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04 mai 2008

Encore une réflexion sur la discrimination

par Martin Masse

«Finalement, ça rejoint étrangement l'histoire de la discrimination au bar, pas vrai?» - Tym Machine

Charte Encore une fois, un commentaire de Tym Machine dans le fil de discussion précédent sur les règles du blogue m'inspire un billet. En effet, on en revient toujours à la notion de droit de propriété. Le Blogue du QL n'est pas plus «public» qu'un site Web ordinaire, même si je permets à des visiteurs de venir y déposer des commentaires. C'est une publication privée, qui m'appartient, et j'impose mes propres règles aux visiteurs. Je discrimine aussi parmi ceux-ci selon les valeurs et les priorités qui sont les miennes. Ceux à qui ça ne convient pas peuvent aller sur d'autres sites ou lancer leur propre site.

Évidemment, si le gouvernement donnait le pouvoir à un «Conseil de l'Internet» de faire le travail de contrôle et de censure du Conseil de presse, cela aurait pour effet de m'enlever une partie de mon droit de propriété et de nationaliser partiellement le site. Ce conseil pourrait m'ordonner de ne rien publier en anglais dans le QL ou étudier les plaintes de ceux qui disent avoir été victimes de discrimination sur la base de leurs croyances lorsque j'ai effacé leurs commentaires. Les naïfs diront que c'est un scénario exagéré, mais c'est exactement ce que fait l'État avec d'autres types d'organisations, et je ne mettrais pas ma main au feu que les bureaucrates n'essaieront pas d'imposer leur logique «antidiscrimination» sur Internet.

Il faut dire, redire et encore répéter ces explications, parce que nos adversaires, eux, n'ont jamais de cesse de répéter leur propagande. Et celle-ci finit par avoir valeur d'Évangile. Dans l'autre fil de discussion, lutopium écrivait par exemple que «J'ai toujours cru que les bars étaient des endroits publics et, comme tels, devaient respecter les lois, les règlements municipaux et, dans le cas qui nous intéresse, la charte des droits et libertés. L'information contraire amenée par Martin me surprend un peu.» Mais que peut-il y avoir de surprenant dans le fait qu'un bar n'appartienne pas à la collectivité mais à son propriétaire?!! Le fait que des clients se rendent sur place, en même temps, pour jouir du service qu'il offre ne change pas sa nature, qui est la même que celle d'une autre entreprise qui offre ses services à distance.

C'est là qu'on constate à quel point les mythes collectivistes sont bien implantés. L'État a nationalisé et pris le contrôle de différents aspects et domaines de nos vies, et les gens finissent par croire qu'il s'agit vraiment de choses «publiques». Le lavage de cerveau a tellement bien fonctionné qu'ils sont incapables de penser par eux-mêmes en dehors du cadre conventionnel et sont surpris lorsqu'on leur présente une évidence.

Ça me fait penser à cette histoire d'échangistes il y a près d'une décennie au bar L'Orage de Montréal. J'avais décerné un Prix Béquille à la juge Louise Baribeau, qui avait estimé qu'il s'agissait non pas d'un endroit privé mais d'un espace public à cause du trop grand nombre de personnes impliquées. Elle concluait que le caractère «dégradant et déshumanisant» des actes perpétrés devenait alors d'intérêt public. Comme je l'expliquais dans un éditorial du numéro suivant («Les bienfaits de la discrimination» - eh oui, je ne fais que me répéter d'une décennie à l'autre!), qui traitait également d'un jugement condamnant l'organisation des Boy Scouts aux États-Unis pour discrimination envers les homosexuels:

La logique - ou l'illogisme! - derrière tout cela, c'est qu'il est plus facile de justifier une intervention lorsqu'il y a plus de gens impliqués, lorsque l'intimité ou le caractère restreint du phénomène est moins évident, lorsqu'on peut faire appel à l'«intérêt public» sans faire éclater tout le monde de rire. La juge Baribeau prétend que c'est le cas pour une partouze impliquant une vingtaine de participants; les juges du New Jersey considèrent quant à eux qu'un organisme national et connu de tous comme les Boy Scouts peut facilement passer, même s'il s'agit en réalité d'une association privée, pour une institution publique, comme l'Armée, la Poste ou la fonction publique.

Bref, toutes ces lois, ces chartes, ces jugements, sont essentiellement fondées sur l'arbitraire, sur des définitions purement subjectives de ce qui est public et privé. Alors qu'ils devraient découler de principes universels. Et ce qui n'est pas étonnant non plus, quand on pense que la plupart des économistes ne comprennent rien à l'économie, c'est que ces magistrats chargés d'interpréter la loi n'ont aucune compréhension de ce qu'est un droit fondamental. Ils y vont au pif, avec un penchant pour une intervention étatique (qui donc paie leur salaire?) lorsque ça peut être justifié relativement facilement.

