur revenu après impôts a augmenté de 24 %, comparativement à environ 18 % pour les autres quintiles.

Récapitulons: Les riches qui s’enrichissent par des moyens légitimes devraient pouvoir profiter pleinement de leurs avoirs. Mais dans une période de boom économique provoqué par des politiques inflationnistes, les riches s’enrichissent plus vite que les autres, c’est-à-dire qu’ils profitent plus que les autres de cet enrichissement illusoire (illusoire parce que l’inflation monétaire finit toujours par se répercuter dans des hausses de prix et dans le repli économique qui suit le boom). Les riches n’en sont pas nécessairement responsables pour autant; on ne peut pas les blâmer de profiter d’une situation qu’ils n’ont pas créée. Ce sont les gouvernements, et tous ceux qui appuient ces politiques inflationnistes (qui vont des supply-siders et des monétaristes à droite aux keynésiens et autres interventionnistes à gauche), qu’il faut plutôt condamner.

Voilà donc un bon argument à apporter lorsqu’un gauchiste illettré économique vous sortira son baratin habituel contre les riches qui s’enrichissent trop vite: oui, c’est vrai, mais ce n’est pas la faute du capitalisme, ce n’est qu'un autre des effets pervers du contrôle de l’État sur la monnaie.

Martin Masse

Le débat sur la gauche à Télé-Québec

Ceux qui ont raté le débat sur «La gauche est-elle démodée?» à Télé-Québec au cours des derniers jours peuvent le voir ici, en deux parties.

Martin Masse

13 janvier 2008

La gauche périmée – le contrôle étatique est de moins en moins possible

Logo_de_monopole_public Outre la disparition des «masses prolétariennes», le second argument que j’ai proposé lors du débat de Télé-Québec pour soutenir que la gauche était périmée est que le maintien d’un contrôle étatique sur la vie et les choix économiques des gens est en voie de devenir de plus en plus difficile.

Les politiques proposées par la gauche d’obédience marxiste sont toutes essentiellement fondées sur le contrôle bureaucratique, le protectionnisme, les restrictions et les interdits. Mes opposants lors du débat sont en faveur d’un monopole absolu de l’État sur les systèmes de santé et d’éducation; ils appuient l’existence de monopoles comme Hydro-Québec et la Société des alcools, et souhaiteraient que l’État s’approprie un contrôle sur encore plus de secteurs économiques. En bref, ils veulent empêcher les individus de transiger librement et pacifiquement pour s’offrir divers biens et services, au nom d’une vision égalitariste de la société.

Ce contrôle étatique a toujours été inefficace, pour une raison bien simple, expliquée par les économistes de l’École autrichienne: en l’absence de prix de marché reflétant l’offre et la demande pour les divers facteurs de production et pour les biens de consommation, il est impossible de planifier correctement la production. Les bureaucrates planificateurs n’ont tout simplement pas à leur disposition toutes les informations dispersées dans l’esprit de millions d’acteurs économiques qui leur permettraient de prendre les décisions appropriées.

Cette incapacité fondamentale à s’ajuster fait en sorte que les secteurs contrôlés par l’État souffrent systématiquement de pénurie ou de surplus, et qu’on entend constamment parler de «crise» d’un secteur ou d’un autre où l’État intervient. Et lorsque le contrôle est trop absolu et que les difficultés d’ajustement créent trop d’instabilité, le système peut carrément s’effondrer, comme ce fut le cas des régimes communistes est-européens.

Si l’on fait abstraction de ces difficultés inhérentes à la planification, le gouvernement tout de même peut maintenir un monopole sur un secteur économique spécifique aussi longtemps qu’il contrôle la production ou la distribution et que les consommateurs ne peuvent se tourner vers des fournisseurs étrangers; c’est-à-dire, concrètement, lorsqu’il peut empêcher tout concurrent d’entrer dans son marché.

Un ensemble de phénomènes fait toutefois en sorte que ce type de marché fermé et monopolisé devient de plus en plus difficile à maintenir: l’arrivée de nouvelles technologies (et en particulier d’Internet), qui permettent de s’informer instantanément sur ce qui se passe partout dans le monde; la mondialisation économique, qui permet d’avoir accès plus facilement à des biens et services en provenance de n’importe où sur la planète; le développement de moyens de transport rapide à la portée de plus en plus de gens; et la prospérité grandissante.

