par Mathieu Bréard
Il y avait de la fébrilité dans les rues de Miami après l'annonce du départ de Fidel Castro. Un sentiment que je partage avec tous les exilés cubains qui s'opposent depuis des décennies à ce régime communiste. Ce gouvernement est une tyrannie qui ne tolère aucune dissidence politique. Le système économique de planification centralisée et les rationnements à répétition empêchent des millions de citoyens de jouir des bienfaits de la propriété privée et du commerce libre. Lors d'une entrevue sur les ondes de Radio-Canada, la fille illégitime du Lider Maximo, Alina Fernandez, a prétendu qu'il faudra encore bien du temps avant que l'on assiste à une réelle volonté de changement sur l’île. Étant donné l'état de profonde soumission dans laquelle se trouve la population, la période de sevrage sera certainement longue et difficile. Mais le départ de Castro est une belle occasion pour l'Occident de réviser ses politiques interventionnistes et de prendre acte de leur échec.
Les présidents ont beau se succéder à Washington, la politique américaine à l’endroit de Cuba est au point mort, toujours prisonnière de ce carcan idéologique tout droit sorti du temps de la Guerre froide. Il est difficile de croire que cette petite île des Antilles puisse encore susciter autant d'inquiétude. Son principal pourvoyeur a beau s'être effondré de lui-même en 1991, on a l'impression que la dynamique reste la même. En 1992, le président Bush père signe le Cuban Democracy Act qui durcit l'embargo contre Cuba. Quelques années plus tard, le président Clinton en rajoute avec la loi Helms-Burton qui impose des sanctions extraterritoriales sévères aux entreprises étrangères et aux citoyens qui souhaitent commercer avec Cuba. Si l’actuel président aborde du bout du bout des lèvres un possible allègement de certaines dispositions de la loi, les plus extrêmes sont là pour rester. Et la grande question demeure: est-ce que cette politique de sanctions qui perdure depuis plus de 40 ans a permis à la population cubaine d'atteindre la liberté, de vivre mieux et de prospérer? La réponse est non. Au contraire, on a accentué davantage les désordres déjà visibles du communisme qui affectent non pas les apparatchiks du régime, mais la population dans son ensemble.
Cet embargo ne touche pas uniquement les Cubains. Il impose nombre de restrictions à la limite du ridicule. Par exemple, si un citoyen américain peut encore se rendre plus ou moins librement en Iran – un pays qui figure pourtant sur la liste noire du gouvernement Bush –, pour visiter Cuba légalement il lui faut avoir une autorisation spéciale de l’État ou avoir des liens avec un Américain d’origine cubaine. Cette interdiction de voyager à Cuba, selon l'American Society of Travel Agents, empêche des millions de touristes américains de se rendre dans l'île pour profiter du soleil et surtout consommer (tous ces gens loueraient des chambres d'hôtel, prendraient des taxis, fréquenteraient des restaurants exotiques... Ce dynamisme économique contribuerait à mettre de l'argent dans la poche d'un nombre plus important de Cubains en plus de créer de nouvelles opportunités d'embauche). Viennent ensuite toutes les restrictions sur le transfert de fonds privés dans l'île. Les nombreuses barrières imposées par Washington à l'industrie agricole privent les entreprises d'un accès aux marchés cubains afin de vendre de la viande, de la volaille, du riz, du blé ainsi que de l'équipement de pointe. Finalement, la loi Helms-Burton ne représente ni plus ni moins qu’une mesure abusive qui punit le commerce et les investissements libres à Cuba.
À l'heure où l'on encourage le libre commerce avec la Chine communiste et où la pression pour des réformes démocratiques pèse de plus en plus lourd sur Pékin, l'île de Cuba est le parfait exemple de l'incohérence et du double standard qui semble exister en matière de sanctions.




Why not, on fait bien du commerce avec la Chine et il y a eu des réformes et une amélioration de la condition de vie des Chinois.
