La crise alimentaire mondiale: pourquoi les prix augmentent-ils?
Un lecteur, Jérôme G., nous a envoyé la question suivante:
Dernièrement à la radio, j'entendais Laure Waridel et Hugo Latulippe remettre en question le système capitaliste. Ils évoquaient la crise actuelle provoquée par l'augmentation des prix des denrées alimentaires pour démontrer son échec. L'argument était que la croissance économique, en plus de détruire l'environnement, ne permet plus de lutter contre la pauvreté. Je recherche un point de vue libéral sur la crise qui sévit en ce moment chez les populations les plus pauvres du globe: les causes et les solutions qui pourraient être apportés.
Malheureusement, la crise actuelle est loin d'être aussi simple qu'il n'y paraît — et elle a plusieurs causes —, mais le capitalisme en soi n'en fait pas partie. Premièrement, le prix du pétrole a beaucoup augmenté ces dernières années. C'est en partie à cause de la guerre en Irak, mais aussi d'autres facteurs, dont le principal est la forte croissance économique dans plusieurs pays du Tiers-Monde qui ont adopté des réformes libérales et qui consomment plus de matières premières. On pourrait aussi ajouter Hugo Chavez, qui se sert du contrôle qu'il a sur les robinets de brut vénézuélien pour maintenir les prix plus élevés par la menace. Cela sert assez bien son programme socialiste.
Cela a eu pour effet de faire augmenter le prix des denrées parce qu'on doit utiliser de l'énergie pour exploiter une terre à sa juste valeur, mais aussi pour transporter les denrées vers les consommateurs. En plus, cela a rendu très rentable l'utilisation de ces mêmes denrées pour les transformer en biocarburant, ce qui a fait hausser les prix. Sans compter la "mode Kyoto", qui incite les gens à utiliser ces mêmes biocarburants, surtout si leur prix est compétitif avec l'essence, et les gouvernements à subventionner leur production. Le paradoxe là-dedans est que l'éthanol produit 20% plus de CO2 pour la même quantité d'énergie produite.
Indirectement, on pourrait citer la croissance du Tiers-Monde comme cause de la hausse du prix des denrées. En effet, la Chine et l'Inde, pour ne nommer que ces deux pays qui correspondent à plus du tiers de la population mondiale, connaissent une croissance époustouflante depuis que leurs gouvernements ont décidé de laisser leurs concitoyens faire preuve d'initiative personnelle. L'une des premières conséquences est qu'ils se nourrissent mieux, puisque leur budget le leur permet (on peut aussi ajouter qu'ils consomment plus de viande, ce qui n'est pas aussi efficace d'un point de vue énergétique). Cette croissance extrêmement rapide dépasse même la capacité d'ajustement des producteurs et investisseurs dans le domaine des denrées, ce qui est une source de déséquilibre entre l'offre et la demande. Incidemment, si tant de pays n'avaient pas suivi les sirènes socialistes, ce problème ne serait pas survenu, puisque les marchés se seraient ajustés plus rapidement à une demande toujours croissante.
De même, on pourrait ajouter toutes les subventions à l'exportation des pays riches qui entraînent un déséquilibre de la demande entre les différentes denrées et empêchant les agriculteurs du Tiers-Monde d'être compétitifs sur les marchés mondiaux (paradoxe encore ici, les agriculteurs et les nationalistes du Premier Monde crient toujours à la souveraineté alimentaire, mais ne s'offusquent pas des subventions à l'exportation de leurs gouvernements respectifs).
La question de l'équilibre des prix demeure assez complexe. Les gens, contrairement aux gouvernements, vont être prêts à prendre des risques seulement si ceux-ci ont de bonnes chances de leur être raisonnablement rentables. Qu'il s'agisse de pétrole ou de nourriture, les investissements se font sur une période de temps assez longue, disons de 1 à 5 ans, voire 10 ans. Or, le prix des denrées sur les marchés spots ou à terme peut varier énormément sur un assez court laps de temps, ce qui n'incite pas nécessairement les investisseurs à faire de nouveaux investissements, puisque cette volatilité est à double sens.
