par Martin Masse
On l'a répété à plusieurs reprises: la crise économique actuelle découle principalement de politiques inflationnistes, c'est-à-dire de l'injection massive dans l'économie de monnaie et de crédit créés à partir de rien par les banques centrales, en particulier la Fed.
C'est ce qui a entraîné le taux d'endettement énorme des Américains, autant au niveau des ménages que du pays; leur taux d'épargne nul; une consommation excessive, notamment de biens importés, qui ne pouvait se poursuivre indéfiniment; un déficit systématique des comptes courants; une spéculation effrénée dans les secteurs immobiliers, financiers, et autres; une hausse irréaliste des prix dans ces secteurs; une mauvaise allocation du crédit facile provoquant des malinvestissements; etc.
Les booms inflationnistes de ce type font partie du paysage économique depuis que les gouvernements interviennent dans le domaine monétaire, c'est-à-dire depuis des centaines d'années, mais de façon plus marquée encore depuis la création des banques centrales et l'abandon de l'étalon-or.
Chaque fois, il faut alors traverser une période de liquidation des mauvaises créances et des malinvestissements, de réajustement de la production, laisser retomber les prix à des niveaux réalistes et mettre fin au crédit facile avant que la croissance économique puisse repartir sur des bases plus solides et durables. Les entreprises autant que les individus et les gouvernements doivent cesser de dépenser de l'argent qu'ils n'ont pas, arrêter de s'endetter et rembourser leurs dettes, recommencer à épargner et investir dans des processus de production qui correspondent à une demande réelle et non à une demande artificielle gonflée par le crédit facile.
Les dogmes keynésiens et monétaristes favorables à l'inflationnisme sont toutefois presque universellement acceptés aujourd'hui et au lieu de laisser cette purge du crédit excessif se poursuivre, les gouvernements et la majorité des économistes considèrent qu'il faut à tout prix empêcher une contraction du crédit et de la demande.
Depuis le déclenchement de la crise, ils procèdent donc à des injections additionnelles de «liquidités» dans le secteur bancaire et lancent divers plans de sauvetage des banques en difficulté et du secteur financier en général, dont le rôle crucial dans la transmission et l'allocation du crédit ne doit pas être compromis. Maintenant qu'il s'est avéré que ces mesures sont insuffisantes pour empêcher la contraction du crédit, parce que les investisseurs échaudés se retirent du marché et que les institutions financières refusent de s'exposer davantage et accumulent des réserves au lieu de faire des prêts risqués dans un contexte d'incertitude, les gouvernements cherchent à intervenir plus directement.
Hier, pour faire suite au plan Paulson voté par le Congrès de 700 milliards $ de soutien au secteur financier et à de nombreux plans de sauvetage ciblés comme celui de Citigroup il y a quelques jours, le gouvernement américain et la Fed ont donc annoncé un autre plan de 800 milliards $, celui-là pour soutenir directement le crédit à la consommation.
La Fed ne joue plus simplement le rôle traditionnel d'un prêteur de dernier recours pour les banques; elle achète maintenant directement des obligations adossées à des hypothèques et d'autres types de dettes de divers prêteurs institutionnels pour leur permettre de se débarrasser de ces prêts et d'obtenir en échange des fonds qu'ils pourront prêter de nouveau.
Ce faisant, elle injecte encore des quantités gigantesques de faux crédit (du crédit qui ne provient pas d'une épargne réelle) dans l'économie. Elle permet aux taux d'intérêt de se maintenir artificiellement bas, alors qu'ils devraient remontrer pour refléter la rareté relative du crédit depuis le début de la crise. Et elle ralentit le processus de normalisation des prix et de liquidations des malinvestissements qui est nécessaire pour que l'économie retrouve un certain équilibre.
Selon une dépêche de l'AFQ, le secrétaire au Trésor Henry Paulson justifie cette nouvelle intervention en disant que «des millions d'Américains ne peuvent pas trouver de financements abordables pour leurs besoins de crédit». Sauf que logiquement, le crédit des uns doit nécessairement être l'épargne ― c'est-à-dire un report à plus tard de la consommation permettant de rendre des ressources disponibles ― des autres. Et ce crédit doit être alloué à ceux qui ont une capacité de le rembourser, pas simplement pour soutenir une consommation irresponsable. Sinon, tout ce qu'on crée, c'est de l'inflation monétaire.
Cette logique économique de base ne tient toutefois plus dans la situation actuelle d'hystérie politique. La source même du problème ― le crédit trop facile ― est fallacieusement considérée comme sa solution. Les gouvernements tiennent absolument à faire quelque chose, et ils ont décidé de tenter futilement de prolonger le boom artificiel des dernières années. Ce faisant, ils ne font que continuer de creuser plus profondément le trou dans lequel nous nous trouvons. Le réajustement nécessaire n'en sera que plus prolongé et dévastateur pour plus de gens.



