par Martin Masse
Un mois après le début de la controverse, nos élites bien-pensantes n’en reviennent toujours pas que le gouvernement conservateur ait osé rendre facultatif le questionnaire long du recensement. Les arguments fondamentaux sont la plupart du temps exactement ceux que je soulevais il y a un mois : nous aurions un besoin criant de toutes ces données pour bien planifier les nombreux programmes sociaux et autres interventions étatiques dans la vie des citoyens. Et en cessant de menacer les citoyens qui refusent d’y répondre d’une amende ou d’une peine d’emprisonnement, on risque de se retrouver avec des données moins fiables, ce qui pourrait complètement chambouler l'État-providence.
Ce matin dans La Presse, dans un article intitulé « Le triomphe de l'ignorance », c’est le chroniqueur « lucide » (= un socialiste réaliste, qui veut qu’on produise plus de richesse avant de pouvoir la redistribuer) Alain Dubuc qui y va d’une autre dénonciation de la décision d’Ottawa, qui reflète selon lui « un mépris du savoir et de la science qui nous fait entrer de plain-pied dans l'obscurantisme ».
Sans surprise, Dubuc défend « la qualité des données dont un pays a besoin pour être bien dirigé ». Il comprend qu’« (a)u plan idéologique, le recensement était dans la mire des conservateurs parce que ses résultats fournissent des données pour étayer les demandes de toutes sortes de groupes de pression qui les agacent ». Mais s’opposer à cet interventionnisme (qui n’est vraisemblablement pas la motivation première de ce gouvernement très dépensier et interventionniste) et vouloir limiter la pression coercitive indue qui s’exerce sur les citoyens ne constitueraient pas des arguments légitimes, c’est simplement « le culte de l’ignorance ».
Le chroniqueur se défend lui-même d’être méprisant à l’égard des citoyens qui appuient cette décision. On peut continuer à leur tordre le bras pour contribuer au bien commun, écrit-il, considérant que « Ce n'est pas un mépris du peuple que de croire que, dans des dossiers très techniques, les citoyens n'ont pas les connaissances requises pour que les décisions reposent uniquement sur leurs impressions. » Lui, ce ne sont pas des impressions qu’il distille dans ses chroniques, mais des faits objectifs et des analyses bien réfléchies.
Mais, attendez, que lis-je ?! « Qu'est-ce qui a poussé les conservateurs? D'abord un fond libertaire, que l'on retrouve chez les réformistes ou chez les républicains extrêmes, avec sa profonde méfiance de l'État, du «Big Brother» qui s'immisce dans la vie des citoyens. » Mais il parle de nous, les libertaires !
On apprenait hier que la ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, Mme Christine St-Pierre, accorde deux subventions à des projets qui vont documenter l'état de l'information locale et régionale au Québec: 50 325 $ à la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) pour mener une recherche sur le sujet et 19 748 $ au Conseil de presse du Québec (CPQ) pour la tenue d'un colloque portant notamment sur cette question.



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