J’ai mentionné pendant le débat le cas de la santé et le phénomène du «tourisme médical». Aller se faire soigner à l’étranger, dans un hôpital privé en Thaïlande par exemple, devient de plus en plus abordable et facile à organiser et des dizaines de milliers de Nord-Américains et d’Européens le font chaque année. Certaines cliniques étrangères font même de la publicité au Canada. La médecine à distance, grâce à Internet, est aussi une solution d’avenir. Des innovations dans le domaine des assurances permettent également de contourner les restrictions de la loi sur la santé. Les compagnies d’assurance ne peuvent assurer les soins eux-mêmes, mais certaines offrent un nouveau produit qui promet à l’assuré qui reçoit le diagnostic d’une maladie grave d’obtenir un montant important pour aller se faire soigner à l’extérieur du Canada. Il devient impossible de maintenir un monopole dans de telles conditions.

On peut donner d’autres exemples, le plus évident étant l’impossibilité désormais manifeste pour un gouvernement de contrôler toute l’information sur son territoire. Depuis l’invention de la radio à ondes courtes, et plus encore du fax ou de la cassette vidéo, on a vu évidemment des fissures apparaître dans le monopole des régimes totalitaire sur l’information. Mais avec Internet, le gouvernement d’un pays développé ne pourra tout simplement plus empêcher ses citoyens de s’informer. Il pourra tout au plus, comme le fait le tyran chinois, contrôler partiellement le flot d’information.

L’éducation constitue avec la santé l’autre grand monopole étatique le plus important dans la vie de chacun. Impossible de s’y soustraire, de l’école primaire à l’université, puisque même les institutions dites «privées» sont en grande partie réglementées et contrôlées par l’État. Mais l’éducation à distance est en train d’en miner les fondations. Que ce passera-t-il lorsqu’on pourra facilement suivre n’importe quel cours de n’importe qu’elle institution dans le monde? Lorsqu’on pourra «télécharger» un professeur donnant son cours sous la forme d’un hologramme dans son salon? Plus encore, maintenant qu’on peut s’éduquer tout seul le plus simplement du monde sur tous les sujets imaginables grâce à Internet, la valeur d’une éducation formelle en institution n’est-elle pas en train de diminuer graduellement?

Prenons enfin le cas de l’énergie. Les technologies actuelles, comme l’hydro-électricité, sont caractérisées par une production de masse et facilitent conséquemment un monopole étatique sur la production et la distribution. Mais imaginez que dans quelques années, un appareil sur le toit de votre maison produise toute l’électricité dont vous avez besoin? Il se vend déjà des panneaux solaires, coûteux et peu efficaces. Mais la technologie va continuer d’évoluer à une vitesse vertigineuse, et ce secteur va se transformer radicalement au cours des prochaines décennies. Les monopoles étatiques du secteur de l’énergie risquent de devenir des mastodontes en voie de disparition.

Ce n’est évidemment pas d’hier que les développements à l’échelle mondiale posent des limites à la possibilité de mettre de l’avant des politiques socialistes et dirigistes au sein d’un pays donné. En 1983, le gouvernement socialo-communiste de François Mitterrand a dû adopter une «politique de rigueur» et renverser plusieurs des mesures prises deux années plus tôt à cause notamment d’une fuite des capitaux et d’une dévaluation du franc. Les marchés financiers internationaux n’ont tout simplement pas permis à la France, un pays étroitement intégré dans l’économie mondiale, de poursuivre cette expérience désastreuse.

Ce qui va arriver dans l’avenir, c’est simplement un approfondissement et un élargissement de cette tendance, qui fait en sorte que l’obsession de contrôle de la gauche deviendra de plus en plus un fantasme déconnecté de la réalité au lieu d’être une option politique réaliste. L’État continuera bien sûr de mettre sa grosse patte sur presque tout ce qui bouge, mais il ne pourra plus le faire au moyen de monopoles et il deviendra plus facile de contourner ses interdits.

Et que pensent nos grands intellectuels gauchistes de ces développements? Difficile à dire, puisqu’aucun ne semble y prêter attention, trop occupés qu’ils sont à débattre de la mise en place de «Pharma Québec» (un nouveau monopole sur la recherche pharmaceutique proposé par Québec solidaire), à discuter des ratés du quasi monopole de l'État sur les garderies, ou encore à lutter contre toute nouvelle ouverture vers le privé du système de santé. Laissons-les patauger dans leurs illusions.

Martin Masse

La gauche périmée – La disparition des masses prolétariennes

Marx J’aimerais développer un peu plus ici les arguments que j’ai présentés brièvement lors du débat télévisé de Télé-Québec diffusé cette fin de semaine, où je n’ai pu le faire faute de temps et parce que j’ai surtout consacré mes interventions à réagir aux affirmations de nos opposants de gauche.

