par Germain Belzile
Le temps des impôts approchant à grands pas au Canada, je vous propose un thought experiment que je mène régulièrement avec mes étudiants, dans un cours d'économie du bien-être et de la taxation.
L'État nous oblige à lui verser à chaque année des sommes importantes sous toutes sortes de formes (impôts sur le revenu, taxes diverses, impôts sur la richesse foncière), dont une part importante ne sert pas à produire des biens «publics», mais est plutôt redistribué. Bien peu de gens remettent en question cette notion même de redistribution des revenus.
Mes discussions avec mes étudiants m'amènent à croire que le soutien à ces politiques (ou l'apathie généralisée) relève plus d'une forme de conditionnement ou d'habitude que d'un soutien théorique ou moral profond.
Voici comment j'approche le problème: en début de séance de cours, je propose à ma classe que l'on procède à une redistribution des points accumulés par chacun au cours du trimestre. Ainsi, ceux qui auront performé bien mieux que la médiane céderont des points à leurs collègues «moins fortunés». La moyenne ne changera pas, mais les notes n'iront plus de E à A+. Les meilleurs ne pourront plus espérer qu'un B+ et les plus faibles obtiendront un C-.
Assez rapidement, la pagaille s'installe! La plus grande part des étudiants sont en pétard face à ce qu'ils voient comme une injustice. Parmi leurs objections, notons:
-«Je travaille fort. Ce sont mes notes. Pourquoi devrais-je en céder à ceux qui travaillent moins?»
-«On encourage ainsi le resquillage, c'est-à-dire que certains travailleront moins fort et se contenteront d'un C-, aux dépens des autres.»
-«La moyenne diminuera, car tous feront face à des incitations moins fortes pour réussir.»
Et ils réalisent très vite que c'est ce qui se produit avec le système de redistribution des revenus. Les taxes ne sont pas neutres. Nous sommes collectivement plus pauvres lorsque l'État s'ingère dans nos vies en taxant ceux qui travaillent fort.
En fait, le cas des taxes est bien plus grave que celui des notes. En plus de diminuer l'incitation à travailler et à entreprendre, les taux marginaux d'imposition élevés réduisent l'investissement sous toutes ses formes (en capital physique, en innovation et en éducation). Y aurait-il beaucoup d'étudiants à HEC si tous occupaient un emploi semblable et gagnaient la même chose, quels que soient les efforts qu'ils mettent en vue de l'obtention d'un diplôme? Mes étudiants, qui font face à un coût d'opportunité élevé en passant des années de plus aux études au lieu d'aller directement sur le marché du travail, ne s'y trompent pas.



@ Germain Belzile
Si, comme scénario, vous décidiez unilatéralement d'augmenter votre productivité, comme par exemple obtenir une meilleure note générale pour un même temps de classe, et moins de corrections à faire, en congédiant quelques étudiants ayant les notes les plus basses, comment réagiraient vos étudiants: est-ce qu'ils seraient contents de se débarasser des moins bons et de se retrouver uniquement avec les meilleurs des meilleurs, et d'apprendre ainsi plus et plus vite, ou trouveraient-ils que même les moins bons ont droit eux aussi à une chance d'avoir leur diplôme ?
Rédigé par : Gerry Flaychy | 02 mars 2008 à 18h14
Si on pousse ce raisonnement jusqu'au bout, il vaudrait mieux que le professeur ne garde qu'un seul étudiant: le meilleur.
Quelque chose cloche non?
Enseigner est un métier et plus vos clients sont satisfaits et nombreux, plus vous (ou votre institution) êtes rémunéré. Vouloir garder "une note générale élevée" n'est d'aucune utilité si cela revient à diminuer le nombre de clients.
De toute façon, en supposant que votre scénario soit réaliste, les étudiants demanderaient que le professeur soit remplacé / changeraient d'école / décideraient d'apprendre seuls.
Rédigé par : Christian Fortin | 02 mars 2008 à 21h14
Je ne vois pas comment être "moins bon étudiant" enlève la *chance* d'avoir un diplôme. Ça demande plus de travail, certes mais si un "moins bon étudiant" fait des efforts, il peut progresser.
