Les riches s'enrichissent, les pauvres s'appauvrissent. Vraiment?
Il y a une semaine, Statistique Canada publiait une étude qui a fait couler beaucoup d'encre dans les médias. Elle semblait confirmer, encore une fois, le cliché marxiste qui veut que «l'écart entre riches et pauvres s'est beaucoup accru au pays», comme le titrait Le Soleil parmi tant d'autres.
Hier, deux de mes ex-collègues de l'Institut économique de Montréal ont répliqué à cette interprétation mensongère qui fait l'affaire de ceux qui veulent toujours plus d'impôt progressif et de programmes étatiques pour redistribuer la richesse. Le texte publié dans La Presse du président du Conseil du patronat du Québec, Michel Kelly-Gagnon, est reproduit ci-dessous. Celui de la chercheuse associée de l'IEDM et chroniqueuse au Journal de Montréal, Nathalie Elgrably-Lévy, peut être consulté ici.
Des chiffres trompeurs
Michel Kelly-Gagnon
Des données alarmistes publiées par Statistique Canada ont permis à de nombreux médias de clamer, encore une fois, le 1er mai, que «les pauvres s'appauvrissent et les riches s'enrichissent».
Selon cette étude, le salaire médian des Canadiens, en dollars ajustés pour tenir compte de l'inflation, n'aurait augmenté que de 53$ de 1980 à 2005. Les 20% les plus pauvres n'auraient même pas bénéficié de cette maigre augmentation, puisque leur salaire réel aurait diminué de 20% pendant cette même période. Les 20% les plus riches quant à eux auraient vu leur salaire s'accroître de 16%.
Ces données ont suscité de nombreuses réactions qui ont permis d'apporter un éclairage beaucoup plus nuancé de la situation. D'ailleurs, Statistique Canada a publié une autre étude cinq jours plus tard contredisant en partie cette conclusion pessimiste. Malheureusement, les médias n'y ont pas porté la même attention.
Il est tout simplement faux de prétendre que les pauvres se sont appauvris au Canada depuis 25 ans, et ce, pour plusieurs raisons.
Tout d'abord, les personnes qui sont pauvres d'une année à l'autre ne sont pas les mêmes. Chaque année, des étudiants et de jeunes travailleurs arrivent sur le marché du travail au bas de l'échelle et ont naturellement de bas salaires. Ils n'y restent pas longtemps.
En fait, de 50 à 60% des gens qui ont connu une période de faible revenu pendant une année n'étaient plus dans cette situation l'année suivante. Selon une analyse de Statistique Canada faite durant les années 90, si l'on observe la situation sur une période de six années, ce sont seulement 3,3% des Canadiens qui sont restés pauvres durant toute cette période.
Les données récentes de l'organisme fédéral doivent aussi être prises avec un grain de sel. Tout d'abord, elles ne tiennent compte que du salaire avant impôt, qui ne reflète pas vraiment le niveau de vie réel des gens. En effet, les plus pauvres paient très peu d'impôt et une partie importante de leur revenu total provient de programmes sociaux. Lorsqu'on inclut les transferts de l'État, la situation est bien différente. Les 20% les plus pauvres ont vu au contraire leur revenu médian passer de 21 100$ par année à 25 000$ aujourd'hui en dollars réels (donc en tenant compte de l'inflation).
La situation se complique encore plus lorsqu'on parle de ménages plutôt que d'individus. Comme 87% des Canadiens vivent au sein d'une famille, cette donnée est beaucoup plus pertinente que le salaire individuel pour évaluer la situation concrète des gens.
En effet, depuis 25 ans, les femmes ont continué à entrer en plus grand nombres sur le marché du travail. Et pendant ce temps, les hommes ont eu tendance à faire un peu moins d'heures, même ceux qui travaillent à temps plein. D'une certaine façon, il y a eu un transfert des sources de revenus au sein des familles.
Cette évolution a fait en sorte que le revenu salarial de toutes les familles n'a cessé de croître depuis 1980, même si les salaires des individus sont restés relativement stables. Pour reprendre le cas des deux extrêmes, les 20 % les plus pauvres ont vu leur revenu familial augmenter de 15% en dollars réels de 1980 à 2005, alors que les 20% les plus riches bénéficiaient d'un gain de 23%. On parle ici des salaires uniquement, avant les autres transferts. Bref, le scénario marxiste d'une concentration toujours plus poussée de la richesse aux mains d'une petite élite paraît tout à coup bien moins évident!
