par Martin Masse
Un autre dossier de La Presse publié hier et aujourd'hui sur le phénomène des «baccalauréats à rabais» vient illustrer ce que j'écrivais il y a deux semaines, c'est-à-dire que l'université en tant qu'institution étatique est en train de sombrer dans l'insignifiance.
Dans un marché libre, la logique de la concurrence est simple. Vous devez offrir un bien ou un service de la meilleure qualité possible au meilleur prix, sinon vos clients iront voir ailleurs. Que se passe-t-il toutefois lorsque les clients n'ont pas à payer le prix réel du bien qu'ils consomment et que les producteurs sont quand même compensés pleinement pour chaque client qu'ils réussissent à attirer? On obtient de la camelote évidemment. Le client ne peut pas exiger d'en avoir plus pour son argent, puisqu'il en a justement pour le peu d'argent qu'il débourse avec un produit de piètre qualité. La majorité se contente de ce qu'on lui offre. Quant au producteur, son incitation devient tout à fait différente: il cherche à attirer le plus de clients possible avec un produit bas de gamme qui satisfait ses clients peu exigeants mais qui lui rapporte tout autant.
C'est cette réalité que décrit le dossier du quotidien montréalais. Celle, comme la décrit la chroniqueuse Michèle Ouimet, des «diplômes au rabais, notes gonflées, cours inutiles, finances dans le rouge, concurrence malsaine entre les institutions qui s'arrachent les étudiants». On réduit les exigences, on fait passer tout le monde, on multiplie les certificats faciles à obtenir et payant pour l'institution.
Voilà ce que ça donne quand on cherche à faire graduer le plus d'étudiants possible en prenant des raccourcis. Depuis les années 1960, on s'est beaucoup pété les bretelles au Québec sur le fait d'avoir mis tous les «efforts collectifs» nécessaires pour rattraper notre supposé retard par rapport aux sociétés environnantes en «démocratisant» l'éducation supérieure. Tu parles qu'on l'a rattrapé notre retard! Avec des programmes bidon qui ne débouchent sur rien, des étudiants qui votent leur plan de cours (jamais compris ce concept!) et des formations complètes données par des chargés de cours mal payés.
Évidemment, disent les étatistes, tout ça n'est que le résultat du sous-financement des universités par l'État. Ce qu'il faut cependant comprendre, c'est que TOUT est sous-financé dans un État-providence, puisqu'il y a toujours un manque lorsqu'on cherche à s'occuper de tout, les besoins et le désir de régler chaque problème étant infinis. Plus on multiplie les programmes, moins il y en a pour chacun, et plus l'économie croule sous le fardeau fiscal et les dettes. À moins bien sûr de croire que l'argent pousse dans les arbres — une croyance qui sous-tend la vision économique des socialistes.
Qui plus est, un système d'éducation recevant un financement encore plus imposant, et où les étudiants auraient à débourser encore moins pour leur formation, ne serait que plus sujet aux effets pervers qui existent déjà: moins de responsabilité, moins d'adéquation entre l'offre et la demande, moins d'incitation à ne pas gaspiller de ressources (qu'on pense au fiasco financier de l'UQAM), etc.
Les militants étudiants dénoncent depuis des années la «logique marchande» qui serait en train de s'imposer dans l'éducation supérieure. En fait, s'ils comprenaient un peu l'économie, ils se rendraient compte qu'il s'agit au contraire d'une corruption totale du fonctionnement normal du marché par l'intervention de l'État.
Le marché est justement en train de réimposer sa logique, en contournant ce système en déroute. Tout ce que ce genre de dossier confirme, c'est que la marque Éducation universitaire étatique est de moins en moins prise au sérieux, alors que les barrières à l'entrée diminuent d'année en année et que la concurrence s'accroît. Dans quelques années, elle ne vaudra plus grand-chose, sauf dans le cas de quelques facultés prestigieuses où les ressources seront concentrées. Les consommateurs les plus avertis, de même que les employeurs, sauront en tirer les conclusions qui s'imposent.



Bonne chose, la seule chose que le gouvernement devrait faire c'est des tests standard pour évaleur les cours, comme pour les divers cours de conduites (véhicule de promenade, moto et ambulance par exemple).
