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30 avril 2008

Les femmes dans les bars gais: la loi continue de favoriser les fémifascistes

par Martin Masse

Tomoffinland_2 En 1986, le gouvernement du Québec a forcé toutes les tavernes, ces refuges pour les hommes qui veulent prendre une bière en ayant la paix, à ouvrir leurs portes à la clientèle féminine. Plus de deux décennies plus tard, la loi continue de persécuter les commerces pour hommes en leur appliquant des règles antidiscrimination absurdes.

The Gazette nous apprend qu'une entente est intervenue entre le bar gai montréalais Le Stud et Audrey Vachon, une femme qui avait porté plainte l'an dernier devant la Commission des droits de la personne parce qu'on lui avait demandé de quitté l'établissement.

Pourquoi des femmes insisteraient de toute façon pour pouvoir fréquenter ce bar, voilà une question qui relève sans doute de la psychiatrie. Pourquoi la loi empêche de tels endroits d'accepter uniquement le type de clients qui veulent se retrouver entre eux, on sait d'où ça vient: de l'influence des fémifascistes, de l'idéologie égalitariste poussée jusqu'à l'absurde et des «valeurs» débiles propagées par la rectitude politique.

Dans un communiqué diffusé hier, la Commission rappelle que

tous les établissements commerciaux sont tenus de respecter les prescriptions de la Charte des droits et libertés de la personne du Québec et doivent, en conséquence, permettre à toute personne d'y obtenir, sans discrimination, les biens et services qui y sont normalement offerts.

La Charte permet qu'un commerce puisse tenter, par différents moyens promotionnels, d'attirer une clientèle particulière, comme c'est le cas, notamment, dans certains établissements visant la clientèle des personnes gaies ou lesbiennes. Cette possibilité n'efface pas, cependant, la règle générale de respect du droit à l'égalité sans discrimination dans l'accès aux établissements et aux biens et services qui y sont offerts au public.

Un porte-parole de la Commission a indiqué avoir reçu des assurances que le bar se conformerait aux règlements.

Jusqu'à ce que cette folie collective soit passée de mode et qu'on revienne au bon sens, on espère qu'il trouvera des moyens subtils d'envoyer un message clair aux dames qui insistent pour entrer qu'elles ne sont pas les bienvenues - au contraire de toutes ces tavernes qui ont invariablement «Bienvenue aux dames» au-dessus de leur porte d'entrée. Le journal constate par exemple que l'établissement ne contient qu'une seule toilette avec des urinoirs, ce qui devrait décourager la plupart d'entre elles, sauf peut-être quelques butchs endurcies.

À quelques rues de chez nous, on trouve deux centres de conditionnement réservées aux femmes seulement. Comment se fait-il que ce genre d'endroit existe? Non pas qu'il ne devrait pas exister, mais pourquoi la loi impose-t-elle deux poids deux mesures? Les hommes sont-ils carrément devenus des citoyens de seconde classe avec moins de droits que les femmes dans cette société?

28 avril 2008

Big Brother est-il dépassé?

par Martin Masse

Big_brother_2Un criminologue de l'Université de Montréal, Benoît Dupont, croit que le débat sur les dangers de la surveillance des citoyens par l'État et de l'érosion conséquente des libertés individuelles a perdu sa pertinence. L'ère du Big Brother serait révolue, pour faire place à une armée de Little Brothers qui tirent profit du miracle technologique. C'est ce qu'il explique dans l'Entrevue du lundi du Devoir.

Le modèle de Big Brocher est pas mal dépassé. Ça fonctionnait bien dans une société où les médias les plus évolués étaient la radio et la télévision. Mais, dans une société où 60 à 70 % de la population accède à Internet de façon régulière, on ne peut plus fonctionner avec le modèle de Big Brother. Ça devient complètement désuet.

Il ne faudrait pas oublier que, maintenant, il y a de plus en plus de moyens de surveillance qui ne sont pas utilisés par l'État, mais par des citoyens et des ONG justement pour surveiller l'État. Internet a quand même changé la perspective. Oui, l'État continue à faire de la surveillance. Mais, en tant que citoyen, on peut aussi surveiller plein de choses sans avoir des ressources faramineuses, et on peut rendre l'État plus imputable.

Pour preuve que l'on peut aujourd'hui «surveiller la surveillance», M. Dupont évoque la récente bavure des policiers de la GRC à l'Aéroport de Vancouver qui ont tué un visiteur polonais agité, Robert Dziekanski, en lui administrant deux décharges de Taser. Cette histoire n'aurait sans doute pas fait les manchettes si un observateur n'avait pas filmé la scène avec sa caméra de poche, ce qui a permis de constater que M. Dziekanski était plutôt inoffensif et a confirmé que les policiers fédéraux ont déformé les faits dans une tentative de camoufler leur bavure.

Selon l'article, dans la communauté restreinte de chercheurs qui s'intéressent à ces questions, Benoît Dupont ferait partie d'un groupe encore plus restreint qui n'adhérent pas au courant alarmiste en matière de surveillance. L'Association américaine des libertés civiles a ainsi lancé l'an dernier une horloge de l'apocalypse, fixant à minuit moins cinq l'avènement d'une société de surveillance totale. C'est le genre d'initiative qui le fait sourire: «Je suis très réticent devant ce type d'approche qui nie une chose fondamentale: la capacité de résistance des êtres humains. J'ai beaucoup de mal avec l'approche catastrophiste de la société de surveillance.»

Ce propos me fait penser à la vision de l'histoire exprimée par Murray Rothbard (à la suite d'Albert Jay Nock) dans la préface du premier volume de son histoire de la colonie américaine, Conceived in Liberty:

I see history as centrally a race and conflict between "social power" - the productive consequence of voluntary interactions among men - and state power. In those eras of history when liberty - social power - has managed to race ahead of state power and control, the country and even mankind have flourished. In those eras when state power has managed to catch up with or surpass social power, mankind suffers and declines.