Enfin, il faut relativiser la notion de «dollars réels». Même en ajustant ces montants pour tenir compte de l'inflation, lorsqu'on compare des données sur une période de plusieurs décennies, on ne parle plus de la même économie. Et cela fait une différence.
Un montant de 1000 $ vous permet aujourd'hui d'acheter un ordinateur portatif, un écran de télévision plat, et beaucoup d'autres choses qui n'existaient pas il y a 25 ans. Avec le même montant de 1000$ (ajusté pour l'inflation) en 1980, ou même avec plus, vous n'auriez pu vous offrir aucun de ces biens et services qui contribuent à votre niveau de vie aujourd'hui.
À cause des échanges internationaux, des améliorations technologiques, de l'évolution relative des prix et de nombreux autres facteurs, la comparaison devient très difficile sur de longues périodes.




Bon, à peine j'en parle, Martin nous a ramené l'article d'hier. Moi j'ai encore mon journal de ce matin, je vous copie sa réponse :
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Roger Lafrance
L'auteur est coordonnateur par intérim de l'ACEF Montérégie-est.
Il faut être particulièrement déconnecté de la réalité pour affirmer qu'il «est tout simplement faux de prétendre que les pauvres se sont appauvris au Canada depuis 25 ans» (La Presse, 8 mai 2008). Si vous le permettez, j'aimerais bien vous inviter à vivre une journée dans notre organisme. Votre perception de la pauvreté changerait certainement.
À l'ACEF Montérégie-Est où je travaille, la moitié de notre clientèle se compose de gens vivant d'aide sociale, l'autre de travailleurs à faible ou moyen revenus. Si vous veniez nous voir, vous constateriez que ces personnes font beaucoup avec très peu. Vous verriez qu'avec 575 ou 692$ par mois sur l'aide sociale, il faut faire des miracles pour boucler son budget. Vous pourriez aussi m'aider à identifier des solutions possibles pour ces gens.
S'il est si vrai que les pauvres se sont enrichis depuis 25 ans, pourriez-vous me dire pourquoi les banques alimentaires doivent répondre à plus de demandes chaque année, pourquoi les listes d'attente sont si longues pour les logements sociaux et pourquoi il faut aider les parents à chaque rentrée scolaire?
La réalité, c'est qu'il en coûte de plus en plus cher pour se loger au Québec. Les hausses de tarifs chez Hydro-Québec viennent gruger davantage le portefeuille des plus petits. Et que dire des augmentations de l'essence, de la nourriture et de toutes les autres hausses de tarifs de l'État.
Il est vrai que les plus pauvres ne paient pas d'impôts, mais c'est justement parce qu'ils n'ont pas les moyens d'en payer. La hausse récente du salaire minimum va aider beaucoup de travailleurs. Par contre, surtout dans le commerce et la restauration, un grand nombre d'entre eux travaillent moins que 40 heures/semaine. Essayez donc de boucler votre budget en ne travaillant que 24 heures par semaine au salaire minimum!
Contrairement à beaucoup d'autres, je ne pense pas que c'est en s'attaquant au salaire des riches qu'on enrichira les plus pauvres de notre société. C'est vrai que certains patrons ont des revenus disproportionnés mais cela concerne surtout leurs actionnaires. Par contre, pour les plus pauvres, il est important de maintenir et d'accroître le filet social leur permettant de vivre décemment.
Dans votre lettre ouverte, j'aurais aimé lire les mots compassion, entraide et justice sociale. C'est pour cela que je vous invite à venir passer quelques heures dans les organismes communautaires qui viennent en aide directement aux plus démunis. Votre perception de la réalité en ressortirait sans doute changée.
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Vous voyez c'est le genre de réponse démagogique qui au lieu de répondre aux arguments présenté par M. Kelly-Gagnon, se contente de susciter l'émotion du lecteur avec des situations de misère.
"Par contre, surtout dans le commerce et la restauration, un grand nombre d'entre eux travaillent moins que 40 heures/semaine"
C'est moi ou quand tu travailles au salaire minimum et que tu rush, tu t'arranges pour faire plus que 40 heures semaines? Que si ton boss te donne pas assez d'heures tu change de job ou tu en trouve une seconde? C'est quoi cette mentalité de victime là?