Enfin, la spéculation. Celle-ci est souvent décriée par la gauche, mais elle a plusieurs rôles à jouer, notamment au niveau de l'ajustement des prix mais aussi de la gestion et de la prise de risques. Est-ce que ce serait une bonne chose de mettre un frein à la spéculation sur les denrées? Peut-être que cela aiderait à très court terme à calmer la crise, mais à moyen et long terme cela augmenterait les coûts et les risques pour les investisseurs et les découragerait d'augmenter l'offre de céréales.
Cette spéculation est d'ailleurs exacerbée de façon malsaine par une autre intervention de l'État et des banques centrales, qui comme on le sait injectent des dizaines de milliards de dollars et d'euro dans les marchés financiers depuis des mois pour contenir la crise financière qu'ils ont eux-mêmes créée dans le secteur hypothécaire. Cette injection monétaire a pour effet de susciter une inflation plus élevée partout dans le monde (voir Inflation everywhere), et particulièrement dans le secteur des matières premières et des aliments de base. Les baisses de taux de la Fed ont aussi pour conséquence d'affaiblir le dollar américain, et les détenteurs de dollars à l'échelle mondiale s'en départissent pour aller parquer leurs fonds dans des valeurs montantes: encore une fois, les matières premières et les aliments, où l'on est certain que les prix vont continuer à augmenter. En bref, alors que la bulle immobilière continue de se dégonfler, les manipulations monétaires sont en train d'en créer une autre dans ces secteurs, au détriment des plus pauvres de la planète qui doivent consacrer une bonne partie de leurs maigres revenus à la nourriture.
On a aussi dénoncé le fait que depuis une décennie, les stocks mondiaux de denrées ont été réduits de 180 jours de consommation à environ 57 jours. On y a vu un complot capitaliste pour créer une pénurie artificielle. Pourtant, il y a une raison simple à cela et elle est dans le coût de stockage de ces 120 jours supplémentaires de denrées. On peut estimer à 20% par an le coût de stockage, ce qui fait environ 150 milliards de dollars par an si l'on estime qu'il en coûte 1$ par jour par humain pour le nourrir. C'est énorme et probablement non nécessaire même en tenant compte des fluctuations probables de production alimentaire.
Les Laure Waridel et Hugo Latulippe de ce monde ont un don particulier: ils sont capables de trouver des raisons superficielles aux choses et d'offrir des explications-choc qui plaisent aux médias par leur simplicité et leur rapidité, même si une analyse un peu plus en profondeur fait apparaître bon nombre de causes derrière lesquelles la manipulation de l'économie par les gouvernements apparaît assez clairement. Mais pour les voir, il faut réfléchir un peu...



Terence Corcoran écrivait un éditorial intéressant avant-hier sur ce sujet ( http://www.nationalpost.com/opinion/columnists/story.html?id=448079&p=2 ). Le ministère fédéral de l'Agriculture vient de lancer un programme qui paiera les producteurs de porc pour **tuer** des animaux reproducteurs, de façon à réduire le cheptel canadien - une folie qui s'inspire des programmes du New Deal, quand Roosevelt subventionnait les fermiers pour ne pas produire ou détruire des récoltes au beau milieu de la crise, de façon à maintenir les prix artificiellement élevés. Il y aurait en effet trop de capacité de production en Amérique du Nord - en partie à cause des programmes qui ont encouragé le développement de cette industrie.
De plus, le prix de la nourriture pour animaux est en hausse - en partie parce que les gouvernements au Canada et aux États-Unis subventionnent les fermiers pour produire de l'éthanol au lieu de fourrage servant à nourrir les animaux.
The Harper Tories, in other words, are paying hog farmers to cull their production base in significant part because the Harper Tories are paying grain farmers not to grow feed grains. As Mr. Ritz announced couple of weeks ago, in Aylmer, Ont., "Government of Canada Gives $3.9-Million Boost to Biofuels in Ontario." And now he's paying hog farmers who are being hurt by that policy.