M. Masse,
Pourriez-vous expliquer pourquoi l'économie américaine est en déflation malgré les politiques inflationistes? Je manque peut-être quelquechose, mais logiquement il devrait y avoir inflation lorsque le gouvernement imprime et/ou emprunte des milliards? Est-ce que la déflation est transitionnelle et l'inflation est à venir?
Merci d'avance.
Rédigé par: M.T. | 26 novembre 2008 à 22h58
À M.T.
Partons avec le principe que des politiques inflationnistes, tel que les plans de sauvetages et les rachats d'entreprises devraient normalement stimuler la consommation. Il y aurait effectivement une inflation marquée.
Cependant, vous l'aurez deviner, la consommation n'est pas stimulée. Moins de ménages dépensent. Donc les prix aux détails chutent. La chute des prix du pétrole, de par la fluidité et la rapidité de ce bien sur les marchés, reflètent, à mon sens, cette tendance au report à la consommation.
Donc, une forte inflation apparait lorsque la consommation est croissante, non pas décroissante comme nous connaissons actuellement.
Si un lecteur pense que je suis dans le champ, qu'il me le fasse savoir!
Rédigé par: Jonarceen Rocher | 26 novembre 2008 à 23h24
POURQUOI LA DÉFLATION?
J'ose répondre en attendant le réponse de M.M.;
C'est assez simple à comprendre si nous faisons fi de la propagande médiatique actuelle.
Qu'est-ce que l'argent -ou plutôt- de quoi est composée la masse monétaire totale (i.e. m3) ?
L'argent -dans notre systême d'argent fictif de Monopoly- est essentiellement de la dette, à 97%...
Donc, si la masse totale de dettes 'disparait' ou diminue (par des faillites, par radiation d'actifs et de la dette correspondante, etc) plus vite que la création de nouvelles dettes... tu as une déflation de la masse monétaire totale.
Il y a aussi un mécanisme de la FED qui à rapport au rachat de bons du trésor... qui résulterait en une 'disparition' artificielle et temporaire d'une partie de la masse monétaire. Dans le contexte actuel, je crois comprendre qu'ils peuvent uniquement faire ça sur une courte période de temps. J'essaye depuis un certain temps de comprendre comment fonctionne ce mécanisme. Mais ça reste nébuleux pour moi... Peut-être que M.M le sait ?
En tout cas, cette déflation ne pourra durer qu'un temps... car la diminution de la masse monétaire totale -via la diminution de la valeurs des actifs- devrait éventuellement s'arrêter. Et si la FED continue de créer de 'l'argent-dette' par emprunts et à la vitesse actuelle, et continue de créer une quantité incroyable de dollar-papier (i.e. accroissement du M1), la valeur du dollar US devrait 'tomber en titi'... et l'hyper-inflation va 'embarquer'... comme à l'époque de République de Weimar.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Hyperinflation_de_la_R%C3%A9publique_de_Weimar
Mais quand ? Qui peut le savoir à part ceux qui contrôlent la politique monétaire à la FED ?
En tout cas, pour l'instant et avec mes petites connaissances dans le domaine, c'est comme ça que je vois tout...
Rédigé par: Sébastien Tremblay | 27 novembre 2008 à 00h01
Qu'en est-il de la logique appliquée ici au Quebec: le gouvernement endette le 'pays' pour minimiser les impacts de cette crise.
Je doute que ceci ait l'effet voulu de 're-primer l'économie' telle une pompe (Keynesienne) mais est-ce que ceci n'a pas réellement l'effet de minimiser l'impact de cette crise.
Oui, on va les payer plus cher nos ponts et nos réfections de routes mais est-ce que cela n'est pas un moindre mal ?
Du genre: emprunter pour manger en attendant de trouver une job au lieu de mourir de faim ?
Rédigé par: Francois | 27 novembre 2008 à 01h29
Après avoir suivi votre raisonnement, très ancré dans les enseignements de l'école Autrichienne d'économie si j'ai bien compris monsieur Masse, j'ai effectivement été très surpris ce matin d'apprendre que le gouvernement américain annonçait un autre plan de 800 milliards comme vous dites. J'ose espérer qu'ils savent ce qu'ils font... Que voulez-vous...
Vous savez, je comprends que la demande pour des services est parfaitement élastique, mais est-ce que l'endettement est la solution? À ce jour, la dette nationale américaine serait d'environ 10 663 628 139 965, 33 $ US. Ce serait à peu près 35 000 $/habitant. Sacrebleu!
Welsh
M.H.