"Dans votre lettre ouverte, j'aurais aimé lire les mots compassion, entraide et justice sociale."
La compassion et l'entraide sont deux choses individuelles, on aide ceux pour qui on a de la compassion, c'est quelquechose qui ne saurait être forcé. Le plus hilarant c'est quand on entend que les gens ne donneraient pas suffisamment si c'était pas étatique. C'est drôle, je savais pas qu'il y a un niveau suffisant de dons d'écris dans le ciel. Le mot suffisant est très subjectif et si pour toi suffisant c'est 50$.. bah ça sera 50$ that's it. Comment on peut considérer que les gens ne donneraient pas suffisamment? ça me dépasse (on m'a déjà répondu "assez pour vivre bien"...)
Pour ce qui est du mot justice sociale, je trouve le terme tellement mensonger. On appelle une redistribution de la "justice sociale" alors qu'il n'y a rien de juste. La gauche utilise les termes équité, solidarité, justice.. L'équité c'est justement de pas se faire forcer la main, c'est d'avoir droit à ce pourquoi on a travaillé. La solidarité c'est une valeur individuelle qui est personnelle, surtout pas universel et forcé. La justice c'est les mêmes droits pour tout le monde, pas de discrimination positive étatique (subventions/droits forcés) ou de la redistribution (impôt ou vol, comme vous voulez)
Rédigé par: Kevin | le 09 mai 2008 à 19h28
Hmm.. Le mec se demande pourquoi il y a de plus en plus de demande dans les banques alimentaires et une plus longue liste pour les logements sociaux.
La raison est simple. C'est parce que ces programmes existent. La demande pour les choses "gratuites" est grande, personne ne conteste ca!
J'ai peine à croire que ces gens la se laisserait crever parce que le chèque de bien-être social ne rentre plus.
Par contre, j'en connais un (ou plusieurs) qui se ramasseront sans job sur le marché libre si ces chèques ne rentrent plus.
Rédigé par: FrancisD | le 09 mai 2008 à 20h31
Quelques suggestions pour nos amis sur l'assistance sociale
1- Arrêter de fumer de boire ou de se droguer, on sauve une tonne de frics.
2- Ramasser des canettes et des bouteilles (incluant les siennes)
3- Faire pitié et aller quêter sur Ste-Catherine ou sur toute autre rue passante
4- S'offrir comme baby sitter ou pour tondre le gazon ou pour pelleter l'entrée ou la gallerie en hiver ou pour tout autre menu travaux.
5- Utiliser les coupons, quelques sites intéressants: www.save.ca, www.grattecenne.com
6- Manger des Mr Noodles et des Ramen soup (25 cents par paquet)
7- Courrir les spéciaux dans les épiceries.
8- Éviter les restaurants (ça coûte cher pour rien).
9- Fréquenter les soupes populaire
10- Magasiner ses fringues dans les fripperies.
11- Prendre ses meubles à la maison du chômeur.
Et vous savez, ces trucs, je les fais presque tous (sauf quêter évidemment). Je suis loin d'être contre le chômage et le BS (j'en bénéficierai peut-être un jour, les temps sur le marché de la bourse ont été durs et le chômage, j'en ai eu plus souvent qu'à mon tour).
Et une autre suggestion: arrêter de chigner sur ce qu'on vous donne, à cheval donné on ne regarde pas la bride. Ça me fait penser l'été passé alors que moi et ma conjointe avions essayé d'appeler la maison du chômeur pour se débarasser de notre divan, ils sont venus et ont dit que les ressorts étaient trop maganés pour être accepté. Or moi et ma conjointe, nous étions assis dessus depuis des mois et ça faisait l'affaire, pourquoi ça ne ferait pas l'affaire d'un BS?
Ceci étant dit, il n'y a pas de solutions miracles pour se sortir de la misère mais avec beaucoup de volonté, la plupart d'entre nous peuvent s'en sortir et je félicite ceux et celles qui ont réussi à le faire, vous méritez votre dignité.
Rédigé par: Tym Machine | le 10 mai 2008 à 11h12
@ Kevin
"Vous voyez c'est le genre de réponse démagogique qui au lieu de répondre aux arguments présenté par M. Kelly-Gagnon, se contente de susciter l'émotion du lecteur avec des situations de misère."
