La Presse a publié mon texte intitulé «Vraiment une solution miracle?», mardi en page A23, à propos des causes de la crise financière actuelle. L'espace manquait, pour des raisons évidentes, mais mon texte aurait dû également aborder le caractère prévisible et annoncé de ce fiasco, qui contraste avec toutes les déclarations d'imprévisibilité que l'on peut associer aux analyses voulant que la crise soit une résultante d'un marché laissé à lui-même.
Dès 1998, encore au stade initial des politiques du gouvernement de Clinton forçant les institutions financières à consentir du crédit hypothécaire à des ménages défavorisés, deux professeurs de l'Université du Texas anticipaient les problèmes dans un article de revue académique.
En septembre 1999, un article publié dans le New York Times relevait que «Fannie Mae, the nation's biggest underwriter of home mortgages, has been under increasing pressure from the Clinton Administration to expand mortgage loans among low and moderate income people (...) But the government-subsidized corporation may run into trouble in an economic downturn, prompting a government rescue similar to that of the savings and loan industry in the 1980's.»
En 2003, le gouvernement de Bush a tenté de revoir la gouvernance de Fannie Mae et de Freddie Mac (le plan était plus ou moins cohérent, mais là n'est pas la question). Alors économiste en chef de la Maison-Blanche, Greg Mankiw avertissait déjà que la notion voulant que Washington soit appelée à renflouer Fannie Mae et Freddie Mac en cas de troubles financiers créait un risque systémique pour le système financier.
Mankiw répétait ses avertissements en 2004: «Because the housing GSEs are so large, the risk they face is important for the entire financial system. GSE debt is widely held by other financial institutions. Even a small mistake in GSE risk management could have ripple effects throughout the economy.» (NB: GSE = government sponsored-entity = fannie mae / freddie mac)
Freddie Mae et Freddie Mac, ainsi que les démocrates, se sont farouchement opposés à toute réforme. Dixit Barney Frank en 2003, représentant démocrate au Sénat, président du comité des services financiers et impliqué dans la négotiation du plan de redressement, écrivait: «these two entities, Fannie Mae and Freddie Mac, are not facing any kind of financial crisis», ou encore mieux, «the administration's position is driven by concern about financial safety and soundness of the companies to the exclusion of concern about housing». À en faire dresser les cheveux et donner la chair de poule.
Et c'est ce même Barney Frank qui crie aujourd'hui, rouge de colère, que la chute de Wall Street a été causée par «des mauvaises décisions prises par des gens dans le secteur privé»...



Oui, un grand comique le Barney. Me semble que si tu laisse ouverte la porte du corral (avec des taux d'intérêts imposés et artificiellement bas par exemple), bien les voleurs vont partir avec le bétail. Un propriétaire intelligent ferait jamais ça. Mais comme c'était pas son bétail au Barney, et que ses tinamis faisaient de la piasse en masse, il s'en foutait. Faut vraiment sortir les gouvernements de l'économie, ça presse.
Rédigé par: Pierre-Yves | 02 octobre 2008 à 19h02
Intéressante discussion sur Fox News :
http://www.foxnews.com/story/0,2933,431645,00.html
"Economists might be known for disagreeing with each other, but there is surprising agreement regarding the bailout and the causes for the current financial problems."
Notons entre autres que le plan de redressement est passé de 3 pages à 102 puis à 451, et qu'il contient maintenant des dispositions sur les soins de santé mentale, sur les assurances en santé, sur les groupes qui utilisent des produits dérivés de la laine, sur des déductions d'impôts pour les victimes de désastres naturels et sur l'énergie renouvelable.
Voilà comment on règle une chute boursière à Washington!
Rédigé par: JH Lapointe | 03 octobre 2008 à 00h17