Rédigé par : Roger Wilco | 02 mars 2008 à 21h35
Une institution qui souhaiter hausser son niveau de crédibilité n'a pas le choix de garder une note général élevé et des critères a la hauteur des demandes du marché. Sinon autant garder n'importe qui uniquement parce qu'il paye le prix des études. En enseignement le client n'a pas toujours raison. Le mauvais client doit-être éventuellement retirer car incapable de répondre aux exigences de l'institution.
Rédigé par : Maude | 02 mars 2008 à 21h37
Il n'y a que des intellectuels individualistes pour imaginer une rhétorique aussi simpliste. Dans la vraie vie, la plupart des gens doivent se contenter de la moyenne du groupe pour récompenser le fruit de leur travail parce qu'il est justement intégré à un travail d'équipe et qu'il est difficile de le faire sortir du lot. Pour l'immense majorité des gens, le taux d'effort et la qualité du travail ne change presque rien à la rémunération. Le milieu scolaire est un reflet très déformant de la réalité. Le monde ne fonctionne tout simplement pas au mérite.
Rédigé par : Nicolas | 02 mars 2008 à 22h01
'Une économie qui souhaiter hausser son niveau de crédibilité n'a pas le choix de garder une productivité générale élevé et des critères a la hauteur des demandes des marchés financiers. Sinon autant payer n'importe qui uniquement parce qu'il produit n'importe quoi. En matière de redistribution fiscale l'électeur n'a pas toujours raison. Le citoyen improductif doit-être éventuellement retiré car incapable de répondre aux exigences de la société.'
Désolé Maude, c'était trop tentant. Germain Belzile, c'est génial votre truc. Nicolas vous raisonnez en sophiste en déformant la proposition de Germain. Son annecdote ne s'intéresse pas à savoir si un citoyen Lambda 'mérite' de percevoir tel revenu, ou si un élève 'Alpha' mérite d'avoir une note supérieure aux autres: c'est sans objet. Lambda touche touche tel revenu parce que le marché décide que ses prestations valent celà. Alpha décroche des 'A' parce qu'il sait se conformer aux critères de l'institutions académiques, beaucoup plus arbitraires que ceux du marché.
Le point de Germain est, que la rémunération ou la note soient justifiées ou pas, la redistribution imposée (ce dernier qualificatif est important) aboutit à une baisse de la performance générale. Une université dont les étudiants ne performent pas n'attirent pas les employeurs et les candidats. Une économie dont les travailleurs ne performent pas ne génère pas le niveau de prospérité nécéssaire a payer les service qu'elle prétend offrir (case in point: le système de santé québécois). Le résultat du collectivisme niveleur dont vous semblez être un apôtre, c'est une société en état de stagnation économique d'ou le gout de la performance et du travail bien fait a disparu.
Rédigé par : Pierre-Yves | 03 mars 2008 à 00h16
Pourquoi désoler maude? Je partage votre avis. Ou je me suis mal exprimée plus haut? :)
Rédigé par : Maude | 03 mars 2008 à 01h06
'Désolé', pour le plagiat...
Rédigé par : Pierre-Yves | 03 mars 2008 à 10h21
Je partage généralement l'idée de Mr Belzile et surement de la majorité des Libertariens à l'effet que la redistribution décourage l'effort. La redistribution à l'échelle de la société présente quand même un bénéfice au niveau de la sécurité. Un citoyen pauvre qui n'est pas affamé ou en danger pour sa survie ne se révolte pas, vole moins et globalement n'enmerde pas ceux qui ont des "A" (principe 'du pain et des jeux').
Je pense donc qu'il serait difficile d'éliminer complètement la redistribution sans faire exploser de l'autre coté les budgets policiers. La question qui reste alors c'est : quelles sont les formes de redistributions minimales essentielles à la paix sociale?
En piste de réponse je pense que l'élimination massive de toute forme de subvention (surtout aux entreprises) serait un bon début, mais il faudrait probablement conserver une forme d'aide-sociale.