Mon premier argument à l’effet que la gauche (et je parle ici de la gauche marxiste et étatiste comme celle représentée par Québec solidaire) est effectivement «démodée», ou plus précisément périmée, était qu’il n’y a plus de «masse prolétarienne à libérer» et que cette préoccupation n’est plus valide.

Les solutions de gauche aux problèmes de la pauvreté ont toujours été inefficaces. La planification bureaucratique de la production, la nationalisation des ressources, l’interventionnisme étatique, la redistribution de la richesse, les impôts élevés, le protectionnisme: toutes ces mesures qui font encore partie de l’arsenal idéologique de la gauche ont complètement été discréditées par la théorie et par l’expérience.

On pouvait toutefois encore concéder une certaine pertinence sociale au discours de gauche dans la mesure où il articulait une préoccupation importante, celle envers les plus démunis. Mais le libéralisme économique (relatif) que l’on connaît dans les sociétés occidentales a réglé ce problème.

Nous vivons dans des sociétés fabuleusement riches à l’échelle de l’histoire humaine. La misère noire, qui existait encore ici du temps de nos grands-parents, est complètement disparue. Il y a évidemment encore des personnes relativement pauvres et démunies, mais elles jouissent du minimum nécessaire pour survivre et ce sont davantage des problèmes psychologiques ou sociaux (souvent entretenus par des programmes étatiques, comme dans le cas des assistés sociaux ou des Indiens sur les réserves), et non économiques, qui sont à la source de leur détresse.

Comme l’a mentionné mon collègue Michel Kelly-Gagnon durant l’émission, Statistique Canada note que le nombre de personnes à faible revenu au Canada est passé de 16% en 1996 à 11% en 2005 (ou plus précisément, de 15,7% à 10,8%). Nos adversaires ont tout de suite cherché à discréditer ces données en prétendant qu’il s’agissait du calcul de l’Institut Fraser, ce qui est totalement faux. Les lecteurs les retrouveront dans ce document de Statistique Canada. De toute façon, les calculs de l’Institut Fraser (qui évalue le taux de pauvreté réel à 4,5% en 2005) sont encore plus éloquents, puisqu’ils tiennent compte du niveau de dénuement réel, alors que le concept de «faible revenu» de Statistique Canada observe une situation relative.

Mais même en s’en tenant à la définition moins stricte de Statistique Canada, on voit que la pauvreté continue de diminuer. Elle est encore plus insignifiante lorsqu’on constate qu’elle n’est pas une condition permanente et qu’encore moins de gens restent pauvres pendant une période prolongée, ce qui exclut les pauvres temporaires comme les étudiants ou les personnes qui viennent de subir une perte d’emploi ou une tragédie personnelle. Une autre étude de Statistique Canada sur la mobilité sociale au pays indique en effet que seulement 3,3% des Canadiens sont demeurés sous le seuil de faible revenu à chaque année pendant six années consécutives (entre  1993 et 1998). Faut-il vraiment nationaliser l’économie canadienne, augmenter les impôts et redistribuer massivement la richesse pour régler un problème qui ne touche plus qu’un Canadien sur 33?

La caducité du discours de gauche est patente dans le sens où les gauchistes n’ont rien à répliquer (sauf des mensonges) à ces observations et ne reconnaissent même pas la réalité telle qu’elle est. Ils se contentent de répéter leurs mantras marxistes, comme l’a fait Amir Khadir lors de l’émission en affirmant que les riches continuent de s’enrichir, les pauvres de s’appauvrir, et que la concentration de la richesse est plus grande que jamais. C’est ce que les marxistes nous répètent depuis la révolution industrielle. Imaginez, si cette tendance était effectivement en cours depuis deux siècles, la planète entière serait au bord de crever de faim, et il ne resterait que deux ou trois milliardaires contrôlant toutes les richesses!

La réalité est au contraire que la prospérité ne cesse de se répandre, à mesure que le capitalisme et le libre marché s’étendent dans le monde. Il y a à peine quelques décennies, seuls une vingtaine de pays occidentaux faisaient partie des sociétés dites «riches» et possédant une classe moyenne développée. Aujourd’hui, il y en a des dizaines, dans toutes les régions du monde sauf l’Afrique. Non seulement la richesse n’est pas de plus en plus concentrée dans quelques mains, mais elle est de plus en plus répartie à travers la planète. Et cela, comme je l’ai mentionné durant l’émission, non pas à cause des politiques de gauche mais du capitalisme et de la mondialisation.

Dans La Presse de ce matin, une série d’articles sur l’Inde permet de prendre la mesure de ces changements. «L'Inde produit chaque année plus de nouveaux millionnaires que n'importe quel autre pays du monde. Elle en comptait officiellement 70 000 en 2005 et 83 000 l'an dernier. Chaque année, ce nombre s'accroît de plus de 20%.» Épouvantable, diront nos illettrés économiques gauchistes: la richesse se concentre! Eh oui, c’était certainement préférable quand presque tous les Indiens étaient pauvres, il y avait alors plus d’égalité dans la pauvreté!