Les technologies de l'information vont-elles permettre de consolider le «pouvoir de la société» ou le «pouvoir de l'État»? Qui va en profiter le plus pour gagner des points dans cette course? Mon penchant optimiste me porte à croire que ce sont les individus engagés dans la coopération volontaire qui en tireront les bénéfices dans les domaines monopolistique de la santé et de l'éducation par exemple. Il est également déjà évident qu'elles permettent aux individus de mieux assurer leur sécurité contre les criminels. Contre le regard inquisiteur de l'État, je suis moins sûr…, mais la perspective offerte par Benoît Dupont rejoint la même analyse, et tant mieux si les choses évoluent dans le bon sens là aussi.

Un site à découvrir sur l'éducation libre

par Martin Masse

J'ai parlé à plusieurs reprises de questions d'éducation ces dernières semaines. Le sujet est très vaste, et on pourrait l'aborder sous bien d'autres angles, notamment celui de la réforme pédagogique, de l'utilité ou non des commissions scolaires, ou encore de l'arrivée d'un nouveau cours d'éthique et de culture religieuse obligatoire qui remplacera en septembre l'enseignement moral et religieux dans les écoles. Malheureusement, je n'ai pas le temps, ni les compétences, pour commenter toutes les controverses.

Neanderthal_3 J'avais par exemple découpé dans La Presse la semaine dernière un article sur la propagande faite par le ministère de l'Éducation pour mousser ce nouveau cours controversé, qui suscite de plus en plus d'opposition, notamment de la part de parents et de groupes religieux qui craignent qu'on endoctrine les enfants avec une perspective relativiste. En plus de la distribution d'un million de dépliants aux parents, d'une vidéo et de rencontres organisées aux quatre coins de la province, la ministre de l'Éducation Michelle Courchesne écrira elle-même une lettre à tous les parents, nous apprend-on.

Mais la ministre, une autre étatiste insignifiante comme le Parti libéral en produit à la tonne, ne se contente pas de dépenser des millions pour nous convaincre des bienfaits de la carotte pour notre santé. Comme toute mesure étatique, celle-ci est appuyée par un bâton. C'est pourquoi elle a aussi cet argument massue à donner aux opposants: «Nous avons fait un choix de société. C'est la loi. Nous n'avons plus le droit d'enseigner la religion à l'école.» Kapitch?! Traduction en français plus direct: Nous, l'élite politique et bureaucratique, appuyée peut-être par une majorité simple, avons décidé pour tous. Nous avons le gros bout du bâton, appelé «loi», de notre bord. Des mesures de coercition et de répression vont convaincre les récalcitrants qu'ils n'ont plus de droit, donc inutile de contester.

On peut facilement imaginer une guerre de clan dans une tribu d'hommes de Neandertal se concluant par une déclaration semblable, les menaces voilées sous le jargon social-démocrate de la ministre s'élevant à peine, en termes de sophistication morale, au-dessus des grognements de la brute. Une photo plus représentative que celle publiée par La Presse nous aurait montré la ministre brandissant un gourdin à la tête d'une horde de fonctionnaires tentant de convaincre leurs concitoyens de se conformer aux nouvelles dispositions de la loi.

Bon, je m'égare un peu. Tout cela pour dire que pour ceux que ces débats intéressent particulièrement, on a récemment porté à mon attention l'existence d'un blogue qui s'y consacre. Pour une école libre au Québec est un «carnet voué à la promotion d'une véritable liberté scolaire au Québec, pour une diversité de programmes, pour une plus grande concurrence dans l'enseignement». Le site est fréquemment mis à jour, les textes sont bien écrits et bien argumentés, et la perspective semble tout à fait cohérente avec celle défendue ici. L'annonce mentionnée ci-haut a par exemple fait l'objet d'un billet la semaine dernière. Une chose à déplorer cependant: son auteur est anonyme. Peut-être est-ce pour des raisons valables, mais se cacher derrière l'anonymat ou un pseudonyme pour défendre des idées enlève toujours de la crédibilité à celles-ci.

Un appel aux libertariens de Sherbrooke

Un étudiant, Philip Laflamme, souhaite rencontrer d'autres libertariens de la région de Sherbrooke dans le but d'échanger et de discuter des moyens de faire connaître notre philosophie. On peut le contacter à plaflamme@gmail.com .

TQS: réduire la liberté d’expression via de multiples restrictions à la propriété

par André Dorais

TqsIl y a un peu plus d’un mois on apprenait que l’entreprise Remstar, de Montréal, achetait le réseau TQS. Celui-ci était sous la protection de la loi sur les arrangements avec les créanciers depuis décembre dernier. Plutôt que de s’en réjouir, les politiciens lui ont déclaré la guerre sous le prétexte qu’elle a annoncé ne plus vouloir effectuer de bulletins de nouvelles. Le message est on ne peut plus clair: au Québec, on veut l’argent des entrepreneurs, mais pas leur contrôle.

Lorsqu’une entreprise «étrangère» cherche à acquérir une entreprise locale, les politiciens montent aux barricades sous le prétexte de maintenir l’identité nationale. Et lorsque des gens d’ici se portent acquéreurs, les politiciens montent aux barricades sous le prétexte de sauver des emplois. Des mises à pied sont effectivement prévues par Remstar et il est aussi possible que son plan de relance ne fonctionne pas, mais si l’on en juge d’après les difficultés financières à répétition de TQS, force est d’admettre que le statu quo ne fonctionne pas plus. Les politiciens n’ont pas de meilleures idées que les entrepreneurs pour relancer l’entreprise, ils croient plutôt qu’il est de leur devoir de sauver des emplois. Ce faisant, ils ne démontrent pas leur grandeur morale, mais leur ignorance.

L’entrepreneur n’effectue pas de mises à pied pour le plaisir, mais parce qu’il croit que cela est nécessaire à la viabilité à long terme de l’entreprise. Tout entrepreneur souhaite la rentabilité de son entreprise, mais cela exige souvent des choix difficiles à court terme. Ce n’est que lorsque le service rendu est en croissance qu’elle peut envisager l’ajout d’effectif. Le politicien ne se préoccupe pas de cette vision à long terme, il se contente d’intervenir dans les engagements privés des gens sous le prétexte de sa plus grande moralité, voire de sa plus grande efficacité. Or, à trop jouer les sauveurs d’emploi, les politiciens finissent par le détruire. Ce n’est ni moral, ni efficace.

