Une illustration parfaite de la théorie autrichienne des cycles
par Martin Masse
Un article paru ce matin dans le Financial Post illustre à merveille, sans y référer et probablement sans que la journaliste en soit consciente, la théorie autrichienne des cycles.
En résumé, cette théorie stipule que des taux d'intérêt artificiellement bas et une augmentation excessive de la masse monétaire créent l'illusion d'une abondance de crédit et incitent les entrepreneurs à investir dans des projets qui ne reflètent pas la demande réelle à long terme des consommateurs. Cela a pour effet de créer une bulle et des hausses de prix dans des secteurs spécifiques où le crédit facile est concentré.
Les projets non profitables ne peuvent être menés à terme que par une injection monétaire soutenue. Si celle-ci ralentit à cause d'une décision par la banque centrale de lutter contre une inflation des prix menaçante, ou à cause de faillites en cascades qui poussent les banques commerciales à émettre moins de prêts, ces projets sont alors révélés comme étant des malinvestissements et doivent être abandonnés par manque de fonds.
Durant la récession inévitable qui s'ensuit, les malinvestissements sont liquidés pour permettre aux ressources réelles d'être transférées à des projets réellement rentables. C'est pourquoi on se retrouve avec de nombreux projets abandonnés, comme cette tour à condos de Surrey.
The lenders got spooked
Karen Mazurkewich
November 10, 2008In Surrey, B. C., construction has stopped on a block of high-rise condominium towers, the project's steel skeleton stretching into the sky as a ghost-like symbol of the expanding credit crisis.
The $350-million Infinity at Central City development across from the King George Skytrain Station was financed by a consortium of senior secured lenders, led by CIBC and including Royal Bank of Canada and Woori Bank of Korea, that turned off the taps in October, refusing to advance the $100-million needed to finish the project. As a result, the building, owned by South Korea's Jung Development Inc., was forced to seek creditor protection under Canadian insolvency laws.
"The lenders got spooked," says Michael Vermette, partner at PriceWaterhouseCoopers, the court-appointed monitor on the restructuring.
The Jung project is a victim of the lending freeze following the collapse of U. S. banks. In normal market conditions, the condo project, which was on time and on budget, would have gone off without a hitch, Mr. Vermette says. But during the ongoing credit crisis, banks are putting on the brakes, and companies with heavy debt loads are being forced either to restructure themselves or face forced liquidations or bankruptcies.
If 2007 was the year of the leveraged buyout, when billion-dollar deals were crafted with cheap credit, then the coming year may go down as the year of restructuring. Companies are seeking ways to shed their debt, with bankruptcy the worst-case scenario. Already, statistics show more firms in meltdown mode: According to Industry Canada, more than 489 Canadian companies went bankrupt in September, a 4.3% increase from August.
Bankruptcy figures tell only part of the story. Good companies, which once had ready access to loans from banks and other debt instruments, now are finding it impossible to get refinanced. Many are struggling to fix their balance sheets by selling off non-core assets or converting debt into equity in the company.
The new era is keeping restructuring lawyers, advisors and distress-debt managers busy. "Six months ago, the court lists were skimpy, but now the commercial court is filled with lawyers," says Aubrey Kauffman in the insolvency and restructuring group at Fasken Martineau in Toronto.
The days when banks threw money at companies that didn't deserve it are clearly over. "There were companies we thought would go away a long time ago, but did not because there was a lot of liquidity," says Robert Kofman, partner at the advisory firm RSM Richter, who has handled a number of insolvencies in the Ontario manufacturing sector.
Not only were companies kept afloat with easy refinancing terms, but private equity took advantage of lenders' easy credit. PE firms bought companies at top dollar and loaded the acquisitions with debt.
As long as the economy was good, these PE-owned firms could pay the interest on the loans, but when the economy took a nose-dive, these firms defaulted.
"We've never had a situation where companies were so leveraged," says Robert Chadwick, partner at Goodmans in Toronto, who specializes in insolvencies and restructuring.
The Canadian landscape is littered with victims of the private-equity spree. (...)