2008
Rédigé par: M. Mathieu Hubert | 27 novembre 2008 à 01h38
Et j'ai oublié de dire que le 'mécanisme nébuleux' de rachat de certaines catégories de bons trésors par la FED (évoqué dans mon commentaire précédent), expliquerait la tendance à la hausse *actuelle* et disons 'artificielle' ET temporaire, de la valeur du dollar US (depuis le mois d'août 08)...
Cela a pour conséquence de faire 'tomber' le prix de tout ce qui est obligatoirement vendu en dollar US sur les marché internationaux (pétrole, denrées en général, etc). Ce qui -combiné à la diminution de 'l'argent-dette', surtout présente aux États-unis et en Europe- augmente l'ampleur de la crise déflationniste actuelle...
Rédigé par: Sébastien Tremblay | 27 novembre 2008 à 01h51
@ M. Mathieu Hubert
Vous écrivez:
"À ce jour, la dette nationale américaine serait d'environ 10 663 628 139 965, 33 $ US. Ce serait à peu près 35 000 $/habitant. Sacrebleu!"
Et si nous ajoutons à ce montant tous les engagements du gouvernement américain (i.e. la définition de dette actuarielle ?), cette dette tournerait autour de 50-60 billions...
Qui a vu I.O.U.S.A?
Version courte:
http://www.iousathemovie.com/
Version longue:
I.O.U.S.A.: Byte-Sized - The 30 Minute Version
http://www.youtube.com/watch?v=O_TjBNjc9Bo
Rédigé par: Sébastien Tremblay | 27 novembre 2008 à 02h16
Avez vous vu cet article:
http://www.leap2020.eu/GEAB-N-28-is-available!-Global-systemic-crisis-Alert-Summer-2009-The-US-government-defaults-on-its-debt_a2250.html
Serait-ce un scénario possible à l'été 2009?
Rédigé par: Pierre-Yves | 27 novembre 2008 à 03h03
Oui Pierre-Yves, des tonnes et des tonnes d'articles de ce genre...
;-(
Je comprends -en gros- ce qui y est décrit et je suis pas mal d'accord et ce, même si je ne suis pas un 'expert' dans ces domaines (je crois que parfois, c'est même un avantage de ne pas l'être...).
Tout le systême financier mondial, de type 'INTERVENTIONNISTE KEYNÉSIEN' (basé sur de la 'fausse monnaie'), est en train d'éclater sous nos yeux et ce, par une combinaison de facteurs 'parfaits'... comme dans 'perfect storm'.
Par contre, par rapport à cet extrait (que je lis sans arrêt un peu partout):
"The recent upward trend of the US Dollar is a direct and temporary consequence of the collapse of stock markets "
... je reste très sceptique. Comme je l'ai expliqué plus haut, il y a un 'phénomène' -contrôlé entièrement par la FED- qui fait remonter la valeur dudit dollar. Je lu une seule fois une explication sur ce processus, mais je ne retrouve plus l'article...
Mais selon moi et dans le concret de nos vies, connaitre le fonctionnement précis de ce processus, reste un détail plus ou moins important (mais j'aimerais quand ça le comprendre.). A mon avis, ce qui est urgent de comprendre, c'est que nous sommes temporairement dans une période déflationniste et que bientôt (mars-avril 09 ? ), l'hyperinflation va 'embarquer' (comme le mentionne ton analyse).
Faut se préparer en conséquence...
Mais pour les 'autres' (i.e. non libertarien; interventionnistes gauchistes ou droitistse keynésiens), je crois qu'il est important d'en savoir le plus possible sur ce qui se passe réellement et 'en détail'.
Rédigé par: Sébastien Tremblay | 27 novembre 2008 à 03h38
Pierre-Yves:
Cet extrait de ton article;
"(...) as well as US citizens of course, discover one morning of summer 2009 that, after a long-week-end or bank-holiday in the US, their US T-Bonds and Dollars are only worth 10 percent of their value because a « new Dollar » has just been imposed"
Me fait penser à ça:
"Fin de l'hyperinflation:
Le gouvernement, sous la houlette Hjalmar Schacht, parvient à arrêter cette inflation en mettant en place le 20 Novembre 1923 le retenmark. Le reichmarks se retrouve alors démonétisé et 1000 milliards de reichsmark représente un retenmark. Cette monnaie retrouve les parités du mark d'avant 1914. L'instauration du retenmark se base sur la richesse de l'Allemagne : ses sols, ses usines, ses immeubles, s'apparentant alors aux assignats de la Révolution Française qui n'ont pas pu enrayer la crise. Grâce à cette monnaie l'état parvient à annuler 99 % des dépôts des caisses d'épargnes, 97.5 % des dettes de l'état et 75 % des emprunts hypothécaires."
http://fr.wikipedia.org/wiki/Hyperinflation_de_la_R%C3%A9publique_de_Weimar
ÔÔ
Est-ce comme ça que va apparaître l'AMÉRO... monnaie unifiée de l'Amérique... tant discuté par nos 'leaders' ?