Il y a plusieurs façons d’obtenir de l’information du monde qui nous entoure et ce n’est certainement pas la disparition du bulletin de nouvelles du réseau TQS qui va changer la donne. De voir tous les partis politiques implorer le CRTC de les soutenir dans leurs convictions en dit long sur la soi-disant émancipation du Québec depuis la Révolution tranquille. Lorsqu’on dicte aux entrepreneurs le type d’émission qu’un réseau doit présenter, c’est qu’on ne pense pas grand-chose de la liberté d’expression. Les politiciens aiment bien le petit écran, particulièrement les bulletins de nouvelles aux réseaux dociles, pour être sûrs de poursuivre leur endoctrinement.

Certes, ce serait un peu fort d’évoquer une dictature, mais il est tout aussi inapproprié de parler d’un peuple émancipé lorsque la politique l’envahit davantage que l’Église autrefois. Toutefois, on ne peut se contenter d’accuser uniquement les politiciens pour cet état de dépendance. La démocratie dépourvue du principe de propriété en est pratiquement une invitation. Le prix à payer pour cela n’est pas uniquement moral, mais aussi économique. Plus on exigera de conditions à l’investissement, moins il y aura d'investissements. C’est la meilleure recette pour appauvrir tout le monde.

25 avril 2008

Next Floor : un ovni financé par le privé

Par Gilles Guénette

Villeneuve_2Qui a dit que sans subventions à la culture, il ne se produirait plus rien au Québec? (Je sais, plein de monde…) On apprend ce matin que le cinéaste québécois Denis Villeneuve (Un 32 août sur terre, Maelström) vient de tourner un court métrage sans dialogues entièrement avec des fonds privés. Next Floor, qui sera présenté en première mondiale le mois prochain dans le cadre de la Semaine de la critique, une section parallèle du Festival de Cannes, a été produit par la mécène Phoebe Greenberg, la femme derrière la Fondation d'art Contemporain DHC/ART, par l’entremise de sa boîte de production PHI Group.

C’est pour rendre hommage à l'histoire d’un vieil édifice qu'elle possède, et dont l'intérieur devait être entièrement reconstruit, que Mme Greenberg a donné carte blanche à Villeneuve - assortie d'un budget qui demeure secret - en lui suggérant l'idée d'un court métrage dont l'intrigue serait orchestrée autour d'un banquet. Le court métrage est «une commande, dans le sens romantique du terme», estime Denis Villeneuve. C'est un ovni! Un court initié par une mécène, avec quelques paramètres: un rapport au théâtre, au grotesque et un banquet. […] J'ai eu un fun noir, je ne me suis jamais senti aussi respecté en création.»

Il est intéressant de voir que le cinéaste prenne la peine de mentionner qu'il ne s'est jamais senti aussi respecté en création. Intéressant, mais pas surprenant. Parce qu'on peut facilement imaginer que lorsque les «créateurs» font affaire avec les fonctionnaires du secteur public, ils ne sont que des numéros, des projets à financer en partie, et qu'aucun lien ne s'installe nécessairement entre les deux parties. Tandis que lorsqu'ils font affaire avec le secteur privé, comme c'est le cas ici, de véritables relations semblent se créer - Next Floor est de Denis Villeneuve, d'après une idée originale de Phoebe Greenberg, créée par Phoebe Greenberg et Caroline Binet et scénarisée par Jacques Davidts.

Chez PHI Group, on promet que cette incursion dans le 7e art ne sera pas la dernière. Espérons que d’autres imiteront la mécène.

23 avril 2008

La démocratie s'appuie sur la démagogie pro-interventionniste

par Martin Masse

Chaque fois que le gouvernement intervient dans un dossier quelconque, que ce soit par une subvention, la création d'un programme, l'octroi d'un privilège légal, une incitation fiscale ou une mesure protectionniste, il privilégie une partie des citoyens qui en bénéficient au détriment de l'ensemble des autres. Les premiers ont intérêt à se mobiliser pour obtenir cette faveur de l'État, parce que l'intervention a un impact important sur leur situation, alors que ça ne change pas grand-chose pour les autres, qui par conséquent s'y intéressent peu. C'est cette dynamique de l'intérêt concentré pour les uns versus l'intérêt dispersé pour les autres que la théorie des choix publics a expliquée il y a quelques décennies.

Charest Cela explique que les débats politiques tendent à dégénérer en dialogue de sourds entre groupes de pression, chacun tentant de tirer le plus possible la couverture de son bord sans se soucier de l'intérêt des autres. Pourquoi se priver d'obtenir un privilège? Dans un système étatiste, si ce n'est pas l'un qui reçoit une faveur, ce sera un autre. Ou bien on est un profiteur, ou bien une victime. Aussi bien crier le plus fort possible pour tenter de l'obtenir.

Le citoyen ordinaire, celui qui n'est représenté par aucun de ces groupes de pression en tant que contribuable, travailleur et consommateur (sauf peut-être par la Ligue des contribuables) est, lui, systématiquement victime de toutes ces mesures interventionnistes puisqu'il lui est impossible de s'organiser avec d'autres pour faire le poids dans des centaines de dossiers distincts où il n'a pas d'intérêt cruciaux. Aucun citoyen qui n'est pas directement touché n'aura intérêt à dépenser efforts et ressources financières pour se mobiliser spécifiquement contre les subventions à l'exploration minière, la réglementation dans la construction ou le système de gestion de l'offre qui rend les œufs plus chers, même s'il fait les frais de tous ces programmes. Évidemment, même les membres de lobbies influents (les agriculteurs ultra protégés et subventionnés par exemple) finissent pas être victimes de ce système dans tous les autres aspects de leur vie.

