Comment percer dans le marché de l'emploi par des moyens non conventionnels
Un lecteur, Patrick T., nous écrit:
Ma question s'adresse à Martin Masse à propos de son billet La fin prochaine du monopole étatique de l'éducation: comment vendre son savoir lorsqu'il n'est pas reconnu par un diplôme étatique du genre BAC en informatique?
Moi, ma passion ce sont les mathématiques, la programmation, les algorithmes, les fractales, etc. Je veux faire un BAC en informatique. Or le MIT offre ses cours en ligne gratuits et je me débrouille très bien seul dans l'apprentissage des mathématiques à l'aide de didacticiels et de manuels. Je suis un autodidacte et j'apprends plus efficacement seul qu'en classe. Mais une fois les connaissances acquises, comment les marchander?
En réalité, l'État conserve le monopole de la reconnaissance des acquis et du savoir. Comment outrepasser la nécessiter d'avoir un BAC en informatique pour pouvoir travailler comme ingénieur en informatique? Existe-t-il d'autres mécanismes de reconnaissance des acquis? Comment mettre en marché le savoir plutôt que le diplôme?
Car c'est vraiment le système de diplôme étatique qui donne à l'État le pouvoir sur l'éducation. Les patrons vont préférer embaucher un diplômé de McGill plutôt qu'un autodidacte qui a étudié les cours du MIT en ligne.
Réponse de MM:
Il existe justement, dans le domaine de l'informatique, des organisations privées qui font passer des tests et fournissent un certificat de compétence, sans avoir à suivre leurs cours. Je ne connais pas grand-chose dans ce domaine, mais en faisant une recherche rapide, j'ai par exemple trouvé ces pages: Computer Certification et Free Online Computer Training & Computer Certification Resources.
Évidemment, rien n'est gratuit dans ce bas monde, et il est probable que vous aurez à débourser un certain montant pour obtenir le certificat en question. Mais si vous êtes autodidacte et avez acquis vos connaissances gratuitement, ce n'est sûrement pas un investissement négligeable par la suite de payer pour obtenir une preuve crédible de vos compétences.
Il faut évidemment s'informer sur ce qui est crédible et ce qui ne l'est pas. Certaines de ces organisations ont probablement une meilleure réputation que d'autres. Lesquelles sont connues des employeurs dans votre domaine? C'est à vous de faire les recherches pour le découvrir. Je suis certain qu'il existe des forums de discussion où d'autres personnes dans votre situation pourront vous aider.
Tout ça ne se fait pas automatiquement, comme quand on sort de l'école publique avec le diplôme officiel estampillé par un bureaucrate. Le marché est un processus de recherche et de diffusion d'information qui devient toujours plus efficace grâce à Internet, mais vous avez tout de même une démarche à faire. Et ce n'est pas aussi facile dans tous les domaines. On ne pourra par exemple jamais devenir chirurgien en suivant des cours gratuits en ligne, pour des raisons évidentes.
À l'autre extrême sur l'échelle de la complexité technique cependant, on peut en pratique devenir un «spécialiste» de n'importe quelle discipline de sciences humaines tout seul chez soi en lisant tout ce qui est disponible sur le sujet, l'histoire économique du Québec ou la culture populaire chinoise par exemple. Nul besoin de perdre son temps à subir les sornettes de profs d'université. Il faut évidemment avoir un bon jugement, une curiosité intellectuelle insatiable, la capacité d'organiser ses connaissances, et plusieurs autres facultés qui ne sont pas données à tous. Mais si vous les avez, la difficulté d'avoir accès à l'information n'est plus aujourd'hui un obstacle, comme ce l'était encore jusqu'à il y a quelques années.
Sauf que les sciences humaines ne débouchent sur aucun emploi précis, que vous ayez ou non un diplôme universitaire. La seule façon que je connaisse de s'en servir dans un but professionnel est de s'intégrer dans des réseaux de gens qui partagent les mêmes intérêts, de s'impliquer dans des organisations (par des stages pour étudiants par exemple), ou de fonder soi-même une association ou même un site Web, où vos connaissances pourront être mises à profit et où vous pourrez vous faire connaître. Il vous faut investir dans votre «réputation professionnelle», en ne s'attendant pas nécessairement à décrocher un emploi sur le champ mais en cultivant toujours plus vos compétences et vos contacts et en étant disponible lorsque des occasions se présentent. C'est de cette façon que la reconnaissance des acquis se fait et que vous pouvez mieux réussir à vous mettre en marché. Je connais quelques jeunes qui ont obtenu des emplois intéressants de cette façon (notamment parce qu'ils me connaissaient, que j'avais pu apprécier leurs compétences et leur ouvrir des portes).
