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29 mai 2009

Commentaires

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Joseph

Faut pas virer fou avec l'idée des réserves fractionnaires. Le crédit n'est pas mal en soi. Tout dépend des investissements que l'on fait avec. Si ces investissements sont productifs et font augmenter la production par tête, on appelle ça le progrès. Je suis par contre d'accord avec l'idée de calmer la réserve fédérale. En fait (et même si ça ne plaît pas aux auteurs de ce blogue), je n'ai rien contre l'idée de Friedman de maintenir (en théorie, bien sûr), une augmentation de la masse monétaire correspondant grosso modo à l'augmentation moyenne minimale du PIB (soit l'innovation technologique et de la hausse de la population, donc environ 2%). Tant qu'on ne dépasse jamais 2%, et que tout le monde est au courant et peut ajuster ses décisions économiques en conséquences.

Nicolas

Le crédit n'est pas mal en soi, c'est bien certain. Par contre, le crédit basé sur de l'air et de la mauvaise foi (lire ici réserves fractionnaires), ça c'est nuisible. En effet, en plus de contribuer à la création de bulle spéculative, ça augmente la masse monétaire, donc provoque l'inflation, qui fait diminuer la valeur de l'argent de tout le monde, au détriment de ceux qui n'ont pas emprunté, en leur laissant un pouvoir d'achat inférieur à leur pouvoir réel. Pour faire court, ils perdent de l'argent et il ne s'agit ni plus ni moins que d'un vol.

Joseph

Regarde...

Si John te passe 10$. Tu gardes un dollar et tu passes 9$ à Jack. Jack paye 9$ des gens pour laver les autos du coin. Ces travailleurs te confient leur 9$. Tu prends ce 9$ et tu passes 8$ à Jim. Dans ton monde, il y a 8$ de «faux crédit». C'est-à-dire que tu dois toujours 10$ à John, et Jim a entre les mains ce 8$ de «faux crédit». Or, il appert que Jim, avec ce 8$, invente une machine à produire des pommmes. Les pommes se vendant 1$ sur le marché, la machine à Jim - qui a couté 8$ - est tellement bonne qu'elle produit 16 pommes. Jim peut te rembourser, et la société (le PIB) gagne 8 pommes.

Question 1: y a-t-il inflation ou déflation dans cette économie?

Question 2: est-ce que la société, dans son ensemble, aurait mieux fait de t'empêcher de prêter ton 9$ (le fait qu'une autorité t'en empêche est, en soi, contraire au libertarianisme, mais on va garder ça pour une autre discussion...)?

Indice: le système de réserve fractionnaire n'est néfaste que lorsqu'il finance des mauvais investissements. Autrement, il est bénéfique pour la société.

Martin Masse

@ Joseph,

Votre exemple est totalement absurde et n'a rien à voir avec le système de réserves fractionnaires.

Ce système implique que de l'argent que vous avez déposé dans un compte et qui peut être retiré sur demande n'est en fait en presque totalité (sauf la réserve) pas là. On dit bien que c'est un dépôt, et non un investissement basé sur de l'épargne. Si c'était un investissement, alors la banque s'entendrait avec vous pour savoir où l'argent doit être investi, et vous ne pourriez pas reprendre votre argent sans que la banque ne se départisse de l'investissement en question (ou n'obtienne les fonds autrement) pour pouvoir vous le remettre, ce qui nécessite un certain délai.

La banque prétend avoir l'argent alors qu'en fait elle l'a en grande partie placé ailleurs. Ce qui explique qu'elle se retrouve en défaut de paiement dans le cas où un trop grand nombre de déposants veulent retirer leur argent en même temps, lors d'une ruée (run on the bank). L'argent que vous croyez avoir mis de côté sur demande et qui est prêté est donc "multiplié" plusieurs fois, le prêt devenant lui-même un dépôt ailleurs, qui est prêté sauf la réserve, etc. Si vous déposez 100$ dans une banque fonctionnant sur le principe de réserves à 10%, alors votre dépôt va entraîner la création de 900 autres dollars au bout du processus.

