par Jean-Hugho Lapointe
L’intensification des moyens de pression étudiants ayant pour objet de faire reculer le gouvernement dans le dossier de la hausse des droits de scolarité soulève quelques questions de fond qui méritent d’être abordées si l’on souhaite donner une réponse cohérente et sincère à leurs revendications.
La première relève de la technique des mouvements de protestation étudiants. L’opération des associations étudiantes est aujourd’hui étrangement calquée sur le mouvement syndical et ce, avec le consentement des institutions d’enseignement et des autorités publiques. Font aujourd’hui partie des moeurs étudiantes les cotisations prélevées à la source, la prétention au droit de grève, la négociation collective et les manifestations propices aux méfaits publics tel que le blocage de routes et de ponts.
Cette bénédiction des autorités publiques envers le détournement des associations étudiantes par quelques idéologues doit cesser. Un étudiant n’est pas un travailleur. Son rôle n’est pas de rendre un service contre rémunération mais plutôt l’inverse, c’est-à-dire de recevoir un service qu’il a sollicité. Faire la grève de recevoir ce que l’on sollicite soi-même consiste en un paradoxe dont l’absurdité n’a d’égal que la complicité des institutions d’enseignement à en maintenir l’illusion de légitimité.
Ce faisant, les institutions d’enseignement se voient progressivement transformées en plates-formes d’entraînement pour syndicalistes en devenir. Une proportion significative de la clientèle étudiante se retrouve prise en otage dans ce manège contre son gré.
Le système d’éducation devra bientôt déterminer si sa mission est de former des socialistes, ou encore de former de futurs participants au marché du travail, auquel cas aucun professeur ne devrait être admis à refuser de donner un cours auquel souhaite assister ne serait-ce qu’un seul étudiant qui y a droit et qui ne souhaite pas participer au syndicalisme étudiant. Parallèlement, tout étudiant devrait pouvoir aisément refuser que soit prélevée à même ses droits de scolarité une cotisation à une association étudiante.
Enfin, la notion de «droit à l’éducation» doit être reconsidérée si nous souhaitons aborder la problématique sur les bonnes prémisses. L’éducation ne saurait être un droit. Les droits sont des choses abstraites qui relèvent de la nature humaine, telles que la liberté, la vie privée ou la présomption d’innocence. Ces choses n’ont pas à être produites et nous échoient par défaut, pour autant que nous sachions les préserver.
Quant à l’éducation, comme tout autre bien ou service, il s’agit du produit du labeur d’autrui nécessitant des ressources et par conséquent, les lois économiques s’y appliquent qu’on le veuille ou non. Son acquisition ne peut faire l’objet d’un droit illimité sans que l’on ne renonce à l’économie de marché. Or, si l’on peut pardonner la naïveté attachante qui caractérise souvent l’âge étudiant, on ne peut être aussi clément envers les adultes et les autorités qui encouragent tacitement cette ligne de pensée.
L’éducation a pour premier objet de procurer une formation en vue d’exercer un métier spécialisé. On s’attend donc à ce que celui qui choisit de se procurer ce service le fasse dans une optique d’investissement. S’il le fait plutôt dans le but de passer le temps ou de se nourrir l’esprit, chose qui peut être faite à la bibliothèque municipale, il ne peut s’attendre à ce que l’on oblige les citoyens désargentés à financer la satisfaction de son passe-temps, aussi instructif, noble et stimulant soit-il.
En somme, s’agissant d’un service et non d’un droit, l’éducation devrait être offerte contre une tarification socialement équitable pour tous, plutôt qu’avantageuse pour un seul groupe d’intérêt. Pour leur part, les étudiants qui choisissent de retarder leur cheminement pour des raisons idéologiques ne devraient pas se voir octroyer le pouvoir de ralentir le cheminement de leurs pairs qui eux, attendent de pouvoir mettre à profit leur investissement lors de l’étape ultérieure de leur vie, c’est-à-dire leur participation au marché compétitif du travail.
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