« Numérologie et lignes de la main pour fonctionnaires | Accueil | L'individu versus la société: le débat méthodologique »

26 décembre 2007

Commentaires

Flux Vous pouvez suivre cette conversation en vous abonnant au flux des commentaires de cette note.

Jouan

Je suis tout à fait d'accord avec l'article de M. Masse. La démonstration sur le système universitaire - et sur sa totale faillite en France est très juste. L'ascenseur social, dont les diplômes universitaires devraient être l'une des clés, est bloqué en France. Un étrange aveuglement empêche ceux qui défendent mordicus ce système de voir que si l'ascenseur social au mérite ne fonctionne plus, on risque retourner aux bonnes vieilles valeurs : népotisme et "caïdisme". Les "fils de" et les gros bras. Le Québec me semble plutôt épargné par cette dérive et rien que de ce point de vue - l'avenir de nos enfants - il vaut la peine.

Quant au système de santé français, le fameux "modèle-que-le-monde-entier nous envie(rait)", oui, il est absolument en faillite et la cohabitation entre public et privé n'y est qu'un leurre. Il est certes une aubaine pour ceux qui viennent de pays de misère ou de guerre - accès 100% gratuit aux soins et aux médicament, y compris pour les clandestins en situation irrégulière, ce en échange d'aucune cotisation - mais pour l'assuré social ordinaire la situation n'est pas aussi favorable. Les cotisations ne cessent d'augmenter en échange de prestations de plus en plus réduites. La liste détaillée serait fastidieuse, mais les dégâts sont très larges : profession médicale partiellement sinistrée (20 euros la consultation généraliste ! tarif fixé par l'état), hôpitaux budgétivores (950 000 employés fonctionnaires) sans évaluation systématique des performances, remboursement des médicaments (les moins chers d'Europe, environ 2,5 fois moins chers qu'au Québec) sans cesse revu à la baisse. Or, beaucoup de cotisations, qui plus est proportionnelles aux revenus, et peu de services en échange, cela se rapproche de la définition d'un impôt.

De plus en plus de Français souhaiteraient pouvoir sortir du monopole de la Sécu pour choisir une assurance privée. Certaines, approuvées ailleurs en Europe, offrent en effet maintenant un meilleur rapport qualité-prix. Or, c'est actuellement impossible car cela constitue pour les politiques un tabou indépassable. En ce sens non plus, il n'y a pas coexistence sérieuse entre systèmes public et privé.

M. Takvorian risque effectivement d'avoir de mauvaises surprises quand il rentrera.

R.David

Est-ce que les gens s'acharneraient tant sur le privé si une assurance privée universelle coutait aussi peu que 1$ par semaine, par exemple?

Est-ce qu'ils diraient que le système est mauvais parce que les hopitaux, les assurances et les entrepeneurs médicaux feraient quand même des profits, même si tout le monde pourraient s'en payer (ou ceux qui ne pourraient pas pourraient bénéficier de charité, on s'entend que 1$ par semaine c'est pas le Pérou).

Est-ce que l'argument contre le privé serait aussi efficace?

Je crois qu'il faut un système entièrement privé, beaucoup plus flexible et moderne, et tout faire pour que le cout soit le plus bas et compétitif possible, et c'est certainement pas avec un système mixte ou un système public qu'on va y arriver (socialisme = échec)

R.David

Et la première étape pour optimiser le marché des services médicaux pour la compétition et faire baisser les prix, c'est d'éliminer toute intervention gouvernementale.

Dans un libre-marché, avec le temps plus ça évolue et ça compétitionne, plus les prix baissent.
Avec un service gouvernemental, plus ça se politicise et se socialise, plus les prix montent.

Etienne

À R. David

"...une assurance privée universelle coutait aussi peu que 1$ par semaine..."

Vraiment? 365$ par année?

Nadine

R.David faut pas exagérer quand même.

En ce moment je paye mon assurance privée 435$ par mois pour un famille de 5 dans la région de Baltimore. Nous avons d'excellent service, mais elle est très dispendieuse.

R.David

@Etienne: euh... 52$ par année peut-être?