Votre exemple est truffé de situations ad hoc qui ne représentent absolument pas un tel système. Vous écrivez "John te passe 10$". On comprend donc que John te *prête* 10$. Peut-il venir reprendre son 10$ à n'importe quel moment? De toute évidence non, sinon à quoi servirait de "déposer" son argent dans votre portefeuille, ça n'a aucune utilité. Ce prêt, il vous le fait pour combien de temps? Tout ça a un impact décisif sur la transaction. Le fait que vous gardiez un dollar et en prêtiez à votre tour 9 n'a rien à voir dans ce cas avec un système de réserves fractionnaires. Vous êtes simplement un investissement qui utilise un effet de levier, c'est-à-dire qui emprunte pour pouvoir investir avec l'argent emprunté.

Et puis, pourquoi Jack vous emprunte-t-il de l'argent pour payer des gens qui lavent des autos? Pourquoi ces travailleurs vous confient-ils leur 9$? C'est un prêt ou un dépôt? Vous mêlez tout pour illustrer une chaîne de transactions qui semblent mener à une conclusion déterminée d'avance alors qu'elles n'ont aucun sens, exactement comme l'histoire de Foglia la semaine dernière ( http://www.leblogueduql.org/2009/05/foglia-nous-explique-comment-miraculeusement-faire-dispara%C3%AEtre-toutes-les-dettes.html ).

En bout de ligne, vous prêtez l'argent à Jim. Mais si la machine de Jim n'est justement pas si bonne que ça et qu'il perd tout l'argent, qu'arrive-t-il? Si c'est une série de prêts (qui impliquent nécessairement des risques), alors ceux qui ont pris ces risques perdent leur argent, tout simplement. Mais si c'était des dépôts, que faites-vous pour rembourser les travailleurs, Jack, John, etc.? Par définition, on ne risque rien en déposant de l'argent, c'est simplement un service sécuritaire qui facilite les transactions.

Dans notre système monétaire étatisé, lorsque cela se produit, la banque centrale "injecte des liquidités", c'est-à-dire crée du faux argent et vient sauver tout le monde de la faillite. Dans votre cas, j'ai plutôt l'impression que vous allez vous faire casser la gueule par tout ce beau monde, qui ne vous prêtera plus jamais un sou. C'est justement ce qui arriverait, figurativement, dans un système monétaire privé, et les banques seraient bien plus prudentes. Les réserves seraient beaucoup plus prêt de 100% que de 10 ou même 5% et moins comme aujourd'hui.

Vous solutionnez le problème en disant qu'il suffit de faire de bons investissements et pas de mauvais, et il n'y a aucun problème. Eh ben, il fallait y penser!!! C'est comme de dire qu'il n'y a aucun problème à s'endetter jusqu'aux oreilles avec des cartes de crédit si on s'arrange pour devenir millionnaire et pouvoir tout rembourser par la suite. Puisque vous semblez avoir la recette des bons investissements, je suppose que vous êtes vous-même êtes millionnaire?

Non seulement ce n'est pas si simple, mais en fait, le système lui-même implique nécessairement que des fonds iront dans de mauvais investissements. En effet, la multiplication du crédit ne fait pas en sorte de multiplier les ressources physiques à investir. Votre inventeur de machine à pomme a dû acheter des ressources avec le 8$. Ce qui signifie qu'un autre inventeur n'a pas pu utiliser ces ressources, qu'il ait ou non obtenu lui aussi du crédit. Vous pouvez bien doubler la quantité de crédit dans l'économie, vous ne doublez pas le nombre de travailleurs, de matériaux, de moyens de transports, etc. C'est ce fait fondamental que les inflationnistes comme vous ne semblent jamais comprendre, même s'il a été illustré de manière très simple par Bastiat il y a 150 ans (voir mon récent billet "Bastiat et le faux crédit", http://www.leblogueduql.org/2009/05/bastiat-et-le-faux-cr%C3%A9dit.html ).

Les manipulations monétaires qui accompagnent le système de réserves fractionnaires et la banque centrale qui vient secourir tout le monde ont non seulement des effets inflationnistes mais entraînent nécessairement des malinvestissements. Votre conclusion, "le système de réserve fractionnaire n'est néfaste que lorsqu'il finance des mauvais investissements. Autrement, il est bénéfique pour la société.", en plus de s'appuyer sur une illustration qui n'a rien à voir avec le sujet, est simplement un sophisme qui évacue le problème au lieu de l'expliquer.