On apprend également que le Parti communiste contrôle toujours les rênes du pouvoir à Calcutta. Mais comme en Chine, ces «communistes» ont complètement abandonné leurs idées désuètes et se sont convertis à l’économie de marché (sans doute fortement tempérée par une ingérence constante de l’État, comme ici, mais tout de même):

Dans les années 80, repoussées par le syndicalisme ultramilitant, les multinationales Bata, Philips et Dunlop ont toutes quitté cette ville qui a longtemps incarné la misère indienne et qui attire toujours les plus miséreux.

Mais aujourd'hui, plus question pour Calcutta de passer à côté de la croissance économique rapide qui a métamorphosé Bombay, Bangalore et Delhi. «Notre priorité est de développer Calcutta et tout l'État du Bengale-Occidental, d'aider les pauvres, non pas d'établir le socialisme», lance Mridul De [un dirigeant communiste].

Pour arriver à ses fins, le Parti communiste ouvre les bras aux grandes entreprises capitalistes qu'il boudait hier encore, promettant des conditions avantageuses, des baisses d'impôts, des subventions à l'électricité, des terrains quasi gratuits et de la main-d'oeuvre bon marché.

On pourrait faire le même constat en Chine, au Viêt-Nam, au Brésil, en Pologne et dans des tas d’autres endroits. Encore une fois, devant ce phénomène mondial, les gauchistes n’ont rien à dire, à part se fermer les yeux et nier que ces pays soient en train de s’enrichir, comme l’ont fait mes opposants lors du débat de l’année dernière sur la mondialisation à la même émission. Ou encore adopter le discours réactionnaire malthusien (comme l'a fait Amir Khadir dans l'émission de cette semaine) qui admet qu'il y a enrichissement, mais que la planète n'a pas assez de ressources pour satisfaire les besoins de tous ces pauvres d'Asie et d'ailleurs s'ils se mettent à consommer autant que nous. Cette affirmation est non seulement fausse, elle contredit l'objectif marxiste de permettre aux pauvres de s'enrichir, en plus d'être méprisante venant d'un citoyen d'un pays occidental qui profite lui-même de toutes ces richesses mais voudrait qu'elles soient inaccessibles aux autres. Mais on n'en est pas à une contradiction intellectuelle près dans le discours gauchiste.   

Nous sommes entrés dans une ère où la pauvreté absolue et les famines sont rapidement en train de disparaître de la surface du globe, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité. Dans quelques années, à moins d’une catastrophe, cette réalité sera un mauvais souvenir. Le discours de la gauche marxiste paraîtra aussi archaïque, déconnecté de la réalité et risible que celui des astrologues ou des chasseurs de sorcières. On pourra alors les reléguer aux curiosités de l'histoire et les ignorer totalement.

La véritable menace à la liberté et à la prospérité dans l'avenir, elle vient plutôt de la droite autoritaire et militariste (aux États-Unis) et des interventionnistes de tout acabit, ces partisans du gouvernemaman qui souhaitent régler tous les problèmes du monde avec une nouvelle réglementation ou un nouveau programme étatique. Ce sont eux qui dominent la vie intellectuelle et politique au Québec.

Martin Masse

10 janvier 2008

La gauche est-elle démodée: Martin Masse à Il va y avoir du sport

L'émission Il va y avoir du sport, animée par Marie-France Bazzo et diffusée sur les ondes de Télé-Québec, propose demain à 19h30 (et en reprise les trois jours suivants) un débat sur le thème «La gauche est-elle démodée?».

J’y serai pour défendre le point de vue qu’elle l’est effectivement avec mon ami et ex-collègue Michel Kelly-Gagnon du Conseil du patronat du Québec, alors que nos opposants seront Amir Khadir de Québec solidaire et Gabriel Sainte-Marie de la Chaire d'études socio-économiques de l'UQÀM. L’enregistrement a eu lieu hier soir et les étincelles n’ont pas manqué!

Par ailleurs, ceux qui, il y a un peu plus d’un an, ont raté l’intéressant débat auquel j’avais participé à la même émission sur Wal-Mart et la mondialisation peuvent le revoir ci-dessous.

Martin Masse

08 janvier 2008

L'État-providence s'appuie sur Big Brother

Big_brotherEn manchette de La Presse ce matin, on apprend que Revenu Québec aurait récupéré 170 millions de dollars depuis cinq ans en recoupant les renseignements des banques de données des ministères et organismes pour coincer les fraudeurs qui mènent un gros train de vie, même s'ils ne déclarent que des revenus modestes.