Pour parler de mon expérience personnelle, j'ai toujours su que j'allais faire carrière d'une façon ou d'une autre dans le monde de la politique, des idées et de l'écriture. Déjà au secondaire, j'étais impliqué dans l'association et le journal étudiants. Mais je n'aurais jamais pu planifier devenir, à 43 ans, un «consultant indépendant en politiques publiques», qui fait des recherches, écrit des mémos, articles et discours spécialisés pour des personnes ou des organisations du monde des affaires et de la politique. Comment est-ce qu'on arrive là? Pas évident, ça ne s'apprend pas et il n'y a aucun parcours tracé d'avance, comme pour devenir avocat ou mécanicien. Mes études universitaires en science politique ne m'ont pratiquement rien appris de pertinent qui me sert aujourd'hui. (Au moins, mes études sur l'Asie de l'Est m'ont permis d'élargir ma compréhension de la culture et de la nature humaine en général.)
C'est par une série d'implications non professionnelles et de contacts que c'est arrivé. J'ai d'abord écrit et publié un livre (un projet qu'il faut entreprendre de sa propre initiative, personne ne va vous pousser à le faire…), ce qui m'a ouvert plusieurs portes dans le milieu de l'information. J'ai accumulé des bourses et des expériences de travail à l'étranger. Puis je me suis impliqué en politique, ce qui m'a permis de connaître plusieurs personnes influentes. J'ai été parmi les premiers membres d'un réseau de libertariens québécois, dont certains m'ont plus tard embauché lorsqu'ils se sont retrouvés dans des positions d'autorité. Évidemment, Le Québécois Libre m'a aussi fait connaître et m'a même apporté des contacts utiles à l'échelle internationale. À travers toutes ces expériences, j'ai développé des connaissances et habiletés qui sont aujourd'hui en demande et que je peux mettre à profit grâce aux relations développées au fil des ans. Mais ce n'est pas arrivé tout seul et ça a pris une douzaine d'années d'«investissement» après mon départ de l'université avant de déboucher sur un salaire décent.
Tout ça pour dire que quel que soit le milieu de travail duquel vous aspirez à gravir les échelons, on ne va pas vous remarquer de toute façon si tout ce que vous avez à offrir est un diplôme avec les mêmes compétences que les autres candidats. Il faut offrir une valeur ajoutée pour percer. Et l'esprit entrepreneurial peut s'appliquer dans n'importe quel domaine.
Ceux qui refusent de passer par les parcours habituels, notamment les études universitaires conventionnelles, devront de toute évidence faire preuve d'encore plus d'esprit d'initiative pour réussir à percer. Le modèle libertarien que nous souhaitons voir se développer ne s'imposera pas de lui-même simplement parce que la technologie le permet. Il faudra que des pionniers fassent la preuve, dans leur vie quotidienne, que cela peut être profitable. En réussissant nos projets par des moyens non conventionnels, nous traçons une voie et mettons en place des structures que d'autres pourront utiliser par la suite.
Pour revenir à la même question qui a souvent été débattue sur ce blogue, «Que doivent faire les libertariens?», en voilà un autre projet plus pertinent pour faire avancer nos idées que celui de militer dans un parti d'opportunistes confus: exploiter les possibilités technologiques qui s'offrent à nous pour remodeler le monde de l'éducation et du travail. Les gouvernements n'ont pas été capables de mettre un frein au développement d'Internet, avec tous les bouleversements que cela entraîne aujourd'hui; de quelque allégeance qu'ils soient, ils n'auront d'autre choix dans l'avenir que de s'adapter à la nouvelle situation de l'éducation et du travail si un grand nombre de gens l'ont transformée pour qu'elle corresponde mieux à leurs besoins.



Ce n'est pas une question facile que pose Patrick, parce que pour bien connaître l'ennemi, le passage par les institutions officielles du savoir reste très utile, à condition d'avoir suffisament de personnalité pour se former... sans se 'déformer'. Il y a bien des mémères d'université qui n'ont jamais eu personne en face d'eux pour leur dire qu'ils avaient tort, et dont le discours est d'autant plus facile à démonter quand on l'a soi-même pratiqué.