C'était une hypothèse, ADMETTONS qu'on réussisse à faire baisser les prix des services médicaux, à force de compétition, d'innovation, d'une plus grand ouverture de marché et d'un gouvernement qui ne vient pas gonfler artificiellement les factures, et qu'une compagnie d'assurance réussit à calculer tous les risques et tous les couts et arrive à une assurance de base à 1$ par semaine...

Est-ce qu'un système entièrement privé dans lequel une assurance-maladie de bonne qualité pourrait couter aussi peu que 1$ par semaine, et ou les entrepreneurs et investisseurs réussiraient à faire des profits, serait aussi immoral pour les gauchistes?

Ou pour poser la question autrement: Est-ce que c'est simplement une question de prix ou une question de principe?


@Nadine: Le marché de la santé et de l'assurance aux États-Unis a BEAUCOUP d'intervention gouvernementale et les prix sont extrèmement gonflés artificiellement, alors je vois même pas pourquoi vous le mentionnez comme exemple.


Regardez Sick in America par John Stossel pour comprendre les problemes que le gouvernement créé en intervenant dans le marché de la santé:

hxxp://www.youtube.com/watch?v=kf3MtjMBWx4
hxxp://www.youtube.com/watch?v=7W37NkjplWQ
hxxp://www.youtube.com/watch?v=7XsRzfckneg
hxxp://www.youtube.com/watch?v=YGj4Ei9l0iI
hxxp://www.youtube.com/watch?v=PlNtWy8TX_Y
hxxp://www.youtube.com/watch?v=q6QyTZs__Pw

Et la philosophie de Stefan Molyneux sur le sujet:

hxxp://www.lewrockwell.com/orig6/molyneux9.html
hxxp://www.freedomainradio.com/Traffic_Jams/health_care_part_1.mp3
hxxp://www.freedomainradio.com/Traffic_Jams/Heath_Care_Part2_Logical_Errors.mp3
hxxp://www.freedomainradio.com/Traffic_Jams/Heath_Care_Part3_Practical_Problems.mp3

Désolé pour les liens le filtre anti-spam ne voulait pas laisser passer....

Bastiat

Un système de santé entièrement privé coûterait environ ce que coûte le vétérinaire, corporatisme professionnel en moins, hygiène en plus. C'est quand même bien plus que $52 par année, sauf peut-être pour un jeune homme qui prend bien soin de sa santé.

Ce qui est intéressant, c'est qu'une grande partie du risque, celui qui dépend de mauvaises habitudes de vie, est non-assurable. Un système de santé entièrement privé serait beaucoup plus préventif, par la force des choses. Aussi, l'acharnement thérapeutique diminuerait car ayant le choix, les patients y renonceraient pour mieux profiter des plaisirs de la (courte) vie.

Pour ce qui est de la France, n'est-il pas possible de quitter la Sécu, justement? (http://quitter_la_secu.blogspot.com/ ) Pas que je voudrais y vivre!

laure

En France il est possible de quitter la Sécu, mais en théorie seulement. En effet, les directives européennes ont supprimé le monopole français, mais la France refuse de le reconnaître et condamne ceux qui vont s'assurer dans le secteur privé. Seuls quelques personnes ont pu quitter, après maintes péripéties judiciaires (le leader sur ce sujet est le libéral conservateur Claude Reichman : http://www.claudereichman.com ).

Yann Takvorian

Monsieur Masse,

Vous entrez dans des détails pertinents pour démonter une "caricature" qui tient en une phrase. Ça a au moins le mérite de mettre les choses à plat de façon très pédagogique.

Je n'idéalise pas la France, mais après avoir vécu dans une dizaine de pays et visité une trentaine d'autres, je trouve que c'est encore l'endroit le plus en adéquation avec mes valeurs, mes principes et ma francophilie (je comprends l'anglais mais permettez-moi de préférer le français).

N'oublions pas que la fameuse Sécu française inclut dans son budget 4 branches dont, pour 3 d'entre elles: retraites, aides sociales, recouvrements. La branche maladie n'est pas forcément aussi déficitaire que vous le pensez.

Le fonctionnement des universités va être revu pour copier un peu du moins le modèle américain. Le système d'enseignement n'est pas mauvais même s'il souffre lui aussi du nivellement par le bas. Les professionnels français sont très appréciés à l'étranger. Il y a sûrement un déficit de débouchés pour les sciences molles, mais c'est davantage un problème d'emploi que de formation.