Joseph

Ok, je me reprends:

1-Tout investissement, qu’il soit basé sur de l’épargne réelle ou non, a une chance d’être rentable (d’augmenter la productivité de l’économie et de rembourser le prêteur) ou d’être un échec. Il n’y a aucune raison de croire que les investissements basés sur l’épargne réelle ont plus de chances de réussir.

2-Tout investissement, qu’il soit basé sur de l’épargne réelle ou non, va déplacer des capitaux. Avec l’argent emprunté, un entrepreneur va acheter des ressources qu’un autre entrepreneur ne pourra acheter. Cette dynamique a lieu même si TOUS les investissements sont financés par de l’épargne réelle. (Il y avait aussi des bulles et des crash avec un système gold standard, même s’ils étaient moins fréquents et intenses).

En d’autres mots, le système de réserves fractionnaires multiplie les chances d’investissements non-rentables ET les chances d’investissements rentables. Il peut mener à plus de malinvestissements, mais AUSSI à plus d’investissements productifs. Ce système crée plus volatilité dans l’économie en augmentant le nombre de « promesses de remboursement étalées dans le temps » (ce que vous appelez du faux crédit).

Cependant, le simple point que je soulève, c’est que théoriquement, si UNE MAJEURE PARTIE des investissements se révélaient productifs (s’ils génèraient autant et même plus de ressources que ce qu’ils en ont coûté), et que tous les débiteurs remboursent éventuellement leurs créditeurs, il n’y aurait aucun problème. L’économie, dans son ensemble, serait plus productive. Même l’inflation serait tenue en échec puisque ces investissements productifs auraient augmenté le stock de biens et services dans l’économie (en autant que la Fed n’existe pas pour créer des dollars).

Bien sûr, c’est un résultat peu probable. Mais pas moins probable que si tous les investissements étaient basés sur de l’épargne réelle.

En fait, votre analogie de la carte de crédit n’est pas si mauvaise. Si je « load » ma carte pour me soûler, il y a problème car Visa risque de ne pas se faire rembourser. Mais si je la « load » pour me payer une formation qui me rendra plus productif dans le futur, et qui me permettra de rembourser ma carte et de créer de la richesse en plus, c’est une bonne chose pour tout le monde. Peut-être que je vais ce faisant déplacer des ressources qui deviendront inaccessibles à un autre, mais si cet autre aurait échoué sa formation (disons qu’il avait un projet semblable au mien) en utilisant ces ressources, c’est une bonne chose que je lui ai ravi ces ressources.

Oui, le système ne fait qu’augmenter le nombre d’investisseurs qui « bid up » les ressources. Mais il y a une possibilité théorique que le résultat soit une situation ou la proportion d’investissements productifs par rapport aux improductifs soit plus élevée. Et franchement, je ne vois pas l’argument qui puisse me convaincre que cette possibilité théorique soit plus élevée dans un système sans réserves fractionnaires.

Bref, en une phrase : le système de réserves fractionnaires crée de la volatilité, mais pas nécessairement de l’inflation, et peut théoriquement être une source de croissance s’il mène à un ratio plus élevé de bon / mauvais investissements.

Vous pouvez être en désaccord mais please, c’est au moins plus profond que du Foglia non…?

Martin Masse

@ Joseph,

Oui, c'est un peu plus profond que Foglia cette fois! Mais votre argumentaire souffre encore d'une déficience majeure, qui est que vous pensez qu'on peut augmenter artificiellement la quantité d'investissements dans l'économie sans qu'il y ait de répercussions négatives.

Vous vous concentrez uniquement sur le ratio de "bons" versus "mauvais" investissements au sein d'une quantité totale d'investissements. Comme les économistes néoclassiques, vous ne réalisez pas que "les investissements" ne sont pas simplement un magma indifférencié. Ils correspondent à des processus de production plus ou moins longs.

Par exemple, si vous investissez quelques dollars et quelques heures de travail pour produire un nouvel outil en bois qui vous servira dans votre jardin, il s'agit d'un processus de production très court. Si vous souhaitez produire un nouveau type d'ordinateur, le processus de production est extrêmement long et part de la formation de chercheurs, l'obtention de matériaux de base, le développement des plans pour une usines, etc.