Pas moins de 62 fichiers gouvernementaux sont accessibles, qui permettent de consulter des renseignements transmis notamment par l'Autorité des marchés financiers, le Bureau du taxi, la Commission de la construction, la Société d'assurance automobile, la Régie d'assurance maladie et la Régie des rentes. Les fonctionnaires peuvent aussi se pencher sur votre avis d'impôt foncier par l'entremise du Registre foncier et du fichier des rôles d'évaluation, ou encore consulter vos factures d'Hydro-Québec.

On nous dit évidemment que ces fichier ne sont pas créés pour tout le monde, mais seulement pour les cas suspects, dont le niveau de richesse ne peut pas être expliqué. En pratique, cela signifie que chacun d'entre nous est un fraudeur et criminel potentiel.

Ces dernières années, les gouvernements ont justifié la progression extraordinaire de leurs pouvoirs de surveillance et d'espionnage de la vie privée des citoyens sous prétexte qu'il faut se défendre contre le terrorisme. Mais la logique de Big Brother s'appuie sur un phénomène bien plus fondamental, celui de la progression de l'État-providence.

En multipliant les programmes et services gouvernementaux, l'État se met le nez dans les aspects de nos vies les plus variés: santé, éducation, conduite automobile, rénovation résidentielle, planification financière, garde de nos enfants, etc. Presque plus rien n'échappe au regard inquisiteur des bureaucrates. Il est devenu pratiquement impossible de procéder à une transaction sans que des renseignements soient compilés par un organisme quelconque de l'État.

L'État devenu immense, inefficace et gaspilleur doit toutefois répondre aux critiques et justifier son existence. Les occasions de ne pas se conformer à d'innombrables lois et réglements sont nombreuses, et on nous explique qu'«il faut protéger l'argent des contribuables» en prenant les moyens nécessaires pour contrer la fraudre et le travail au noir. Cela justifie donc la mise en place de ces programmes de recoupement de données, qui donnent un aperçu suffisamment détaillé de la vie et des activités d'une personne pour qu'on puisse savoir si elle «fraude» ou non.

Le gouvernemaman nous prend la main chaque fois qu'on fait un pas, pour éviter qu'on tombe et qu'on se fasse un gros bobo au genou; il nous laisse jouer dans un petit parc avec des barrières, où certains endroits trop dangereux sont devenus interdits; et maintenant, pour nous protéger plus efficacement contre nous-mêmes et contre les petits garnements qui ne suivent pas les règles, il place des caméras partout et surveille nos moindres faits et gestes...

Martin Masse

07 janvier 2008

Le dollar, l'or et nos économistes patentés

Le Daily Telegraph de Londres publie aujourd'hui un intéressant article («Flight to gold as investors lose faith in money») sur les investisseurs qui délaissent les dollars américains pour se refugier dans l'or, ce qui explique les records de valeur du métal jaune sur les marchés de la planète.

Comme je l'ai expliqué ailleurs, ça fait un bout de temps que l'on voit venir cet effondrement du dollar américain, et nous sommes en plein dedans. Les banques centrales d'Amérique du Nord et d'Europe tentent de contrer les effets de leurs politiques inflationnistes en pompant des «liquidités» à coups de centaines de milliards depuis le début de la crise en août - c'est-à-dire qu'elles continuent à augmenter de façon encore plus rapide la masse monétaire, alors que c'est justement la source du problème. Les investisseurs se réfugient donc dans la seule valeur monétaire sûre depuis deux millénaires et demi, l'or.

Le Telegraph note que le prix de l’or a atteint un sommet de 28 ans peu après que la Banque centrale européenne ait injecté 500 milliards $ dans le système financier, en même temps que des interventions similaires de la Fed et des banques anglaise, suisse (et canadienne). Selon le journaliste, de nombreux investisseurs font le pari que nos sociétés endettées jusqu'au cou sont trop décadentes pour prendre leurs responsabilités, et que les élites choisiront la voie facile consistant à relancer artificiellement l'économie en pesant sur l'accélérateur monétaire de façon à reporter l'heure de vérité. Et quoi qu'il arrive, l'or supplantera le papier-monnaie sur les marchés aussi longtemps que les gouvernements continueront à augmenter la masse monétaire globale de 15% à chaque année.

Si cette crise dégénère en récession au cours des prochains mois, on entendra de nouveaux des tas d'illettrés économiques - et ça inclut la plupart des soi-disant «analystes économiques» dans les médias, qui ne comprennent en fait rien à l'économie - ressortir le jargon marxiste sur les «inévitables crises structurelles du capitalisme» et la «nécessité de mettre un frein à la spéculation».