Rédigé par: Sébastien Tremblay | 27 novembre 2008 à 04h02
@ Sébastien Tremblay : John Browne, qui travaille avec l'excellent Peter Schiff (celui qui avait prédit presque seul contre tous la crise des subprimes et ses conséquences), explique la remontée - temporaire - du dollar, par le mécanisme du "deleveraging" (la réduction de l'effet de levier), ici : http://www.financialsense.com/fsu/editorials/schiff/2008/1126.html
Mais une fois cet effet temporaire passé, il prévoit une chute du dollar et une forte inflation.
Rédigé par: Libertas | 27 novembre 2008 à 08h16
@ Libertas
Merci pour cet article. Je connais un peu ce concept de 'deleveraging', car je n'arrête pas de lire et d'analyser tout ce qui me tombe sous la main.
Par contre... j'aimerais bien trouver les chiffres (preuves) de ces flux monétaires -positifs pour le dollar US;
"Investors, who borrowed cheap and plentiful U.S. dollars to invest abroad, have been forced to sell foreign assets for local currency and buy dollars to repay their debts. Even major corporations are repatriating funds from abroad to meet the domestic dollar cash demands. But the basic cause of the recent asset boom was an excess of U.S. dollars. These opposing forces of dollar demand and oversupply are currently battling for supremacy. At present, demand is in the driver's seat. "
A priori, cette explication semble très logique et même si mon but n'est pas de mettre en doute la compétence ou la crédibilité de l'auteur de ce texte, je n'ai pas (ou plutôt, plus) l'habitude de CROIRE quiconque dans ce bas monde...
Surtout pas les économistes/analystes. La plupart du temps (sauf avec les Peter S. de ce monde), je fais/pense exactement le contraire de ce que disent ces 'experts', et presque qu'à coup sûr, je suis dans 'le vrai'.
;-)
Cependant, 'même' l'équipe de Peter Schiff -que je respecte beaucoup- n'a pas prévu la période déflationniste *actuelle*. Ils ont quand même une cristie de bonne moyenne au baton: 100 x meilleure que 99% des analystes financiers et économistes sortant des 'grandes' écoles avec de lonnnngues études et des diplômes, gros 'comme ça'.
Sauf que ça ressemble encore à l'extrait que j'ai recopié de l'article de Pierre-Yves;
"The recent upward trend of the US Dollar is a direct and temporary consequence of the collapse of stock markets"
Au risque de passer pour une tête de mûle, je trouve ça trop simple comme explication(jusqu'à preuve du contraire) et je maintiens qu'il y a aussi autre chose -de plus puissant- qui se trâme et ce serait la FED qui 's'amuserait' à jouer au yoyo avec le dollar.
Quelqu'un sait comment la FED peut faire remonter le Dollar par ses 'outils' (et autrement que par la manipulation des taux d'intérêts et ce, pour des raisons évidentes) ?
Rédigé par: Sébastien Tremblay | 27 novembre 2008 à 09h18
@ M.T.,
Je prépare un article sur le sujet de la déflation pour très bientôt.
Rédigé par: Martin Masse | 27 novembre 2008 à 09h19
@ Libertas:
Regarde ce tableau:
http://www.shadowstats.com/imgs/sgs-m3.gif?hl=ad
Ce tableau provient de ce site:
http://www.shadowstats.com/alternate_data
Si ces chiffres sont bons, le fameux 'Deleveraging' n'aurait pas d'impact 'positif' sur la masse monétaire totale. Au contraire.
Rédigé par: Sébastien Tremblay | 27 novembre 2008 à 09h40
p.s.
Ma dernière phrase;
"Si ces chiffres sont bons, le fameux 'Deleveraging' n'aurait pas d'impact 'positif' sur la masse monétaire totale. Au contraire",
... n'a pas de sens. Oubliez ça.
J'ai hâte de lire ton texte Martin.
En passant, petit message pour tous vous encourager à continuer de parler de l'école autrichienne:
Je n'ai jamais vu autant de gens (même parmi mes proches 'aveuglement' keynésiens -comme je l'ai été moi-même longtemps), s'intéresser à cette façon de concevoir l'économie.
Rédigé par: Sébastien Tremblay | 27 novembre 2008 à 10h13
Pourquoi aucun média parle du nouveau plan de 800 Milliards?
Rédigé par: Jonathan | 27 novembre 2008 à 13h34