Il faut carrément être aveugle pour ne pas voir que le crédit facile — une conséquence inévitable des politiques inflationnistes des banques centrales et du système frauduleux de réserves fractionnaires — a un rôle central à jouer comme cause de cette crise. Malgré cela, la presque totalité des économistes conventionnels ne comprennent rien au phénomène, observent la rareté du crédit et en conclut stupidement que c'est en créant encore plus de crédit artificiel qu'on pourra éviter la crise...



Il y'a dans l'esprit humain une sorte d'incapacité structurelle à visusaliser la dimension temporelle des phénomènes, incapacité d'autant plus grande que l'horizon temporel est étendu.
Au niveau le plus simple, on peut citer la difficulté à faire le lien entre l'acquisition d'un actif à crédit, et l'apurement de l'obligation ainsi créée (voir par exemple la définition de l'argent comme moyen de paiement, alors que tout paiement suppose aussi un échange). Beaucoup de gens ont de la difficulté à établir cette simple relation, les statistiques de faillites personnelles le montrent.
Mais on pourrait également citer la perplexité devant le fait que l'excès d'offre d'une marchandise tire les prix vers le bas, que les prix bas tirent l'offre vers le bas, et que par conséquent l'excès de crédit finit toujours par entraîner la disparition du crédit.
Et enfin l'ébahissement à constater que les tentatives de restoration de l'offre du crédit par l'injection de liquidités dopent l'inflation, et par conséquent réduisent la valeur actualisée des paiements d'intérêts futurs, ce qui contribue évidemment à rendre le crédit encore plus rare.
Mais c'est très difficile à expliquer à quelqu'un qui n'y a jamais sérieusement réfléchi. Beaucoup préfèrent continuer à croire dur comme fer qu'on peut réellement gagner à la loterie, que le mouvement perpétuel existe, et que la télékinésie n'est qu'un secret bien gardé.
Rédigé par: Pierre-Yves | 11 novembre 2008 at 07h57
@ Pierre-Yves,
"Beaucoup préfèrent continuer à croire dur comme fer qu'on peut réellement gagner à la loterie, que le mouvement perpétuel existe, et que la télékinésie n'est qu'un secret bien gardé."
Je parle souvent d'illettrisme économique. La propension à croire en la magie interventionniste est une autre facette du même problème, tout comme l'est l'"analphabétisme quantitatif". La Presse publie justement ce matin un petit dossier sur les Québécois et la science, où l'on rappelle à cet effet que:
"En 2003, Statistique Canada a publié une étude montrant que le quart des Canadiens ne peut pas répondre à une question impliquant une addition simple. Le questionnaire décrivait une élection fictive à laquelle s'étaient présentés trois candidats, en donnant le nombre de voix qu'ils avaient obtenus; il fallait trouver le nombre d'électeurs qui avaient voté dans cette circonscription. Une autre question demandait de tracer une ligne au tiers d'un contenant où étaient indiqués le quart, la demie et les trois quarts; plus de la moitié des Canadiens n'ont pas su répondre. Enfin, plus des deux tiers des Canadiens ne pouvaient pas lire un graphique simple, et moins d'un sur 10 parvenait à calculer un intérêt composé. Les résultats étaient légèrement moins bons au Québec."
Bref, on ne devrait pas s'étonner que nos apparatchiks promettent n'importe quoi, qu'ils mettent constamment en place de nouveaux programmes et subventionnent tout ce qui bouge, qu'ils renflouent à coups de centaines de milliards des industries au bord de la faillite, qu'ils créent des billions de dollars de nouvel argent à partir de rien, et qu'ils prétendent que tout ça ne coûtera rien et permettra au contraire de relancer l'économie et d'assurer la prospérité. La majorité de la population n'y voit que du feu. Et les membres de nos "élites" journalistique et universitaire, qui devraient pourtant posséder les outils intellectuels pour mieux comprendre ce qui se passe, sont trop lâches et intellectuellement paresseux pour s'opposer aux idées reçues, quand ils ne contribuent pas eux-mêmes à semer la confusion et à alimenter la pensée magique avec leurs théories débiles.
Rédigé par: Martin Masse | 11 novembre 2008 at 10h28
@Martin,
Vous aurez beau faire vous ne convaincrez aucun libertarien français que votre système d' "éducation" gouvernemental est pire que le nôtre, c'est tout bonnement impossible. :-)
Rédigé par: L'ami du laissez-faire | 12 novembre 2008 at 16h34