Bref, c'est de l'interventionnisme étatique du début à la fin, une intervention créant des effets pervers que le gouvernement tente de résoudre par une autre intervention, tout cela coûtant très cher aux contribuables et affaiblissant l'économie - ce qui, on s'en doute bien, suscitera des demandes de la part d'autres lobbies pour que le gouvernement... intervienne.
La gogauche crétine qui dénonce le capitalisme comme source de ces problèmes est encore une fois complètement à côté de la track.
Rédigé par: Martin Masse | 18 avril 2008 at 14h36
Une réponse aussi longue n'était pas nécessaire. La folie de B. Bernanke et sa planche à billets est la seule et unique réponse à toute question de type "pourquoi les prix augmentent-ils?", quoique dans ce cas-ci les subventions au maïs-éthanol n'aident certainement pas.
Par ailleurs, le fait que les inventaires soient passés de 180 jours à 57 jours démontre que la "spéculation" a influencé les prix à la BAISSE. Pour faire monter un prix, un spéculateur doit augmenter ses inventaires.
Finalement, on peut noter que la gestion étatiste de plusieurs terres, électoraliste sans aucune vision à long terme (contrairement au fermier-propriétaire) mènera éventuellement à leur perte. Encore pire pour l'eau, même dans le pays des méchants capitalistes. Par ailleurs, le principal problème de l'agriculture africaine reste le penchant socialiste de ses élites corrompues. J'irais pas là avec mon tracteur, je suis sûr de m'y faire voler puisque évidemment, je suis un exploiteur.
Rédigé par: Bastiat | 18 avril 2008 at 15h43
À Mr Huot,
Bien que je n'ais pas compris votre explication concernant les stocks mondiaux (il y a des entrepôts de blé mondiaux?), il reste que les points que vous précisez sont pertinents. Ceci étant dit, vous n'avez pas énoncé des solutions pour atténuer le problème. J'en proposerai une.
Je vois dans la crise mondiale une offre insuffisante de blé, ce qui déstabilise la demande. Bref, il y a des producteurs de pains et des boulangers qui doivent augmenter les prix. C'est ainsi que l'offre est insuffisante, car la ressource utilisée a été détournée vers une activité beaucoup moins rentable, c’est-à-dire le biodiésel. Comment je sais que ce bien est moins rentable? Eh bien, à cause des milliards de subventions que l'État donna pour cette nouvelle technologie (merci au VEETC et au EPAct05, voir http://www.ats.agr.gc.ca/us/4181_f.htm). Grâce à cet argent tombé du ciel, le fermier, qui a le choix entre produire des céréales et produire de l'éthanol, choisira la deuxième option. Le hic, c'est que le consommateur paie deux fois la facture de cette folie, c'est-à-dire 1) payer, par les impôts, les subventions qui transforment les champs de blé en usine à carburant, 2) payer la différence de coût pour se payer une miche de pain. Vous voulez une solution? L'industrie du bio-carburant doit se débrouiller SANS les subventions. Je ne sais pas si cela deviendra aussi rentable de transformer une partie de sa production en liquide à voiture.
Bien sûr, le problème des barrières tarifaires accentue le problème que vivent les pays du tiers-monde, mais n'ayant pas assez de temps pour discuter de cela, je laisse le soin à quelqu'un d'autre d'élaborer sur le sujet!
Rédigé par: Jean-Reno Chéreau | 18 avril 2008 at 17h35
le lien ne fonctionne pas dans le texte. le voici.
http://www.ats.agr.gc.ca/us/4181_f.htm
Rédigé par: Jean-Reno Chéreau | 18 avril 2008 at 17h45
Oui, tout ce qui figure dans l'article est très juste, avec une mention particulière à la folie écolo qui aboutit à divertir les cultures vivrières au profit de la production de biocarburants. Cela s'est déjà vu au Brésil dans les années 70 quand les paysans étaient incités à faire de l'éthanol pour voiture à partir de leurs récoltes. Ils n'avaient même plus à manger !
