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15 mars 2008

Des arguments pratiques et éthiques en faveur d'un libre marché d'organes

par Bradley Doucet

Le principal responsable d'un réseau de trafiquants de reins en Inde, le Dr Amit Kumar, a été arrêté le mois dernier au Népal et attend son procès. Il vivait auparavant avec sa femme et ses deux enfants à Brampton en Ontario, où il avait acheté une maison l'année dernière. M. Kumar se serait présenté comme chirurgien cardiovasculaire et aurait dit à ses voisins de Brampton qu'il se rendait en Inde pour liquider ses affaires. Les autorités indiennes affirment toutefois qu'il n'est pas un chirurgien. Le réseau de trafiquants de reins qu'il est présumé avoir dirigé tentait, dit-on, de trouver des donneurs potentiels parmi les Indiens pauvres en les droguant, en les forçant à la pointe du fusil, ou en leur offrant de 1000 à 2500 $ pour l'un de leurs deux reins.

Kidney08 Au premier chef, ce genre d'histoire a pour effet de confirmer les pires appréhensions de certaines personnes par rapport à un marché débridé – de l'exploitation des plus pauvres aux profits exorbitants obtenus par des hommes d'affaires véreux en passant par les avantages injustes dont les riches bénéficient. En fait, cela démontre exactement le contraire. Le fait est qu'il est absolument illégal de vendre ou d'acheter des reins en Inde, tout comme au Canada et dans la plupart des pays du monde, et les effets lamentables qu'on observe sont précisément le résultat de cette absence d'un marché ouvert et légal.

Freiner le pouvoir du marché

Comme on peut s’y attendre, en l’absence d’un marché qui fonctionne librement, la demande dépasse de beaucoup l’offre disponible pour des reins à transplanter à travers le monde. Dans un article publié par le Wall Street Journal en novembre dernier, la journaliste Laura Meckler rapportait qu’environ 4400 personnes sont mortes l’année dernière aux États-Unis seulement en attendant une greffe de rein. La liste de personnes en attente d’un rein comptait à la fin de l’année 75 000 noms, alors qu’on avait réalisé moins de 20 000 greffes. Les temps d’ attente peuvent s’allonger jusqu’à six ans – pour ceux qui réussissent à survivre aussi longtemps.

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Commentaires

Pour commencer, nos lois interdisent déjà de s'attaquer à l'intégrité physique d'autrui sans son consentement libre et éclairée. Si un adulte sain de corps et d'esprit consent à se détacher d'un organe pour améliorer son sort. Pourquoi pas ?

Je suis d'ailleurs en désaccord avec le Docteur qui prétend que les pauvres seront exploités par les mieux nantis. Puisque tous y trouvent leurs comptes dans ce type d'échange, personne ne vole quoi que se soit à d'autres.


1) Le receveur mieux nanti verrait sa qualité de vie améliorée. Ce qui
implique le retour rapide au travail du greffé, citoyen productif. Des
médecins légaux pourraient aussi s'assurer de la qualité des organes
transigés ainsi que des services après-vente...
2) Le donneur accroîtrait légèrement son niveau économique.
3) La médecine serait soulagée d'années de listes d'attentes pour des
traitements renouvelables.
4) Le Gouvernement serait délesté des coûts exhorbitants d'années associées
aux cures inutiles, car temporaires. De plus, l'État perceverait des
taxes et sûrement des surtaxes pour des opérations commerciales.
6) Les avocats chargeraient de dispendieux honoraires pour s'assurer de la
validité, ainsi que de l'exécution des contrats.Encore, l'État toucherait
sa part...

Bref, tous y gagnent au bout du compte. Euh! Sauf peut-être l'industrie de la mort qui, elle, peut bien attendre un peu en salivant... Les greffés seront, bien entendu, un jour ou l'autre, comme nous tous d'ailleurs, habitants d'une boîte à viande ou d'un petit pot... Ainsi va la vie vers la mort.

@WaltA

En dehors de 'l'industrie de la mort', il y'a aussi au fond toutes les entités institutionnelles qui monopolisent actuellement l'intermédiation de ce genre de transactions, au prétexte d'une supposée 'valeur ajoutée' - qui fait une belle jambe (enfin un beau rein) à ceux que le goulot d'étranglement constitué par ces intermédiaires condamne à attendre des années pour une opération, voire... à mort.

Depuis l'aube de l'humanité, dénicher un 'carrefour' stratégique d'échanges, et en prendre le contrôle pour s'assurer d'une gabelle substantielle en échange de la 'permission' donnée à autrui d'effectuer les transactions qu'il rend possibles ou facilite, a constitué une source de revenu et de pouvoir particulièrement profitable. Bien des grandes villes européennes et américaines doivent leur fortune à une situation de ce genre.

