par Vincent Geloso *
Depuis plusieurs mois, les accusations à l’effet que le marché est incapable de se corriger seul se multiplient, ce qui justifie l’idée que le gouvernement devrait intervenir massivement pour pallier ces failles du marché. L’accusation est ridicule puisque depuis des mois, les gouvernements multiplient les interventions qui empêchent le marché de se corriger. L’exemple le plus pathétique est celui de l’aide au secteur de l’automobile.
L’économiste autrichien (c’est-à-dire, dans son cas, né en Autriche, mais pas vraiment considéré comme un économiste de l’école autrichienne même s’il s’en rapproche sur certains points) Joseph Schumpeter a inventé le terme le plus magnifique de la science économique lorsqu’il a mis sur papier la «destruction créatrice». Ce processus fait en sorte que de nouvelles découvertes innovatrices éliminent des procédés moins efficaces parce qu’elles produisent plus avec moins.
La destruction créatrice fait en sorte que le niveau de productivité augmente et qu’on crée davantage de richesses parce qu’on peut satisfaire plus aisément nos désirs. Ainsi, l’iPod s’est substitué au CD qui avait remplacé le vieux disque de vinyle, comme le DVD a remplacé la vidéocassette. Bloquer ce mécanisme, c’est exactement comme si on avait demandé à Apple de ne pas développer l’iPod parce que ça pourrait faire mal à l’industrie du CD. Auriez-vous appuyé une telle politique?
Le même raisonnement s’applique à l’industrie automobile. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, les producteurs étrangers (notamment japonais) ont adopté des nouveaux modes de gestion, des nouvelles technologies ainsi que des nouvelles approches stratégiques qui ont fait en sorte qu’ils sont capables de produire plus efficacement que les producteurs nord-américains. C’est pour cela que les producteurs automobiles en Amérique du Nord ont vu les producteurs étrangers gruger leurs parts de marché.
Les consommateurs sont les principaux bénéficiaires de ce processus puisqu’ils peuvent se procurer des automobiles qui sont moins chères, et moins chères à opérer, l’efficacité énergétique des automobiles légères ayant augmenté de 71% depuis 1973 et l’indice composite d’efficacité de tous les véhicules de 43% entre 1973 et 1991. Les consommateurs ont donc plus d’argent dans leurs poches qu’ils peuvent dépenser ailleurs sur d’autres produits et services. Ils font donc plus avec moins.
Il est encore plus intéressant de comparer les bilans de GM et Toyota. Pour un volume de ventes similaire, GM a accusé des pertes de 38,7 milliards $ en 2007 et Toyota a déclaré des profits de 17,1 milliards $. Par véhicule, GM a perdu plus de 4000 $ alors que Toyota a fait plus de 1800 $ de profit. Si Toyota fait un tel profit, c’est parce qu’elle offre aux consommateurs ce qu’ils désirent au meilleur prix possible. General Motors n’en est apparemment pas capable.
Pourtant, depuis les années 1970, on s’affaire à aider les producteurs inefficaces nord-américains par des subventions, des garanties de prêts et même en tentant de convaincre les autres pays exportateurs de restreindre «volontairement» leurs exportations. Alors que d’autres produisent plus efficacement, on s’entête à offrir des ressources publiques à des gens qui ne sont pas capables d’en faire un usage productif. C’est injuste pour ceux qui sont plus productifs puisqu’on les taxe implicitement en aidant des compétiteurs.
Normalement, ces compagnies qui vivent des deniers publics auraient dû mourir il y a fort longtemps et le processus de destruction créatrice aurait fait son oeuvre. Nos ressources limitées auraient servi à produire plus de richesse réelle nous permettant de réaliser nos désirs.
Comme le disait Schumpeter, «le capitalisme, répétons-le, constitue, de par sa nature, un type ou une méthode de transformation économique et, non seulement il n'est jamais stationnaire, mais il ne pourrait jamais le devenir». Arrêtons donc de vouloir être stationnaires en aidant les producteurs qui périclitent inexorablement.
* Vincent Geloso est étudiant en économie et en science politique à l’Université de Montréal et collaborateur au Financial Post.




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