Une raison qui me rend optimiste est que la stupidité, l'absurdité et le degré de fausseté des mythes collectivistes et étatistes sont tels, comme on peut le constater ici, qu'ils ne peuvent se perpétuer que dans un contexte où personne n'y réplique. C'est ce qui s'est passé pendant des décennies au Québec et ailleurs, alors que la gauche et ses fellow travelers occupaient tout l'espace du débat public. Cette unanimité est fragile. Elle s'effrite dès que des voix discordantes se font entendre, parce que la plupart des gens sont sensibles au gros bon sens et finissent par percevoir les contradictions lorsqu'on leur met sous le nez. Et il y a heureusement de plus en plus de ces voix discordantes.

Commentaires

J'ai aussi un point de vue positif sur la question, mais pas parce que je crois que les gens se réveillent forcément sur la question. Je vois plutôt ça comme le principe du long tail en marketing. L'ouverture "à la possibilité de " va faire que les individus vont être de plus en plus différents, et par conséquent les groupes "majoritaires" de plus en plus rare et faibles. Tout comme pour le secteur de la consommation, dès que les individus s'attendent au choix et à la diversité, le principe industriel du one size fits all tombe en ruine.

Vive les "voix discordantes".

Longue vie au blogue du QL.

Je me souviens en effet de l'argumentation surréaliste de la juge Baribeau. Vraiment n'importe quoi cette justice là n'est-ce-pas?

Je crois que beaucoup trop de gens sont confus quant au rôle réel de la Charte des Droits et Libertés. Cette charte a été concue pour protéger le citoyen des abus de l'état. Ça signifie que l'état ne peut pas discriminer et qu'il garantit la liberté d'expression et d'association et de religion dans les institutions publiques. Elle n'existe pas pour régler des litiges entre personnes privées, sauf peut-être dans certain cas comme l'incitation à la haine, qui sont probablement couvert dans d'autres lois. Elle n'existe pas pour permettre à des femmes d'entrer dans un bar gai ou d'empêcher un tenancier d'exclure cetaines personnes de son établissement privé. Au fil des années, il semble être devenu acceptable d'appliquer la Charte, là où elle ne doit pas l'être.

Parlant de Charte, je suis aller la consulter ici: http://lois.justice.gc.ca/fr/charte/index.html

Voici le préambule:

"Attendu que le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu et la primauté du droit"

Pour un athée comme moi, ça commence mal!

Eric, j'y était allé aussi, voici où je me suis enfargé :

"Art 15. (2) Le paragraphe (1) n'a pas pour effet d'interdire les lois, programmes ou activités destinés à améliorer la situation d'individus ou de groupes défavorisés, notamment du fait de leur race, de leur origine nationale ou ethnique, de leur couleur, de leur religion, de leur sexe, de leur âge ou de leurs déficiences mentales ou physiques."

C'est donc dire que la seule utilité percue de la charte pour me défendre contre la discrimination "positive" (c'est à dire, contre moi et les autres dans la "majorité") est caduque.

Fantastique.

Alors, on m'aide à me sélectionner une déficience? Hors minorité point de salut!

Personnellement, l'absence de droit de propriété discrédite cette charte en partant, peu importe les bons sentiments derrière... Je ne sais plus trop qui a eu cette pensée amère: Un homme qui meurt part avec tout le bien qu'il a fait dans sa vie; cependant, il laisse derrière lui tout le mal qu'il a pu faire de son vivant. Pour moi, ce sera l'épitaphe de Pierre Trudeau. Ceci dit, je serais curieux de savoir si tous ces gens si prompts à dénoncer les "travers" des autres s'imposent la même discipline lorsqu'ils sont de l'autre côté du comptoir, si vous me passez l'expression...

J'aimerais avoir le point de vue libertarien la-dessus:

http://www.canoe.com/infos/societe/archives/2008/05/20080504-092402.html

@ Carl-Stephane huot

Je rejoins votre avis à propos de l'absence de droit de propriété, à l'epoque de la conception de la charte, il semble que les provinces étaient TRÈS fortement contre. Cela dit, un socialiste comme Trudeau n'aurait jamais RECONNU ce droit...

De plus, un autre point qui transforme la charte en vrai farce, c'est la clause "nonobstant", qui donne en fin de compte au gouvernement la possibilité d'ignorer les droits mentionnés dans la charte du moment que le parlement donne le "ok".

Un autre point qui m'agace au plus haut point, c'est le droit à la legitime défense qui même si sur le papier est reconnu alors que dans les faits, les parlementaires ont tout fait pour l'enlever par des lois, les moyens d'appliquer ce droit fondamental à tout être vivant.