Mais vous n'insistez en effet pas assez sur le rôle de la corruption des dirigeants dans la misère des pays pauvres. Ces pays voient la richesse qu'ils produisent - où celle qu'ils reçoivent - dériver vers les comptes suisses de ces messieurs-dames, y compris quand ils se disent révolutionnaires. Vu d'ici, rares sont ceux qui ont idée de ce que cela représente, mais ces pratiques crapuleuses contribuent à ruiner ces pays certainement autant que tous les autres facteurs réunis.
Rédigé par: marianne | 18 avril 2008 at 17h47
Ce qui est le plus beau c'est que pour faire ce qu'il faut... il ne faut rien faire... l'intervention artificielle nuit à l'équilibre normal du marché. Normalement une augmentation des prix réorienterait les agriculteurs vers la production pour l'alimentation mais vu l'intervention artificielle, le prix normal (qui serait en vigueur vu la quantité de production et du niveau technologique) est augmenté, ce qui cause la crise présentement.
Le protectionnisme accentue le problème, ça ne prend pas un bac en économie pour le comprendre (et encore il ne vaut plus rien le bac hahaha).
Rédigé par: Kevin | 18 avril 2008 at 17h52
Pourrait-on dire que la hausse des prix des denrées alimentaires est de façon paradoxale le signe d'une bonne nouvelle: la diminution spectaculaire de la pauvreté mondiale. Cette hausse des prix est principalement causée par la croissance économique des pays du tiers-monde (Chine et Inde particulièrement) qui font augmenter la demande pour les aliments et le pétrole.
Ce serait un peu comme la forte augmentation de la population mondiale au cours de la deuxième moitié du 20ième siècle. C'était une bonne nouvelle, pas une mauvaise contrairement à ce que les alarmistes disaient. C'était le signe que les gens cessaient de mourir comme des mouches en raison de l'amélioration des conditions de vie et d'environnement.
Rédigé par: Humain51 | 19 avril 2008 at 07h42
@ Humain51
Non! Quand les gens s'enrichissent, le prix de la nourriture relativement au reste (dépenses discrétionnaires comme le cinéma) doit diminuer. Lorsque tous les prix augmentent, c'est qu'il y a un problème chez ceux qui détiennent la planche à billets, toujours toujours toujours. Si le prix de la nourriture augmente plus vite que les autres prix, c'est qu'il y a en plus un problème dans le secteur agricole, et le problème actuel le plus évident est la destruction grotesque des récoltes dans ces usines d'éthanol.
Rédigé par: Bastiat | 19 avril 2008 at 08h35
Si n'y avait pas de restrictions gouvernementales, le prix aurait probablement augmenté, ca aurait été le signal pour accroître la production, et puis l'équilibre serait revenu. Par la suite les économies d'échelle auraient fait diminuer les coûts. Ça aurait pris probablement une dizaine d'année, ca achèverait présentement.
Mais les gouvernements bloquent tout ça à l'étape "les prix montent" et ça va devoir finir en crise avant que les choses bougent. Les crises sont les seules choses qui font réellement débloquer le pouvoir.
Rédigé par: Jean-François Grenier | 19 avril 2008 at 14h19
À lire : http://www.objectifliberte.fr/2008/04/la-libralisatio.html
Au fait, il y a aussi un bac au Québec ?
Rédigé par: Pierre | 20 avril 2008 at 18h50
Tourlou,
Désolé pour le temps mis à répondre, mon disque dur m'a lâché vendredi, et il m'a fallu m'en procurer un autre...
@Jean-Reno Chéreau: En fait, il existe des entreposages de céréales un peu partout. Je ne sais pas d'où vous nous écrivez mais, pour donner un simple exemple, le port de Québec a un entrepôt de 225000 tonnes pour le blé en partance pour l'Europe, l'Afrique et une partie de l'Asie. Ce que ce paragraphe veut dire, c'est que l'entreposage coûte cher, et l'on a tendance à le réduire autant que faire que se peut.
