Pourquoi le prix du pétrole reviendra vers les 30$ le baril
L'augmentation considérable du prix du pétrole a beaucoup accaparé l'attention ces dernières années. Une série de problèmes, biens décrits par mon collègue Erwan Quéinnec dans le QL de ce mois-ci ont convergé pour donner un baril qui a monté jusqu'à 147$. Pourtant, d'autres facteurs sont en train de se conjuguer, dont de nouvelles prospections en cours et des entreprises et des consommateurs qui vont chercher et trouver des méthodes pour réduire leur consommation. C'est le cas des compagnies maritimes, qui vont réduire la vitesse de leurs porte-conteneurs pour comprimer les coûts. Tout cela devrait permettre de faire progressivement baisser le prix du baril.
Comment pourrait-on évaluer un prix du pétrole «correct», à la fois pour les producteurs et pour les consommateurs? Il faudrait d'abord pouvoir classer tous les gisements selon leur coût d’exploitation et la quantité de pétrole que l'on peut en extraire, en ajoutant une marge de profit adéquate. Historiquement, cette marge de profit a été de 7 à 10$ le baril, ce qui permet à la fois de rentabiliser les investissements passés, de faire de la nouvelle prospection et aussi de couvrir les risques intrinsèques du marché des matières premières.
De l’autre côté, nous avons la demande, que l’on pourrait classer de la même manière, à savoir la quantité de pétrole que les gens sont prêts à acheter en fonction de son prix. Plus ce prix est élevé, plus les gens feront attention à leur consommation, en réduisant la taille de leurs véhicules par exemple. On a vu General Motor annoncer la fermeture d’usines de production de VUS ce printemps au Canada et les entreprises réaliser de nouveaux investissements pour réduire leur consommation. Le Canadien National (CN) a annoncé par exemple ce printemps l’achat de nouvelles locomotives consommant 17% moins de carburant. Bref, nous sommes entrés dans une nouvelle période de contraction de la consommation de pétrole.
Présentement, le pétrole le plus cher à exploiter est celui des sables bitumineux de l’Ouest canadien, entre autres parce que son exploitation demande de consommer entre 25 et 33% du pétrole extrait. Pour 2006, le prix d’exploitation était de 21$ le baril, et de 27$ en 2007, la différence venant essentiellement du fait que le pétrole consommé pour l’exploitation est compté au prix du marché, celui-ci étant sensiblement plus élevé en 2007 qu’en 2006. Ce qui nous donne un prix d’équilibre d’environ 30/35$ au taux de consommation actuel. À noter que le prix moyen du baril a été de 27$ environ depuis la Seconde Guerre mondiale, en tenant compte de l’inflation.
Le pic pétrolier dépend premièrement du prix que l’on est prêt à mettre pour obtenir le baril. Plus on est prêt à payer cher, plus il est possible de tirer de pétrole d’un gisement. (Le petit document suivant donne un aperçu des exploitations primaire, secondaire et tertiaire des gisements.) Ensuite, il ne tient pas compte d’autres possibilités, comme le pétrole synthétique, rentable à produire à partir de 35$ du baril, ni les immenses dépôts d’hydrate de méthane sous-marins que l’on pourra transformer en essence par la chimie du pétrole, ni des technologies à venir. À ce propos, l’USGS estime que l’ensemble de ces ressources pourrait suffire à plus de 1,5 million d’années de consommation actuelle, en n'en exploitant que 30%.
Et dépendamment des résultats obtenus par les physiciens et ingénieurs nucléaires lors de l’expérience ITER en cours de construction en France, et DEMO, le réacteur de démonstration, le prototype en quelque sorte des futures centrales à fusion nucléaire qui sera mis au point en parallèle au Japon (voir ceci par exemple), nous pourrions voir ces problèmes disparaître assez vite, disons d’ici une centaine d’années.
Quelques bizarreries comme la vente de feu du pétrole vénézuelien à sa population pour moins de 10$ le baril – ce qui décourage de faire des économies - et le fait que PEMEX, la compagnie d’État mexicaine, n’ait pas d’argent pour entreprendre d’autres explorations de son sol parce que le gouvernement a trop prélevé de profits sans penser à l’avenir, n’empêcheront pas trop les prix de revenir vers leur valeur réelle. Bref, ceux qui fantasment sur des prix pétroliers supérieurs à 100, voire 200$ comme les écologistes, risquent de déchanter rapidement, le retour vers les 30$ étant, selon moi, inéluctable…



L'article soulève de bons points qui devraient faire réfléchir les "illettrés économiqes" qui polluent le mouvement "peak oil". Le plus important est que le pétrole est en effet une ressource "infinie" et même potentiellement "renouvelable" puisqu'il est synthétisable à bas coût et à partir de n'importe quelle autre source d'énergie.
Néanmoins, je ne suis pas d'accord avec cet article pour plusieurs raisons. La principale est qu'on sous-estime nettement l'inflation "dans le pipeline" qui fait en sorte que le dollar américain est toujours nettement sur-évalué. $35 est peut-être un bon prix cible en dollars de 1995, mais rien à voir avec le dollar de 2015. Le graphe https://www.paulvaneeden.com/MediaLib/Images/Home/Commentary/20080509-2.gif montre que le prix du pétrole ajusté par une vraie mesure d'inflation, soit M3, n'est pas particulièrement cher aujourd'hui, et qu'il l'a été seulement de 1979 à 1986. Le ratio pétrole/or montre un résultat semblable.