Lorsque le 'carrefour' en question est contrôlé par une entité privée, il est toujours possible de lui susciter une concurrence. Mais lorsqu'il est contrôlé par l'État, aucun contournement n'est possible.

Pierre-Yves, dans ce cas, s'il y avait, au Québec, une médecine à deux vitesses ainsi que des possibilités de souscrire à des assurances maladie particulières, cela ne serait-il pas une piste de solution ? Ainsi, en cas de pépins, quelqu'un pourrait être poursuivi tant au civil qu'au criminel. Bref, le secteur d'économie médicale ne deviendrait pas la Cour des Miracles...

Finalement, les jeux de la concurrence, si chers à vous, pourraient avoir libre cour.

@WaltA

Je pense que le probleme n'est pas tant le caractère privé ou public des établissements de santé, que l'impossibilité pratique de les mettre en concurrence au niveau de la fourniture des services. Le Québec est déja très en avance en ce qui concerne la part du privé en santé, mais tant que le secteur privé ne peut pas concurrencer le public à armes égales cela ne donne rien pour les patients, puisqu'on retrouve une dynamique de cartel. À terme, le privé va monopoliser les soins 'rentables', et tout le reste se retrouvera au public.

Pour briser cette dynamique il faudrait faire disparaitre la ségrégation entre secteur public et secteur privé et s'assurer qu'il soient considéré sur un pied d'égalité par l'entité qui finance les soins, mais le Collège des médecins va toujours s'y opposer puisque cela entrainerait une fluidité accrue de l'offre de soin, donc une pression à la baisse sur les salaires (en moyenne).

En passant certain prétendent que la loi canadienne sur la santé fait obstacle à cette réforme, mais pas mal de gens plus savants que moi estiment qu'il ne s'agit que d'un prétexte.

"En passant certain prétendent que la loi canadienne sur la santé fait obstacle à cette réforme, mais pas mal de gens plus savants que moi estiment qu'il ne s'agit que d'un prétexte." (Pierre-Yves)

C'est effectivement le cas­. La loi fédérale empêche la mixité du financement (par exemple, les tickets modérateurs), mais pas le développement d'un réseau parallèle privé. C'est la loi provinciale qui restreint le développement du secteur privé.

Le document de référence qui décortique le mieux ce sujet est cette Note économique publiée il y a cinq ans par l'IEDM: "Réformes de la santé: Jusqu’où peut-on étirer l’élastique?" http://www.iedm.org/uploaded/pdf/santejuridique.pdf . J'ai bossé pendant des semaines pour clarifier ce fouillis légal avec les avocats et résumer ça en quatre pages. Probablement l'étude la plus complexe sur laquelle j'ai travaillé pendant toutes mes années à l'IEDM.

Il serait plutôt préférable d'investir dans les cellules souches et la culture d'organes in-vitro afin de pouvoir offrir des organes neufs et génétiquement personnalisés aux patients qui en ont besoins et ce SANS devoir les prélever sur une personne vivante.

Si on permettrait le clonage et la recherche sur les cellules souches, des entreprises pourraient développer des organes de remplacement plutôt que de prélèvement.

Dans 25 ans, ce problème "d'éthique" entourant la vente et le traffic d'organes sera réglé par la culture d'organes in-vitro.

Ce sera beaucoup moins cher, disons $5,000 pour un rein cultivé plutôt que $500,000 sur le marché noir ou $50,000 sur le marché réglementé pour un rein prélevé.

Les reins seront neufs, testés en laboratoire. Ils pourront être spéficifiques à la génétique du patient donc pas de risques de rejet ni besoin de médicaments immunosuppresseurs.

Il faut investir dans la culture d'organes et délaisser absolument l'approche barbare du prélèvement.

@ Médoc

Hmm, je doute que le problème soit l'investissement mais bien la légalité, je suis mal informé mais il me semble qu'il y a un cadre législatif assez serré là dessu, surtout au États-Unis. Il y a aussi de grand mouvements contre les cellules souches.

L'investissement est déterminé par l'attrait qu'il présente, un simple marché libre suffit à encourager les projets rentables et efficaces au détriment de ceux qui ne le sont pas. Le problème de base est la légalité, que ce soit pour la transplantation ou le clonage.

Probablement que le domaine évoluera très vite, comme tous les domaines qui se libèrent des réglementations.

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Citations

  • « Bientôt, on va demander à l'État de nous tenir la bizoune quand on va aller pisser. Vous trouvez ça normal, vous? Est-ce si dur de se prendre en charge? »

    – Richard Martineau, « La faute aux autres», Le Journal de Montréal, 17/04/2008

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