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22 avril 2008

Je souffre d’écolassitude

par Gilles Guénette

Lassitude«Nous sommes bombardés d'informations sur les changements climatiques dans notre quotidien, et le ton catastrophe trop souvent utilisé risque de provoquer un désengagement populaire. L'écologie n'est pas une religion, et il faut éviter la sempiternelle réprimande psychologique qui risque d'engendrer un phénomène de masse encore plus dommageable que l'inaction: l'écolassitude.» (Jean Lemire, La Presse, 1er juillet 2007)

«En 1996, selon Environics, l'environnement n'était plus la priorité que de... 1% de la population. Il y a peu de chances pour que la situation se reproduise, les conséquences prévues de notre laisser-faire étant passablement plus inquiétantes qu'à l'époque. On ne peut, en outre, rêver de «régler» le problème en une décennie ou deux. Mais cela ne veut pas dire que l'«écolassitude» n'est pas une menace. Bien au contraire. Elles sont en effet nombreuses, les raisons de croire qu'une grande lassitude par rapport aux thèmes environnementaux ce que les Américains appellent «the green fatigue» est possible.» (François Cardinal, La Presse, 21 avril 2008)

Merci à Jean Lemire – le biologiste-cinéaste qui depuis son retour d’Antarctique est partout dans les médias – et à François Cardinal – le chroniqueur affecté aux questions environnementales à La Presse. Grâce à eux, je peux maintenant mettre un nom sur le mal qui m’afflige: je souffre d’écolassitude.

21 avril 2008

Montrer ses crocs contre le «capitalisme sauvage»

par André Dorais

CrocsCrocs Inc. a fermé son usine du quartier Saint-Malo à Québec pour transférer sa production là où la main-d’oeuvre est moins dispendieuse. Il n’en fallait pas plus pour que le ministre du Développement économique du Québec, Raymond Bachand, montre ses propres crocs. Non pas les sandales, mais les dents! Du «capitalisme sauvage» a-t-il lancé la semaine dernière en conférence de presse. Pouvait-on s’attendre à une autre réaction du ministre, docteur en administration, plutôt moralisateur, et ex-dirigeant du Fonds de solidarité FTQ? Disons que ce n’est guère surprenant.

Si les travailleurs licenciés sont présentement en difficulté, on doit faire attention à la façon de leur venir en aide. En effet, les gouvernements ont cette fâcheuse habitude de promettre mer et monde aux victimes avec l’argent des contribuables. On ne qualifie pas cette façon d’agir de sauvage, on préfère réserver cette épithète au capitalisme. Pourtant, entre ces deux façons de faire, seule la démocratie, et l’imposition qui la sous-tend, utilise la force pour arriver à ses fins.

Les politiciens se prennent un peu pour des prêcheurs et des vedettes. Ils prétendent savoir différencier entre le bien du mal et ne manquent pas une occasion de rappeler à leurs ouailles les préceptes socialistes: le capitalisme est sauvage, tandis que le gouvernement est humain, ou civilisé; aidez les uns en détroussant les autres; la force du nombre représente la légitimité; etc. La morale démocratique est douteuse, inefficace, mais ô combien! envahissante.

Crocs compte poursuivre sa production de sandales, mais ailleurs qu’au Québec. Les consommateurs auront donc encore le choix de les acheter ou non en maintenant leur pouvoir d’achat. L’entreprise aurait pu s’y prendre autrement, seul le temps permettra de juger si la décision était bonne. Pour l’heure, à l’instar du ministre, les boursicoteurs n’ont pas apprécié le geste, le titre ayant perdu 40% de sa valeur suivant l’annonce. Qui a dit que le marché répondait toujours favorablement aux licenciements?

Le capitalisme concentre le «mal» sur quelques travailleurs qui ont choisi de travailler pour une entreprise plutôt que pour l’autre. De son côté, la social-démocratie prétend être plus civilisée en sauvant les travailleurs d’un licenciement, voire en leur donnant de généreuses subventions. Ces pratiques ne font que redistribuer le «mal» à l’ensemble des contribuables. Tout le monde s’en trouve plus pauvre, mais soi-disant plus solidaire. Faut-il rappeler que la solidarité, la vraie, ne peut être que volontaire? C’est le propre du politique de faire passer une chose pour son contraire, de dire que le blanc est noir, le haut est le bas, le vrai est le faux, le bien est le mal, etc. Or, ce n’est pas parce qu’on traite les autres de sauvages qu’on est soi-même civilisé. Au contraire, c’est assouvir ses bas instincts, justifier sans les légitimer ses croyances et ses pratiques.

18 avril 2008

La crise alimentaire mondiale: pourquoi les prix augmentent-ils?

par Carl-Stéphane Huot

Un lecteur, Jérôme G., nous a envoyé la question suivante:

Dernièrement à la radio, j'entendais Laure Waridel et Hugo Latulippe remettre en question le système capitaliste. Ils évoquaient la crise actuelle provoquée par l'augmentation des prix des denrées alimentaires pour démontrer son échec. L'argument était que la croissance économique, en plus de détruire l'environnement, ne permet plus de lutter contre la pauvreté. Je recherche un point de vue libéral sur la crise qui sévit en ce moment chez les populations les plus pauvres du globe: les causes et les solutions qui pourraient être apportés.

Wheat Malheureusement, la crise actuelle est loin d'être aussi simple qu'il n'y paraît — et elle a plusieurs causes —, mais le capitalisme en soi n'en fait pas partie. Premièrement, le prix du pétrole a beaucoup augmenté ces dernières années. C'est en partie à cause de la guerre en Irak, mais aussi d'autres facteurs, dont le principal est la forte croissance économique dans plusieurs pays du Tiers-Monde qui ont adopté des réformes libérales et qui consomment plus de matières premières. On pourrait aussi ajouter Hugo Chavez, qui se sert du contrôle qu'il a sur les robinets de brut vénézuélien pour maintenir les prix plus élevés par la menace. Cela sert assez bien son programme socialiste.

Cela a eu pour effet de faire augmenter le prix des denrées parce qu'on doit utiliser de l'énergie pour exploiter une terre à sa juste valeur, mais aussi pour transporter les denrées vers les consommateurs. En plus, cela a rendu très rentable l'utilisation de ces mêmes denrées pour les transformer en biocarburant, ce qui a fait hausser les prix. Sans compter la "mode Kyoto", qui incite les gens à utiliser ces mêmes biocarburants, surtout si leur prix est compétitif avec l'essence, et les gouvernements à subventionner leur production. Le paradoxe là-dedans est que l'éthanol produit 20% plus de CO2 pour la même quantité d'énergie produite.

