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28 février 2008

Une recette keynésienne à toute épreuve pour s'enrichir: la guerre sans victime

par Martin Masse

Dans une superbe entrevue sur les ondes de AntiWar Radio à l'occasion du décès de William F. Buckley, Lew Rockwell, le président de l'Institut Ludwig von Mises, nous offre des perles de bon sens libertarien sur divers sujets de nature surtout historique. L'entrevue mérite d'être écoutée au complet, mais j'en retiens une anecdote savoureuse pour ridiculiser la croyance keynésienne selon laquelle «la guerre est bonne pour l'économie».

Battleship_4L'animateur Scott Horton commence par lire un commentaire absurde de l'«économiste» et chroniqueur du New York Times Paul Krugman, un propagandiste des fabulations keynésiennes et l'une des figures de proue du prêt-à-penser de la gauche démocrate:

Le fait est que la guerre, en général, a l'effet d'un stimulant pour l'économie, à tout le moins à court terme. Qu'on se souvienne que la Seconde Guerre mondiale a mis fin à la Grande Dépression. Les 10 milliards de dollars environ que nous dépensons chaque mois en Irak vont surtout à acheter des biens et services produits aux États-Unis, ce qui signifie que la guerre soutient en fait la demande. On peut concéder qu'il y aurait des façons infiniment plus appropriées de dépenser cet argent. Mais à un moment où c'est une demande insuffisante qui pose problème, la guerre en Irak joue tout de même le rôle d'une sorte de WPA [Work Progress Administration, un programme typique du New Deal créé par Roosevelt en 1935] et appuie directement et indirectement la création d'emplois. (Ma traduction)

On pourrait écrire un volume pour réfuter tous les sophismes et les faussetés que contient ce court paragraphe (voir ma petite contribution dans cet article écrit au lendemain des attentats du 11 septembre, où Krugman est en bonne compagnie avec Pauline Marois parmi les illettrés économiques). Lew rapporte la réplique à la Bastiat d'un politicien newyorkais dont je ne comprends pas le nom. Je paraphrase:

Si c'est effectivement le cas que la guerre est bonne pour l'économie, alors nous avons un moyen facile de générer de la richesse, mais sans les aspects les plus déplaisants de la guerre que sont les morts et les blessés. Nous (les Américains) nous entendons avec les Japonais pour construire chacun une flotte de guerre gigantesque, avec des armements et des appareils de détection ultrasophistiqués. Nous amenons les deux flottes au milieu du Pacifique à un site où pourrait se produire une bataille navale. Puis nous évacuons tous les matelots pour éviter qu'il y ait des victimes. Et nous faisons couler tous les navires. Et voilà! Nous pouvons bénéficier des effets économiques de la guerre, mais sans faire de victimes. Il suffit de recommencer et l'on peut maintenir une prospérité en permanence!

Comme le note Lew, il suffit de réfléchir deux minutes pour se rendre compte que le keynésianisme est totalement débile et irrationnel, sauf du point de vue des gouvernements. Malheureusement, la plupart des gens n'ont pas deux minutes pour réfléchir à cela et se contente d'ânonner les idioties qu'ils entendent, notamment de la bouche de ministres des Finances.

Commentaires

Ce genre d'analogie s'applique en effet à merveille au keynésianisme. On peut également citer la tarte à la crème de la 'création d'emploi': il suffirait que le gouvernement décide de dépenser pour 'créer' des emplois. En poussant cette logique, on pourrait par exemple créer 500 postes de manufacturiers de miroirs, et 500 postes de briseurs de miroirs: bilan, 1,000 nouveaux emplois créés. C'est t'y pas merveilleux?

HAHAHAHA mourrant, quelle belle idée. Je vais m'en souvenir longtemps de celle là, j'ai hâte qu'un "illettré économique" comme vous dites me sorte cet argument. Petit détail, je connais absolument pas le chroniqueur mais ses arguments ressemblent beaucoup plus à de la droite interventionniste que de la gauche non? C'est Keynésien mais certainement pas gauchiste. Peut-être aussi que c'est bien une "figures de proue du prêt-à-penser de la gauche démocrate" mais que c'est aussi un mêlé qui embarque avec des solutions de droite interventionniste.

"On peut concéder qu'il y aurait des façons infiniment plus appropriées de dépenser cet argent."
Paul Krugman


Au moins il admet qu'il y a mieux, et même beaucoup mieux. C'est déjà un début !

Il ne reste qu'aux libertariens à prendre pied là-dessus pour achever de le convaincre et le convertir aux idées libertariennes.

"un politicien newyorkais dont je ne comprends pas le nom"
Martin Masse

Lewis E. "Lew" Lehrman
http://en.wikipedia.org/wiki/Lewis_Lehrman#Conservative_causes

Dans 1984 de Georges Orwell, il y a un paragraphe là-dessus. La guerre entre l'Eurasia, l'Estasia et l'Oceania est purement économique car construire perpétuellement des forteresses marines pour les faire couler de jours après permet de fédérer toute la population et produire une richesse importante mais dont personne ne peut profiter car cette richesse tombe directement dans la mer. Ainsi on évite de trop en donner au peuple.

Excellent texte, Martin. J'aimerais bien en utiliser des extraits dans la prochaine édition de mon manuel de macroéconomie. Malheureusement, ces foutaises keynésiennes sont encore répandues et se retrouvent dans plusieurs textbooks "sérieux".

Salut Martin,

Je trouve ton idée très bonne cependant, dans cette théorie keynésienne, tu omets probablement involontairement que les morts sont aussi une source intarissable d'économie.

Que penser des funérailles, des églises. Exemple, le père meurt, la bonne femme doit souvent trouver un "remplaçant" (appelons un chien un chien voulez-vous). C'est bon pour l'économie, l'argent dépensé en sorties avec les nouveaux prétendants, le gardiennage des petits etc.

Je suis d'accord pour dire que cette théorie de la guerre qui est bonne pour l'économie nous permets d'élire des petits dictateurs qui feront les guerres avec le sang de nos soldats cependant, il faudrait être en mesure de réaliser que l'économie nécrologique est elle aussi composante intègre de l'équations.

Tym Machine

@ Tym Machine

Un pays peut choisir entre «produire des canons», ou «produire du beurre», mais un individu ne peut pas choisir entre mourir un jour ou l'autre, ou ne jamais mourir.

Mourir est une fatalité, et ne nous laisse aucun choix. Faire la guerre ou ne pas la faire est souvent un choix.

Si c'est pour «faire rouler l'économie» qu'on choisit de faire la guerre et de «produire des canons», on peut tout aussi bien la faire rouler en «produisant du beurre».

Dans un cas, il y a destruction de ce qui existe, dans l'autre il y a conservation de ce qui existe, avec en prime, plus de «beurre». D'où l'avantage de choisir «le beurre».

@Tym Machine,

C'est vrai, j'avais pas pensé à ça! Sans compter tous ces blessés qui vont créer un boom dans la prestation de services aux traumatisés, production de prothèses, etc. C'est vrai que je ne suis pas un expert en économétrie, mais il doit sûrement y avoir une équation dans un gros bouquin quelque part qui capture toutes ces retombées économiques.

"La bonne guerre" qui permettrait de relancer l'économie est en effet la plus affligeante des inepties économiques.

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Citations

  • « Bientôt, on va demander à l'État de nous tenir la bizoune quand on va aller pisser. Vous trouvez ça normal, vous? Est-ce si dur de se prendre en charge? »

    – Richard Martineau, « La faute aux autres», Le Journal de Montréal, 17/04/2008

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