Et pourtant, il n'y a rien de si sorcier dans ce phénomène de dépréciation de la monnaie et de liquidation nécessaire des malinvestissements, connu et compris depuis longtemps par les économistes autrichiens. Ludwig von Mises avait prédit, pendant le boom des années 1920, la dépression des années 1930, en observant la croissance monétaire immodérée provoquée par la Fed (récemment créée, en 1913). C'est l'État, et plus spécifiquement les manipulations monétaires et le monopole étatique sur la monnaie, qui est toujours responsable de ces crises, et non les spéculateurs ou la mondialisation capitaliste.

Les économistes patentés qui peuplent nos universités sont presque tous des partisans de la monnaie fiduciaire (la monnaie-papier qui ne s'appuie sur aucune contrepartie métallique) et aiment rien rigoler quand on mentionne comme solution un retour à l'étalon-or. Selon eux (et j'ai déjà eu cette réponse à quelques reprises), c'est un système archaïque qui a été remplacé parce qu'il ne fonctionnait plus. La plupart n'ont toutefois aucune notion d'histoire monétaire. Et ils sont incapables de répondre à une question bien simple, que Ron Paul pose à Ben Bernanke dans ce court vidéo absolument hilarant sur la Fed: Comment donc peut-on s'attendre à solutionner les problèmes causés par l'inflation monétaire avec plus d'inflation monétaire? (Comme le précise rapidement M. Paul, il ne s'agit pas d'inflation dans le sens de hausse des prix mais bien dans son sens originel d'augmentation de la masse monétaire, une confusion sémantique qui a elle-même sa propre histoire. C'est pourquoi il est nécessaire d'utiliser le terme inflation monétaire plutôt qu'inflation tout court.)

Posez la question à un économiste conventionnel, et il va «tilter» exactement comme une vieille machine à boules qu'on a trop brassée. Ils sont de toute façon bien trop occupés à tester leurs modèles économétriques sur des sujets ésotériques pour avoir le temps de réfléchir à des questions aussi banales que l'état de l'économie en général. D'ailleurs, combien d'analyses sur ces développements monétaires, qui auront un impact sur la vie de chacun d'entre nous, avez-vous lu dans les journaux du Québec ces derniers mois? Pratiquement aucun. La simple idée que l'injection constante dans le système financier d'argent venu de nulle part puisse avoir des effets pervers n'est même jamais effleurée. Nos éditorialistes et chroniqueurs n'y comprennent rien et seraient incapables d'émettre une opinion structurée sur le sujet. 

Au moins, quand ils raconteront ces déboires économiques, les historiens du futur pourront relater la diffusion rapide pendant cette période, grâce à Internet, d'explications plus pertinentes et rationnelles. Des idées qui avait été plus ou moins oubliées depuis presque trois quarts de siècle, et qui influenceront la renaissance d'une civilisation plus prospère et pacifique au 21e siècle.

Martin Masse

06 janvier 2008

Hérouxville vs Tocqueville

ToquevilleLa lecture de De la démocratie en Amérique, d’Alexis de Tocqueville, apporte un nouvel éclairage sur l’emblématique «affaire d’Hérouxville». Bien des choses ont été dites en 2007 sur la rébellion civique de ce petit village québécois qui a osé adopter une charte de grands principes à usage communal après un vote en réunion plénière de tous les habitants. Le bruit médiatique de l’événement a atteint au Québec l’intensité de la polémique sur les caricatures de Mahomet en Europe. Entre autres choses, les «ploucs» d’Hérouxville ont été taxés de racisme et de séparatisme. Il est vrai qu’ils énonçaient clairement leur hostilité face aux principes islamistes de vie sociale et s’autorisaient à appliquer leur droit de sélection à tout candidat demandant à s'installer chez eux.

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Donner rend heureux

GivingDans un article intitulé « Why Giving Makes You Happy » publié à la fin de l’année dernière dans The New York Sun, Arthur Brooks nous apprend que les Américains ont donné près de 30 milliards $ à des organismes de charité en 2007 et qu’une des raisons qui expliquent cette générosité – au-delà du fait que ces dons, comme au Canada, sont déductibles d’impôt – est le fait que donner rend heureux. En effet, selon le Social Capital Community Benchmark Survey, une vaste enquête menée auprès de 30 000 ménages américains, les personnes qui ont donné de l'argent à un organisme de charité en l’an 2000 avaient 43% plus de chance de dire qu'elles étaient « très heureuses » de leur vie en général que les personnes qui n’avaient pas donné. De même, les personnes qui ont pratiqué le bénévolat avaient 42% plus de chance de se dire « très heureux » que celles qui ne l’ont pas pratiqué. Si donner rend heureux, pourquoi ne donnons-nous pas plus alors?