Je ne pense pas être le seul à avoir misé sur Sarkozy. On espère de lui qu'il apportera les changements qu'il a promis pour le pays plus que pour sa vie personnelle. De très nombreux Français ont d'ailleurs fait ce choix du retour parce que comme au surf, il faut bien se placer avant que la vague ne se forme. Maintenant, peut-être que le grand tsunami ne sera qu'un petit masquaret. Peut-être...

Cela dit, je n'ai rien trouvé au Québec ces trois dernières années, et surtout, l'immobilisme de la Province et les ronds-de-jambes de ses dirigeants m'ont fait abandonner, comme tant d'autres, qui n'ont pas la double-citoyenneté et sont allés à l'Ouest voir s'ils y étaient. Et nombreux s'y sont d'ailleurs trouvés.

Ma campagne publique avait moins pour effet de remettre les pendules à l'heure que de dénoncer le double-discours du Ministère de l'Immigration. La France ne racole pas à l'étranger ses immigrants. Au contraire, elle les y retourne. Notre premier ministre a même eu la franchise de dire que la France était en état de faillite. J'aurais aimé entendre autant de franchise chez Jean Charest.

Oui, l'État occupe une place immense au Québec. Il est partout et terriblement maternant (l'OLF devrait d'ailleurs accepter le vocable "maternaliste" qui semble taillé sur mesure pour cette Province).

Oui, le Privé occupe une place immense aux USA. Tout est privé et terriblement lucratif (there is no such thing than a free lunch).

Oui, la France est un bon compromis entre les deux.

On peut argumenter sur les détails, pondérer davantage la répartition des coûts, ou l'éventail des choix ou même le différentiel de services ou leur justification (...) Je peux même refaire l'exercice avec mes critères personnels.

Sauf que, je connais les trois systèmes et globalement, l'exagération caricaturale mais simplificatrice de dire "tout privé, tout public, juste milieu" n'est pas si fallacieuse que cela.

Globalement et selon ma propre subjectivité.

Bonne année 2008 Monsieur Masse, où je vous lirai toujours avec plaisir.

(ps: le soleil, la mer, 16 degrés un 29 Décembre, une gastronomie fabuleuse et des paysages à couper le souffle, c'est assez pour me rappeler le fameux couplet d'Édith Piaf).

Yan

"Tout est privé et terriblement lucratif (there is no such thing AS a free lunch).

Oui, la France est un bon compromis entre les deux."

L'ironie de la chose est que la phrase à propos du lunch "gratuit" a été inventé par Milton Friedman pour expliquer aux interventionistes de l'État que même s'ils ne voient pas la facture directement, elle existe et devra être payé.

Jouan

Question à M. Takvorian : quel couplet d'Edith Piaf ??

Pierre Blanchet

Oui, le privé occupe une place immense aux USA. Tout est privé et terriblement lucratif (there is no such thing than a free lunch).

Tout est privé? Démagogie encore une fois. Juste le gouvernement à Washington représente un énorme poids bureaucratique et je ne parle pas du système de santé publique et des pensions qui représentent un énorme casse-tête pour le Congrès.

Oui le privée occupe une place importante chez les Américains, mais de prétendre que le système de santé est entièrement privatisé, les routes, les services et complètement faux.

Personnellement je trouve toujours amusant de voir Francais, Quebecois, Belges et autres nationalités faire le procès des Américains sur leurs connaissances du monde alors qu'ils sont eux=même de parfait ignorant de la réalité de ce pays.

Que sera la prochaine invention ? On laisse les femmes enceintes accouchées dans la rue aux États-Unis?

Bonne année 2008.

Yan

Au moins aux USA il n'y a pas de crise où les gens meurent à cause de la chaleur.

Tym Machine

"Désolé d'être sarcastique, mais après votre campagne très publique de destruction des mythes entourant la réalité du Québec (qui avait sa pertinence et pour laquelle j’avais une certaine sympathie, même si cela débordait parfois dans une campagne de dénigrement du Québec et des Québécois), je pense qu'il est nécessaire de vous faire goûter à votre propre médecine: si c'est pour des raisons aussi stupides et fondées sur des faussetés et des mythes que vous êtes retourné dans votre pays d'origine, vos justifications sont aussi déconnectées de la réalité que celles que vous dénoncez chez vos compatriotes qui viennent ici chercher l'Eldorado. J’espère que vous n’aurez pas à regretter encore une fois votre décision."