Bon point. C'est typique de la gauche étatiste de répondre à des statistiques par des cas anectotiques. Le problème avec ça, c'est qu'il y aura toujours des miséreux qui ne veulent pas se donner la peine. Et gageons que beaucoup de ces assistés sociaux ont quand même des TV, le cable, un lecteur DVD, une chaine stéréo et une auto... Et ils iront quant même quêter de la bouffe aux banques d'aliments.
Rédigé par: Philippe David | le 12 mai 2008 à 15h23
Pour l'auto, je ne sais pas mais il est vrai que c'est quasiment con de se demander pourquoi il y a de plus en plus de gens utilisants ces services "gratuits".
"Ahhh, pourquoi les choses gratuites sont de plus en plus en demande ?!"
Ces services sociaux ont une nature quasiment sadique.
Le gouvernement créer des attentes chez ces personnes, qui s'attendront à y avoir accès tout le temps et planifieront en conséquence.
Lorsque le gouvernement commence à s'écrouler sous les dettes, il coupera donc les vivres à ces assistés (car il s'en fout éperduement des pauvres, c'était seulement pour les votes bonbons dans le temps que ça allait "bien").
C'est un peu comme ce que le gouvernement fait avec les artistes et profs d'art subventionnés. Il leur fait miroiter une carrière aux crochets de l'État, mais lorsque les promesses électorales changent, tu te ramasses avec un paumé de 40 ans sans expérience particulièrement utile qui doit retourner travailler à salaire minimum. Vend l'auto, la maison, le chalet, etc.
Rédigé par: FrancisD | le 12 mai 2008 à 16h45
L'autre jour, à la télé, un journalist suivait un homme faire ses emplettes. Je ne me rappelle plus des prix de ce qu'il optait,lors de ses achats, mais il me semble que le type s'était ramassé avec une facture assez salée pour presque rien. À cet instant,je m'étais dit : Quel crétin ! En effet, une personne qui remplit son panier d'épicerie de paquets de cochonneries, il paye trop.
Ensuite, si le reporter avait été plus fin, il aurait dit au mec qu'il était un cave de se procurer de la nourriture transformée. Il l'aurait ensuite conseillé de s'acheter des légumes bon marché. Qui peut oser prétendre en fin que : du céleri, des navets, des bettraves, des tomates... etc. coûtent trop cher. Pour le prix d'une caisse de bière, il aurait pu se procurer une quantité phénoménale de végétaux.
Rédigé par: WaltA | le 12 mai 2008 à 20h45
Si les pauvres ainsi que la classe moyenne, supposément en déchéance, étaient si cassés, alors comment expliquer le nombre ahurissant d'automobiles luxueuses qui sillonnent les rues. Comment interpréter aussi le fait que l'industrie du cinéma et des arts en général traversent un Âge d'or ?
Rédigé par: WaltA | le 12 mai 2008 à 20h57
Attention, il faut bien lire ces études pour comprendre qu'elles ne se contredisent pas complètement.
L'étude du premier mai ne portait que sur les salariés à temps plein. Parmi ces gens, le quintile inférieur a un revenu d'emploi médian qui a chuté de 20% en 20 ans. Cela ne signifie pas que les pauvres se sont apauvris. Voyons pourquoi.
Si un assisté social se trouve un emploi à temps plein au salaire minimum, selon l'étude du premier mai, il fait maintenant baisser le salaire médian des travailleurs à temps plein. Avant, il n'était pas compté, mais maintenant qu'il a un emploi, on le compte... Et pourtant, si on lui demande s'il est de plus en plus pauvre, que répondra-t-il?
La deuxième étude porte sur l'ensemble de la population. Le quintile le plus pauvre inclut des assistés sociaux, des chômeurs, des retraités... bref, tout le monde. Et cette étude montre bien que les pauvres sont de moins en moins pauvres.
Les statistiques prouvent également qu'il y a de moins en moins d'assistés sociaux. Alors quelle est la pertinence de la première étude? Quelle a été sa médiatisation? Et si on compare avec la deuxième étude?
Bref, si on se fie aux médias traditionnels pour obtenir une information juste, on risque d'être déçus...
Rédigé par: Jean-Paul | le 13 mai 2008 à 20h11