Une autre raison est que la "rente pétrolière" existe bel et bien dans le libre-marché. Comme explique Rothbard, ce n'est pas le prix élevé des terres de Champagne qui cause le prix élevé du Champagne, mais bien le contraire. Il faut donc ajouter cette rente au coût d'exploitation. La production de pétrole synthétique pourrait invalider cet argument à long terme, mais entre temps il ne faut pas se faire d'illusions.
Sur le plan technique, il y a plusieurs "bottlenecks" dans l'industrie qui font que l'offre a de la difficulté à suivre la demande: infrastructure désuète, rareté de la main d'oeuvre, de l'acier, etc. Ce genre de problèmes ne se règlent qu'en 5-10 ans minimum.
Finalement, les causes étatiques qui ont mis en place les conditions artificielles du "peak oil", soit l'inflation monétaire et l'inaccessibilité de 85+% du pétrole au secteur privé, soit pour des raisons nationalistes soit environnementalistes, sont là pour rester.
Donc je répète, "peak oil" est un phénomène causé par l'intervention étatique dans les secteurs de la monnaie et de l'énergie et aura bien lieu. Le prix du pétrole sera déterminé par son utilité marginale, beaucoup plus élevée que le coût d'extraction. Les états et leur planches à billets sont les seuls à blâmer, et préparez-vous car leur prochaine "bonne" idée sera le contrôle des prix, source de pénurie, suivi d'un rationnement. Aussi bien garder son vélo au point. Ça s'appelle une crise monétaire, et non pétrolière, comme le répéteront ad nauseam les médias.
Rédigé par: Bastiat | 17 août 2008 at 03h05
La question principale est de savoir QUAND vont-ils retourner vers les $30 ?
Rédigé par: Quand | 18 août 2008 at 09h29
En dollars constants, le prix du pétrole n'est pas beaucoup plus haut que $30.
L'application de l'indice des prix à la consommation nous indique que $30 de 1978 ont la même valeur que $100 d'aujourd'hui. Et l'indice des prix à la consommation sous-évalue la véritable inflation d'au moins 1% par année (1% composé annuellement sur 30 ans, ça donne 34%).
30 dollars de 1978 valent donc $100 + 30% = $134
À 112 dollars, le baril de pétrole vaut moins que 30 dollars de 1978!
http://www.shadowstats.com/inflation_calculator?amount1=30&y1=1978&m1=7&y2=2008&m2=7&calc=Find+Out
Rédigé par: Jean-François Hébert | 18 août 2008 at 12h29
D'ici environ 2 ans, et en dollars d'aujourd'hui, svp!
Rédigé par: Carl-S. Huot | 19 août 2008 at 17h46
Le pétrole descendra drastiquement de prix même sans nouvelles exploitations lorsque la bulle immobillière explosera (qui a rajouté des trillions de faux dollars dans l'économie) ainsi que les dépenses de la guerre en Irak et les instabilités politiques produite par celle-ci cesseront.
Ce qui, selon moi pourrait se produire d'ici deux ans comme le mentionne M. Huot.
C'est une raison pourquoi je crois qu'ils ne donnent jamais de date décisive pour un retrait d'Irak, car les contrats futurs pour le pétrole autour de cette date hypothétique perdront beaucoup de valeur ce qui pourrait provoquer un "sell off" prémature pour couper les pertes.
Rédigé par: FrancisD | 20 août 2008 at 10h19
Si les prix du pétrole baissent, alors les prix de l'or baisseront aussi mais les prix des actions cotées en bourse grimperont en flèche.
Mais, il faut être sûr que la demande de pétrole baissera, que l'instabilité politique disparaîtra et que les réserves de pétrole tiendront le coup.
Alors, il y aurait peut-être une petite passe à faire dans les marchés boursiers.
Mais si les prix du pétrole continuent d'être élevés comme maintenant, et bien les actions stagneront.
Où puis-je consulter l'état des réserves mondial de pétrole raffiné et d'huile de chauffage ?
Il faut le savoir afin de calculer la courbe de demande par rapport à la courbe des stocks et ainsi prévoir le point de rupture et savoir quand vendre.
Rédigé par: Calculs | 20 août 2008 at 12h32
Hahaha. C'est une blague?
Premièrement, la politique monétaire se fait de façon privée aux états-unis et les planches à billets de l'état ne comptent que pour 2 à 5% de la création de monnaie, le reste provenant du crédit des banques privées. Si vous voulez blâmer quelqu'un pour l'inflation, blâmez la fed et les banques.
Ensuite, le seul moyen de contrer la croissance exponentielle de la consommation de pétrole est de monter le prix du baril. À 30$ le baril, la croissance se fera près du taux historique de 7%, et on se retrouvera du jour au lendemain sans pétrole.
Avant de répondre quoi que ce soit, comprenez la fontion exponentielle.
Rédigé par: Nicolas | 20 septembre 2008 at 17h04