Appelez cela prendre le chat sort du sac mais on découvre ici le côté collectiviste de Martin Masse.

Comme nous le savons tous, Martin Masse est un libertarien, certes mais un libertarien attention ici le sophisme, indépendantiste du Québec.

L'aspect le plus original de cette apparente contradiction, contradiction qui a bien failli faire pencher la balance au dernier référendum au profit des socialistes péquistes, c'est qu'un libertarien est par définition un individualiste.

Sans être anti-société ou anti-collectivité, l'individualiste voit la société comme étant simplement la somme ou le bilan de toutes les interventions humaines des individus sans plus tel que très bien expliqué dans son dernier éditorial. L'individualiste ne prête pas des propriétés supranaturelles à la société comme nos grands penseurs qui la voit comme une sorte de dieu, quelque chose de plus grand que tous.

Or en quoi un libertarien comme M. Masse individualiste eplicitement avoué de surcroît qui parle de ce qu'il sait et qui sait de quoi il parle ressent-il un pincement au coeur à peine voilé lorsqu'un individu comme Yan Takvorian soit disant dénigre les Québecois, terme qui selon ma définition cadre 100% dans le terme collectiviste de la chose?

Sans être un ingras, un égoïste sans so-so-solidarité, l'individualiste libertarien doit à mon sens au minimum éprouver un certain détachement de la chose politique et du trip essentiellement collectiviste de la "société québecoise" pour ne pas s'énerver inutilement le poil des jambes lorsqu'on attaque soit disant la dite collectivité dont il cherche à se distinguer par son individualisme puisque l'ensemble de la société n'arrête jamais de parler du discours collectiviste et des restrictions sociétale.

Donc la question est à savoir est-ce que Martin Masse ne serait pas un peu comme tout le monde un peu brainwashé du trip collectiviste québecois ou est-ce là un relant de vieille sauce péquiste qui sommeille en chacun de nous même aux individualistes qui pensent qu'ils sont québecois bien "by the way" comme ils sont blancs ou catholiques par exemple?

Seul M. Martin Masse respectueusement peut nous guider dans tout ce débat...

Christophe VINCENT

@ Tym Machine,

En somme, c'est selon vous contradictoire d'être individualiste, libéral et de se mêler dans le même temps des questions publiques, politiques ? (même pour défendre l'individualisme et le libéralisme ? )

Pourquoi pas.

Mais comment vous faites alors avancer le schmilblick ? (les idées libérales)

Vive Martin Masse.

Tym Machine

@M. Vincent,

Il peut sembler en effet contradictoire de militer politiquement pour le libertarisme parce que tout ce qu'on nous présente en politique est essentiellement collectiviste.

Dans son éditorial de réponse à Philippe, Martin Masse explique très bien les différences entre le trip collectiviste des sociétaires et des socialistes qui voient la société comme étant plus grande que tout ce qui les justifie les politiciens (voici un oxymoron) dans leurs pires visions de restriction des libertés individuelles. Même le gars le plus à droite économiquement aux USA Georges W. Bush embarque dans le trip lorsqu'il dit des choses comme "Either you are with us or against us".

Ce que j'illustre dans mon dernier propos est justement ce que vous dites sous forme de question, qu'il est extrêmement difficile d'être dans le sens le plus pur du terme un individualiste libertarien (mot à employer justement à cause de toutes les faux emplois du mot libéral par tous les partis soit-disant libéraux qui ne se serve que de cet avatar pour embarquer davantage de monde dans leur vision collectiviste de la chose par exemple au Canada les partis libéraux fédéral et provinciaux sont souvent ceux qui adoptent les mesures les plus socialistes qu'il n'y a pas ce qui fait des partis à gauche d'eux de vrais dangers publics) et en même temps militer politiquement puisque la mobilisation politique est essentiellement un trip collectiviste visant à mobiliser le plus d'individus possibles derrière des causes, derrière des idées ce qu'un individualiste libertarien essaie justement d'éviter de faire étant guidé par un précepte fondamental, vivre et laisser vivre. Il est donc difficile de revenir par la suite de l'arrière et combattre le feu par le feu.