Rédigé par : Mat | 15 avril 2008 à 19h13
@mat
MÊME PAS!! Tu as besoin d'avoir des standards pour avoir de la nourriture de qualité dans un restaurant? Non, c'est la même chose en éducation, la réputation d'un institut d'enseignement est sa propre responsabilité et donc l'employeur saura la valeur de l'étudiant par rapport à l'institution où il a étudié. J'ai été frappé de voir au cégep à quel point les jeunes sont contre les "diplômes inégaux" (la grève de 2005). C'est pas mauvais, bien au contraire, ça amène des clients aux meilleures institutions!!
Rédigé par : Kevin | 15 avril 2008 à 19h26
Remarquez que ceux qui font partie des conseils étudiants sont souvent des étudiants qui sont au cégep depuis 6 ans et qui ne sont même pas en voie de réussir à avoir un diplôme. Ceux-là qui souvent sont les premiers à déchirer leur chemise dans les manifestations pour la "gratuité scolaire" (J'ai jamais compris comment ça pouvait être gratuit quand c'est payé par les impôts).
Rédigé par : Bobjack | 15 avril 2008 à 22h51
UdeM a été en grève dans quelques départements cet hiver, dont sociologie, anthropologie, littérature comparée (LC).
L'association étudiante de science politique a abaissé tout récemment le quorum (nombre minimal de personnes pouvant voter dans une assemblée) pour faciliter leur prise de décision future.
Cette petite information démontre à quel point M. Masse a raison lorsqu'il dénonce la perte de qualité, si qualité il y avait, des diplômes de sciences sociales au niveau public. Le problème se situe au niveau des associations. Ainsi, leurs conseils d’administration décident du moment de la grève, de son but (le grand capital, vous vous en douterez bien) sans que personne ne puisse rien y faire, à moins d'aller voter dans une assemblée... et de leur donner quorum. Ainsi, ces associations ont forcé l'annulation des cours, décrété des grèves, tout cela en affirmant qu'elles "représentent" 1200 étudiants. Que vaudra le diplôme de sociologie, de LC, d'anthropologie s'ils ont été en grève pendant un très long moment? Ma foi, je pense que ces étudiants devront acquérir d'autres diplômes avant d'entrer sur le marché du travail...
http://www.quartierlibre.ca/spip.php?article238
À Bobjack:
Certains étudiants, ne sachant pas quelle profession ils veulent exercer plus tard, profitent effectivement du faible coût de l'éducation universitaire pour essayer 10 programmes. Cette démarche n'a aucun sérieux et je vous l'accorde, c'est du gaspillage. Cependant, tentons de ne pas généraliser. Ce n'est pas la majorité qui est perdue (à moins que vous n'ayez des chiffres qui viendraient me contredire).
Rédigé par : Jean-Reno Chéreau | 16 avril 2008 à 10h56
@Kevin:
"Tu as besoin d'avoir des standards pour avoir de la nourriture de qualité dans un restaurant?"
Oui, les inspecteurs de la qualité du gouvernement patrouillent régulièrement le Québec et le ROC afin de pister les restaurants insalubres. On ne peut pas parler de "standard de qualité" mais toute chose étant égale par ailleurs, ç'en est un après tout.
Rédigé par : Tym Machine | 18 avril 2008 à 16h33
Erreur, la question était : "Tu as besoin d'avoir des standards pour avoir de la nourriture de qualité dans un restaurant?". Pas "Est-ce qu'il y a des inspecteurs du gouvernement dans les restaurants?"
Je le sais bien qu'il y a des inspecteurs, mais tu crois sincèrement que c'est la menace d'une amende qui les encourage à tenir leur propriété propre? Plus sa réputation est grande, plus sa responsabilité aussi l'est. Toutes les chaînes internationnales sont impeccables.
Tout ce que je veux dire c'est que les standards sont inutile puisque arbitraires, la réputation d'un établissement scolaire est aussi monnayable (sauf quand elle ne vaut rien dans un système public).
Rédigé par : Kevin | 18 avril 2008 à 17h30