@Pierre: Ce que vous appellez le bac en France n'est pas tout la même chose que chez vous. Aproximativement, votre bac se situe chez nous entre le diplôme d'études secondaire (obtenu à 17 ans après 12 ans de scolarité) et le diplôme d'études collégiales, (obtenu à 19 ans.) Le baccalauréat est le premier niveau universitaire chez nous, obtenu après 4 ans d'Université, ce que vous appelez je crois la licence...
Rédigé par: Carl-S. Huot | 22 avril 2008 at 17h52
L'émission PANORAMA (TFO) fait le tour de la question de la crise alimentaire avec Pierre Desrochers, professeur en développement économique au Département de géographie de l’Université de Toronto (et collaborateur au QL), Lise Dubois, titulaire de la chaire de recherche du Canada en nutrition et santé des populations, et Joshua Ramisch, du programme de développement international et mondialisation de l’Université d’Ottawa.
http://www.panorama.tfo.org/CfmxTFO/lecteur/video.cfm?v=7014199
Rédigé par: Gilles Guénette | 28 avril 2008 at 08h59
J'aimerais entendre le directeur du Québécois libre et cie sur les agissements de la multinationale Monsanto. Comment tolérer une entreprise qui acquière autant de pouvoir sur l'alimentation des gens au point de vouloir même breveter l'être humain. Que faire lorsqu'une entreprise aussi puissance est capable d'acheter le silence des scientifiques?
"Avant que la communauté internationale ne se réveille et n'en vienne à ce verdict, des dizaines de sommités scientifiques, souvent payées en secret par Monsanto, vont dénigrer et attaquer tout ce qui se met en travers de son chemin. "
"BPC, agent orange, somatropine, la politique de Monsanto sera de nier les faits malgré les évidences contraires, de manipuler les données de ses études et de n'en point divulguer les données de base, d'attaquer la crédibilité des chercheurs indépendants qui critiqueront ses propres analyses et conclusions, explique Marie-Monique Robin"
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Cette entreprise délinquante depuis des décennies ne sera jamais sanctionnée par le marché comme le prétendent les Libertariens.
Le marché elle le contrôle completement et elle en dicte les règles.
Voir Monsanto: déni et collusion http://www.ledevoir.com/2008/05/17/190144.html
Rédigé par: Catherine | 19 mai 2008 at 15h23
Catherine, vous me faites plaisir! Vous soulevez un excellent point concernant Monsanto. Monsanto n'a pas grand-chose à voir avec le libre-marché.
Ceci dit, ce ne sont pas TOUS LES LIBERTARIENS qui pensent ainsi. Le QL ne sombre pas trop souvent dans le libertarianisme dit "vulgaire", contrairement à certains. Je suis convaincu qu'on va entres autres vous répondre que dans un véritable libre-marché, plusieurs de ces pratiques douteuses seront criminelles.
Ralph Maddocks a écrit un peu sur ce sujet:
http://www.quebecoislibre.org/000108-6.htm
http://www.quebecoislibre.org/990911-6.htm
Un textes du blogue anarcho-mutualiste Social Memory Complex (avec un vidéo en prime!) intitulé "Monsanto: Prime Candidate for the Corporate Death Sentence":
http://blog.6thdensity.net/?p=957
Rédigé par: Anarcho-pragmatiste | 19 mai 2008 at 16h06
Précision importante: de mon côté, il ne s'agit de prôner la répression étatique contre les OGM. Les OGM sont une bonne chose mais cela ne justifie pas tout ce que Monsanto fait!
Rédigé par: Anarcho-pragmatiste | 19 mai 2008 at 16h08
...il ne s'agit PAS...
De plus, je ne suis pas entièrement d'accord avec le contenu de l'article du Devoir. Dénoncer les agissements de Monsanto peut très bien se faire sans prôner la doctrine éco-fasciste anti-OGM.