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Quelles sanctions pour les criminels de l’État?

EtatL'année 2007 fut marquée par toute une série de scandales économiques ayant défrayé la manchette pendant des mois. Au Québec, Vincent Lacroix, ancien PDG de Norbourg, a été reconnu coupable d'avoir détroussé 115 millions de dollars appartenant à des milliers de petits investisseurs. L'ancien magnat des médias canadiens Conrad Black fut condamné par un tribunal de Chicago pour avoir escroqué des millions de dollars aux actionnaires d'Hollinger International en plus d'avoir tenté de faire entrave à la justice.

Il n'en fallut pas plus pour faire sortir de sa torpeur une belle bande de jolis lurons venus nous répéter que nous venions d'assister à la faillite du capitalisme. Comme si quelqu’un quelque part avait déjà écrit que ce système pouvait enrayer complètement la fraude et la malversation. On ne change pas la nature humaine.

Dans notre société, il y a des gens malhonnêtes et sans scrupule prêts à voler la propriété d’autrui. L’ennui est que ce petit manège ne peut pas se perpétuer bien longtemps dans un système basé sur l’échange volontaire et le respect de l’intérêt de chacun. L’entrepreneur qui trompe ses actionnaires, qui falsifie des rapports comptables, qui se moque de ses clients, sera tôt ou tard sanctionné. Seul le gouvernement, cette organisation qui dispose du monopole de la force et de la contrainte sur le territoire, est immunisé contre cette réalité. Et ses représentants ne manquent pas une occasion d’en profiter. Eux seuls peuvent jouir de la docilité du bon citoyen forcé de se faire plumer jour après jour sans dire un mot.

En dépit des milliards de dollars dépensés dans toutes sortes de programmes sans logique économique, du gaspillage dans les ministères et des dépassements coûts, il n’y a pas de véritables poursuites devant les tribunaux, pas de mise à pied sans solde, pas de prison et aucun dédommagement monétaire. Les fonctionnaires impliqués dans des scandales rentrent à la maison, sirotent une boisson chaude et regardent la télévision où des journalistes alimentent l’élan de colère et de frustration temporaire du téléspectateur – un scandale cède bien vite la place à d’autres faits d’actualité. Ceux qui tirent les ficelles du pouvoir savent qu’il ne faut pas grand-chose pour détourner le regard de l’opinion publique. Un nouveau drame en annule un autre.

D’ailleurs, qui se rappelle encore des pertes de mémoire et des séances de bégaiement des témoins lors de la commission sur l’effondrement du viaduc de la Concorde? Même si certains se sont bien servis dans le buffet et que personne ne semble coupable, encore une fois, on est rapidement passé à autre chose. Et que dire de ce tout dernier mélodrame national qu'est la commission Bouchard-Taylor? Ainsi fonctionne la caisse enregistreuse de l’État, où l'on dispose de l’argent public comme de l’argent de Monopoly.

Durant l’affaire Norbourg, le président du Mouvement d’éducation et de défense des actionnaires Yves Michaud a dit: «Les épargnants doivent être prudents avant de confier leurs économies au premier venu. Les gens magasinent une journée complète pour un frigo, mais ils confient 50 000 $ à des inconnus.» Quel judicieux conseil. Évidemment que les épargnants et les consommateurs ont une part de responsabilité – après tout, ce sont eux qui posent le geste volontaire d’investir ou de dépenser. L’investisseur a la responsabilité de se renseigner sur une entreprise avant de lui confier son argent. Et puis même lorsque nous nous procurons quelque chose d’aussi banal qu’un réfrigérateur, nous avons la liberté de discuter avec le vendeur, de peser les pours et les contres du produit afin de prendre une décision éclairée. Nous pouvons également refuser la transaction et décider de faire affaire avec un intermédiaire ayant meilleure réputation. Personne ne va nous tordre un bras pour acheter.

Disposons-nous de cette marge de manoeuvre face au gouvernement? Non, car on prélève de manière autoritaire une partie toujours plus grande de notre force de travail et de nos économies sous forme de taxes et d’impôts. On exige de nous rien de moins qu’un acte de foi, de croire les yeux fermés que cet argent (volé de façon légale et confié a de parfaits inconnus) sera géré avec intelligence. Et même si le gaspillage existe, le système reste le même, se perpétuant année après année, et les coupables impunies sombrent bien vite dans l'oubli.