Rédigé par : Maxime | 03 mars 2008 à 10h30
Ah mais non Pierre-Yve ne t'excuse pas! Je pensais avoir été mal comprise plus haut. Vous avez mieux résumer que moi! Merci
Rédigé par : Maude | 03 mars 2008 à 10h51
@ Maxime
C'est simple, ton aide sociale doit se faire par initiative personnelle, pas imposée par le gouvernement. Une institution de charité devrait toujours être une initiative citoyenne et non un "programme" déterminé par le gouvernement. Si la cause des sans-abris me tient à coeur, peut-être vais-je moi même partir une organisation qui a pour but de les aider. Ou alors vais-je faire un don à cette organisation. Le fait est que la charité et la solidarité ne sont pas des "enjeux de société" ou "des valeurs nationales", ce sont des sentiments individuels qui peuvent être regroupés de façon volontaire pour vaincre un problème.
Les Québécois donnent beaucoup moins d'argent qu'ailleur en Amérique du Nord. Pourquoi? parce que en principe le gouvernement s'en occupe, ce n'est plus la responsabilité de personne. Tout le monde considère que l'aide sociale attribuée par le gouvernement est bien suffisant et on se désintéresse.
Ironiquement, c'est les solidaires qui créent le plus d'individualistes égoïstes, que les véritables individualistes (Libertariens par exemple), qui eux sont charitables, mais à leur bon vouloir. En principe dans une société libertarienne, la conscience de chacun devrait normalement être beaucoup mieux que ce que nous vivons en ce moment.... Et si ce n'est pas le cas SO BE IT, parce que c'est la volonté des gens eux même, pas celle d'une élite qui impose ses valeurs morales.
Pour ce qui est du véritable sujet :D, j'adore la vulgarisation de Germain à ses élèves :D
Rédigé par : Kevin | 03 mars 2008 à 18h04
@ Maxime
"quelles sont les formes de redistributions minimales essentielles à la paix sociale?"
- Celles qui sont librement consenties
@ Pierre-Yves
"Le citoyen improductif doit-être éventuellement retiré car incapable de répondre aux exigences de la société"
- Qu'entendez-vous par "retirer"??? Certains citoyens sont plus productifs que d'autres, mais chacun a sa place dans la société, pour autant qu'il ne se plaigne pas de ne pas pouvoir consommer ce qu'il ne produit pas. Une université privée peut bien éjecter qui elle veut de son campus, mais la "société" n'est pas un club privé dont on peut définir un intérieur et un extérieur. J'ai peut-être mal compris votre énoncé, mais il sonne un peu trop nazi à mon goût.
Rédigé par : Bastiat | 03 mars 2008 à 18h13
@ Maude
"Une institution qui souhaiter hausser son niveau de crédibilité n'a pas le choix de garder une note général élevé et des critères a la hauteur des demandes du marché. (...) En enseignement le client n'a pas toujours raison. Le mauvais client doit-être éventuellement retirer car incapable de répondre aux exigences de l'institution."
Tant qu'il ne gène pas l'enseignement (en dansant sur les bureaux par exemple), il n'y a aucune raison pour qu'un client soit rejeter parce qu'il n'obtient pas de bonnes notes. La crédibilité de l'institution se fait sur les diplômés, pas sur ceux qui ont échoués.
"Sinon autant garder n'importe qui uniquement parce qu'il paye le prix des études."
Oui. Je n'y vois aucun problème.
Rédigé par : Christian Fortin | 03 mars 2008 à 18h28
Bastiat : Qu'entendez-vous par "retirer"??? Certains citoyens sont plus productifs que d'autres, mais chacun a sa place dans la société
Je vais répondre pour Pierre-Yves il pourra compléter au besoin.
Une école de médecine par exemple, ne vas pas conserver dans ses rangs des citoyens (étudiants) qui ne vont pas respecter les critères d'admission et un certain niveau de performance. Il est faux de dire que tout le monde a sa place en Médecine. Ainsi la sélection est absolument nécessaire pour une institution qui souhaiter avoir une bonne notoriété sur le marché.
Rédigé par : Maude | 03 mars 2008 à 18h34
M.Fortin,
Je ne suis absolument pas d'accord avec votre position. Aucune institution privée qui se respecte ne conserve dans ses rangs des étudiants nul uniquement parce qu'ils vont payer la facture en bout ligne. De plus, la crédibilité d'une institution ne vas pas se faire uniquement sur le nombre de diplôme mais sur la qualité de l'enseignement qui donne justement la valeur au diplôme sur le marché. Je doute qu'une personne ayant un certains niveau souhaite se retrouver avec un groupe d'étudiants completement nul qui ne maitrise même pas le minimum. Et même je pèse mes mots. Une sélection est nécessaire car il faut éliminer les candidatures.