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16 avril 2008

Le placement de produits: le dada des bien-pensants

par Gilles Guénette

Placement_2Si vous avez une envie irrésistible d’aller magasiner chez Familiprix durant la soirée ou que vous vous surprenez à vouloir changer votre mobilier de chambre à coucher en déposant votre tête sur l’oreiller, c’est sans doute que vous avez regardé trop de télé. «Hein?!, que vous vous dites. Je ne regarde même pas les publicités!» Aucune importance. Vous avez été victime du placement de produits. Tum-tum-tum-tum… «La forme la plus insidieuse de publicité». Vite, téléphonez à votre député!

De marques et de logos

Marc Cassivi, chroniqueur culturel à La Presse, est le parfait représentant du bien-pensant qui fréquente les cafés branchés du Plateau et qui secrètement croit que la culture devrait être entièrement financée par le secteur public afin qu’elle soit réellement libre et profonde. Mais comme ses confrères et lui auraient l’air un peu déconnectés de dire tout haut ce qu’ils pensent tout bas, ils concèdent qu’il est nécessaire que le secteur privé finance la culture – en partie, on s’entend –, mais qu’il ne faut surtout pas que cela paraisse à l’écran.

Dans cette optique, les bien-pensants s’offusquent à toutes les fois qu’ils voient une marque de produit ou un logo d’entreprise à l’écran. Ils souhaiteraient qu’une anomalie temporelle nous ramène au temps où les personnages des petit et grand écrans buvaient de la bière de marque… «Bière» et que leurs épouses faisaient la lessive avec du savon de marque… «Savon». À l’époque où l’on prenait bien soin de placer les produits de consommation de façon à ce qu’on ne voit pas leurs étiquettes à l’écran.

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Le néolibertarianisme (ou quand les néoconservateurs sortent du placard)

par Mathieu Bréard

NeoconsLa réaction face aux attentats terroristes du 11 septembre 2001 à New York demeure source de discorde dans les rangs du mouvement libertarien américain. Pour certains, la réplique devait être immédiate afin de protéger les libertés et les valeurs profondes de l’Amérique. Ils répètent qu’au nom de la légitime défense, il était tout à fait légitime d’appuyer l’opération militaire en Afghanistan afin de traquer le réseau Al-Qaeda. Était-ce réellement la bonne chose à faire? Le débat est loin d’être clos.

Le problème est que depuis, ces soi-disant amants de la liberté se sont mis à soutenir la lourdeur de la bureaucratie et les pires violations des droits individuels perpétrés par le gouvernement fédéral dans leur propre cour. Confus, quant aux principes fondamentaux à défendre et aux prises avec un grave dilemme moral, beaucoup se sont réfugiés derrière le «néolibertarianisme» de Jonathan Henke, un terme popularisé au lendemain de la récente campagne militaire américaine en Irak.

Les tenants de cette idéologie prônent des interventions militaires un peu partout sur la planète pour imposer, selon leurs propres conditions, ce qu’ils appellent une paix durable. Ils ont abandonné le concept de non-agression pour faire la promotion de la violence étatique. Un phénomène qu’avait très bien décrit l’historien Charles Beard: «c’est le début de la guerre perpétuelle pour la paix perpétuelle» – ce qui revient à dire être constamment dans une logique de guerre pour garantir une paix hypothétique.

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15 avril 2008

L'université étatique en voie de sombrer dans l'insignifiance

par Martin Masse

Un autre dossier de La Presse publié hier et aujourd'hui sur le phénomène des «baccalauréats à rabais» vient illustrer ce que j'écrivais il y a deux semaines, c'est-à-dire que l'université en tant qu'institution étatique est en train de sombrer dans l'insignifiance.

Students_campus_4 Dans un marché libre, la logique de la concurrence est simple. Vous devez offrir un bien ou un service de la meilleure qualité possible au meilleur prix, sinon vos clients iront voir ailleurs. Que se passe-t-il toutefois lorsque les clients n'ont pas à payer le prix réel du bien qu'ils consomment et que les producteurs sont quand même compensés pleinement pour chaque client qu'ils réussissent à attirer? On obtient de la camelote évidemment. Le client ne peut pas exiger d'en avoir plus pour son argent, puisqu'il en a justement pour le peu d'argent qu'il débourse avec un produit de piètre qualité. La majorité se contente de ce qu'on lui offre. Quant au producteur, son incitation devient tout à fait différente: il cherche à attirer le plus de clients possible avec un produit bas de gamme qui satisfait ses clients peu exigeants mais qui lui rapporte tout autant.

C'est cette réalité que décrit le dossier du quotidien montréalais. Celle, comme la décrit la chroniqueuse Michèle Ouimet, des «diplômes au rabais, notes gonflées, cours inutiles, finances dans le rouge, concurrence malsaine entre les institutions qui s'arrachent les étudiants». On réduit les exigences, on fait passer tout le monde, on multiplie les certificats faciles à obtenir et payant pour l'institution.

Voilà ce que ça donne quand on cherche à faire graduer le plus d'étudiants possible en prenant des raccourcis. Depuis les années 1960, on s'est beaucoup pété les bretelles au Québec sur le fait d'avoir mis tous les «efforts collectifs» nécessaires pour rattraper notre supposé retard par rapport aux sociétés environnantes en «démocratisant» l'éducation supérieure. Tu parles qu'on l'a rattrapé notre retard! Avec des programmes bidon qui ne débouchent sur rien, des étudiants qui votent leur plan de cours (jamais compris ce concept!) et des formations complètes données par des chargés de cours mal payés.