Martin Masse proposait une vision complètement originale de la souveraineté avec laquelle je suis en accord sur bien des points (dont entre autre la suppression de la loi 101, se libérer du carcan du Canada nous permettrait de davantage privatiser notre système de santé etc, etc.).

Cependant, le principal problème du camp du oui hormi le nationalisme linguistique (et ethnique pour certains puristes) est qu'ils ont signé de facto un pacte de fer avec les syndicats ce qui forcémement mènerait un Québec indépendant exactement dans la direction contraire d'où monsieur Masse et ses accolytes aimeraient nous mener avec une philosophie encore plus à droite économiquement que disons l'ADQ, disons moins conservateur que l'ADQ et plus libértarienne.

En résumé donc oui à la libération du carcan canadien et à leur gaspillage de fond public au nom de l'unité canadienne mais non à ce qui suivrait car la majorité des péquistes sont essentiellement gauchistes et syndicalistes.

Donc en résumé tant que le mouvement souverainiste en sera un dominé par le socialisme et le nationalisme, le moins pire des maux demeure pour un libertarien selon moi le Canada. Nous en reparlerons lorsque les idées du mouvement souverainiste auront fait un virage à 180 degrés vers la droite ce qui n'est pas demain la veille...

Bonne année 2008 à tous et toutes les libertariens et libertariennes de ce monde...

Tym Machine
www.tymmachine.blogspot.com

Martin Masse

@Tym Machine,

Si vous aviez écouté mon entrevue jusqu'au bout ( http://www.leblogueduql.org/2007/11/entrevue-martin.html#comment-91519636 ), vous sauriez que j'ai cessé d'être indépendantiste en 1995, que j'ai joint le Parti réformiste à ce moment et que j'ai voté "non" au référendum cette année-là. Je ne tiens pas à répéter tout mon cheminement intellectuel, mais disons que pour le moment, je considère que la sécession du Québec ne ferait aucunement avancer la liberté et qu'il faut lutter contre les deux ordres de gouvernement de front.

Par ailleurs, vous confondez divers types de phénomènes en parlant du libertarianisme et de l'individualisme. L'individualisme libertarien sur le plan politique ou du droit est simplement une philosophie qui rejette l'étatisme et qui s'appuie sur le principe de non-agression et de coopération volontaire. L'individualisme méthodologique dont je parle dans mon dernier billet est simplement une méthode d'analyse des phénomènes sociaux.

Mais on peut très bien être libertarien et s'identifier fortement à des collectivités d'un point de vue socioculturel. On peut être libertarien et vouloir vivre dans une communauté tricotée serrée, dans un environnement culturellement homogène, vouloir promouvoir l'utilisation d'une langue, se conformer à des principes religieux très stricts, se laisser guider par un chef, souhaiter plus d'égalité sur le plan des conditions de vie, etc. Tant que l'on cherche à atteindre ces objectifs et à les propager ***sans utiliser la coercition***, ils ne contredisent aucunement la philosophie libertarienne.

Comme je l'ai déjà écrit, les personnes avec une sensibilité communiste qui veulent tout partager entre eux pourraient vivre comme ils le souhaitent dans un monde libertarien, tant qu'ils se rassemblent de façon volontaire et ne forcent personne à vivre comme eux. Le problème est évidemment que beaucoup de ces collectivistes socioculturels se tournent spontanément vers l'État pour promouvoir leurs choix.

Un libertarien n'a pas à se distinguer par son individualisme, comme vous l'écrivez. C'est sans doute ce que préconise Ayn Rand, mais sa philosophie objectiviste, qui glorifie le héros individuel, n'est pas nécessairement libertarienne sur cette question, comme sur quelques autres. Et je n'en suis pas un adepte.

Je ne vois donc vraiment pas en quoi déplorer le fait que certains dénigrent le Québec contredit ma perspective libertarienne. J'ai déjà pris mes distances il y a longtemps du trip collectiviste québécois. Toute la première partie de mon livre écrit il y a vingt ans et publié en 1994 ("Identités collectives et civilisation. Pour une vision non nationaliste d'un Québec indépendant") visait à démythifier le nationalisme et l'identité québécoise. Vous arrivez donc un peu en retard pour dénoncer mes penchants tribalistes québécois...!