Rédigé par: Pierre-Yves | 04 avril 2008 at 22h24
Voici un texte de Seth Godin (Ze Dieu du marketing non-conventionnel) qui aborde un peu le même genre de question
http://sethgodin.typepad.com/seths_blog/2008/03/why-bother-havi.html
Rédigé par: Jean-François Grenier | 05 avril 2008 at 00h13
Ma suggestion serait d'entrer dans une entreprise par l'autre porte, celle des fournisseurs, en tant que contractuel. Quitte à offrir vos services à très bon prix pour commencer. En bonus, vous éviterez l'abrutissement par le salariat qui a tant fait tiquer Marx!
Pour signer ingénieur, par contre, vous devrez passer par une école d'ingénierie. On ne s'obstine pas avec ceux qui ont un plus gros fusil que soi...
Rédigé par: Bastiat | 05 avril 2008 at 10h02
Pour Patrick,
Au Québec, pour travailler comme ingénieur informatique, tu dois être membre de l'ordre des ingénieurs et ça prend un bacc en génie. Si ton intérêt est au niveau du logiciel, tu n'as pas besoin de tout ça. Le titre software engineer est utilisé partout dans le monde mais il est illégal au Québec.
Je ne connais presque pas le marché du hardware mais il est très facile de faire reconnaitre ses connaissances par le marché. La plupart des gros vendeurs de logiciels ont des programmes de certification. Si tu regardes sur les sites comme Jobboom et Monster, ça peut te donner une bonne idée des compétences recherchées pour les emplois qui t'intéressent.
Le côté négatif est que beaucoup de grosses entreprises exigent des diplômes universitaires et que la plupart des pays exigent un baccalauréat pour donner un permis de travail à un étranger. Ces obstacles disparaissent avec les années d'expérience.
Il y a beaucoup de petites entreprises en informatique à Montréal qui vont aimer mieux engager un autodidacte qu'un étudiant, surtout si tu as appris les algorithmes et les mathématiques.
Voici quelques programmes de certifications
http://www.sun.com/training/certification/java/index.xml
http://www.microsoft.com/learning/mcp/default.mspx
http://education.oracle.com/pls/web_prod-plq-dad/db_pages.getpage?page_id=3
Pour complémenter les cours du MIT, tu devrais considérer joindre un projet open source. C'est beaucoup plus près de la réalité du marché du travail que n'importe quel travail universitaire.
Rédigé par: Francois Mottard | 05 avril 2008 at 10h27
De par mon expérience d'employeur, je peux vous assurer qu'entre un candidat ayant un bac en informatique ou une discipine connexe et un candidat autodidacte ayant une certification du genre de celles mentionnées dans les commentaires ci-haut, le premier est le meilleur choix dans la très grande majorité des cas.
Le problème avec les certifications d'industrie est que celle-ci sont axées sur des produits et non sur des technologies, et visent l'application de recettes plutôt que de concepts. Ces certifications ne font que "certifier" que le candidat sait comment appliquer la recette du manufacturier concerné, et ceci ne vaut que pour les versions courantes des produits, qui n'ont une durée de vie que de quelques années.
Bien sûr il y a des candidats autodidactes qui sont excellents et d'autres avec un bac qui sont incompétents, mais tout est une question de moyenne. Le candidat avec un bac aura généralement une connaissance générale plus large et des aptitudes autres que techniques qui seront des atouts dans son travail. En tant que diplômé de Polytechnique, je dis souvent à mon entourage qu'à Poly, ce n'est pas tant la science qu'on apprend qu'une méthode et une discipline de travail, à gérer son stress et à prioriser les tâches quand vous manquez de temps pour compléter toutes celles que vous avez à faire, particulièrement en fin de session.
D'ailleurs, je ne comprends pas pourquoi vous discréditez les baccalauréats et autres diplômes. Ceux-ci ne sont aucunement une création de l'État mais ont des racines historique beaucoup plus profondes. C'est à chaque établissement de s'assurer de la reconnaissance ou du prestige de son diplôme, en formant des individus qui auront le succès qui donnera cette reconnaissance et ce prestige. Et ca n'a rien à voir avec l'État. Si un diplôme de McGill vaut plus aux yeux d'un employeur qu'un diplôme de l'UQAM, c'est parce que les diplômés de McGill ont sûrement eu plus de succès et d'influence dans le monde que ceux de l'UQAM (je parle en général, et je ne vise pas ici à discréditer l'UQAM, ses étudiants ou ses diplômés, mais seulement illustrer un fait). Pourtant les deux institutions sont au Québec, et subventionnées par le gouvernement du Québec. Ce n'est donc pas l'État qui dicte la valeur d'un dipôme, mais le libre marché, ce qui me semble tout à fait en accord avec les valeurs défendues sur ce blogue.