Rédigé par: Anarcho-pragmatiste | 19 mai 2008 at 16h26
Qu'on limite la durée de TOUS les brevets et copyrights à 15 ans sans possibilités de prolongation et ce sera déja un bon début.
Je comprend qu'une cie qui investit des milliards en recherche doit avoir l'exclusivité de sa découverte le temps de rentabiliser son investissement mais quand l'État décide de prolonger les brevets pratiquement indéfiniment comme c'est le cas présentement, ça devient du corporatisme déguisé ce que les libertariens s'opposent...
Rédigé par: Martin | 19 mai 2008 at 17h01
Alors, je vais poser la question directement comment lutter contre Monsanto? Comment conserver notre souveraineté alimentaire, nous les citoyens? On aime bien parler de liberté sur ce blog alors la question mérite une réponse.
Monsanto est pratiquement un monopole de l’alimentation mondiale par l’appropriation de semences génétiquement modifiées dont elle seule obtiendrait les droits. "À ce jour, 90% des cultures OGM seraient sa propriété tandis que la production de gènes modifiés aurait été multipliée par 60 dans la dernière décennie. Pourtant, les plantes résultantes de ces modifications génétiques sont considérées selon plusieurs comme étant dangereuses à la consommation"
Je doute que le libre marché puisse régler ce problème. Monsanto est l'exemple du capitalisme sauvage a grande échelle.
Rédigé par: Catherine | 19 mai 2008 at 18h36
Sauf que le problème principal avec Monsanto, c'est justement qu'il ne s'agit pas d'un contexte de libre-marché, ce qui crée cette situation de capitalisme sauvage.
Je n'embarquerai pas dans la diabolisation intégriste des OGM.
Rédigé par: Anarcho-pragmatiste | 19 mai 2008 at 19h43
Le plus scandaleux avec Monsanto, c'est que cette corporation s'arroge le droit de violer le droit de possession des cultivateurs (a fortiori, le droit de propriété)
Lisez ceci:
http://www.percyschmeiser.com/conflict.htm
Rédigé par: Anarcho-pragmatiste | 19 mai 2008 at 19h49
Je n'ai toujours pas de réponse à ma question : comment lutter contre Monsanto sachant le pouvoir que cette multinationale exerce sur les individus?
Entre la diabolisation des OGM et les Pro-Ogm intégristes il y a le droit d'être critique. Mosanto est une compagnie délinquante et rien ne la sanctionne pas même la justice et encore moins le marché.
Merci
Rédigé par: Catherine | 19 mai 2008 at 20h09
"cette corporation s'arroge le droit de violer le droit de possession des cultivateurs"
Seuls les individus peuvent violer. Dans ce cas-ci, il s'agit vraisemblablement des hommes d'un état corrompu. L'étatisme c'est l'étatisme. Appeler ça "capitalisme sauvage" ne fait que brouiller la discussion.
Au Canada, à ce que je sache, personne n'est obligé de faire affaire avec Monsanto. Catherine non plus. Si ça lui chante, elle peut s'approvisionner exclusivement chez des producteurs qui ne font pas affaire avec Monsanto. Les producteurs qui trouvent que Monsanto offre de bons produits, et qui respectent le droit de leurs voisins de ne pas recevoir ces produits chez eux, n'ont pas à subir les restrictions arbitraires d'une élite bien-pensante. C'est aussi ça, la liberté.
Rédigé par: Bastiat | 19 mai 2008 at 20h19
Bastiat :
Désolé, mais la réalité, la vraie est bien différente que celle qui consiste â se noyer dans la théorie. Quand une entreprise monopolise et dicte ses lois aux consommateurs, il n'y a plus aucune liberté. Mosento est une compagnie agro-alimentaire qui se retrouve tous les jours dans votre assiette, et plus qu’une fois et pas nécessairement pour les bonnes raisons.
Monsanto minimise les risques créés par ses produits grâce à la modification et la falsification des études scientifiques. Exemple : la toxicité de la Dioxine.