Oui, quand on parle du "Québec" ou de "la culture québécoise", il faut faire attention puisqu'il s'agit d'une réalité très diverse, avec des caractéristiques partielles et nécessairement arbitrairement définies. Les frontières politiques de l'État québécois sont une construction artificielle qui englobe un réalité complexe.

J'écoute en ce moment de la musique country en anglais sur une radio Mohawk de Kahnawake (http://www.k103radio.com/ ). Les résidants de cette communauté ne s'identifient pas pour la plupart comme Québécois, ni d'ailleurs comme Canadiens. Et pourtant, il suffit de traverser un pont pour s'y rendre à partir de Montréal. Est-ce qu'il font partie du Québec? Géographiquement, oui. Culturellement, probablement que non. Il faudrait leur demander ("les Mohawks de Kahnawake" étant aussi une réalité complexe, et il y aurait sans doute plus qu'une réponse).

Les cabanes à sucre semblent être un artéfact incontournable de la culture québécoise traditionnelle. Et pourtant, elles n'existent pas dans toutes les régions du Québec et je connais des Québécois qui n'y sont jamais allés; et on les retrouvent aussi chez nos voisins du Vermont et du New Hampshire. En fait, c'est un aspect de la culture de certaines régions du nord-est américain bien plus que du Québec.

Toute évaluation de la sorte est nécessairement subjective, comme on le constate justement dans une perspective méthodologique individualiste. La "culture québécoise" n'existe pas comme entité objective, immuable, en dehors de l'esprit de ceux qui s'identifient à la collectivité québécoise. Et c'est pourquoi il est toujours néfaste de tenter de la définir trop précisément, et encore plus de chercher à l'imposer en utilisant la coercition étatique. On impose alors toujours une définition partielle mythifiée à l'ensemble du groupe.

Ce qui ne nous empêche pas malgré tout d'utiliser un raccourcie sémantique pour parler de ce phénomène qu'est la culture québécoise. Toutes les notions globales qui visent à décrire la réalité humaine sont nécessairement des raccourcies. Sinon, il est impossible de faire des distinctions. Ça ne nous empêche pas non plus de nous identifier à cette réalité, ce qui est mon cas, puisque je me considère comme un Québécois qui fait partie de cette société. Ni, enfin, de se mêler de questions publiques, comme le mentionne Christophe.

Martin Masse

@Yann,

La seule phrase qui me paraît pertinente dans votre commentaire est lorsque vous affirmez que la France est «encore l'endroit le plus en adéquation avec mes valeurs, mes principes et ma francophilie». Je n’ai rien à redire à cela et je pense que c’est une raison tout à fait suffisante pour retourner chez vous. Mais il n’est aucunement nécessaire de rationaliser ce choix en déformant la réalité comme vous le faites.

Les gens qui se sentent frustrés pour quelque raison que ce soit ont très souvent tendance à rationaliser et à justifier leur frustration, leur désir de partir, ou le changement radical qu’a constitué leur départ, en noircissant à l’extrême ce qu’ils veulent laisser derrière et en idéalisant ce qu’ils choisissent de différent. C’est probablement une réaction psychologique normale dans une période de transition. Mais ça devient de la pathologie lorsqu’on s’y complaît au point d’en parler constamment et de tout réduire à cette vision manichéenne.

Lorsque je lis les innombrables commentaires des frustrés sur le site QuitterleQuebec.com, je ne vois pas de discussion rationnelle, mais simplement du défoulement et de la rage de la part de personnes qui vivent un sentiment d’aliénation, et qui n’ont pas encore réussi à mettre en perspective les choix qu’ils ont faits – ou regrettent de ne pas avoir faits – dans leur vie. Le Québec est un enfer, l’Alberta un paradis! Tout ça n’a pas grand-chose à voir ni avec le Québec ni avec l’Alberta.

Je comprends qu’on puisse vouloir partir et refaire sa vie ailleurs. Mais que ceux qui veulent partir partent, et qu’ils nous fichent la paix avec leurs états d’âme. Ce qui m’intéresse, c’est la volonté pragmatique de changer les choses pour le mieux là où l’on est, pas les pleurnichages des mésadaptés incapables de proposer quelque chose de positif et qui ne pensent qu’à fuir et qu’à dénigrer la réalité des autres qui ne font pas les mêmes choix qu’eux.