....c'est le droit à la légitime défense qui même si sur le papier est reconnu alors que dans les faits, les parlementaires ont tout fait pour l'enlever par des lois, les moyens d'appliquer ce droit fondamental à tout être vivant.....

Voilà qui justifie le désir des américains de s'armer. Actuellement, si chaque citoyen avec son arme, l'État se sentirait menacé alors que là.....

Autre chose que m'énerve dans la charte c'est qu'il y a un droit d'association, mais il n'y a pas de droit de non-association.

Prenez les producteurs de lait ou de sirop d'érable, ils sont obligés par la loi de vendre leur production à leur association sinon ils risquent des pénalités trés élevées. Même chose avec les syndicats. S'il y un syndicat dans l'entreprise, tu es obligé d'y adhérer et de payer la cotisation...

@Martin

Le problème avec cette cause, c'est que si la dame en question avait quitté son emploi, elle n'aurait pas eu droit à l'assurance-emploi.

Par contre, pourquoi n'a-t-elle pas tenté de changer d'emploi?

@Maxime

Effectivement, c'est très bien vu: la Charte permet la discrimination, mais seulement exercée ou autorisée par l'État, au cas par cas. La discrimination privée est interdite. A noter que cette 'précision' a été introduit pour répondre aux inquiétudes des groupes féministes qui craignaient les conséquences légales d' une situation ou 'ce qui est bon pour Minou, c'est bon pour Pitou'; il fallait donc créer un 'loophole'. J'avis noté ce petit trésor de rhétorique il y'a quelques années, alors que je faisais une recherche sur la discrimination sexiste dans la jurisprudence civile et criminelle au Canada.

"Par contre, pourquoi n'a-t-elle pas tenté de changer d'emploi?" Parce que au Québec un emploi est un droit. C'est pour ca que lors d'une grève un employeur ne peut pas remplacer ses employé (scab) parce que ça dlair que ça serait unfair.

Tout employeur doit être exemplaire, ne rien discriminer, être toujours poli avec ses employés et clients, donner des salaires plus haut que la normale, etc. Pour le bien-être de ses employés parce que on sais bien que c'est l'emploi qui crée la richesse, pas la production.

Pas question de laisser un mauvais employeur avec des mauvais employés (parce qu'il est pas endurable et que les bons employé veulent pas travailler avec lui). Pas question pour une employée de se responsabiliser et de changer de place au plus sacrant. Nanon, la discrimination et le manque de respect c'est une affaire nationale.

Par exemple : mon boss aime pas les arabe et les noir. Jamais il n'en engagera. So be it, il a peut-être tort mais j'men sacre, ça le concerne lui. La loi lui dit qu'il n'a pas le droit de refuser un employé sous un motif discriminatoire... mais il le fait pas. En fait il amènera jamais en entrevue un arabe ou un noir, that's it. Mystérieusement leurs CV se retrouvent à la poubelle...

Est-ce que la loi règle le problème? Non, elle le cache, c'est une belle hypocrisie collective, wow ça s'est progressiste.

Tout ça pour dire que l'histoire de "la vieille" c'est vraiment une tempête dans un verre d'eau... décriss de là si t'est pas contente, ton boss y'est peut-être twit mais tu l'es encore plus à rester son valet..

Une commission qui régule les commentaires sur internet ce n'est pas de la fiction, ça existe déjà, suffit de voir ce qui est arrivé à Mark Steyn.

Pour ce qui est du bar, beaucoup de gens mélangent "loi" et "législation", deux choses très différentes. Le bar a peut-être violé une législation mais certainement pas une loi.

Hayek a écrit un livre la dessus: Law, Legislation and Liberty

Y'a des discriminations qui sont justifiables mais d,autres qui ne le sont pas.

Un exemple pourquoi passer des entrevues pour des positions dans lequels on ne travaille pas directement avec le public(tout ce qu'il faut c,est regarder les cv, le NAS et les références si demandés).

Par contre d'autres sont justifiables ex: renvoyer un médecin qui ne mets pas de gants à cause de ses croyances c'est correct(mesures d'hygiène oblige).


"pourquoi passer des entrevues pour des positions dans lequels on ne travaille pas directement avec le public"

Pour engager une personne avec qui l'on pense pouvoir s'entendre?

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Citations

  • « Bientôt, on va demander à l'État de nous tenir la bizoune quand on va aller pisser. Vous trouvez ça normal, vous? Est-ce si dur de se prendre en charge? »

    – Richard Martineau, « La faute aux autres», Le Journal de Montréal, 17/04/2008

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