Quand une entreprise comme Monsanto dispose de brevet aussi stratégique que celui des gènes chimériques ou encore celui sur les séquences d'ADN je me demande ou me trouve la liberté de la population ici.
Au Brésil Monsanto contrôle la production et la vente de semences, entre autres par l’acquisition d’entreprises semencières locales et le contrôle des droits de propriété intellectuelle sur les semences transgéniques, produites par les agriculteurs.
Belle liberté!
L'élite bien pensante ditez-vous? Moi je ne pense pas avoir â subir les restrictions arbitraires de l'élite bien pensante de Monsanto.
Rédigé par: Catherine | 19 mai 2008 at 22h08
@ Catherine
Je ne fais pas juste de la théorie, j'ai grandi en milieu agricole.
Si Monsanto "contrôle" le marché comme vous dites, c'est qu'une grande majorité d'agriculteurs jugent qu'elle offre de bons produits. Et ceux-ci ne sont pas des zombies; ils sont capables de juger.
Les brevets sont une invention de l'état et plusieurs libertariens, moi inclus, sont contre. Par contre, je ne vois pas de problème à ce que Monsanto demande qu'on ne replante pas la deuxième génération de graines. Même si on peut argumenter sur la légitimité de ce genre de contrat, on peut facilement contourner le problème simplement en demandant un dépôt, remboursable sur preuve de non-réusilisation des graines, par exemple.
Pour ce qui est d'"acheter" les scientifiques, eh bien la liberté d'expression, ça comprend la liberté de dire des conneries appuyées par des pseudo-scientifiques. D'ailleurs, 99% de ce qui se dit à la télé tombe dans cette catégorie. C'est au consommateur de faire la part des choses.
Le problème fondamental de votre discours, c'est qu'il découle d'un vision de la société en tant que troupeau dont l'état est le berger. Vous vous demandez donc ce que le berger devrait laisser ou non son troupeau manger, du point de vue de l'intérêt de l'état-berger. Puisque selon vous c'est à l'état, et non à l'individu, de choisir ce que l'on mange, vous vous inquiétez que l'influence que Monsanto peut exercer sur l'état, alors qu'on s'en fout.
Je me fous de ce que Santé Canada pense de ce que je mange, et de ses soi-disant règles plus ou moins influencées par Monsanto. Je suis un individu souverain et libre. Je veux qu'on me laisse tranquille à m'empoisonner tranquillement avec des OGM assaisonnées aux traces de Round-Up. En contrepartie, je vous laisse manger ce que vous voulez. Les agriculteurs ne sont pas vos esclaves et vous n'avez qu'à ne pas faire affaire avec eux si vous n'aimez pas ce qu'ils vous servent.
Rédigé par: Bastiat | 19 mai 2008 at 23h32
@ Catherine
En passant, l'appellation "bio" est essentiellement une appellation anti-Monsanto. Il me semble que la réponse à la question que vous posez trois fois est assez évidente. Le marché "sanctionne" Monsanto beaucoup mieux que l'état, puisque la croissance du marché "bio" en est la preuve dynamique.
Cessez de dire que vous n'êtes pas libre juste parce qu'on ne vous laisse pas DICTER aux agriculteurs quoi faire. Si la liberté que vous avez déjà de choisir le "bio" ne vous suffit pas, vous êtes toujours libre de vous acheter/louer une terre. Vous réaliserez alors bien assez vite... comment les produits Monsanto vous simplifient la vie.
Rédigé par: Bastiat | 19 mai 2008 at 23h54
Vous ne comprenez pas Bastiat :)
Elle vous répetera "Mais qu'allez vous faire de Monsanto!!" tant que vous ne proposerez pas une solution politique.
Rédigé par: FrancisD | 19 mai 2008 at 23h57
La plupart des gens sont tellement intoxiqués par la drogue étatique qu'ils ne peuvent plus envisager d'agir par eux-mêmes. Chacun de nous a pourtant le pouvoir que lui donne sa raison et son porte-monnaie. Si des millions d'acheteurs individuels peuvent faire la fortune de Coca Cola, mais aussi de Microsoft ou de Madonna, ils peuvent aussi s'exprimer de la même façon par la négative, en n'achetant pas les produits qui leur déplaisent.