J’ai aussi senti ce désir intense de partir et de refaire ma vie ailleurs il y a plusieurs années, dans un endroit où je pourrais échapper à toutes les idioties de la politique québécoise. Mais je suis resté et j’ai fini par me réconcilier avec mon environnement ici, parce que je n’aime pas vivre avec ces sentiments malsains.

Je me suis également rendu compte que l’herbe n’est pas nécessairement beaucoup plus verte ailleurs. Oui, il y a un plus grand dynamisme économique et de nombreux avantages à vivre aux États-Unis. D’un autre côté, la Fed et les politiques économiques débiles du gouvernement fédéral sont en train de miner cette économie. Et je ne tiens pas à vivre dans un pays qui avance beaucoup trop dangereusement à mon goût vers le fascisme depuis 2001. Entre le Patriot Act et un interventionnisme impérial qui s’appuie sur la moitié des dépenses militaires de la planète à Washington, et les politiques linguistiques et autres crétines du gouvernemaman à Québec, je préfère le second parce qu’il est beaucoup moins dangereux.

L’Ontario et l’Ouest canadien ne m’intéressent pas comme endroits où vivre. Je me sens très près de la culture anglo-protestante de la Nouvelle-Angleterre et des Maritimes. Mais c’est tout à côté, et on retrouve cette culture dans les Cantons de l’est. Pourquoi partir? Le Québec est un endroit où il fait bon vivre, j’y ai une influence, un réseau social, je peux en même temps écrire dans un quotidien canadien-anglais et rester connecté sur le monde. Il est inutile de bouleverser ma vie pour aller payer un peu moins d’impôt à l’autre bout du continent.

Voilà pour mon évaluation subjective de MA situation. Quelqu’un d’autre aura des priorités, une sensibilité et des choix différents. Aucun problème avec ça. Vous vous sentez chez vous en Provence, avec la mer et le soleil; je suis fondamentalement un nordique, la chaleur et l’exubérance du sud me tapent sur les nerfs, et je me sens plus confortable au chaud chez moi à regarder la neige qui tombe à l’extérieur.

La réalité n’est pas malléable pour autant. Vous écrivez dans un commentaire sur QuitterleQuebec.com, après avoir donné une longue liste des horreurs qui caractériseraient le Québec (http://www.quitterlequebec.com/formmailer.php?TemID=927 ): «Merci aux autres qui partagent ma subjectivité. Je n'ai pas la prétention d'être objectif. Personne ne l'est.»

Vous avez le droit de préférer subjectivement la France. Mais lorsque vous discutez avec d’autres, ce n’est pas votre évaluation subjective qui va convaincre. Si personne n’est objectif, comment peut-on discuter de quoi que ce soit? C’est du relativisme absolu, chacun vit dans sa bulle et exprime la réalité de sa bulle. Je prétends au contraire être objectif lorsque je discute de faits, c’est-à-dire que j’essaie de me rapprocher le plus possible de la vérité. La réalité ne peut pas être une chose et son contraire selon la perspective de chacun.

Lorsque vous affirmez que tout est privé aux États-Unis et que je dis que le public est très présent et l’est même plus qu’au Québec dans certains domaines, l’un de nous deux a tort, et c’est vous. Même chose pour le reste. Votre seule réplique est de réitérer votre évaluation «globalement et selon ma propre subjectivité». OK, bref, vous confirmez qu’on n’a aucune raison de prendre vos arguments au sérieux, sur les États-Unis, le Québec ou la France, puisqu’ils n’ont de pertinence que pour vous et pour ceux qui vivent les mêmes émotions incommunicables. Fin de la discussion.

Sur ce, je vous envoie mes meilleurs voeux de santé et de tranquillité d’esprit pour 2008.

Jouan

De toute façon, l'argument de M. Takvorian selon lequel il fait actuellement 20° quelque part au bord de la mer dans un très beau paysage, comme si cela venait justifier son raisonnement - est d'une faiblesse extrême. On se fiche de la météo et des cartes postales. D'ailleurs, il fait aussi un temps de rêve en ce moment à La Havane, capitale d'une didacture féroce et dans de nombreux autres lieux où les libertés individuelles sont bafouées.