Évidemment, disent les étatistes, tout ça n'est que le résultat du sous-financement des universités par l'État. Ce qu'il faut cependant comprendre, c'est que TOUT est sous-financé dans un État-providence, puisqu'il y a toujours un manque lorsqu'on cherche à s'occuper de tout, les besoins et le désir de régler chaque problème étant infinis. Plus on multiplie les programmes, moins il y en a pour chacun, et plus l'économie croule sous le fardeau fiscal et les dettes. À moins bien sûr de croire que l'argent pousse dans les arbres — une croyance qui sous-tend la vision économique des socialistes.

Qui plus est, un système d'éducation recevant un financement encore plus imposant, et où les étudiants auraient à débourser encore moins pour leur formation, ne serait que plus sujet aux effets pervers qui existent déjà: moins de responsabilité, moins d'adéquation entre l'offre et la demande, moins d'incitation à ne pas gaspiller de ressources (qu'on pense au fiasco financier de l'UQAM), etc.

Les militants étudiants dénoncent depuis des années la «logique marchande» qui serait en train de s'imposer dans l'éducation supérieure. En fait, s'ils comprenaient un peu l'économie, ils se rendraient compte qu'il s'agit au contraire d'une corruption totale du fonctionnement normal du marché par l'intervention de l'État.

Le marché est justement en train de réimposer sa logique, en contournant ce système en déroute. Tout ce que ce genre de dossier confirme, c'est que la marque Éducation universitaire étatique est de moins en moins prise au sérieux, alors que les barrières à l'entrée diminuent d'année en année et que la concurrence s'accroît. Dans quelques années, elle ne vaudra plus grand-chose, sauf dans le cas de quelques facultés prestigieuses où les ressources seront concentrées. Les consommateurs les plus avertis, de même que les employeurs, sauront en tirer les conclusions qui s'imposent.

Le PLQ est-il un parti vraiment libéral?

Mathieu Hubert, un militant du Parti libéral du Québec dans Trois-Rivières, nous a proposé ce texte pour tenter de convaincre les lecteurs du QL que son parti défend un véritable libéralisme. M. Hubert est étudiant en production de pâtes et papiers à l'Université du Québec à Trois-Rivières et a occupé certains postes au sein de la Commission-Jeunesse du PLQ, dont celui de représentant régional de la Mauricie. Voir ma réponse plus bas.
M.M.

      

Le Parti libéral du Québec défend un libéralisme moderne

par Mathieu Hubert

Lorsque vous lisez des lois, des projets de lois et des trucs du genre, vous pouvez reconnaître assez facilement les valeurs et les principes des législateurs qui expliquent leurs différents textes. De cette façon, il est possible de placer les législateurs sur un échiquier politique en fonction de leurs valeurs et principes. Par exemple, nous disons que les législateurs sont de droite lorsque leurs textes tendent vers un capitalisme pur, et de gauche lorsque leurs textes tendent vers la planification de l'économie. Au Québec, les uns accusent le gouvernement Charest d'être trop de droite, les autres accusent le gouvernement Charest d'être trop de gauche. Pourtant, le Parti libéral du Québec (PLQ), dont je suis membre, a la prétention d'être le gouvernement de tous les Québécois. Qu'en est-il vraiment?

Claude_ryanEn supposant, un peu comme le ferait un libéral largement influencé par l'École autrichienne d'économie, que les valeurs subjectives des individus et leurs interactions sont le point de départ de toute explication des phénomènes humains, il faudrait connaître les valeurs libérales et la vie politique québécoise pour expliquer le libéralisme au Québec. Du moins, ce serait plus facile de l'expliquer. Les valeurs libérales et le Québec moderne, ce livre de Claude Ryan, s'avère une référence en la matière.

Au Parti libéral du Québec, les idées doivent passer le test du marché. Lorsqu'un besoin en matière de politique est exprimé par un membre, il offre une proposition pour satisfaire ce besoin. Vous êtes libres d'appuyer la proposition ou non, vous êtes libres de reconnaître le besoin ou de vous abstenir. Vous êtes un libre penseur! C'est la meilleure garantie que vous puissiez offrir à un membre d'être conséquent, il n'a qu'à l'être avec lui-même. Et il n'existe pas de clubs politiques aussi indiscrets que le SPQ libre à l'intérieur du Parti libéral du Québec, rassurez-vous. Mais cela ne fait pas automatiquement du gouvernement libéral le gouvernement de tous les Québécois, non? C'est que le PLQ, au fil des ans, a réalisé que tous ses membres ont au moins un point en commun. Lequel? Ils ont tous la volonté de s'enrichir et de mettre sur pied un gouvernement qui offre aux Québécois une croissance économique optimale. C'est entre autres là-dessus que nous misons pour être représentatifs de tous les Québécois, ainsi que pour être convaincants.

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12 avril 2008

Sombre moment pour la gogauche: Cuba se libéralise

par Martin Masse

Après la Chine, le bloc soviétique, le Viêt-Nam, et d'autres pays communistes, c'est au tour de Cuba de tranquillement prendre le chemin du capitalisme. Depuis qu'il a remplacé son frère à la tête du gouvernement de ce pays il y a deux mois, Raul Castro a en effet entrepris une série de réformes qui ressemblent étrangement à la perestroïka de Mikhaïl Gorbatchev à la fin des années 1980 ou aux premières réformes de Deng Xiaoping à la fin des années 1970.

Fidel_raul Il a d'abord levé les interdictions sur la vente d'ordinateurs de lecteurs DVD, de téléphones cellulaires et d'autres biens de consommation, en plus de permettre aux citoyens cubains de séjourner dans les hôtels pour touristes. Des changements survenus dans le secteur agricole visent de plus à permettre aux travailleurs sur les fermes d'État et les fermes privées de produire et de gagner autant d'argent qu'ils le peuvent après avoir rempli les quotas imposés par le gouvernement.

Maintenant, c'est au tour d'un autre dogme communiste, l'égalitarisme salarial, de prendre le chemin des oubliettes. Selon une nouvelle publiée cette semaine par la télévision d'État cubaine, il n'y aura plus de limites aux salaires que pourront gagner les employés du secteur public, qui constituent plus des trois quarts des travailleurs dans un pays où l'État contrôle 90% de l'activité économique. Dorénavant, les salaires seront influencés par le niveau de productivité.