Vous n'en voulez pas de ces diplômes car vous n'y croyez pas ? Libre à vous, mais le chemin vers le succès sera nécéssairement plus ardu. Et ce ne sera pas à cause de l'État, mais de votre choix.
Rédigé par: Bernard De Blois | 05 avril 2008 at 11h11
@ Bernard De Blois,
Vous écrivez: "je ne comprends pas pourquoi vous discréditez les baccalauréats et autres diplômes."
En fait, je vise seulement le monopole de l'État sur l'éducation et la certification des compétences. Je n'ai aucun de problème avec le concept du baccalauréat traditionnel, c'est-à-dire de passer trois ans à suivre un programme structuré, qui vous force à apprendre une méthode de travail en plus du contenu, avec des professeurs qui vous suivent. J'ai un problème quand je n'ai que le choix de le faire dans une seule université contrôlée par l'État et avec des profs ignorants qui cherchent surtout à m'endoctriner avec leurs idioties étatistes.
Nous avons maintenant le choix de suivre des programmes virtuels, et pour ceux qui ont la discipline et les capacités intellectuelles d'apprendre de cette façon (très loin d'être tout le monde...), c'est une alternative qui permet d'éviter la propagande et de réduire les coûts. De plus, cette concurrence augmente la pression sur les institutions traditionnelles. Comme je l'écrivais dans mon billet précédent sur la fin du monopole, "Il devient possible de comparer et de choisir les programmes les meilleurs, les plus pertinents et les moins corrompus par les multiples idéologies collectivistes à la mode. Cette concurrence détruit le pouvoir des élites."
Le problème est surtout crucial pour les sciences humaines, où se retrouvent tout de même une proportion importante d'étudiants, ceux qui formeront l'élite intellectuelle et politique de demain. L'économie autrichienne ne s'enseigne par exemple presque nulle part, ce qui n'est pas surprenant puisque les professeurs sont en fait des bureaucrates payés par l'État et qu'on ne peut pas s'attendre à ce que cette philosophie soit populaire dans des institutions étatiques. Ce qui fait qu'on se retrouve avec toute une discipline (l'économie) contrôlée par des étatistes, qui deviennent des partisans de solutions étatistes lorsqu'ils travaillent dans les médias et au gouvernement. Impossible de renverser ce cercle vicieux si tout le monde continue à suivre le parcours conventionnel avec le reste du troupeau.
Le problème est clairement moins grave dans le cas des disciplines plus techniques. Il ne doit pas y avoir beaucoup de propagande étatiste dans un cours de programmation informatique. Mais la logique s'applique tout de même pour ceux qui ne veulent pas entrer dans un moule unique et payer plus qu'il le faut pour une éducation contrôlée par une bureaucratie étatique.
Les universités actuelles sont des mastodontes institutionnels, qui fonctionneraient de façon très différente si elles étaient entièrement privées et si on éliminait toute barrière à l'entrée dans ce secteur. On saura de mieux en mieux quels programmes et diplômes sont les plus utiles, pertinents et économiquement rentables à mesure que le domaine de l'éducation s'affranchira du monopole étatique.
Rédigé par: Martin Masse | 05 avril 2008 at 12h21
De toute façon, y'a déjà un paquet de diplômes qui valent rien que l'État donne. Les étudiants qui font la grève sont souvent ceux qui ont les diplômes les plus inadaptés au marché du travail.
Un anthropologue, croyez-vous vraiment qu'il y a des milliers de positions pour ça?
Rédigé par: Mat | 05 avril 2008 at 15h59
Les licenses Microsoft (MCSE, MSCP, etc.) et Cisco (CCNA, ...) tous des titres qui vous rapporteront beaucoup plus à la fin du mois qu'un DEC en informatique.
Bien sur, ils doivent être couplés avec expérience pertinente.
Rédigé par: FrancisD | 06 avril 2008 at 10h05