Rédigé par : Mathieu Gaudreault | 22 février 2008 à 10h12
Avec ou sans boycott occidental, la Chine a une masse que n'a pas Cuba. Elle pèse lourd dans l'économie mondiale et les Etats-Unis se tireraient une balle économique dans le pied s'ils essayaient de lui imposer les mêmes sanctions qu'à Cuba. Toutefois, si l'amélioration relative des conditions de vie en Chine grâce à l'économie profite un peu aux Chinois, elle profite surtout aux dirigeants à qui elle permet de rester en place dans une espèce de système qui nous paraît hybride vu de loin mais qui est bel et bien communiste avec tout ce que cela implique en termes de dictature et de privation de libertés individuelles. Peut-être que si l'Union Soviétique avait eu ce genre d'opportunité, elle serait toujours là avec une économie soi-disant mixte pour le plus grand bénéfice de ses apparatchiks.
Même si maintenir le "blocus" américain sur Cuba apparaît comme un résidu de la guerre froide et témoigne d'un double standard, pourquoi donner une chance supplémentaire à cette dictature de perdurer ? Encore que bien d'autres pays commercent désormais avec Cuba et contribuent à son économie, et par là à la survie de son système.
Rédigé par : Marianne | 22 février 2008 à 14h16
Marianne : Toutefois, si l'amélioration relative des conditions de vie en Chine grâce à l'économie profite un peu aux Chinois
Faux! Depuis la fin de l'êre Mao plus de 200 millions de Chinois ont quittés la pauvreté pour la richesse. Quand même mieux querien. Une classe moyenne a même fait son apparition. Tout cela en quelques années seulement. Imaginer dans 20 ans. Cette richesse ne profite pas uniquement a la classe politique. Les chiffres le démontre. Ensuite, plus il y a de liberté économique plus il y a de pression pour des réformes en faveur de la liberté politique.
Marianne : Même si maintenir le "blocus" américain sur Cuba apparaît comme un résidu de la guerre froide et témoigne d'un double standard, pourquoi donner une chance supplémentaire à cette dictature de perdurer ? Encore que bien d'autres pays commercent désormais avec Cuba et contribuent à son économie, et par là à la survie de son système
Bien moi si j'ai la chance de vendre et de commercer avec la population Cubaine je vais le faire.
Je ne vois pourquoi il faudrait mettre la population cubaine et Castro dans le même bateau.
Rédigé par : Gilles | 22 février 2008 à 15h59
L'Embargo ne fonctionne pas. Une utopie simplement pour donner bonne consciences au politiciens. Un gaspillage de ressources et d'argent. Ne donnons pas de raison a Castro d'alimenter sa propagande. Il ne pourra que se blâmer lui-même pour l'échec de sa révolution. La population est loin d'être dupe.
Et je ne comprend pourquoi il faudrait maintenir un embargo contre une tout petit ile (car toute petite) mais ouvrir nos frontières a la Chine communiste (Car plus gros et menaçant). Belle incohérence.
Un beau trip de puissance.
Rédigé par : Isabelle | 22 février 2008 à 17h04
On... On... De toutes façons, on a rien à dire contre. Si le gouvernement américain décidait de conserver le cap sur l'embargo,ce n'est pas le Canada qui va oser le contourner. À moins que le Canada, l'Alberta, se servait de la clé du pétrole pour tordre le bras de l'Oncle Sam, notre plus gros client. Lol !
Rédigé par : WaltA | 22 février 2008 à 19h24
Le Canada a n'a rien a foutre de l'embargo américain. Il commerce déjà avec Cuba et les tourismes Canadien vont dans l'île. Nous oui mais pas les américains lol! Tellement logique comme approche ahahahahaha!
Rédigé par : Kevin | 22 février 2008 à 19h30
@Kevin, Voyons, Cuba, c'est la misère.L'embargo américain est dur, bien qu'assoupli, pour permettre des échanges commerciaux de l'ordre de 2.4 milliards de dollars. Pire,l'État cubain a littéralement asservi ses cerveaux, en envoyant 30 000 des leurs pour servir à travers le monde dans des domaines de la médecine, ainsi que de la biotechnologie. Bien sûr, c'est l'État qui reçoit la part du lion, en ce qui concerne la rémunération des professionnels. N'est-ce pas là un exemple d'un type d'esclavage... Finalement, grâce au tourisme, beaucoup de cubains peuvent se faire un peu d'argent en se prostituant... C'est tellement beau Cuba...