En augmentant la quantité de crédit artificiel disponible, le système de réserves fractionnaires (et les manipulations des banques centrales) font en sorte de lancer un signal erroné aux investisseurs. Ils leur dit: il y a un tas de crédit facile à obtenir, vous pouvez vous lancer dans des processus de production plus longs et il y aura des ressources disponibles jusqu'au bout, à chaque étape, pour permettre de développer votre produit.

Ce gonflement du crédit ne fait pas qu'augmenter la quantité d'investissements qui vont se faire, avec le simple défi d'en choisir plus de "bons" que de mauvais"; il entraîne une distorsion fondamentale dans l'allocation des ressources, qui ne correspond pas aux préférences temporelles des citoyens.

Si par exemple, je vous force à mettre de côté 25% de vos revenus par année pour investir dans quelque chose que vous ne voulez pas au lieu de pouvoir épargner seulement 5% de votre revenu et dépenser le reste pour vos besoins courants, le seul problème est-il que certains des investissements que je vous force à faire ne seront pas "bons"? Non,le problème est que je modifie de force vos désirs de consommation et d'épargne. À un moment donné, si je cesse de vous forcer, vous allez revenir au ratio que vous souhaitez, soit 95-5.

Les cycles économiques sont d'une certaine façon provoqué par le même genre de distorsions. Le crédit facile entraîne plus d'investissements dans des processus de production plus long, et donc nécessairement plus risqués, que ce que souhaitent vraiment les citoyens. Cela entraîne nécessairement des bulles et effets spéculatifs, puisque les ressources ne sont pas plus abondantes pour autant.

Lorsque les distorsions sont trop grandes, il y a un effondrement de la bulle, chacun cherche à liquider les malinvestissements et à revenir à un ratio plus réaliste d'investissement versus consommation. On constate tout à coup qu'il n'y a pas assez de ressources pour mener à bien tous les projets d'investissement et il faut les abandonner. C'est ce qui explique toutes ces usines nouvellement construite qu'on ferme, ces projets d'expansion qu'on laisse tomber, et toutes ces maisons construites qui sont reprises et qui ne trouvent pas d'acheteurs.(Acheter une maison n'est pas une consommation courante ordinaire mais est un peu comme un investissement à très long terme dans la mesure où l'on prend normalement 25 ans pour la payer, ce qui nécessite un flux de ressources qui doit se maintenir sur une longue période.)

C'est pour ces raisons que l'augmentation artificielle du crédit entraîne **nécessairement** une plus grande proportion de ce que vous appelez de "mauvais" investissements, c'est-à-dire des investissements qui ne seront finalement pas rentables ou pas menés à terme parce qu'ils ne correspondent pas aux préférences temporelles et aux désirs des citoyens consommateurs et investisseurs. C'est ce que permet de comprendre la théorie autrichienne des cycles, qui tient compte des types d'investissements et des préférences temporelles et non seulement de leur quantité totale comme le font les économistes néoclassiques.

Vous n'apportez aucun argument concret pour nous dire pourquoi il faudrait y avoir plus d'investissement dans une société et quel en serait la quantité optimale (pourquoi pas investir 99% de notre revenu?). Qu'est-ce qui justifie qu'on force les gens à consacrer plus de ressources à des investissements que ce qu'ils sont prêt à épargner pour les financer? Vous tenez simplement pour acquis qu'il en faut plus. Et que s'il y a plus d'investissements, on peut s'attendre à ce qu'il y en ait autant de bons de plus que de mauvais. C'est une vision purement mécaniste de l'économie qui ne tient aucunement compte de sa complexité.

Pour ce qui est des bulles et krashes au 19e siècle pendant la période de l'étalon-or, ils étaient causés eux aussi à l'époque par le système des réserves fractionnaires (qui n'a pas besoin d'une banque centrale pour exister) et par l'intervention de l'État, qui forçait par exemple les banques à acheter ses dettes et s'en servir comme réserves et leur permettait de se dérober à leur obligation d'échanger leurs billets pour de la monnaie sonnante lorsqu'elles se retrouvaient en défaut de paiement suite à une trop grande création monétaire.

Sébas

Martin, j'aime beaucoup ta dernière réponse.

Je ne cesse d'apprendre de nouveaux arguments (ou de nouveaux angles) pour décrier le système fractionnaire...

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Citations

  • « L'État, c'est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde. »

    – Frédéric Bastiat, 1848

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