Rédigé par : Maude | 03 mars 2008 à 18h41
@ Maude et Christian
On peut très bien laisser coexister des universités qui sont davantage sélectives et d'autres qui le sont moins. La compétition nous dira bien qui de vous deux avait raison. Je ne vois pas pourquoi il faudrait imposer un modèle unique à toutes les institutions.
Mon commentaire portait plutôt sur l'idée de "retirer" des individus "improductifs" de la "société". Je ne vois pas le sens de cette idée, à moins qu'il ne s'agisse de déportation. On ne déporte pas les gens parce qu'ils ne sont pas productifs à notre goût. C'est tout-à-fait contraire à l'idée d'une société libre. La "société" ne vous appartient pas! Vous êtes libre de ne pas inviter les improductifs chez vous, mais vous n'avez aucunement le droit de dire qu'ils ne devraient pas être invités chez les autres.
Rédigé par : Bastiat | 03 mars 2008 à 19h37
Bastiat
Je vais laisser Pierre-Yves répondre a propos de la société. Moi je voulais faire référence â l'institution.
Pour le reste je suis d'accord avec vous. Il ne faut pas imposer un seul modèle. Mais je demeure convaincu qu'une institution d'enseignement en Médecine ne pourrais tenir bien longtemps sur le marché en acceptant n'importe qui (sans critère) simplement parce que l'étudiant paye la facture. Imaginer la perte de temps et le gaspillage de ressources (professeurs et équipements) pour gérer plein des étudiants ayant des résultats désastreux et qui n'ont pas les aptitudes nécessaires pour faire le programme.
Rédigé par : Maude | 03 mars 2008 à 19h51
@ Germain Belzile
Au fait, pendant que j'y pense, d'où vient l'argent qui permet à vos étudiants de poursuivre leurs études et de payer ce qui leur en coûte pour vivre, et aussi, de payer leurs professeurs, sans compter tout le reste, tel que les bâtiments, personnel d'entretien, etc...?
N'y aurait-il pas un phénomène de redistribution caché derrière tout ça ?
Rédigé par : Gerry Flaychy | 03 mars 2008 à 20h51
@ Gerry Flaychy :
Idéalement, d'un emprunt. Tout comme on n'a pas besoin de redistribution de la part de l'État pour décider d'investir dans une usine, les gens sont bien capables de décider d'investir dans l'acquisition de leur propre capital humain. Et le marché des capitaux existe pour ça. Le rôle du gouvernement (ou d'une autre organisation) pourrait se limiter à être un garantisseur de dernier ressort, en raison de l'incomplétude des marchés financiers.
Pour revenir à mon propos de départ : l'idée est toute simple (et comprise par Pierre-Yves et Nicolas). La redistribution décourage l'effort. Et ceux qui croient que cela veut dire qu'on devrait éliminer les moins productifs n'ont rien compris (ou sont de mauvaise foi).
Posez-vous la question d'une autre façon : si on garantissait à tous la moyenne (disons B-) dans tous vos cours, tout le monde étudierait-il autant ?
Rédigé par : Germain Belzile | 03 mars 2008 à 21h37
@Bastiat
Au sujet de 'le citoyen improductif doit être retiré'
D'une part, je ne faisais que calquer la formulation de Maude, pour illustrer l'analogie entre la société et l'université.
D'autre part, je peux bien entendu expliciter davantage: ce qu'on peut entendre par là, c'est qu'un citoyen en pleine possession de ses moyens, capable de travailler, ne doit pas être entrentenu par la société, ni se voir allouer une partie du revenu généré par un autre citoyen plus productif, sans contrepartie.
On pense par exemple au concept de flexisécurité, mais aussi tout simplement à des politiques toutes simple comme de couper le bien-être social aux bénéficiaires capables de travailler qui refuseraient plus de trois offres d'emploi sans motif valable.
C'est ce que j'entend par 'retiter' (retirer des colonnes 'dépenses' et inscrire dans les colonnes 'actifs')
Rédigé par : Pierre-Yves | 04 mars 2008 à 16h16