Rédigé par : WaltA | 23 février 2008 à 06h59
Walta :
Bien voyons! Je suis d'accord pour la prostitution mais prétendre que le tourisme amène que de la prostitution faudrait pas exagérer quand même.
Je suis conscient que Cuba est loin d'être un paradis mais je ne vois pas en quoi laisser cet embargo en place y change quelque chose. La vérité sa ne change strictement rien. Tout le monde le sais aux Etats-Unis.
Et comme le disais Gilles si un Canadien a la liberté de commercer avec un Cubain je ne vois pourquoi l'Américain ne pourrait pas le faire. Et si comme le disait l'auteur du blog si un américain a la liberté de se rendre en Iran, je ne vois pas pourquoi il ne pourrait pas aller en visite a Cuba.
Cuba est loin d'être un paradis mais l'embargo ne change rien ! Encore un mythe!
Rédigé par : Kevin | 23 février 2008 à 07h12
Kevin, il y a tout de même des interactions économiques entre Cuba et les ÉU, mais ils demeurent très contrôlés. L'entêtement du gvt américain va perdurer tant que le communisme va survivre sur l'Île. Puis, après la mort de ce régime autocratique, il va sûrement s'en suivre une période de chaos, mais je suis sûr que des groupes de la diaspora cubaine vont retourner sur l'île afin d'y investir et d'en développer l'économie. Je me pose une question : Et si Cuba devenait un État américain ? comme le Canada, le Mexique, Haïti, ainsi que les autres îles de l'Anérique du nord ? Histoire de contrôler la criminalité, ainsi qu'une monnaie unique...
Rédigé par : WaltA | 23 février 2008 à 08h55
Le pire est qu'après la dictature communiste, ce sera surtout la mainmise de la mafia qui guettera Cuba.
Rédigé par : marianne | 23 février 2008 à 10h23
Bonjour Mathieu !
Je partageais votre opinion il y a plusieurs années mais je me dis maintenant que si l'embargo américain n'a pas changé grand chose il faut dire de même des pays qui commercent avec ce pays, dont le Canada et l'Espagne. Castro était et reste un ami des Trudeau et des autres socialistes. Cuba a eu et a certainement encore des relations très amicales avec la Corée du Nord. Certes, Fidel a tiré sa révérence, mais son frère Raul a été pire que lui... C'est Raul qui était le vrai doctrinaire et le directeur des assassinats. Quant aux procès contre les "ennemis", ils ressemblaient à ceux de Staline. Cuba est présentement dirigé, comme la Chine d'ailleurs et d'autres pays, même la Russie actuelle, par des castes de profiteurs issus de l'armée et des partis communistes. Le grand coup a été quand Gorbatchev a décidé de cesser les subventions sur les achats de sucre et autres achats, en particulier militaires.
J'ai moi aussi regardé le reportage de Jean-François Lépine à Radio-Canada. Je leur ai d'ailleurs envoyé une note que cet animateur n'est qu'un désinformateur. Combien de tués sous le régime cubain? Combien vivent aux États-Unis ? Environ 10% de la population de Cuba. Ce ne sont quand même pas tous des criminels... Combien ont péri pour fuir ? Est-ce que l'embargo américain oblige le régime de profiteurs à Cuba, qui exploite maintenant le tourisme et qui est soutenu par Chavez, à imposer l'absence de liberté de presse et d'expression ?
En somme, faut-il être toujours condescendants envers des régimes qui nient la liberté, sous prétexte que des actions contraires au régime ne peuvent que nuire à la population ? C'est un faux argument car ils sont les grands responsables de leurs politiques qui sont contraires aux intérêts de leur population.
Yvon Dionne
Rédigé par : Yvon Dionne | 27 février 2008 à 17h11