On est évidemment encore loin du laisser-faire économique. Mais on voit poindre déjà un certain bon sens économique fondamental, en particulier l'idée que les incitations comptent et qu'il est impossible de motiver les gens à travailler davantage et à être plus créatif et dynamique lorsqu'ils n'en recevront pas les bénéfices. Ces premiers pas ont pour effet d'engendrer un cercle vertueux, de susciter un nouveau dynamisme économique, même limité, et de mettre en place les conditions pour des réformes subséquentes.

Tous les autres ex-pays communistes qui se sont engagés dans cette voie ont aujourd'hui des économies beaucoup plus libérales, ouvertes et prospères. On peut donc espérer qu'au cours des prochaines années, après 40 ans de tyrannie, les Cubains pourront jouir de plus en plus de liberté de produire et d'échanger et qu'ils pourront enfin s'intégrer à l'économie mondiale. Voilà un petit développement positif pour faire contrepoids à l'avancée de l'étatisme dans le soi-disant «land of the free», où le gouvernement poursuit sa nationalisation du secteur financier, mine systématiquement la valeur de la monnaie et est en train de détruire toute incitation à investir de façon responsable.

08 avril 2008

Vimy: un massacre peut-il donner naissance à une nation?

(Note: À l'occasion de l'anniversaire demain de la bataille de Vimy, j'ai traduit mon article publié dans le QL en avril 2002.)

par Martin Masse

Le 9 avril 2002, le 85e anniversaire de la bataille de la crête de Vimy a été célébré au Canada. Cette prise d'assaut par des troupes canadiennes d'une position allemande fortifiée dominant la campagne environnante s'est déroulée un lundi de Pâques en 1917. Les Allemands contrôlaient la crête depuis le début de la guerre et des tentatives de la reprendre par les armées britannique et française avaient entraîné la mort de 200 000 soldats.

Vimy6 Pour la première fois depuis le début de la Grande Guerre, 35 000 soldats provenant des quatre divisions du corps expéditionnaire canadien se sont battus en tant qu'unité nationale de combat, au lieu d'être divisés et utilisés pour appuyer et renforcer les divisions britanniques. Trois mille six cent furent tués et 7000 blessés, mais le résultat fut une victoire éclatante.

Comme l'a souligné l'historien britannique John Keegan dans son volume The First World War, «Le succès des Canadiens a été sensationnel. Les épouvantables pentes nues et brisées de la crête de Vimy, sur lesquelles des milliers de Français étaient morts au bout de leur sang en 1915, furent prises en une seule lancée. Le sommet fut atteint et, sur l'abrupt versant opposé donnant vers l'est où s'entassaient l'artillerie et les troupes de réserve allemande, le regard du vainqueur pouvait embrasser toute la plaine de Douai.»

Dans d'autres pays, cette percée mineure, lorsqu'on s'en souvient, n'est vue que comme l'une d'une interminable série de batailles qui ont eu lieu pendant les longues années de la guerre. Keegan la décrit simplement comme «la première journée de la bataille d'Arras». Mais ici, et en particulier au Canada anglais, cette bataille a pris les proportions d'un mythe national.

Deux jours avant l'anniversaire, le quotidien montréalais The Gazette publiait, sous le titre «La naissance d'une nation» («The birth of a nation»), un article d'usage sur les étudiants et vétérans en visite sur le site de la bataille et sur le ministre donnant son discours prévisible appelant à «se souvenir de nos riches histoire et patrimoine militaires». Le jour suivant l'anniversaire, on retrouvait de nouveau la même notion dans le même journal: «Un vétéran de Vimy se souvient de la bataille qui a fait de nous une véritable nation.»

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07 avril 2008

Payant la culture? Ça dépend où l’on se situe…

par Gilles Guénette

FirstclassLe 18 mars dernier, on apprenait que Robert Rabinovitch, l'ancien président-directeur général de la Société Radio-Canada/CBC, a dépensé plus d'un tiers de million de dollars en frais de voyage, de restaurants et de déplacements de toutes sortes dans les trois dernières années de son mandat (Rabinovitch a été à la tête du diffuseur public de 1999 à 2007). C'est ce que révèlent des documents obtenus par La Presse en vertu de la Loi d'accès à l'information. S’agit-il de dépenses excessives? Pas du tout. Selon William Chambers, vice-président Communications à Radio-Canada, «Il n'a pas gaspillé de l'argent des contribuables, au contraire. Il a été très conscient de l'argent que l'on dépensait. Et honnêtement, si on avait eu la capacité de voyager davantage, de rencontrer plus de monde, de se déplacer dans nos stations encore plus, on l'aurait fait.»

Le 10 mars, c’était Le Journal de Montréal qui dévoilait le compte de dépenses de Wayne Clarkson, le directeur général de Téléfilm Canada. Obtenu aussi grâce à la Loi d'accès à l'information, le document montrait que le d. g. de l’organisme fédéral est aussi un grand voyageur. Selon les compilations du Journal, il a dépensé 107 572 $ en deux ans en frais de déplacements au Canada et à l'étranger, payés à même les taxes des contribuables. Du côté de la SODEC, l'organisme qui finance le cinéma au Québec, les dépenses du président Jean-Guy Chaput s'élèvent également à plusieurs dizaines de milliers de dollars. Par exemple, selon d’autres documents obtenus grâce à la Loi d'accès à l'information, il a dépensé 130 732 $ depuis sa nomination en septembre 2004. De ce montant, on compte 36 825 $ en frais de déplacement au Québec et 77 981$ en frais pour l'international.

Qui a dit que le domaine de la culture n’était pas payant au Canada?! C’est payant, il suffit de savoir choisir son camp. Vous voulez bien vivre de l’art, joignez les rangs des apparatchiks! Comme disait le regretté cinéaste Jean-Claude Lauzon, au Québec les rares qui vivent vraiment de l'art sont soit des fonctionnaires, soit des secrétaires d'un des nombreux organismes culturels. Et ce sont généralement eux qui font le plus de bruit lorsqu'il est question de revoir (à la hausse) les règles de financement de l'art.