Mathieu Bréard

04 janvier 2008

Évolution et économie: les Autrichiens sont déjà passés par là

Mind_of_market Il y a plusieurs années, j’ai lu de nombreux livres qui traitaient d’évolution et de la théorie nouvellement en vogue des systèmes complexes adaptatifs (Holland, Gell-Mann, Pagels, Dennett, Slobodkin, Mitchell, Kauffman, etc.). J’étais étonné de voir que ces auteurs, qui semblaient tout à fait compétents pour parler d’astrophysique ou de biologie, devenaient souvent maladroits lorsqu’ils s’attaquaient à des questions touchant l’évolution des sociétés, et particulièrement des questions économiques.

Certains prétendaient pouvoir révolutionner la théorie économique en y appliquer des notions telles que le traitement d’information, sans savoir que des économistes avaient déjà abordé ces questions il y a bien longtemps. Mais comme pratiquement personne n’avait (et n’a toujours) entendu parler de l’École économique autrichienne, ils s’imaginaient appliquer leurs théories à un domaine vierge alors qu’ils ne faisaient que réinventer la roue.

Comme je l’ai mentionné dans un billet la semaine dernière, «je suis un adepte de l’individualisme méthodologique dans une perspective autrichienne, et je considère justement que c’est cette méthodologie qui applique le mieux l’approche systémique ou complexe au niveau du comportement humain». Mais jusqu’à maintenant, je n’avais vu aucun bouquin qui faisait systématiquement le lien entre la science de la complexité et la théorie autrichienne.

Un essai qui promet d’être intéressant vient cependant tout juste de sortir des presses sous la plume de Michael Shermer: Mind Of The Market: Compassionate Apes, Competitive Humans. Shermer est bien connu comme directeur du magazine Skeptic et on savait qu’il était libertarien (voir la note à la fin de cet article où je le donne en exemple comme libertarien non-croyant). Dans ce bouquin, il se demande notamment: «Is the capitalist marketplace a sort of Darwinian organism, evolved through natural selection as the fittest way to satisfy our needs?»

Je n’ai pas encore lu le livre et je ne sais pas dans quelle mesure il discute d’économie autrichienne. Mais dans le Scientific American de ce mois-ci, il signe un petit article intitulé «Evonomics», dont voici quelques extraits, où il mentionne Mises:

Evolution and economics are not just analogous to each other, but they are actually two forms of a larger phenomenon called complex adaptive systems, in which individual elements, parts or agents interact, then process information and adapt their behavior to changing conditions. Immune systems, ecosystems, language, the law and the Internet are all examples of complex adaptive systems.

(...)


As with living organisms and ecosystems, the economy looks designed—so just as humans naturally deduce the existence of a top-down intelligent designer, humans also (understandably) infer that a top-down government designer is needed in nearly every aspect of the economy. But just as living organisms are shaped from the bottom up by natural selection, the economy is molded from the bottom up by the invisible hand.

The correspondence between evolution and economics is not perfect, because some top-down institutional rules and laws are needed to provide a structure within which free and fair trade can occur. But too much top-down interference into the marketplace makes trade neither free nor fair. When such attempts have been made in the past, they have failed—because markets are far too complex, interactive and autocatalytic to be designed from the top down. In his 1922 book, Socialism, Ludwig von Mises spelled out the reasons why, most notably the problem of “economic calculation” in a planned socialist economy. In capitalism, prices are in constant and rapid flux and are determined from below by individuals freely exchanging in the marketplace. Money is a means of exchange, and prices are the information people use to guide their choices. Von Mises demonstrated that socialist economies depend on capitalist economies to determine what prices should be assigned to goods and services. And they do so cumbersomely and inefficiently. Relatively free markets are, ultimately, the only way to find out what buyers are willing to pay and what sellers are willing to accept.

La transmission d’information ne coûte pratiquement plus rien aujourd’hui grâce à Internet, et les idées sont en concurrence directes les unes avec les autres, pour la première fois dans l'histoire. Dans un contexte de libre concurrence, on le sait, les meilleurs ont habituellement un avantage. Et c’est pourquoi on peut s’attendre à ce que les idées autrichiennes deviennent de plus en plus connues et répandues au cours des années qui viennent. Ron Paul est en train de leur faire une publicité extraordinaire aux États-Unis. Bientôt, les penseurs les plus sérieux et avant-gardistes, notamment ceux qui étudient les systèmes complexes adaptatifs, ne pourront plus les ignorer.

Martin Masse

L’imposition des pourboires est discriminatoire

PourboireLes travailleurs de la restauration sont une cible facile pour Revenu Québec. Ils sont peu organisés et peu protégés. Ils ne forment pas un groupe d’intérêt susceptible de c