Et il y en a, dont je suis, qui apprécient la neige et trouvent aussi certains paysages du Québec à couper le souffle.

Marianne

Pierre-Yves Pau

Le premier inconvénient du système de santé 'tout public' que nous connaissons au Canada, c'est de favoriser, et même de sanctifier l'union sacrée du corporatisme et de la logique budgétaire autour de deux objectifs contradictoires: la maximisation du revenu des membres des professions protégées, d'une part, et la réduction des dépenses de l'État, d'autre part. Or il n'existe qu'une solution à cette équation impossible, c'est le rationnement de l'offre de soin. Plus une société est corporatiste, et le Québec ne l'est pas qu'un peu, plus ce rationnement se fera sur le dos de la population - sauf bien entendu pour les 'élites' bien ploguée, comme l'a reconnu récemment le président de l'Association Médicale canadienne.

La solution 'tout privé' n'est pas exempte de vice structurel non plus, dans une économie telle celle ces États-Unis ou les lobbies d'affaire ont leur entrées au congrès, ce qui résulte nécéssairement en une cartellisation de l'offre de soin avec pour objectif unique la maximisation du profit.

La preuve que le 'tout privé' ou le 'tout public' sont aussi nocifs l'un que l'autre, c'est que le système de santé canadien tout comme le système US soignent médiocrement la majorité de leurs patients, tout en étant les plus dispendieux au monde par patient.

Il faut bien alors admettre qu'une concurrence exempte de collusion entre public et privé apparait comme la seule avenue susceptible de tenir en échec tout autant les lobbies d'intérêt privé, que les corporations noyautant l'institution publique auxquelles le monopole public du système de santé fournit un moyen de pression sans aucun rapport avec leur 'utilité commune', pour reprendre les termes de la déclaration universelle des droits de l'Homme et du citoyen. Quand les vautours se disputent, les pigeons peuvent vivre tranquille.

Daniel Jagodzinski

Réponse à monsieur Pau

Il m’est facile d’être d’accord avec vous sur une partie de vos réflexions, en particulier le protectionnisme corporatif qui sévit au Canada. Nous en savons quelque chose, ma femme et moi-même, tous deux médecins spécialistes devenus résidents canadiens. Mais nous n’avions de toute façon pas le désir d’exercer notre profession, ici pas plus qu’en France d’ailleurs, pays qui semble offrir au monde l’image d’une admirable gestion de la santé publique associant les secteurs publics et privés .

En France où 950 000 fonctionnaires travaillent dans le secteur de la santé publique, près de 75% du budget de l’assurance maladie sont consacrés à la seule masse salariale des hôpitaux publics (les dépenses purement médicales – médicaments et outils diagnostiques – ne représentant que 20% des dépenses, le reste servant pour l’intendance).

Quant à l’exercice libéral, dont les tarifs sont autoritairement fixés et où les médecins sévèrement encadrés par les caisses d’assurance maladie (150 000 employés) sont pourtant désignés comme des nantis à la solde de l’industrie pharmaceutique, il ne faut pas s’étonner s’il est aujourd’hui prolétarisé et délaissé par l’élite des étudiants, car considéré comme peu lucratif et quasiment indigne.

Quant à la concurrence « privé/public » évoquée, c’est angélique. Ou alors il faut offrir aux citoyens la possibilité de cotiser à l’un ou l’autre système. Les pauvres ou les adeptes du « tout état » cotiseront au système public, les autres pourront, via des assurances privées, s’offrir une médecine plus « réactive ».

Pour conclure, je cite Tocqueville (in La Démocratie en Amérique) : « Les pays où les pauvres seraient exclusivement chargés de faire la loi ne pourraient donc espérer une grande économie dans les dépenses publiques : ces dépenses seront toujours considérables, soit parce que les impôts ne peuvent atteindre ceux qui les votent, soit parce qu’ils sont assis de manière à ne pas les atteindre. En d’autres termes, le gouvernement de la démocratie est le seul où celui qui vote l’impôt puisse échapper à l’obligation de le payer. »

L'utilisation des commentaires est désactivée pour cette note.

Citations

  • « L'État, c'est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde. »

    – Frédéric Bastiat, 1848

Visitez le QL

Ma Photo

À propos du Blogue du QL

Faites une recherche


Groupe Facebook