Je suis une libertarienne convaincue et je fais attention à la plupart des choses que j'achète. Les vêtements made in China, par exemple, me déplaisent. J'essaie d'éviter. Les baskets made in je ne sais pas où à bas prix par des enfants exploités (y compris celles de marques très connues qui investissent des millions en pub télé glamour), out. Les œufs pondus par des poules en batterie dans des conditions inhumaines, jamais (je lis soigneusement les boîtes). Inversement, j'essaie de favoriser, par exemple, les petits producteurs laitiers qui vendent des produits certes un peu plus chers mais qui me plaisent plus que les banals yogourts ou cheddars que l'on voit partout. Je ne détaillerai pas mes critères sur la maroquinerie ou les produits de beauté ou d'entretien mais j'en ai aussi ... Quand j'exerçais la médecine en France, je boycottais les produits de certains laboratoires qui faisaient des choses critiquables.
Je pourrais multiplier les exemples. Dans certains cas, j'évite les grandes marques internationales, mais pas systématiquement. Cela dépend de critères qui sont les miens et avec lesquels je me sens beaucoup plus à l'aise que si c'était l'état omnipotent qui décidait à ma place.
Rédigé par: marianne | 20 mai 2008 at 09h37
Catherine, la réponse à votre question est simple: libérer encore plus le marché, ce qui nuira à une corporation multinationale comme Monsanto.
Ce n'est pas avec encore plus de violence étatique qu'on va régler un problème...causé par la violence étatique.
Rédigé par: Anarcho-pragmatiste | 20 mai 2008 at 18h24
Salut a tous !
Je suis étudiante en commerce internationale et je dois presenter un article de presse en espagnol... :s
J'en ai choisit un consernant la crise alimentaire et l'intervention de la banque mondiale.
Je suis alors tombé sur ce site par hasard en faisant quelques recherches ( en français :p)
Il ma permis de structurer unpeu mieu ma prestation orale
Merci =)
Rédigé par: Audrey de Nouvelle Calédonie =) | 21 mai 2008 at 06h32
Marianne: «Les baskets made in je ne sais pas où à bas prix par des enfants exploités...»
Des enfants "exploités", ça ne me semble pas être une réflexion très "libertarienne"!
Qu'auraient fait ces enfants, s'ils ne travaillaient pas dans une usine implantée par les occidentaux? Vous pensez qu'ils iraient s'instruire à l'école, comme (pour la plupart) les enfants occidentaux? Ou plutôt qu'ils traîneraient dans les rues ou se prostitueraient pour pouvoir manger.
La situation des pays dans lesquels les enfants travaillent encore s'apparente à celle de l'Occident du XVIII et XIXe siècle. Avant qu'ils ne puissent être scolarisés, il n'y a pas 36 solutions: leurs parents doivent pouvoir subvenir aux besoins de toute la famille et ça ne se fait qu'en augmentant leur productivité. Et pour cela, ils doivent avoir la possibilité de commercer avec nous...
Rédigé par: Franck | 21 mai 2008 at 08h01
A Franck
Je comprends cet argument. C'est celui que je sers à ceux qui me chauffent les oreilles avec des pleurnicheries tiers-mondistes. Disons que je n'irais pas manifester dans les rues contre Nike et consorts avec des écolos ou des gauchistes mais, à titre personnel (et c'est l'aspect personnel des choix que je souhaitais illustrer dans mon commentaire précédent) je n'aime pas le modèle économique qui consiste à vendre ici à des prix très élevés des chaussures qui n'en sont pas et qui sont fabriquées avec des marges bénéficiaires énormes dans ces conditions. C'est un ensemble qui me déplait. Je boycotte donc en tant que consommatrice, mais en tout cas jamais je ne voudrais que l'état le fasse à ma place.
Rédigé par: marianne | 21 mai 2008 at 09h35