05 avril 2008

Les effets pervers de l'égalitarisme en éducation : les EHDAA

par Martin Masse

J'écrivais au début de la semaine que la logique de notre système d'éducation égalitariste, c'est qu'il faut tous avancer en même temps. Les élèves qui ont compris la leçon rapidement ne peuvent aller plus vite, ils doivent attendre que les trente autres aient eux aussi compris avant que l'institutrice puisse passer à autre chose.

Dumbing Cette doctrine découle directement du socialisme. Dans les années 1970, les dirigeants marxistes de la Centrale de l'enseignement du Québec (ancêtre de la CSQ actuelle) s'opposaient par exemple à l'existence de programmes spéciaux pour les élèves surdoués et prônaient l'abolition des écoles privées, parce que permettre à des élèves d'avancer plus vite avait pour effet de «reproduire les inégalités de classe». Le principe de base n'était pas de faire en sorte que chaque élève apprenne le plus de choses possible, selon ses capacités intellectuelles propres, mais plutôt: les têtes qui dépassent, il faut les couper!

Heureusement, les écoles privées ont survécu et aujourd'hui, sous la pression de la concurrence (qu'a alimentée depuis près de dix ans le Bulletin des écoles de l'IEDM), même les écoles publiques offrent divers programmes permettant aux élèves doués, ou à ceux qui veulent suivre des programmes spéciaux comme les langues ou la musique, de s'épanouir sans devoir se conformer à la norme imposée par les plus lents. Sans compter l'éducation à la maison, les cours en ligne et toutes les autres possibilités qui n'existaient pas il y a une génération.

La logique égalitariste n'a pas pour autant disparu et elle se manifeste avec des effets pervers spectaculaires dans le dossier de l'intégration des élèves handicapés ou en difficulté d'apprentissage ou d'adaptation (EHDAA) dans les classes ordinaires.

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04 avril 2008

Comment percer dans le marché de l'emploi par des moyens non conventionnels

Un lecteur, Patrick T., nous écrit:

Ma question s'adresse à Martin Masse à propos de son billet La fin prochaine du monopole étatique de l'éducation: comment vendre son savoir lorsqu'il n'est pas reconnu par un diplôme étatique du genre BAC en informatique?

Moi, ma passion ce sont les mathématiques, la programmation, les algorithmes, les fractales, etc. Je veux faire un BAC en informatique. Or le MIT offre ses cours en ligne gratuits et je me débrouille très bien seul dans l'apprentissage des mathématiques à l'aide de didacticiels et de manuels. Je suis un autodidacte et j'apprends plus efficacement seul qu'en classe. Mais une fois les connaissances acquises, comment les marchander?

Certsample1En réalité, l'État conserve le monopole de la reconnaissance des acquis et du savoir. Comment outrepasser la nécessiter d'avoir un BAC en informatique pour pouvoir travailler comme ingénieur en informatique? Existe-t-il d'autres mécanismes de reconnaissance des acquis? Comment mettre en marché le savoir plutôt que le diplôme?

Car c'est vraiment le système de diplôme étatique qui donne à l'État le pouvoir sur l'éducation. Les patrons vont préférer embaucher un diplômé de McGill plutôt qu'un autodidacte qui a étudié les cours du MIT en ligne.

    

Réponse de MM:

Il existe justement, dans le domaine de l'informatique, des organisations privées qui font passer des tests et fournissent un certificat de compétence, sans avoir à suivre leurs cours. Je ne connais pas grand-chose dans ce domaine, mais en faisant une recherche rapide, j'ai par exemple trouvé ces pages: Computer Certification et Free Online Computer Training & Computer Certification Resources.

Évidemment, rien n'est gratuit dans ce bas monde, et il est probable que vous aurez à débourser un certain montant pour obtenir le certificat en question. Mais si vous êtes autodidacte et avez acquis vos connaissances gratuitement, ce n'est sûrement pas un investissement négligeable par la suite de payer pour obtenir une preuve crédible de vos compétences.

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03 avril 2008

Le tutorat privé: une autre brèche dans le monopole de l'éducation qui énerve les étatistes

par Martin Masse

Pour faire suite à mon dernier billet sur la fin prochaine du monopole étatique sur l'éducation, un autre phénomène qui va dans le sens de la privatisation de l'éducation est le développement du tutorat privé. Dans ce cas, il s'agit surtout d'appuyer ou de compléter l'enseignement reçu à l'école traditionnelle et non de s'y substituer. Mais c'est tout de même une façon pour le parent de contribuer à améliorer une partie de l'éducation de son enfant, un choix additionnel sur lequel il a un certain contrôle.

M2_tsu_1986_3 La Presse publiait justement hier matin un dossier spécial sur le développement rapide de ce type de service, auquel auraient aujourd'hui recours le tiers des parents canadiens, soit deux fois plus qu'il y a une décennie. Un service qui se développe selon un modèle typiquement commercial. Autrefois confiné aux petites annonces des journaux, le marché de l'«après-école» s'incorpore et devient l'affaire d'entreprises structurées qui croissent en misant sur le modèle des franchises. «Comme des chaînes de restauration rapide», fait remarquer le professeur Scott Davies de l'Université McMaster. Autre miracle de la mondialisation et des nouvelles technologies de la communication, on retrouve d'ailleurs des équipes de tuteurs en Inde, avec qui l'élève peut communiquer à l'aide d'une interface graphique, d'un micro-casque ou d'une webcam.

Voilà un bon exemple de la façon dont des services privés peuvent se développer pour répondre à un besoin précis, avec des entrepreneurs qui trouvent des façons de diminuer les coûts pour augmenter leur clientèle. Si on privatisait l'éducation, les coûts diminueraient constamment grâce à une productivité en hausse constante, au lieu d'augmenter d'année en année (malgré une baisse continue du nombre d'élèves) comme en ce moment.

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Citations

  • « Bientôt, on va demander à l'État de nous tenir la bizoune quand on va aller pisser. Vous trouvez ça normal, vous? Est-ce si dur de se prendre en charge? »

    – Richard Martineau, « La faute aux autres», Le Journal de Montréal, 17/04/2008

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